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P. Vincent : « La pression est sur elles »
Bourges tentera ce soir de faire un casse, dans la chaude salle de Salamanque. En profitant du fait que, selon le coach berruyer, la pression est sur les Espagnoles..
La destination préférée des Berruyères, dans la péninsule ibérique ? Ibiza, la Costa del Sol ? Non, vous n'y êtes pas. Pour la quatrième saison consécutive, le club tango rend visite à Salamanque, superbe cité de l'intérieur des terres, classée au patrimoine mondial de l'Unesco.
Si les précédents voyages, pas toujours couronnés de succès, s'étaient faits dans le cadre des matches de poule, cette fois, l'enjeu est tout autre : en deux, voire trois confrontations, l'un des deux rivaux verra son parcours européen stoppé net.
Pour évoluer à la maison, en cas de belle éventuelle, Salamanque a, sur le papier, un indéniable avantage. Surtout avec un des publics les plus chauds d'Europe. « Ah oui, il y a cette salle », sourit Pierre Vincent, un habitué de l'endroit.
Mais, pour le coach berruyer, sur ce premier match, l'avantage n'est guère avéré. « Nous, on n'a pas de pression. Elle est clairement sur les épaules espagnoles. Elles n'ont pas droit à la défaite. »
L'affaire semble à la portée des Tango. Certes, elles n'ont pas encore signé, cette saison, le match référence hors de leurs bases. Si l'on excepte un succès à Kosice, mais c'était en tout début d'Euroligue. Pour autant, Pierre Vincent ne veut pas tout jeter, parmi ces périples infructueux.
« Sans le match volé de Madrid, on aurait fini plus haut, dans le classement final. On aurait pu, selon moi, avoir une ou deux victoires de plus. Il ne faut pas oublier qu'on a dû composer avec les blessures : celle d'Ana Lelas ; celle aussi de Stella Kaltsidou, qui a longtemps été diminuée. À Sopron, par exemple, on a fait un gros match. On avait su revenir plusieurs fois au score. Quand vous parvenez à réagir ainsi, c'est la preuve qu'il y a dans le groupe une bonne base, qui permet de voyager. »
De toute façon, pour voir les quarts et le vainqueur de Valence - Prague, il faudra en gagner un à Salamanque. Autant commencer ce soir.
Il faudra tenir une équipe qui ne présente pas de joueuse de top-niveau, mais qui se signale par sa justesse offensive et sa solidité au rebond. « Salamanque, c'est un groupe costaud. Avec des joueuses qui évoluent ensemble depuis longtemps, et qui ont l'habitude de gérer les moments forts », estime le technicien berruyer. « II y a du linge. »
La constance est berruyère...
D'abord dans le secteur intérieur, où les Américaines Lyttle et Willingham, meilleures marqueuses du groupe, font la pluie et le beau temps. « Avec un beau pourcentage de réussite au tir. » Les grandes Tango seront, une fois encore, à l'ouvrage, pour limiter le rendement du duo.
Une autre piste pourrait être exploitée avec succès. « Salamanque manque peut-être de stabilité dans le tir extérieur. » Et ce malgré la présence de solides scoreuses, comme Alba Torrens, « la grande star espagnole de demain », selon Pierre Vincent. Ne pas laisser de tirs ouverts, casser la mécanique salmantine, pourrait être une stratégie payante. Salamanque est capable du meilleur comme du pire : de dominer Rivas Ecopolis 90-53 en demi-finale de la Coupe de la Reine, comme de chuter, à domicile, face au même adversaire, en championnat (58-77).
Côté berruyer, on affiche une plus grande constance, depuis le mois de décembre. Ce que ne conteste pas Pierre Vincent. « On a désormais un niveau de cohérence qui commence à être intéressant. On progresse. On a eu, c'est vrai, des difficultés à scorer à l'extérieur. Mais on a su gérer les échéances fortes à la maison. »
Tout semble ouvert, pour ce huitième de finale. Reste que gagner à Salamanque serait une sacrée perf.
Hervé Le Fellic
« On repart de zéro, tout est possible ! »
Joueuse majeure du Bourges Basket, Endy Miyem, à 22 ans seulement, va disputer ce soir son 58e match en Euroligue. À Salamanque, où elle avait découvert la compétition européenne il y a quatre ans.
Endy Miyem avait tout juste 18 ans ce 1er novembre 2006. Dans le chaudron de Salamanque, la néo-Tango découvrait l'Euroligue. Sacré baptême du feu ! Victorieux qui plus est : 58-74. Et une ligne de stats très correcte pour une si jeune joueuse : 18 minutes de temps de jeu, 6 points (à 3 sur 3), un rebond, une passe décisive, un contre et une seule perte de balle. Salamanque qu'Endy, auréolée depuis d'un titre de championne d'Europe avec les Bleues, retrouve ce soir avec gourmandise. Et l'ambition de rééditer l'a perf de 2006. Rencontre.
Endy, te souviens-tu de ton premier match en Euroligue, à Salamanque ?
Je devrais avoir honte mais pas vraiment (rires). Le premier match en Euroligue, c'est pourtant une étape importante dans la carrière d'une joueuse. Il y a eu tellement de matches depuis ; pff... Je me souviens quand même d'une salle très chaude où on avait gagné. Ouais, c'est ça...
Avec ces huitièmes de finale, c'est une nouvelle compétition qui commence ?
On repart de zéro. Maintenant, il n'est plus question de calculer. Ça passe ou ça casse. Il faut aborder chaque étape comme une finale en se disant que, sur un match, tout est possible...
Et sur trois en cas de belle ?
Aussi ! Il faudra gagner au moins une fois en Espagne pour aller en quarts, mais c'est possible. Même si, jusque-là, on n'a pas vraiment brillé loin du Prado en Euroligue, avec une seule victoire à Kosice. Mais à Madrid, c'est passé près...
Salamanque vous fait peur ?
Peur, non ! Mais on s'attend à un match difficile. Salamanque n'a pas fini n°5 par hasard. On connaît les qualités des joueuses et le coach va encore nous briefer sur leurs systèmes. Il faudra être très concentrées car c'est une équipe qui, poussée par son bouillant public, s'enflamme très vite et peut mettre dix points en trente secondes... Dans le secteur intérieur, qui me concerne plus particulièrement, si Willingham est toujours là, Snow a été remplacée par Lyttle qui a le même profil. C'est ce que m'a dit Carine Paul, qui a affronté Salamanque avec Villeneuve-d'Ascq. On verra...
L'Euroligue, c'est une priorité pour toi et pour l'équipe ?
(Petit temps de réflexion)... Non, la priorité, c'est de conserver nos titres (le championnat et la Coupe de France, ndlr). Mais nous sommes des compétitrices et notre ambition, c'est d'aller le plus loin possible dans la compétition européenne. Au moins en quarts...
« Maintenant, il faut tout lâcher »
Sur un plan personnel, où en es-tu ?
Je reconnais avoir un peu peiné à la reprise. J'ai bien profité des vacances en famille, un peu trop peut-être, et ça a été un peu compliqué pour éliminer les petits excès. Avant la coupure des vacances, j'avais mal au pied. Une aponévrose plantaire, comme Ana Lelas mais en moins grave. Là, ça va mieux. Grâce aussi aux soins de Nono (Noëlle Matichard, la kiné, ndlr). Contre Rivas Madrid, j'ai eu de bonnes sensations (confirmées par ses stats, ndlr). Mais c'est toute l'équipe qui va de mieux en mieux. Dans le jeu, mais aussi sur le plan du rythme. On arrive à bien enchaîner les matches ; à bien maîtriser les événements. Jouer tous les trois jours, ça nous maintient sous pression. Personnellement, je préfère jouer que m'entraîner...
À Salamanque, ça va être le premier match du Bourges Basket depuis trois mois sans Essence Carson... (elle coupe)
Et c'est une vraie perte. Essence est une très bonne joueuse qui a beaucoup apporté à l'équipe. Humainement, c'est une fille super, qui est devenue une amie. Heureusement, on va récupérer Ana (Lelas, ndlr). Mais avec les deux, cela aurait augmenté nos chances de qualification. Essence, c'était une rotation supplémentaire et un bel apport de points ; que du plus. Mais bon, il faudra faire sans. Chacune d'entre nous devra donner un peu plus pour compenser...
À la veille de ce match aller, comment est l'ambiance au sein de l'équipe ?
Bien. Très bien même. Pas plus crispée que ça en tout cas. Vous savez, on a eu des moments plus difficiles en qualif'. Quand on se remémore les difficultés qu'on a eues pour se qualifier, on se dit que ces 8e de finale, c'est du bonus. On n'a rien à perdre. Bien au contraire, il faut se lâcher complètement. Si on joue notre meilleur basket, ça peut passer...
Christian Ragot