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Des Tango encore un peu tendres...
Face à une équipe de Prague en réussite (9 paniers primés), les Tango, encore un peu tendres, ont dû baisser pavillon. L'apprentissage de l'Euroligue continue...
Ambiance des grands soirs, hier, au Prado très confortablement garni. On n'en attendait pas moins pour ce premier rendez-vous avec l'Europe. Prague et ses joueuses au talent reconnu sur l'échiquier mondial (Maltsi, Le Dréan, Whalen, Kireta, Kraayeveld...), l'affiche, il est vrai, était attrayante.
La question était de savoir comment notre (très) jeune équipe berruyère, privée d'Ana Lelas (une rotation importante en moins qui allait peser lourd dans la gestion du match...), allait tirer son épingle du jeu face à une formation tchèque qui alignait les centimètres de façon presque déraisonnable : quatre joueuses à 1,93 m et plus et des ailières à 1,88. Pas facile de défendre dans ces conditions et encore plus difficile de scorer face à un tel mur...
Pourtant, avec un culot monstre, beaucoup de détermination et de cœur aussi, les Tango, très en jambes, prenaient un départ de rêve : 6-0 en moins de deux minutes. Trois actions différentes, une sous le cercle (Burgrova), une sur jeu rapide (Salagnac) et une troisième partie d'une bonne défense (Salagnac) et trois paniers !
Mais au métier, Prague revenait bien vite dans le match par Le Dréan (deux fois). Néanmoins, la défense tango faisait merveille. Des deux côtés du terrain, les filles s'arrachaient à l'image de Burgrova qui réceptionnait un caviar de Ndongue (9-6). Le ballet des rotations entamé par Pierre Vincent n'avait pourtant pas l'effet escompté puisque Prague passait pour la première fois devant sur un shoot tête de raquette de Whalen (11-12, 8e) mais trois lancers de Miyem et un rebond offensif plus panier de Digbeu permettaient à Bourges de virer en tête : 17-12 (10e).
Prague sort l'artillerie lourde...
À cet instant, on pouvait estimer que c'était plutôt bien engagé. Jusqu'à ce que les Praguoises sortent l'artillerie longue portée. Pensez ! Cinq paniers primés (Elhotova, Maltsi, 2 fois chacune et Kraayeveld) en l'espace de quatre minutes. De quoi assommer n'importe qui. Mais courageusement, au prix d'une immense énergie, les Tango restaient au contact, grâce notamment aux bonnes inspirations de Manic et Ndongue.
Et pourtant, moralement, il y avait de quoi accuser le coup. Dans le quart-temps. Prague allait encore ajouter deux paniers bonifiés par Whalen et Kraayeveld. Ecœurant !
D'autant que côté berruyer, ça ne voulait pas rentrer. Et comme les grandes tchèques ne laissaient que peu de deuxièmes chances au rebond, ça devenait quasi mission impossible. À moins d'avoir la joueuse capable de tout dynamiter... Mais on risque de la chercher longtemps cette saison (à moins que Carson...).
Six paniers seulement en 2e mi-temps...
Bref ! Au repos, les Tango avaient au moins le mérite de ne pas être larguées : 36-40 (20e). D'avoir aussi fait le job en défense (après tout, Prague n'avait mis que 14 paniers - dont 7 à trois points il est vrai - contre 13 à Bourges); d'avoir su mettre la pression sur leurs adversaires, contraintes à de nombreuses pertes de balles (11 contre 6) et réussi de nombreuses interceptions (9 contre 2 Prague). C'est la preuve que l'esprit et les intentions y étaient.
Mais sans rotations suffisantes, à force de s'épuiser en dessous pour essayer de grappiller quelques ballons, les Berruyères allaient peu à peu perdre de leur lucidité. Et même si, dans le troisième quart, Kaltsidou et Miyem trouvaient enfin la cible à trois points, il était trop tard...
Prague (où Kireta, souffrant du genou, est restée sur le banc) pouvait se contenter de gérer, quitte pour cela à durcir le jeu.
Avec trois paniers seulement dans le troisième quart (45-50), et trois encore dans le dernier 53-60), Bourges ne pouvait pas gagner.
Et pourtant, on ne pouvait pas leur reprocher grand chose aux joueuses de Pierre Vincent. Quelques paniers faciles ratés ? Certes... Quelques choix douteux ? Peut-être... Cette équipe a seulement montré ses limites du moment. Elle est jeune, sans doute même trop jeune pour apprivoiser comme ça, d'entrée, l'Euroligue, et contenir une équipe de Prague tout à fait à l'opposé : grande, roublarde, expérimentée... et qui sait convertir ses shoots ouverts.
L'apprentissage sera long et difficile mais Essence Carson peut aider à accélérer les choses.
Hervé Le Fellic
Voilà, le club tchèque a tiré content
Bourges n'a pas à rougir. 11 aurait fallu une équipe au complet, davantage en réussite offensive, pour prétendre vaincre une formation tchèque qui a arrosé avec succès, à trois points.
Elle est étrange, cette formation tchèque. Et c'est sans doute le signe de sa force, supérieure à celle des saisons précédentes. Avec un secteur intérieur surarmé malgré le genou douloureux de Sonja Kireta, on attendait la troupe de Lubor Blasez campée dans les peintures. Bien au contraire, c'est au-delà des 6,25 m que le champion tchèque a construit, pour une bonne part, le premier succès de son histoire au Prado.
Prague, bien bloqué sous le cercle par une défense berruyère à la hauteur de sa réputation, sut trouver d'autres solutions. Et c'est bien souvent le signe des équipes bien construites, équilibrées et donc infiniment dangereuses. « On était bien tenu dessous, alors il a fallu qu'on prenne des risques », expliqua Lubor Blasek. « Et ça a payé ! »
Les sept trois points assénés sur les têtes tango dans le deuxième quart firent mal, très mal. Mais Prague a su aussi empêcher son adversaire de scorer, de faire la course en tête. « On avait regardé les statistiques des matches précédents de Bourges », argumenta le coach tchèque. « On voulait limiter cette équipe à moins de cinquante-cinq points, on savait que dans ce cas on avait les moyens de scorer plus. » Plan parfaitement maîtrisé, et entame idéale, pour ce solide prétendant aux belles places européennes. « C'était le début de l'Euroligue, c'était important pour nous de commencer ainsi, surtout par un succès à l'extérieur. »
Forcément, côté tango, le raisonnement est tout autre.
Du très bon Prague
Pourtant, Pierre Vincent, le coach berruyer, ne versait en rien dans le négatif, bien au contraire. « On est dans le match, dans la partie, face à une grande équipe, il faut bien s'en rendre compte. Il y avait en face douze joueuses de qualité, et quand on voit Whalen qui fait un très grand match, Kraayeveld qui ne rate rien à trois points... »
La moindre erreur s'est payée cash
C'est vrai que les Tango auraient eu de quoi baisser les bras dès la mi-temps. À force de voir les missiles tchèques trouer l'arceau, à force de devoir, face à autant de facilité, arracher le moindre point.
Il n'en fut rien, et si elles avaient trouvé une tueuse de match, les Berruyères auraient tout aussi bien pu renverser le destin. Seulement voilà : en l'absence d'Ana Lelas, les possibilités de rotation n'étaient pas légion. Les joueuses, légitimement, ont pioché physiquement, dans les derniers instants. « J'ai laissé Endy (Miyerri), pas au meilleur de sa forme, comme Jennifer (Digbeu), parce qu'elles apportaient de belles options sur cette fin de match. »
Parce qu'il fallait tout faire pour contrecarrer les atouts de Prague, à l'image d'Evina Maltsi, dont la réputation n'est plus à faire au Prado, ni auprès de Pierre Vincent.
« On défend parfaitement sur elle pendant le premier quart. Parce qu'on sait qu'il faut la presser, l'obliger à jouer, à aller trop loin. » À s'énerver, à perdre le contrôle. « Et puis, tout d'un coup, on passe sous les écrans ; on invente quelque chose et on se fait aussitôt sanctionner. »
Parce qu'à ce niveau-là, la moindre erreur se paie au prix fort. Les Berruyères n'avaient pas la loi au rebond offensif, n'avaient guère d'adresse ; n'avaient donc pas des occasions de scorer en pagaille. Il convenait de ne gâcher aucun ballon.
Et c'est pour ça que Stella Kaltsidou en a pris pour son grade, de la part de son coach, pourtant peu coutumier du fait. Parce que la Grecque a voulu surjouer au lieu de rester dans le strict respect des consignes.
« J'ai vraiment quelques regrets en ce qui la concerne. Il faut tirer, elle au contraire cherche à se rapprocher pour aller chercher des fautes. Elle me casse les pieds ! Il ne faut pas mettre de l'énergie à chercher des choses... qu'on ne trouvera pas. »
Voilà pour ce chapitre particulier. Pour le reste, le coach berruyer se dit « assez content de ce qu'on a fait. » II a manqué peu, finalement. Quelques centimètres, quelques ballons mieux négociés. Et avec un peu moins d'adresse en face...
Hervé Le Fellic