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Pas vraiment cosy, ce déplacement...
Mal en point, privé de Stella Kaltsidou et d'Ana Lelas et malgré le renfort d'Essence Carson, le Bourges Basket peut s'attendre à souffrir, ce soir, à Kosice.
Il est une phrase qui, malheureusement, est en passe de devenir un adage, au Bourges Basket. Selon Hervé Bouty, l'assistant de Pierre Vincent, c'était le credo de Bernard Martiquet qui, voici quelques saisons, s'occupait du centre de formation berruyer.
« Quand tout va mal, pense que ça pourrait aller encore plus mal. » Sûr qu'en ce moment, plus d'une Berruyère croit aux j'teuses de sorts, à un élevage malsain de chats noirs. Il y eut, sur les premiers matches, toute une série de bobos, tous plus handicapants les uns que les autres. Puis la blessure d'Ana Lelas, qu'on espère revoir avant janvier. Puis le choc subi, samedi soir à Montpellier, par Stella Kaltsidou, qui prive la shooteuse grecque du voyage slovaque.
« Ça commence à faire bien des tracas... »
Dans la nuit de lundi à mardi, c'est Endy Miyem qui ne s'est pas sentie en pleine forme. Pas bien grave, a priori, mais c'est ça de plus. « Ça pourrait aller encore plus mal... »
Oui, parce qu'Essence Carson, recrutée comme joker médical d'Ana Lelas, affrontera bien ce soir le champion de Slovaquie. Méfiance : elle n'a débarqué des States que samedi. N'en attendons pas (encore) mons et merveilles...
« Ça va forcément être compliqué pour elle, estime l'entraîneur tango. Elle a un minimum de séances d'entraînement avec nous, beaucoup d'informations à assimiler sur nos systèmes de jeu... L'entraînement et la compétition, ce n'est pas pareil ; elle n'est pas encore en grande forme physique... » Surtout à l'aune des exigences de l'Euroligue.
Alors, à ses nouvelles coéquipières de s'arracher, comme elles ont su le faire dans l'Hérault ! À elles de donner raison à leur coach qui, depuis plusieurs semaines, affirme que son équipe « commence à ressembler à quelque chose ».
Pierre Vincent se veut rassurant
« A Montpellier, plaide Pierre Vincent, on a perdu quelques ballons en première période, par précipitation. On a rectifié ensuite. Face à Prague, on avait, je le répète, fait un match cohérent, intelligent, juste, équilibré. Il n'avait manqué que les paniers. » Ceux d'une Ana Lelas sur le flanc, d'une Endy Miyem (déjà) diminuée et d'une Stella Kaltsidou peu inspirée ce soir-là, par exemple. Mais pas seulement.
Les Anges de Kosice ont de l'artillerie
Sûr qu'entamer une campagne continentale par un revers à la maison, on a vu mieux. Mais si c'est embêtant puisqu'on comptera tous les points au final, ça n'a rien de rédhibitoire. « Ça pourrait aller plus mal... »
Et ça irait forcément mieux avec un succès dans la salle, réputée chaude, des Anges de Kosice. Qui avaient tenu le choc pendant trente minutes, il y a une semaine, sur le parquet de Sopron, avant de rendre les armes (74-63). Et qui, comme le Bourges Basket, ont un réel besoin de points, histoire de ne pas laisser filer le bon wagon.
Pierre Vincent s'attend donc à tout ce soir, sauf à un aimable thé dansant. Kosice, cette saison, a pas mal changé ses batteries. Et celles dont dispose Stephan Svitch sont de qualité. « Normal quand on réunit les meilleures Slovaques et qu'on prend des étrangères de qualité, a pu observer Pierre Vincent. Kosice sait être agressif, en attaque comme en défense. Il n'y a pas beaucoup de joueuses de grande taille, mais ça va vite, ça attaque très férocement le cercle. Et si ce n'est pas sifflé correctement, ça risque d'être charmant... »
Aux Berruyères de tenir le cap, même quand, inévitablement, la tempête va se mettre à souffler. La solidité, mentale comme dans le jeu, on n'a pas trouvé mieux... pour que, justement, ça aille mieux.
Hervé Le Fellic
« Je n'ai aucun stress, je veux gagner ! »
Essence Carson, la nouvelle ailière américaine de Bourges, engagée pour pallier la blessure d'Ana Lelas, devrait faire ce soir ses premiers pas sous le maillot tango. Avec une mentalité bien américaine : aller chercher la gagne ! Ça tombe bien...
Rien ne doit être simple, en ce moment, dans la tête d'Essence Carson, la nouvelle ailière du Bourges Basket. Elle n'en laisse rien voir, pour sûr : casque audio vissé sur les oreilles, elle a semblé impassible, hier, durant le voyage vers Kosice. Celle qui remplace Ana Lelas, touchée au pied, paraît, à 23 ans, savoir où elle veut aller ; et ne semble surtout pas douter.
II y aurait pourtant de quoi. D'abord, physiquement, ce n'est pas évident, en ce moment : elle digère encore les effets du décalage horaire, et cherche aussi à retrouver le rythme de la compétition.
Tout à découvrir...
Il lui faut, surtout, découvrir un environnement totalement nouveau. « Dans cette équipe de Bourges, je crois bien que je n'ai croisé qu'Endy Miyem, lors d'un Mondial juniors. Mais tout le monde m'a très bien accueillie et a tout fait pour que mon intégration soit la plus rapide et la plus efficace possible. »
II lui faut apprendre de nouveaux systèmes de jeu, s'adapter à un nouveau style. Même si l'Euroligue, elle connaît pour l'avoir disputée la saison dernière, d'abord avec Riga, puis avec Venise.
« Que ce soit là ou en WNBA (elle joue au New York Liberty NDLR), le basket reste le basket ! Il y a des athlètes, de bonnes joueuses, partout. Et il ne fait pas croire ! En WNBA aussi, on défend ! Il faut bien, vu la qualité des adversaires... »
En deux saisons seulement, Essence a fait son trou dans le club de la Grosse pomme ; ce qui n'a rien d'évident pour qui sort tout juste de l'université. Mais il y a de la volonté chez cette joueuse, c'est indéniable.
Et de l'amour pour ce ballon orange qu'elle a toujours connu. « Chez nous, tout le monde y joue ! J'ai fait du volley, de l'athlétisme aussi (du 400 m NDLR), mais c'était vraiment trop exigeant pour mon corps. Le basket, c'est vraiment ma passion ! Quand j'étais universitaire, j'étais une joueuse plutôt défensive. Là, depuis deux ans, j'ai étoffé mon jeu. Je suis davantage portée vers l'attaque. J'aime être agressive, partir en percussion, tirer à trois points, prendre des jump shots... En fait, j'essaie d'avoir un jeu assez équilibré. »
Sa maman est sa plus grande fan...
Un jeu qu'elle a notamment (mais pas seulement) bâti lors des un-contre-un l'opposant à son frère cadet (Essence a aussi une sœur aînée). « Mon frère se débrouille très bien. Même s'il joue meneur, il est maintenant beaucoup plus grand que moi. Mais quand il était jeune, j'avais le ballon tout le temps... »
Depuis qu'Essence a quitté la vie d'étudiante (*), qu'elle a fait sienne cette profession de basketteuse, elle a une grande fan sa propre mère.
« À New York, elle assiste à tous mes matches. Elle est déjà venue en Europe, et j'espère qu'elle pourra venir à Bourges. »
Où Essence a bien l'intention de s'imposer, on s'en doute. « Je savais que c'était une bonne équipe, un grand club. La French League a une bonne réputation. » Et ce n'est pas de revêtir demain, pour la première fois, la tunique tango, qui va l'empêcher de dormir. « Je ne ressens vraiment aucun stress. Je veux juste gagner, donner le meilleur de moi-même... »
Rêve d'olympisme
Et continuer à progresser, encore et encore. Parce qu'Essence a quelques jolis rêves dans un coin de la tête. Depuis plusieurs saisons, elle fait partie des équipes de jeunes, pour les États-Unis. Raflant les médailles d'or dans toutes les catégories d'âge.
Reste la grande sélection US. « Oui, l'intégrer, c'est quelque chose que je veux ! Pour cette année et le Mondial, ce sera peut-être juste, même si ce serait merveilleux. Mais ensuite... » Ensuite, il y a les Jeux de Londres qui se profilent. Et si Bourges peut lui servir de tremplin, qui s'en plaindra ?
(*) Elle a notamment un diplôme de musicologie de l'université de Rutgers et joue parfaitement du piano, ainsi que de la basse, du saxophone et de la batterie.
Hervé Le Fellic