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Il va falloir faire l'éloge de la patience
« Quand ça change, ça change, faut jamais se laisser démonter. » Le grand Audiard aurait dû venir au Prado. Oui, le groupe tango n'a plus le même statut. Ce n'est pas une raison pour désespérer.
Des évidences, immuables ou dont il faut prendre conscience. Voilà ce qu'ont amené l'ouverture de l'Euroligue et ce revers continental, dans leur salle, des joueuses de Pierre Vincent. La première, il va falloir que le public du Prado l'assimile, la comprenne. On n'est plus au temps où le club berruyer pénétrait sur un parquet - le sien qui plus est - avec le costume du favori. Il suffisait, ce mercredi, de scruter la composition des équipes, et donc celle de la plus jeune (22 ans en moyenne) formation berruyère jamais alignée à ce niveau, pour s'en convaincre.
Les fans berruyers, qu'on a trouvés anesthésiés, seraient bien avisés, dans ces moments délicats, de pousser au maximum au lieu de verser dans la vaine nostalgie. Bourges à reconstruire, ce ne sera pas simple. Et quand il vous manque une Ana Lelas par-dessus le marché...
Autres évidences, dans le jeu celles-là ? On ne gagne pas un match, a fortiori européen, en n'inscrivant que 53 points ; en délivrant un pauvre 6 sur 32 (19 %) au tir dans les deux derniers quarts. Et le groupe ne pourra jamais prétendre vaincre non plus si certaines s'amusent à jouer les francs-tireurs, au lieu de suivre la consigne de Pierre Vincent : « Il y a une discipline à tenir ».
« On a toutes connu un fléchissement mental qui nous a coûté des paniers faciles ; après, c'était dur de revenir dans la partie, reconnut Ilona Burgrova après son baptême continental, face à une équipe de son pays natal. Une forte formation, avec du danger partout, très équilibrée...»
Car Prague avait l'expérience, la solidité. Et comme par hasard (mais ce n'en est pas un), l'adresse, qui permit de faire pleuvoir les trois points comme d'assommants grêlons. Et, surtout, Prague sut fermer les vannes ; interdire par exemple aux Tango les voies de jeu rapide, après quatre minutes initiales de réglages...
Ne pas tout jeter
« On travaille sur la défense depuis le début de la saison », expliqua l'ancienne internationale tricolore, Sandra Le Dréan, à qui on ne va pas apprendre que « c'est une condition essentielle pour prétendre voyager, surtout en Euroligue. On était préparées, on savait qu'à Bourges ce ne serait pas simple ».
De fait, le champion tchèque, gêné aux entournures sous les cercles malgré un net avantage en taille et une large domination au rebond, dut vraiment s'employer. Et s'il n'a pas tremblé dans les derniers instants, il n'a pas pour autant vogué sur un océan de tranquillité. Parce qu'en face, même avec ses limites actuelles ou structurelles, le groupe tango, émoussé en fin de match, n'a rien lâché. Signe évident qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain, ni la baignoire avec...
Car si la troupe de Pierre Vincent - et c'est récurrent depuis le début de la saison - n'a pas scoré, elle n'a pas reçu une correction, ni pris une valise. Il y a eu ce deuxième quart où les missiles tchèques (7) sont tombés comme à Gravelotte, c'est vrai. Mais dans les vingt dernières minutes, les joueuses de Blasek n'ont guère été plus inspirées (7 paniers inscrits). Alors oui, rien ne sera simple, rien ne sera plus comme avant. Mais on peut espérer que ce sera payant, dans la différence. Il faut simplement laisser... du temps au temps.
Hervé Le Fellic