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Le 23 juin 2004, le site
www.basquetebol.org annonçait que Laia Palau
(recrue de Bourges Basket pour la saison 2004-2005) avait donné un
interview à
MasBasket site espagnol
de basket, et traduisait le début de cet entretien.
Vous trouverez ci dessous une traduction de cet
entretien grâce à Nathalie Millet et Sophie Béchade, que nous remercions
chaleureusement.
Pour ceux qui préfèrent le texte original rendez vous
sur la page du site MasBasket.
MasBasket (Virginia Algora) :
Laia, pourquoi la France ? pourquoi Bourges ? Et pourquoi maintenant ?
Laia : la France est une ligue que je pense un peu au-dessus de la Ligue
Espagnole puisqu'elle a trois équipes qui participent à l'Euroligue. J'ai en outre étudié
le Français et la culture du pays m'attire. Bourges parce que c'est la deuxième
meilleure équipe de la ligue, un club avec beaucoup de tradition en Europe et je jouerai
dans une salle pleine, avec un public qui soutient son équipe. Maintenant, parce
que c'est peut-être le moment de le faire, Je ne l'avais pas spécialement
préparé non plus. Une donnée très importante pour moi, c'est la participation à
l'Euroligue que ne jouera pas Barcelone, je
pense que je dois être dans cette compétition. J'ai 24 ans, je crois beaucoup
dans ce club, et c'était le moment de le faire.
MasBasket : On te
l’a demandé souvent mais le départ de Carme Lluveras a t-il influencé ta
décision ?
Laia : Il est clair que tout m’a influencé, sans être toutefois
décisif. J’ai commencé à y réfléchir en milieu de saison, avant même de savoir
que Carme et Isabel quittaient l’équipe. Les deux destinations qui m’attiraient
pour jouer étaient l’Italie ou la France, on m’a offert la possibilité d’aller à
Bourges, et maintenant j’y suis.
MasBasket
: On devinait que Laia quitterait cette année le UB Barça non
pas pour aller en France mais à Ros Casares. Les passionnés Chés t’attendaient
les bras ouverts. Peut-être un jour ?
Laia : Ros Casares est la meilleure équipe en Espagne, ce serait un
honneur de jouer là-bas mais je préfère changer. Puisque je quitte ce club,
autant que ce soit pour aller loin, quelque part où personne ne me connaît.
MasBasket
: Ce n’est pas une porte que tu fermes alors…
Laia : Non, je ne me ferme aucune porte, ce serait absurde à mon âge. Je
ne dis pas pour autant que je jouerai à Valencia ni qu’à mon retour en Espagne,
je reviendrai à UB Barça. J’aime que les choses viennent à moi quand j’en ai
envie, je pensais que j’allais toujours rester à Barcelone et maintenant, je
m’en vais en France, c’est ainsi, ça me fait envie et je le fais.
MasBasket
: Lors des deux premières rencontres de la finale à la Fonteta,
on te voyait chanter "chicas de acero" (les filles d’acier), on aurait dit que
tu t’entraînais pour la prochaine saison.
Laia : Je le chantais avec un ton goguenard…chicas de acero, chicas
de acero… Non, ce qui se passe c’est que j’ai passé tant d’années à l’écouter que
je la connais et en outre j’aime chanter…
MasBasket
: Beaucoup disent que cette saison, tu as manqué "de
l’étincelle" qui te caractérise, qu’en penses-tu ?
Laia : Oui, il y a eu des moments, surtout à la finale, où j’étais un
peu défaitiste. Je pense que je dois commencer à l’être, mais je ne me considère
pas comme une joueuse qui doit se résigner, ça m’a fatiguée et c’est quelque
chose auquel je ne suis pas encore habituée.
J’aime diriger et mener l’équipe... Mais il faut que je mène l'équipe, que je la
dirige, que je défende, que je mette des paniers importants... Ce sont des choses qui
des fois sortent, des fois ne sortent pas. Le physique doit suivre et ce fut une saison difficile.
MasBasket
: Et toi "la Chispa Palau" (l’étincelle Palau)
Laia : La Chispa Palau, La Chispa Palau… regardes maintenant
(rencontre Catalogne – Lituanie) il y a eu des moments où je sentais l’étincelle
et d’autres où je n’en pouvais plus. Le physique est très important mais le
mental l’est également et il y a des fois où ça coûte. Cette année aussi a été
dure parce que Razza est partie et ça nous a manqué, nous avons eu plusieurs
joueuses intérieures, des problèmes dans la direction, et puis le départ annoncé de
Carme,…
MasBasket
: Quel est ton évaluation de cette saison ?
Laia : Comme je te le disais avant, ce fut une année très difficile.
Personnellement, je suis très contente d’être arrivée à la finale. Ce que je
ressens mal, c’est le 3-0 parce que ça ne reflète pas exactement ce qui s’est
passé sur le terrain.
MasBasket
: Que pensais-tu après le deuxième match ? Pourquoi es-tu
sortie de la salle tête baissée ?
Laia : Malgré que nous pensions être un peu en dessous, j’étais
convaincue que ce jour, nous gagnerions, c’était clair. Pour les deux équipes,
ce fut un match plein d’indécisions, nous ne pouvions pas, nous avons manqué
d’oxygène.
MasBasket
:
Cette
saison dans une certaine entrevue j'ai demandé s'il serait possible d'avoir à
nouveau une équipe comme Universitari formée par Aba, Betty, Ingrid, Sandra, toi
même et les réponses étaient toujours les mêmes, que se serait très difficile
parce que le basket-ball est maintenant différent. Nous allons te surveiller la
saison prochaine, il paraît que l'équipe reprend cette philosophie.
Laia :
Cela me paraît un projet très bien. Il y a beaucoup de bons joueurs catalans,
mais nous ne savons pas pourquoi on nous évalue toujours plus à l’extérieur qu’à
domicile. Si tu veux posséder tous les bons joueurs nationaux évidemment tu dois
dépenser beaucoup d'argent et cela est toujours compliqué. Mais pourquoi
dépenser de l'argent pour des étrangers si chez nous nous possédons ce dont nous
avons besoin, non ? Ce qui arrive, c’est que on ne peut pas toujours réunir
tout le monde, c’est ce qui se passe avec Ingrid actuellement, qui pour
l'instant est en contrat avec le Ros, mais bon le projet est bien.
MasBasket
: Cela ne te peine-t-il pas de partir
justement maintenant ? Comme "curiosité" tu pourrais être la capitaine de
Betty et non Betty la tienne comme cela s’est toujours passée dans l'Uni et dans
la sélection.
Laia :
Mais si
je m’en vais, je m’en vais, parce que bien qu’ils montent une équipe assez
bonne, j'ai donné beaucoup d'années dans ce projet et c’est bien que quelqu'un
prenne la relève. J'espère qu'ils le feront très bien et ainsi, si je dois
revenir, je reviendrais dans une bonne équipe
MasBasket
: Tes duels en France avec Isabel
seront comme ceux qu’il y a ici avec Amaya ?
Laia : Non, je ne crois pas, mais il est clair qu'Isa ne sortira du plancher qu’en
mourant.
MasBasket
: En France, il y a toujours eu des équipes fortes en Europe
comme Bourges, Valenciennes, Aix en Provence. La Ligue française est–elle
meilleure que la ligue espagnole ?
Laia : C’est ce que je dis avant, je ne sais pas si elle est
meilleure mais là-bas, il y a trois équipes auxquelles nous pouvons ajouter
Tarbes qui ont une grosse tradition en Europe et c’est un point fort qui les met
en avant. Je ne sais pas si les équipes françaises du milieu ou bas de tableau
seront du même niveau que les nôtres.
MasBasket
: En ce qui concerne les spectateurs et le suivi médiatique,
sais-tu quelque chose de ce qui t’attends ?
Laia : La moyenne de spectateurs à Bourges est de 2000 même s’il y a
assez souvent 3500 spectateurs. Il y a des écharpes de l’équipe dans les
boutiques, les gens te connaissent, tout le public soutient l’équipe… A côté de
la salle, il y a une tente où peuvent entrer 200 personnes et après chaque match
quelques joueuses s’y rendent parce qu’il y a tous les sponsors de l’équipe.
C’est un autre monde. Je suis enchantée de partir découvrir comment on travaille
en basket féminin d’une manière qui n’est pas précaire comme en Espagne à
l’exception de Ros Casares, je suppose. Là-bas il y a un jacuzzi dans le
vestiaire.
MasBasket
: Tu quittes une grande ville avec peu de spectateurs pour une
petite ville avec un grand nombre de spectateurs. Es-tu préparée ?
Laia : La taille de la ville va plus me gêner que le nombre de
spectateurs, j’en suis sûr. J’adore Barcelone et je ne peux pas l’éviter.
J’arriverai à Bourges et à huit heures, tout sera déjà fermé mais je me fais une
raison.
MasBasket
: Es-tu préparée à ce que tout le monde te reconnaisse dans la
rue ?
Laia : Oui, car dans mon quartier, c’était le cas, je sortais dans la
rue, et les gens m’arrêtaient. Quand on perdait , j’avais intérêt à rester à la
maison parce que sinon ils m’arrêtaient et me parlaient de tout. J’aime les
gens.
MasBasket :
Tant Sevi que toi vous avez laissé les supporters un peu orphelin cette saison
mais il est temps qu'à l'étranger ils soient fixés sur les Espagnoles et qu’ils
commencent à vous considérer comme des étoiles.
Laia :
Oui,
c’est un peu ceci, mais cela peut se lire de deux manières. Maintenant nous
partons comme sont parties avant nous Begoña, Nieves, Rosi... cela veut dire que
le niveau de l'Espagne croît suffisamment pour que les gens aillent à l’étranger
mais d'autre part la Ligue espagnole perd des joueurs et pour nous remplacer on
prend des étrangers pour lesquels il faudra dépenser plus d’argent pour des
joueurs qui ne se sont pas formés ici. Mais il y a des côtés positifs et qu'Isa
s’en aille dans la meilleure équipe d'Europe est quelque chose que je trouve
spectaculaire.
MasBasket : Cette
saison, Isa et Nuria ont tenté leur chance en WNBA ? Ca ne t’a jamais tenté ?
Laia : Pour le moment, c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas. Si
à un moment ou un autre, ça m’intéresse, je chercherai un agent pour me vendre,
mais pour l’instant, ça ne m’intéresse que très peu. De plus, il faut être très
préparé mentalement : si cette année, j’ai commencé la ligue espagnole et
européenne en étant fatiguée, je ne te raconte pas comment je l’aurai recommencé
si j’avais du faire correspondre les différentes saisons. Je suis très
tranquille et j’aime faire peu de choses mais bien faites.
MasBasket : Tu es
concentrée pour la sélection ?
Laia : Bien sûr que oui ; je suppose que tout le monde se fait des
illusions sur cette concentration, le fait d’aller aux Jeux n’a aucun prix. Pour
moi, c’est le maximum. Comme j’ai dit avant, la WNBA m’indiffère mais j’ai
toujours dit que je voulais jouer aux Jeux Olympiques, et que si je le faisais,
je pouvais mourir tranquille au niveau du basket. Jusqu’à maintenant, je pouvais
me retirer, j’ai gagné une ligue, je jouerai aux Jeux, et je pourrai retourner
chez moi pour travailler comme avant. Evidemment, je ne vais pas le faire, mais
je suis très heureuse de ce qu'ai j'ai obtenu.
MasBasket : Tu as
eu le temps de te reposer , tu as récupéré ?
Laia : Oui, je me suis reposée un mois, maintenant je m’entraîne.
MasBasket
:
Pour
l'instant ils ont convoqué trois meneuses plus Laia, comment le vois-tu ?
Laia :
Plus de
meneuses ne rend pas mauvais, non ? Bon je sais seulement qu'Elisa doit être dans la
sélection mais ceci est une décision de l’entraîneur. L'année passée, j’allais
aussi en ailière. Que je termine en jouant meneuse, ce sont les
circonstances de la vie, mais en principe j’y vais en ailière.
MasBasket
:
Si tu devais choisir,
préférerais-tu être meneuse ou ailière ?
Laia :
Moi,
j’espère ne devoir jamais choisir. Je pense que je peux jouer comme aujourd'hui,
quelquefois meneuse et d'autres fois ailière, bien que j'ai aujourd'hui
joué aussi meneuse parce que Núria était blessé.
MasBasket
:
ailière tu aurais
davantage de liberté !
Laia :
Oui, mais...
MasBasket
:
Mais aussi tu aimes
mener l'équipe.
Laia :
En effet c’est ce que
j’aime, j’aime diriger l'équipe, contrôler le temps, c’est super divertissant.
Cela m’est égal de bien contre-attaquer en courant ou de passer. Si je donne une
bonne passe pour une contre-attaque, je suis très heureuse et tout cela
m'économise de courir, que j'aime marquer, que j'aime courir oui, cela
m'enchante. Je pense en outre qu'il est plus amusant de jouer ailière, mais bon
je NE VEUX PAS qu'ils me mettent dans une case. J’ai joué beaucoup de temps
meneuse et je ne l’ai pas mal fait, non ? Ils savent qu'ils peuvent me
positionner dans les deux positions.
MasBasket : Le
sélectionneur dit que notre groupe pour les JO est fort mais, l’autre ne l’est
pas moins.
Laia : Les JO sont compliqués. Peu importe le groupe dans lequel on
est puisqu’il y a les meilleures équipes. Il faut passer la première phase et
voir ce qui se passera dans les suivantes. Gagner les équipes qui sont du même
niveau c’est déjà bien, et pour les équipes plus fortes, il faut l’imaginer.
MasBasket : Après
la cinquième place du Mondial, la troisième d’Europe, nous pouvons avoir un
titre, mais une médaille ?
Laia : Je pense que la cinquième place du Mondial est une référence
pour nous. Mais pour la médaille, je ne me fais pas à l’idée. Par cela, je ne
veux pas dire que je ne la veux pas, mais je suis aussi très réaliste. Si je
pense que je vais faire un podium aux Jeux, je m’envole. Non, je ne me vois pas.
Nous en sommes
là c’est parfait mais je suis très tranquille et cela va se mettre en place
petit à petit. Que nous ayons déjà gagné la Russie et que nous puissions recommencer, c’est bien,
que nous puissions également gagner les Etats-Unis, aussi, mais ce sont des choses
qui se déroulent peu de fois dans la vie. Si c’est le cas, parfait. Je ne vais
pas jeter l'éponge, mais je
préfère aller petit à petit.
MasBasket
:
je voulais aussi vous
demander, allez-vous défiler ?
Laia :
En effet !!
enfin je suppose. Nous y allons, ils ne vont pas m’empêcher de défiler.. ! !
MasBasket
:
Je te le
demande parce qu'il y a quelques sportifs qui, s'ils concourent le jour
suivant, ne vont pas prendre part, parce que la cérémonie inaugurale est
généralement très longue.
Laia :
En effet, je le dis à
Cholas qu'il vienne. Non, non, ce doit être grandiose d'être du défilé.
MasBasket
:
Ont-ils déjà pris tes
mesures pour la tenue ?
Laia :
Oui, avant d'aller en
Europe et pour tout, je disais, je suis confiante. Ils nous ont pris les mesures
de la tête, des mains...
MasBasket :
Quelque chose que je ne t’ai pas demandé et que tu aimerais dire ?
Laia : Non, je suis contente de la décision que j’ai prise parce tout
le monde pensait que je ne partirais jamais de Barcelone. Je pense que ça m’a
fait grandir. |