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Les Tango ne peuvent que rêver d'exploit
Un succès à Salamanque, une nouvelle qualification en quarts d'Euroligue, serait un exploit. Aux Berruyères de tout donner pour n'avoir aucun regret à nourrir...
Quarante minutes, voire plus si affinités, les yeux dans les yeux ! Un match, pour ne plus se consacrer qu'à ses affaires nationales, ou s'inviter à la grande table des huit meilleures formations européennes. Pour Bourges, ce serait la quinzième fois en autant de participations en Euroligue. Pour Salamanque, ce serait la confirmation éclatante du Final Four de la saison dernière.
Faire mieux qu'à Bourges... c est possible
« Ce sont des matches agréables à vivre... et à gagner », savoure Pierre Vincent, le coach tango, fervent supporter, on le sait, de ces séries face au même adversaire, qui sont l'essence du basket. « À chaque nouvelle rencontre, il y a encore plus de stress. C'est de plus en plus tendu pour tout le monde. »
Comme si la technique, la tactique, passaient petit à petit au second plan. Certes, Jordi Fernandez, le coach de Salamanque, prévenait dès la fin du match retour : pas question pour ses filles de laisser en route autant de rebonds offensifs aux Berruyères ! Certes, Emmeline Ndongue, au rôle central comme ses copines de l'intérieur, sait trop bien que la doublette de Salamanque, Lyttle - Willingham, n'aime pas « qu'on la pousse dans l'épreuve de force ».
Et oui, bien sûr, Pierre Vincent demandera, dans le jeu, plus encore de perfection : « On peut faire moins d'erreurs défensives, même si au total on n'en a pas fait beaucoup. On peut aussi avoir plus d'efficacité offensivement parlant, en y mettant plus d'alternance par exemple. À Bourges, on l'avait emporté en ayant, finalement, un pourcentage de réussite modeste, aux tirs comme aux lancers. Ça laisse de la place ! » Reste qu'au troisième choc en huit jours, les deux formations se connaissent par cœur, même si le technicien tango affirme qu'il lui en reste « dans la besace ».
L'affaire risque de se régler bien au-delà du tableau noir. Dans l'énergie, avant toute chose. « II faudra être très agressif dans les luttes, dans les courses. Tout en sachant rester concentré sur notre plan de bataille et savoir se recentrer si nécessaire », prévient le coach berruyer.
Ne pas tomber dans la peur de mal faire
Mais la dimension suprême de cette belle au couteau sera nerveuse. Le facteur stress, inhérent à toute compétition de haut niveau, surtout avec un tel enjeu !
« II y a forcément beaucoup d'affect ! Ça pèse très lourd dans les jambes, et plus encore dans les têtes », commente Pierre Vincent, qui en a vécu, des situations de ce type, aussi bien sur le banc tango qu'avec les Bleues.
« II y a des moyens, des méthodes, pour agir de ce point de vue sur les individualités. Prenez l'exemple d'une shooteuse : il faut qu'elle comprenne qu'il y a... autre chose à faire que scorer. C'est en se concentrant sur le reste, la défense, le placement, que le tir va prendre son efficacité. Si on se met la pression, on se parasite. Il ne faut pas non plus avoir une approche négative, qui consisterait à se focaliser sur... ce qu'il ne faut pas faire. »
Même si Salamanque a l'avantage d'évoluer dans sa salle, devant les siens, ça ne dédouane en rien de la peur de mal faire. Ça ne rend guère plus serein, quand l'adversaire vous malmène, fait la course en tête, vous fait douter.
Côté berruyer, on n'a qu'une pensée à avoir : une victoire à Salamanque, une qualification, tiendrait de l'exploit. « II faut s'engager fort, collectivement et physiquement. Mettre du sens dans ce qu'on fait ; avoir aussi la capacité à scorer. Si on parvient à tout cela, on se donnera les moyens de réussir. » Et de ne rien regretter. « Après, il y a ce qu'on ne maîtrise pas », rappelle Pierre Vincent...
Hervé Le Fellic
« Ce sera un match à la vie à la mort »
Anaël Lardy, la jeune meneuse de jeu tango, qui découvre l'Euroligue cette saison, rêve de poursuivre l'aventure européenne. Cela passe par un match parfait ce soir au Pabellon Wûrzburg de Salamanque dans une ambiance que l'on annonce muy caliente {*).
A l'image de toute l'équipe, Anaël Lardy était passée à côté de son match, mardi dernier, à Salamanque avant de se révolter, vendredi, au Prado. En cela, les chiffres ne trompent pas : 2 points, aucune passe et un seul rebond à l'aller ; 12 points, 4 passes, trois rebonds et cinq fautes provoquées au retour au Prado. La nuit et le jour... Rencontre à 11.000 mètres d'altitude entre Paris Orly et Madrid Barajas.
Anaël, ce premier match à Salamanque a été une galère, non ?
Comme toute l'équipe, je l'ai mal vécu. On savait que ce serait difficile mais pas à ce point. D'entrée, Salamanque a mis un énorme impact physique auquel on n'a pas su répondre. Et quand on prend un 21-0 dans le premier quart-temps, à ce niveau-là, il est difficile de refaire surface, même si on n'a jamais baissé les bras.
Et puis, il y a eu la révolte du Prado...
C'était important de réagir de la sorte. Pour gagner le droit de disputer la belle mais aussi pour la suite de la saison. Ce n'était pas le même Bourges. On avait bien retenu les conseils du coach et on a su les exploiter au mieux. En début de saison, pas sûr qu'on aurait pu avoir semblable réaction. Là, d'entrée, on a su mettre l'impact physique nécessaire et on est restées sur le même tempo pendant tout le match. Et malgré deux ou trois minutes de relâchement, c'est passé... Il faut dire aussi que le public du Prado a été super et l'ambiance géniale. C'est pour ça que je joue au basket ; pour vivre des moments aussi intenses.
Du coup, cette belle s'annonce des plus ouvertes...
Sur les deux matches, on a pu voir, si l'on excepte l'écart du premier quart-temps de l'aller, que les deux équipes se valent. On a fait le bilan de nos erreurs et ciblé nos points forts. Pour la belle, il va falloir gommer un peu plus les premières et insister sur ce qu'on sait faire le mieux. Dans sa salle, avec son public que je trouve haineux et qui sait mettre une pression énorme, Salamanque sera le favori logique. Nous aurons donc plus à gagner qu'à perdre. D'entrée, il faudra défendre très fort pour éviter la mésaventure de l'aller. Surtout ne pas se crisper ni se mettre trop de pression. On veut aussi montrer le vrai visage de Bourges ailleurs qu'au Prado. C'est une question de fierté.
« Je suis motivée à mille pour cent »
Le banc berruyer, plus étoffé, peut-il faire la différence lors de cette troisième confrontation en huit jours ?
Ça doit aider, effectivement. En multipliant les rotations, en mettant beaucoup d'intensité, en courant partout mais intelligemment comme on l'a fait au Prado, on va bien finir par les fatiguer et leur faire perdre lucidité et adresse. On va s'y mettre à deux, avec Katia, pour user Dominguez (qui avait joué 40 minutes au Prado, NDLR}. De toute façon, ce sera un match à la vie à la mort. C'est ma première saison en Euroligue et j'ai envie que ça dure. Je ne devrais peut-être pas dire ça, mais, par rapport au match aller, je suis motivée à mille pour cent et je ne veux rien lâcher. Si on fait le match parfait, offensivement et défensivement, et même s'il y a des choses qu'on ne maîtrise pas, comme l'arbitrage, ça peut passer.
Au Prado tu avais été décisive sur les derniers lancers (7 sur 8 dans le dernier quart). Tu as un truc ?
Je n'ai pas pensé à l'enjeu. Je me suis imaginée à l'entraînement, j'ai fait le vide et me suis appliquée en réfléchissant à chaque détail technique. C'est tout.
Après six mois à Bourges, quel bilan peux-tu faire ?
J'ai souvent eu des petits ennuis de santé qui m'ont handicapée et nui à ma progression. J'ai dû aussi m'habituer à la plus grande intensité des matches et des entraînements ; à l'enchaînement accéléré des rencontres. Mais ça va de mieux en mieux. J'ai toujours rêvé de jouer à Bourges. Maintenant que j'y suis, je fais tout pour que ça marche. Mon adaptation se fait d'autant plus facilement que mon compagnon est venu avec moi. C'est plus facile à deux... Dans le jeu, je sais que je peux encore évoluer, progresser. Mais ça ne va pas assez vite à mon goût ; j'aimerais être au top tout de suite... Le coach me fait beaucoup travailler ; c'est bien. Il est facile à comprendre mais la mise en application est parfois difficile. Question de temps... J'ai vu ce que Pierre Vincent a fait avec Céline Dumerc. J'aimerais qu'il fasse la même chose, mais pour Anaël Lardy. De toute façon, il n'y a qu'une Céline Dumerc.
(*) très chaude.
Christian Ragot