Ligue féminine (3e journée) : Bourges basket - Challes-les-Eaux
84-56
Une première sortie de belle facture
Même si tout n'a pas été parfait hier soir, Bourges a donné dans
le sérieux, hier soir, face à Challes. Et le Prado a pu découvrir une équipe
encore en construction, mais prometteuse.
PAR HERVE LE FELLIC
Il y en avait hier soir, de l'impatience, au Prado. Dans les tribunes, bien sûr,
restées si longtemps, trop longtemps silencieuses. Et finalement bien garnies,
malgré la concurrence des Bleus de Domenech. Mais aussi dans les yeux des Tango,
et tout spécialement de Cathy Melain, qui n'avait pas foulé l'endroit en match
depuis deux bonnes années.
L'impatience, Pierre Vincent le soulignait hier dans nos colonnes, peut être la
meilleure des choses, ou un beau désavantage pour qui s'emballe trop. Mais ce
furent bien les Tango qui emballèrent parfaitement leur première rencontre de la
saison à domicile, face à ce Challes certes promu mais tombeur le samedi
précédent des Valenciennoises.
Dur retour pour Silvia Janostinova
Et ce fut, pour les Berruyères, un motif d'entrer plus sérieusement encore dans
la bataille. "C'est vrai qu'il y avait danger à avoir gagné facilement à
Strasbourg, et à affronter un promu dans la foulée", expliqua Cathy Melain, qui
signa superbement son retour à la maison. "Seulement voilà, le fait que Challes
avait battu Valenciennes fut une alerte sur le fait qu'elles savaient jouer au
basket. Du coup, on les a prises plus encore au sérieux."
Et Challes vit d'entrée le voile lui recouvrir les yeux, sous le coup d'une
première accélération berruyère, en fin de premier quart temps. A 31-16 en
seulement dix minutes, on était parti sur des bases élevées ! "On avait
beaucoup donné le samedi précédent face à Valenciennes", estima la néo
Chalésienne Silvia Janostinova, elle aussi revenue dans ce Prado où elle a passé
deux saisons. "Et c'est vrai que ça fait des souvenirs, que ça fait
plaisir de rejouer ici." Mais le regard de sa maman et de sa soeur Anna Kotocova
ne suffirent pas. "En début de rencontre, on ne se trouvait pas. On a vraiment
pris d'entrée beaucoup trop de points et on a abandonné les
rebonds. Pourtant, on voulait imposer notre jeu, mais il est évident que Bourges
nous attendait dès la première minute. Heureusement que sur la fin, on a su
montrer un meilleur visage, en défense notamment." Il n'y avait pas là de quoi
satisfaire, on s'en doute, le coach savoyard, Corinne Bénintendi. Pour qui les
siennes n'ont "fait que des bribes de match. On est revenu sur terre. Et à notre
niveau, qui est celui d'une équipe qui se construit, quand en face il y avait le
futur champion de France." On laisse à l'ancienne internationale, trois fois
championne de France, la pleine responsabilité d'un pronostic qui ne déplairait
à aucun supporter ou dirigeant tango. Mais force est de reconnaître que les
siennes, privées des services d'une grande meneuse étrangère (ce que n'est
pas Savic, visiblement), ont subi la loi des Berruyères. "On a été maladroites,
tout spécialement à l'intérieur, où on a beaucoup raté. On a été mangées au
rebond et on a trop laissé Bernadette Ngoyisa s'exprimer. On
a aussi beaucoup subi les contre-attaques de Bourges. On savait que c'était leur
point fort, mais on n'a pas su l'enrayer. En plus, on a eu peur de presser en
défense et on est restées à quatre mètres de l'adversaire. Et
dans ce cas, Bourges est un rouleau compresseur. Maintenant, si on avait joué
comme face à Valenciennes, on ne sera pas à trente points."
Construire une forteresse
Et pourtant, Bourges n'a pas fait preuve d'une énorme constance. Premier et
troisième quarts temps bien, mais pour les deux autres, l'allant fut moins
visible. On vit ainsi les Tango coincées dans un jeu trop en périphérie et même
perdre la dernière période. Mais on a vu aussi de belles promesses, et en tout
premier lieu la confirmation du match de Strasbourg : Bernie Ngoyisa sait déjà
se rendre précieuse : "Ce premier match à domicile avait beaucoup d'importance
pour nous", narra la Congolaise. "Il fallait qu'on gagne, qu'on se donne à
fond." Elle s'exprime de mieux en mieux dans ce jeu forcément nouveau pour elle,
Bernie. "C'est différent, mais le coach est toujours derrière moi, pour corriger
ce qui ne va pas." Un coach qui reconnaît ses progrès, qui loue son envie de
travailler, qui, bien sûr, attend plus encore d'elle. Comme de sa troupe : "En
première mi-temps, on a joué vite, ce qui fait aussi qu'on a rapidement rendu le
ballon à l'adversaire, parfois. On a vu que dès qu'on relâchait un peu
l'attention, Challes en profitait pour scorer. Il faut qu'on sache recadrer les
choses quand ça va moins bien, ce qu'on n'a pas su faire face à Challes."
On ne va quand même pas faire la fine bouche, tant ce Bourges-là, qui n'en est
qu'à ses premiers vagissements, est riche de promesses. "On doit toutes
travailler collectivement, encore", rappela Cathy Melain. "On veut que le Prado
devienne une forteresse et il faut d'entrée prendre ses marques, en prévision
des futurs gros chocs." Ceux qui vont arriver rapidement, désormais, et qui
auront forcément une autre dimension physique que le
match d'hier soir. C'est bien pour cela que chaque seconde doit être mise en
oeuvre, pour continuer la construction de l'édifice. De ce qu'on espère être la
forteresse évoquée par Cathy.
LE FILM DU MATCH
Dernier tombeur de Valenciennes, Challes est débordé au Prado par
les Tango(84-56)
En alternant le très bon et le moins bon....
Rassembler plus de 2000 spectateurs un soir... de France-Chypre de football,
décisif pour la qualification pour le Mondial 2006, voilà qui avait de quoi
donner plus l'envie encore aux Tango de faire le spectacle. De renouer avec la
compétition à la maison et d'afficher leurs ambitions. En cela, elles étaient au
moins aussi impatientes que le public berruyer, privé de basket depuis cinq
longs mois.
Mais la méfiance était quand même de mise. Challes, surprenant promu, ne
venait-il pas de tomber Valenciennes, le champion de France en titre ? En
alignant les centimètres les centimètres dans son cinq de départ avec
Janostinova (1,94 m), Pilyashenko (1,93), Viotty (1,83) et Luptakova (1,84),
Challes affirmait son envie de jouer crânement sa chance.
Mais Bourges avait d'autres arguments que la taille à faire valoir. Pour son
grand retour à la maison, Cathy Melain, dans son style si caractéristique, s'en
alla d'entrée provoquer la faute de Luptakova pour marquer les deux premiers
points berruyers sur lancers. Mais alors que Pierre Vincent avait demandé de
repousser au maximum les intérieures adverses, Silvia Janostinova ressortait un
ballon impeccable pour Luptakova
qui, en tête de raquette, égalisait à 2-2.
C'était parti sur un bon rythme et si Bourges progressait, grâce notamment aux
lancers sur les fautes provoquées par Cathy Melain (8-3), les Savoyardes,
boostées par Corinne Benintendi, ne lâchaient rien, revenant à 8-8 sur un
missile de Cayot (3e). Mais la réplique de Cathy Melain était immédiate : 11-8.
A trois points encore, Viotty ramenait pourtant à 11-11.
C'était cependant le chant du cygne pour les Challésiennes...
Dès l'instant où les Tango se mirent à accélérer, cela devint même franchement
difficile pour les promues. Avec les premiers changements (Godin et Jekabsone
pour Reghaïssia et Palau), les locales se donnaient un peu plus de mordant
encore et leurs interceptions étaient autant de coups de poignard plantés dans
le dos de leurs adversaires. Dumerc, Palau, Melain... c'était chacune leur tour.
Alors qu'en dessous, Bernie N'Goyisa et Elodie Godin faisaient la loi des deux
côtés du terrain. Après un 8-0 (19-11), Challes avait encore un soubresaut sur
un panier venu d'ailleurs signé Viotty mais les Tango en remettaient une couche
par Palau, Godin et Dumerc notamment pour boucler le premier quart temps sur un
31-16 ô combien réjouissant.
Petit passage à vide
Mais, et c'est normal si tôt dans la saison, les Tango ne purent tenir ce rythme
très (trop ?) élevé. A l'attaque du deuxième quart, si les bonnes intentions y
étaient, les maladresses aussi. Il était tout de même rassurant de constater que
Bernie N'Goyisa commençait à bien se positionner en dessous et ses coéquipières
à la trouver dans de bonnes conditions. Et comme la Congolaise est plutôt
adroite, on imagine déjà ce que cela pourra
donner quand le jeu tango sera mieux huilé. Mais on l'a dit, ce deuxième quart
temps était tout de même difficile pour les locales et Challes, après avoir
signé un méritoire 6-0, réussissait à la limiter la casse : 43-28 au
repos et 12-12 sur le quart temps.
Le + 30 par Laia Palau
Mais après quelques minutes des repos, le temps pour Pierre Vincent de recadrer
quelques petites choses et les Tango reprenaient leur marche en avant.
Dominatrices en dessous, intenables à l'extérieur, elles se détachaient
irrésistiblement. Le +20 (52-32) était signé Céline Dumerc au prix d'une
pénétration rageuse. Le + 25 (58-33) par Cathy Melain et le +30 (71-41) par Laïa
Palau après une interception déclenchant les vivas du public du Prado (30e).
Mais un peu comme en première mi-temps, les Berruyères avaient du mal à repartir
pour le dernier quart. Les jambes se faisaient lourdes, surtout après le rythme
imposé durant le troisième quart. Et quand la fatigue est
là, la lucidité et l'adresse n'y sont plus. Mais encore une fois, il n'y a rien
d'alarmant à jouer par séquences si tôt dans la saison. Ce deuxième passage à
vide avait au moins l'avantage de remettre Challes dans le match.
Dans le sillage de Silvia Janostinova (évoluant sous les yeux de sa soeur, Anna
Kotocova) et de Emilie Duvivier, les Savoyardes signaient même un étonnant 12-0
(73-53). Pierre Vincent lançait quand même la jeune espoir Julie Forest (35e)
pour ménager quelques unes de ses joueuses cadres avant le match difficile qui
les attend samedi à Nice. Le risque, à + 20, était minime, il est vrai. D'autant
que Cathy, Bernie et les autres avaient à coeur de finir fort, ne serait-ce que
pour dire au public que de chouettes soirées l' attend cette saison au Prado.
Bourges finissait ainsi plus fort, grâce notamment à Cathy Melain (26 points et
une note évaluation
à 34 !) pour l'emporter avec 28 points d'écart : 84-56. Face au tombeur de VO,
on s'en contentera. Et largement encore.
CHRISTIAN RAGOT
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