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Défendre, bien sûr, mais aussi scorer
Confronté ce soir à une équipe espagnole offensive et invaincue en Euroligue, le Bourges Basket devra en contenir les assauts. Mais aussi concrétiser ses propres occasions, sans quoi...
Ils ne trottent encore que dans les têtes des observateurs du Bourges Basket, le match de la semaine dernière à Gorzow et les 39 points (!) inscrits en cette occasion par les Berruyères. Pierre Vincent, le coach tango, préfère quant à lui remiser le tout dans le tiroir « des épiphénornènes ». « On avait su scorer quelques jours auparavant face à Tarbes, face à Sopron... » Sous-entendu : on n'a pas perdu tout notre savoir offensif en l'espace d'une soirée.
Il vaudrait mieux, au moment d'aller défier dans son antre le novice surdoué de l'Euroligue : Rivas Ecopolis, le club de la banlieue madrilène, ses quatre victoires et ses 78 points inscrits en moyenne.
« Un basket de mecs »
Un rival forcément euphorique et qui ne manque vraiment pas d'arguments. Jelena Dubljevic, tenez ! « Je ne l'avais jamais vu jouer, avoue le stratège berruyer. Elle est vraiment très forte, cette joueuse ! Elle appartient à Valence, qui l'a mise là en couveuse. Mais il y a aussi Cruz, formidable, très révélatrice de ce que le basket espagnol peut former. Ce n'est pas pour rien que l'Espagne domine en Europe, chez les jeunes comme chez les seniors. Et je rappelle qu'avec la France, on ne les avait pas jouées à l'Euro. Il y a aussi Cathy Joens (l'ancienne Aixoise), qu'on avait essayé de faire venir il y a deux ans. Toutes, sauf peut-être la Hongroise Ujhelyi, mettent des paniers ! » Bigre !
D'autant que Pierre Vincent se lâche, en grand admirateur du basket ibérique qu'il est. « C'est un jeu agressif, simple, large. Rivas est une équipe très forte, qui pratique un basket de mecs. » Et qui ne perd jamais une occasion de mettre les jambes, comme de faire défiler le compteur si l'adversaire perd pied.
Pour autant, on sent bien que ce n'est pas le potentiel offensif de son rival qui préoccupe le plus Pierre Vincent. « Ça attaque, c'est vrai, et c'est sûr que ce sera compliqué. Mais ça ne me fait pas peur : en général, même si tout peut arriver sur un match, les équipes marquent peu face à nous. »
Marquer, c'est capital
Non, le sujet principal et qui nous ramène à Gorzow, c'est l'aptitude des Tango à alimenter leur propre tableau de marque. « C'est vrai qu'on n'a pas de grande shooteuse. Regardez les joueuses françaises : elles ont, au tir, des défauts techniques partout... Mais il faut qu'on marque des paniers ! On doit scorer quand on a l'ouverture, ce qu'on ne fait pas assez. »
II sera donc demandé à chacune de prendre ses responsabilités. Aux meneuses, qui doivent attirer l'attention adverse ; aux ailières, Stella Kaltsidou comme Essence Carson. On espère aussi voir en action les jambes de Pao Salagnac, le shoot limpide de Jennifer Digbeu. Et on compte sur le secteur intérieur, sur la capacité des grandes à se trouver ou à ressortir proprement la sphère, pour apporter aux débats.
Bourges devra profiter, cette fois, des ouvertures amenées par les changements défensifs adverses. Pierre Vincent compte bien, aussi, mettre à profit le fait que Javier Fort, son homologue espagnol, n'est pas un fan inconditionnel des rotations. « On peut mettre de la pression, de l'intensité. Il faut aussi qu'on réponde physiquement. » En clair, il faut... y aller.
Hervé Le Fellic
« II faut être patient, on va y arriver »
Même si le revers de Gorzow l'a chagriné, Pierre Fosset, le président berruyer, reste persuadé que sa jeune équipe est sur la bonne voie.
Pierre Fosset, le président berruyer, est du voyage en Espagne. Et même si le match de Gorzow, qu'il a suivi sur la Toile, lui a fait un peu mal, il garde confiance en sa jeune troupe. Il réclame simplement de la patience, tout en sachant qu'en Euroligue le temps défile vite...
"Le résultat de Gorsow, ça fout le bœuf, voilà..."
Président Fosset, voir de nouvelles équipes, Gorzow, Rivas, c'est bien, non ? Ça ne bat pas en brèche votre volonté d'arriver à une Ligue européenne fermée ?
Découvrir de nouvelles équipes, c'est toujours intéressant. Et de toute façon, la ligue fermée, ce n'est pas d'actualité. De plus, ce n'est pas ça le problème : c'est la formule qui n'est pas intéressante. Ce qu'il faudrait, c'est une formule championnat !
Des confrontations entre Madrid et Bourges, ça rappelle quelques bons souvenirs, non ?
Oui ! C'était la finale remportée, au Prado en 1998, face au Getafe. Ça reste un grand moment, mais on ne peut pas vivre que sur le passé. Il y a ce match qui ne va pas être simple, car on a quelques difficultés en ce moment...
Et le basket russe dans tout ça ?
La semaine dernière, c'était Gorzow, que vous avez suivi sur internet. Impressions ?
Ça fout le bœuf, voilà ! On se demande ce qui se passe, ça ne fait quand même que vingt paniers. Guy Langlois (l'historien du club, NDLR) m'a dit qu'il y avait eu un match à quarante points et quelque pour Bourges, en championnat, dans les années 1995... Mais que voulez-vous dire aux joueuses ? Soyez adroites ? Elles le savent pertinemment...
" Tarbes, Sopron ont montré qu'on a du potentiel "
Est-ce de nature à remettre en cause les objectifs fixés ?
Non ! On est reparti sur un nouveau projet, avec de jeunes joueuses françaises. En les encadrant par des éléments capables de faire la différence. Les a-t-on trouvés ? Ça, je ne le sais pas encore. Mais avec du travail et de la continuité, on va y arriver ! Sopron, Tarbes, ont montré qu'il y a du potentiel. Il faut être patient, même si je sais qu'en Euroligue il faut savoir être patient... rapidement.
Cette Euroligue, justement, elle bouge. On voit apparaître de nouvelles places fortes, mais on voit aussi un basket russe en mutation.
En Russie, il reste Ekaterinbourg. Je ne suis pas étonné de la disparition du CSKA. Le Spartak, personne ne sait ce que ça va devenir (*). De toute façon, j'ai toujours considéré que cette manière de faire, c'était de la folie : le basket féminin ne mérite pas tout cet investissement. Prendre des joueuses en veux-tu en voilà pour être champion d'Europe et tout arrêter après, quel intérêt ça peut avoir ? Nous, on a remporté le titre trois fois et on est toujours là. On continue à nous structurer.
On sait que ce qui s'est passé dans le basket féminin russe a été directement à l'origine de la flambée des salaires. Peut-on penser que maintenant, on va vers une normalisation de la situation de ce point de vue ?
Je suis persuadé que tout cela va contribuer à la régulation du marché. Je ne sais pas combien de temps ça va prendre, mais ça va venir...
Autre dossier, davantage berruyer cette fois : où en est aujourd'hui le futur Palais des sports ?
Nous avons eu, la semaine dernière, une réunion en mairie de Bourges à ce sujet. On a pu visualiser la future implantation de cet équipement, sur l'actuelle emprise du Prado. L'une des questions qui se pose est de savoir si la ville sera, ou non, maître d'œuvre de ce projet. Ce qui est certain, c'est qu'on avance, avec le travail des services municipaux...
(*) Triple champion d'Europe, le grand club moscovite reposait quasiment exclusivement sur la personnalité et l'apport financier de Shabtaï von Kalmanovitch, assassiné il y a quelques semaines en plein Moscou.
Hervé Le Fellic