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OPEN FÉMININ Bourges vainqueur dans la douleur de
Saint-Amand-les-Eaux,
Victoire poussive samedi soir à Coubertin, mais précieuse Bourges
a démontré à l'Open, dans le gymnase
parisien Coubertin, et son potentiel, et le boulot énorme qui reste à effectuer.
Mais gagner dans la difficulté, c'est aussi précieux.
PAR HERVE LE FELLIC
a eut le goût, l'apparence, d'un premier match de championnat... et c'en fut un.
Samedi soir, dans le cadre inédit de Coubertin, abri de l'Open féminin nouvel le
formule, puisque faisant cette fois office de la journée initiale du championnat
de France, les Berruyères ont eu toutes les peines du monde à venir à bout d'Amandinoises
certes
promues, mais qui ont déjà averti tout leur monde : elles en feront tourner plus
d'une en bourrique.
Il est vrai que question bizuth, ça se pose un peu là. Il y a des joueuses
d'expérience et de qualité, de Luba Drljaca, qu'on ne présente plus au Prado, à
l'ex Strasbourgeoise Teana Miller, sacrée tenancière de baraque, en passant par
une Brown qui sait se rendre précieuse aux quatre coins du terrain.
Du boulot pour l'intérieur tango Comme l'estimait Marie Fouteret, le nouveau
(énième) pensionnaire nordiste de la Ligue a fait plus qu'une belle entrée en
matière : "Pour un premier match à ce niveau, on a vraiment fait une bonne
prestation. Il n'y a même pas quinze jours qu'on bosse ensemble, il nous reste
bien évidemment beaucoup de travail. Mais échouer à cinq points seulement de
Bourges, franchement, on n'a pas le droit d'être déçues." D'autant que les
protégées de David Thiébault, au contraire des Tango, ont senti le poids de
certaines
décisions arbitrales qui ont pu avoir leur petite importante.
En tout cas, si Saint-Amand a encore du pain sur la planche, et c'est d'une
logique implacable, comme pour
toutes les équipes qui n'ont encore de collectif que le nom, que dire du Bourges
basket ? Qu'il en est exactement au même point. Il y a d'un côté la colonne
acquis, de l'autre la liste, forcément plus exhaustive,
des tâches restant à mener à bien. Prenez l'organisation du secteur intérieur.
Visiblement, tout le monde ne parle pas encore le même langage. D'ailleurs, les
meilleures périodes berruyères ont coïncidé avec la présence conjointe de
Sabrina Reghaïssia et d'Elodie Godin dans les peintures. Bernie Ngoyissa
(14minutes, car très vite lestée de deux fautes) et plus encore la jeune Sena
Pavetic (8 minutes) ont de ce fait eu un temps de jeu plus réduit qu'attendu. Ce
qui n'accélère pas leur intégration, à l'évidence. "On a eu face à Saint-Amand
des difficultés à mettre en place notre jeu", admit le coach tango, Pierre
Vincent. "Tout n'est pas calé, et ça ne va pas se faire par miracle. Il y a des
joueuses, telles Cathy, qui comprennent rapidement notre philosophie de
jeu, d'autres assimilent moins rapidement." Le problème est double : il faut que
les deux nouvelles spécialistes du poste cinq trouvent leurs marques. Mais il
faut aussi que l'équipe, qui n'a pas eu ces dernières saisons
de tels points d'appui, apprenne à les mettre en valeur, à les trouver. Il faut
aussi que l'équipe tango trouve son
équilibre : de Laia Palau à Cathy Melain, la force de pénétration est
impressionnante. Mais il ne faut pas non plus que cela tourne à l'embouteillage,
au resserrement du jeu dans l'axe central. Que les filles se marchent sur les
pieds dans un espace restreint forcément moins propice à la juste expression.
Quand Bourges saura tout à la fois jouer posté, f ixer , puis ressortir par
exemple pour une Anete Jekabsone voire une Sabrina Reghaïssia
qui n'attendent que cela, on verra déjà un autre visage. "Samedi soir, c'était
un match de reprise, avec tout ce
que cela comporte", estimait le président berruyer Pierre Fosset. "On manque
bien sûr de compétition ; on s'use aussi à toujours se trouver face à une
défense de zone. Mais je n'ai jamais été inquiet, vraiment." Ces victoires
arrachées, quand tout ne baigne vraiment pas dans l'huile, sont tellement
importantes au décompte final. Bourges sait désormais tout ce qui lui reste à
travailler, de la défense propre à servir de rampe de lancement à la précision
des mouvements offensifs, qui apporterait plus qu'un juste 37 % de réussite à
deux points. Mais
il y a aussi dans cette première prestation des motifs d'y croire vraiment.
D'abord parce que les Tango vont pouvoir désormais se multiplier aux
entraînements, tout en ayant un programme de compétition à leur portée
(déplacement samedi à Strasbourg puis réception de Challes). Ensuite, le secteur
intérieur va forcément se bonifier jour après jour, pour peu que toutes les
grandes trouvent les formes de jeu idoines à leur bon rendement.
Enfin, quand on voit comment la formation tango est outillée à l'extérieur, on
imagine à l'avance ce que ça donnera. C'était un début poussif... mais
vainqueur. CATHY MELAIN
Retour gagnant sous le maillot tango
"Besoin de temps pour se mettre en place"
Retour gagnant sous le maillot tango pour Cathy Melain. On n'en attendait pas
moins face au promu saint-amandois. Il n'empêche : ça n'a rien eu d'une partie
de plaisir. Et c'est justement dans la difficulté que Cathy a montré tout ce
qu'elle pouvait apporter à l'équipe berruyère cette saison.
On la vit ainsi remettre du charbon dans la machine tango plus souvent qu'à son
tour quand ça ne tournait pas
très rond. On la vit même s'agacer, rameuter les troupes et prendre ses
responsabilités lors des moments forts de la rencontre, contribuant ainsi à
remettre l'équipe dans le droit chemin, celui de la victoire.
Sur le métier. "On m'a aussi prise pour ça, dit-elle modestement. C'est le rôle
des joueuses d'expérience de relancer la machine dans les moments difficiles."
Au final, une ligne de stats très homogène : 17 points, 6 fautes
provoquées, 3 interceptions. 3 rebonds et la meilleure note évaluation de
l'équipe tango, avec 18. Le tout, en 36 minutes sur le parquet. Preuve, pour
ceux qui en doutaient encore, que Cathy n'est pas revenue en Berry pour y couler
une paisible retraite...
Cathy, premier match et première victoire. Satisfaite ?
"Au strict plan du résultat, oui ! On a peiné, c'est vrai, mais il faut rester
positif. Il faut toujours gagner un match,
même difficilement, parce que c'est important pour la suite de la compétition."
Vous avez donné l'impression de ne jouer que par séquences, avec quelques
bonnes périodes et d'autres beaucoup moins bien. Comment expliques-tu ça ?
"On a surtout eu des périodes de deux ou trois minutes où on a complètement
déjoué. Quand on ne prenait
pas nos responsabilités sur les tirs ou dans le jeu. Ou encore après des tirs
faciles manqués. Après, tout s'enchaîne. On doute et on n'ose plus. Mais ça n'a
rien de bien inquiétant. C'est d'abord une question de
temps. On a encore beaucoup de choses à travailler. Nous sommes en phase de
progression mais l'équipe est encore loin d'exprimer tout son potentiel. Quand
le collectif sera au point, tout ça se corrigera naturellement. Il faut trouver
un équilibre en tout..."
Physiquement aussi, vous avez parfois donné l'impression d'être un peu
justes...
"C'est sûr que les filles qui étaient à l'Euro, et il y en a beaucoup chez nous,
ont accumulé beaucoup de fatigue.
C'est normal qu'elles accusent le coup,même si le staff en a tenu compte lors de
la préparation. On doit retrouver de la fraîcheur pour évoluer sur un rythme
plus élevé ; mais là aussi, il faut savoir être patient. Ça viendra avec le
temps..."
Il faut continuer à travailler Il y a eu aussi quelques gros balbutiements
dans les relations de jeu, notamment intérieur - extérieur.
"On a effectivement eu du mal à se trouver. Et pas seulement dans les relations
intérieur- extérieur. Mais c'est normal. Nous n'en sommes qu'au premier match et
l'équipe a changé, dans tous les compartiments du jeu. Tout le monde doit
d'abord trouver sa place dans l'équipe et apprendre à chercher les autres. Là
encore, je ne suis pas inquiète. Ça viendra avec le temps. Franchement, il ne
faut pas s'arrêter à ce match, mais continuer à travailler pour progresser et
être prêtes pour les grosses échéances qui nous attendent à la fin du mois et en
novembre."
Que penses-tu de cette formule avec tous les matches de la première journée
concentrés en un week-end sur un même lieu ?
"C'est intéressant. Médiatiquement, la ligue a créé l'événement. Le faire à
Paris, c'est un plus. Pour les joueuses, ce n'est cependant pas facile à gérer.
Nous sommes énormément sollicitées, par les médias, pour les photos
officielles... On voit beaucoup de monde et il n'est pas évident de rester
concentrées sur ce qui est tout de même l'essentiel : le match. Car là, et
contrairement aux précédents Open, ça compte !"
PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTIAN RAGOT
OPEN La formule On remet ça en 2006 !
Faire la promotion du basket féminin en créant l'événement : on ne peut
qu'applaudir des deux mains. En réunissant les quatorze équipes de la Ligue en
un même lieu, à Paris, pour y faire disputer la première journée de championnat,
le président de la LFB, Jean-Pierre Siutat, a atteint son objectif. Avec plus de
cinquante
journalistes accrédités, quelque 2000 spectateurs samedi et autant le dimanche,
des matches très souvent serrés
et âprement disputés, ce premier Open "ne comptant pas pour du beurre" mérite
d'être pérennisé. En y apportant quelques modifications. Ainsi, certains
représentants de clubs, notamment ceux qui avaient le privilège de recevoir à...
Coubertin, n'ont pas manqué de souligner que l'Open les privait d'une recette à
domicile.
Il y aura un Open en 2006 à Paris "Il faut prévoir une forme de dédommagement au
plan financier, a ainsi jugé le président du Bourges basket, Pierre Fosset. Mais
cet Open, c'est une découverte pour tout le monde, le public , les joueuses ;
c'est positif pour notre sport et il a surtout le mérite d'exister."
Au plan sportif aussi, d'autres, les perdants notamment, avaient quelques
raisons de s'estimer lésés. Le fait
de jouer sur terrain neutre nivelle les valeurs, et c'est encore plus vrai en
début de saison, quand les équipes les plus fortes ne tournent pas à plein
régime. Ainsi, Bourges et Mondeville, les européens, pourtant largement favoris,
ont ramé pour l'emporter. Mais celles qui ont le plus trinqué, ce sont les
Clermontoises, battues... à domicile par Calais. "A Clermont, on n'aurait
certainement pas vu le même match, pestait le coach auvergnat
Pascal Delaliaux. Là, les filles ont vécu dans le luxe pendant deux jours et ne
sont jamais entrées dans le match !
Et avec ça, on ne va jouer qu'une fois dans notre salle lors des cinq premières
journées de championnat ! Difficile de fidéliser le public dans ces
conditions..."
Bien sûr, si Clermont avait gagné, le discours aurait sans doute été différent.
Mais c'est vrai qu'au plan de l'équité sportive, cet Open n'est pas la panacée.
De tout cela, Jean-Pierre Siutat , est bien conscient. "C'est évident, il y a
des imperfections mais on va améliorer ça. Déjà, tous les clubs recevant vont
toucher une
indemnité de recette de 1 500 euros. Dans l'histoire, certains vont même être
gagnants... Au plan sportif, ceux qui ont reçu cette année se déplaceront la
saison prochaine, et ainsi de suite. Car vous pouvez déjà l'écrire, il y aura un
Open en 2006, très précisément le week-end du 15 octobre. Notre désir est de
pérenniser l'épreuve sur au moins cinq ans. Toujours à Paris, dans cette salle
Pierre-de-Coubertin. Un Open qui servira également
de cadre pour la première journée de championnat. Il est essentiel de conserver
cet esprit de compétition. Ça créé une plus grande dynamique et les joueuses
adhèrent à ce projet. Dans l'ensemble, je suis globalement
satisfait de cette édition 2005. Le public a répondu présent , on a vu de bons
matches, on a soigné l'organisation pour les joueuses qui ont semblé ravies de
se retrouver toutes ensemble... Ma déception vient de l'absence de la télé et de
la très faible couverture des médias nationaux...."
CHRISTIAN RAGOT
FORMATION : A Bourges Chère mais utile et de qualité
Faut-il faire de la formation. Ou plus précisément,
l'investissement consenti à former de jeunes joueuses est-il rentable ?
C'est la grande question que les présidents de clubs de Ligue féminine se posent
régulièrement. L'obligation
est pourtant faite aux quatorze clubs de disposer d'un centre de formation avec,
pour en assurer l'encadrement, des éducateurs brevetés (BE1 et BE2). "Dans
l'absolu, chacun est bien conscient que la formation est nécessaire" résume
Pierre Fosset, le président du Bourges Basket , "mais on se demande si la
formule actuelle est la bonne...".
La formation est nécessaire tout simplement parce que les clubs français n'ont
plus les moyens financiers, aujourd'hui, de recruter pas cher à l'étranger. En
l'espace de quatre ou cinq ans, la donne a changé. Les pays de l'Est disposent
de moyens autrement plus importants, pas seulement pour des raisons fiscales, et
peuvent se permettre d'attirer les meilleures joueuses de la planète. Les clubs
français, non !
"En ce qui nous concerne, le budget de la formation à Bourges s'élève à 250.000
euros. Et s'il appert que la Ligue féminine en bénéficie directement puisque
dans bon nombre d'équipes, il y a souvent une joueuse qui a débuté chez nous,
cela ne profite que trop rarement à notre équipe" analyse Pierre Fosset.
"Surtout, quand comme nous, on dispute l'Euroligue et qu'il y a une obligation
de résultat immédiate. Sauf exception (Emmeline Ndongue et Ilona Korstine, ndlr),
il est impossible de faire monter directement une cadette en pro et d'en faire
une titulaire. L'écart est trop important. C'est pourquoi je pense qu'il
faudrait se pencher sur la formule actuelle. Pourquoi ne pas augmenter la
tranche d'âge dite de formation en autorisant l'utilisation de joueuses de 20 ou
21 ans en NF2 ou NF3 ? Peut-être pourrait-on alors offrir une place sur le banc
à une fille directement issue de la formation."
Voilà sans doute une idée à creuser. Il n'empêche, avec Elodie Chieze
(Strasbourg), Emmeline Ndongue (Aix), Viriginie Delépine (Saint-Amand), Yacine
Sène (Clermont ) , Clarisse M'Paka (Calais) , Sandrine Ronot
(Montpellier), Elodie Gérard (Mourenx)... toutes présentes sur le parquet ce
week-end à Paris la formation berruyère a prouvé son utilité et sa qualité.
C'est déjà ça ! "C'est effectivement un grand motif de satisfaction et la preuve
qu'on ne travaille pas pour rien au quotidien" se réjouit le président tango.
"On va continuer..."
CHRISTIAN RAGOT
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