Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
13/10/2005

 
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Ligue féminine (3e journée) : Bourges basket - Challes-les-Eaux 84-56

Une première sortie de belle facture

Même si tout n'a pas été parfait hier soir, Bourges a donné dans le sérieux, hier soir, face à Challes. Et le Prado a pu découvrir une équipe encore en construction, mais prometteuse.
 


PAR HERVE LE FELLIC

Il y en avait hier soir, de l'impatience, au Prado. Dans les tribunes, bien sûr, restées si longtemps, trop longtemps silencieuses. Et finalement bien garnies, malgré la concurrence des Bleus de Domenech. Mais aussi dans les yeux des Tango, et tout spécialement de Cathy Melain, qui n'avait pas foulé l'endroit en match depuis deux bonnes années.
L'impatience, Pierre Vincent le soulignait hier dans nos colonnes, peut être la meilleure des choses, ou un beau désavantage pour qui s'emballe trop. Mais ce furent bien les Tango qui emballèrent parfaitement leur première rencontre de la saison à domicile, face à ce Challes certes promu mais tombeur le samedi précédent des Valenciennoises.

Dur retour pour Silvia Janostinova
Et ce fut, pour les Berruyères, un motif d'entrer plus sérieusement encore dans la bataille. "C'est vrai qu'il y avait danger à avoir gagné facilement à Strasbourg, et à affronter un promu dans la foulée", expliqua Cathy Melain, qui signa superbement son retour à la maison. "Seulement voilà, le fait que Challes avait battu Valenciennes fut une alerte sur le fait qu'elles savaient jouer au basket. Du coup, on les a prises plus encore au sérieux."
Et Challes vit d'entrée le voile lui recouvrir les yeux, sous le coup d'une première accélération berruyère, en fin de premier quart temps. A 31-16 en seulement dix minutes, on était parti sur des bases élevées ! "On avait
beaucoup donné le samedi précédent face à Valenciennes", estima la néo Chalésienne Silvia Janostinova, elle aussi revenue dans ce Prado où elle a passé deux saisons. "Et c'est vrai que ça fait des souvenirs, que ça fait
plaisir de rejouer ici." Mais le regard de sa maman et de sa soeur Anna Kotocova ne suffirent pas. "En début de rencontre, on ne se trouvait pas. On a vraiment pris d'entrée beaucoup trop de points et on a abandonné les
rebonds. Pourtant, on voulait imposer notre jeu, mais il est évident que Bourges nous attendait dès la première minute. Heureusement que sur la fin, on a su montrer un meilleur visage, en défense notamment." Il n'y avait pas là de quoi satisfaire, on s'en doute, le coach savoyard, Corinne Bénintendi. Pour qui les siennes n'ont "fait que des bribes de match. On est revenu sur terre. Et à notre niveau, qui est celui d'une équipe qui se construit, quand en face il y avait le futur champion de France." On laisse à l'ancienne internationale, trois fois championne de France, la pleine responsabilité d'un pronostic qui ne déplairait à aucun supporter ou dirigeant tango. Mais force est de reconnaître que les siennes, privées des services d'une grande meneuse étrangère (ce que n'est
pas Savic, visiblement), ont subi la loi des Berruyères. "On a été maladroites, tout spécialement à l'intérieur, où on a beaucoup raté. On a été mangées au rebond et on a trop laissé Bernadette Ngoyisa s'exprimer. On
a aussi beaucoup subi les contre-attaques de Bourges. On savait que c'était leur point fort, mais on n'a pas su l'enrayer. En plus, on a eu peur de presser en défense et on est restées à quatre mètres de l'adversaire. Et
dans ce cas, Bourges est un rouleau compresseur. Maintenant, si on avait joué comme face à Valenciennes, on ne sera pas à trente points."

Construire une forteresse
Et pourtant, Bourges n'a pas fait preuve d'une énorme constance. Premier et troisième quarts temps bien, mais pour les deux autres, l'allant fut moins visible. On vit ainsi les Tango coincées dans un jeu trop en périphérie et même perdre la dernière période. Mais on a vu aussi de belles promesses, et en tout premier lieu la confirmation du match de Strasbourg : Bernie Ngoyisa sait déjà se rendre précieuse : "Ce premier match à domicile avait beaucoup d'importance pour nous", narra la Congolaise. "Il fallait qu'on gagne, qu'on se donne à fond." Elle s'exprime de mieux en mieux dans ce jeu forcément nouveau pour elle, Bernie. "C'est différent, mais le coach est toujours derrière moi, pour corriger ce qui ne va pas." Un coach qui reconnaît ses progrès, qui loue son envie de travailler, qui, bien sûr, attend plus encore d'elle. Comme de sa troupe : "En première mi-temps, on a joué vite, ce qui fait aussi qu'on a rapidement rendu le ballon à l'adversaire, parfois. On a vu que dès qu'on relâchait un peu l'attention, Challes en profitait pour scorer. Il faut qu'on sache recadrer les choses quand ça va moins bien, ce qu'on n'a pas su faire face à Challes."
On ne va quand même pas faire la fine bouche, tant ce Bourges-là, qui n'en est qu'à ses premiers vagissements, est riche de promesses. "On doit toutes travailler collectivement, encore", rappela Cathy Melain. "On veut que le Prado devienne une forteresse et il faut d'entrée prendre ses marques, en prévision des futurs gros chocs." Ceux qui vont arriver rapidement, désormais, et qui auront forcément une autre dimension physique que le
match d'hier soir. C'est bien pour cela que chaque seconde doit être mise en oeuvre, pour continuer la construction de l'édifice. De ce qu'on espère être la forteresse évoquée par Cathy.


LE FILM DU MATCH

Dernier tombeur de Valenciennes, Challes est débordé au Prado par les Tango(84-56)

En alternant le très bon et le moins bon....

Rassembler plus de 2000 spectateurs un soir... de France-Chypre de football, décisif pour la qualification pour le Mondial 2006, voilà qui avait de quoi donner plus l'envie encore aux Tango de faire le spectacle. De renouer avec la compétition à la maison et d'afficher leurs ambitions. En cela, elles étaient au moins aussi impatientes que le public berruyer, privé de basket depuis cinq longs mois.
Mais la méfiance était quand même de mise. Challes, surprenant promu, ne venait-il pas de tomber Valenciennes, le champion de France en titre ? En alignant les centimètres les centimètres dans son cinq de départ avec Janostinova (1,94 m), Pilyashenko (1,93), Viotty (1,83) et Luptakova (1,84), Challes affirmait son envie de jouer crânement sa chance.
Mais Bourges avait d'autres arguments que la taille à faire valoir. Pour son grand retour à la maison, Cathy Melain, dans son style si caractéristique, s'en alla d'entrée provoquer la faute de Luptakova pour marquer les deux premiers points berruyers sur lancers. Mais alors que Pierre Vincent avait demandé de repousser au maximum les intérieures adverses, Silvia Janostinova ressortait un ballon impeccable pour Luptakova
qui, en tête de raquette, égalisait à 2-2.
C'était parti sur un bon rythme et si Bourges progressait, grâce notamment aux lancers sur les fautes provoquées par Cathy Melain (8-3), les Savoyardes, boostées par Corinne Benintendi, ne lâchaient rien, revenant à 8-8 sur un missile de Cayot (3e). Mais la réplique de Cathy Melain était immédiate : 11-8. A trois points encore, Viotty ramenait pourtant à 11-11.

C'était cependant le chant du cygne pour les Challésiennes...
Dès l'instant où les Tango se mirent à accélérer, cela devint même franchement difficile pour les promues. Avec les premiers changements (Godin et Jekabsone pour Reghaïssia et Palau), les locales se donnaient un peu plus de mordant encore et leurs interceptions étaient autant de coups de poignard plantés dans le dos de leurs adversaires. Dumerc, Palau, Melain... c'était chacune leur tour. Alors qu'en dessous, Bernie N'Goyisa et Elodie Godin faisaient la loi des deux côtés du terrain. Après un 8-0 (19-11), Challes avait encore un soubresaut sur un panier venu d'ailleurs signé Viotty mais les Tango en remettaient une couche par Palau, Godin et Dumerc notamment pour boucler le premier quart temps sur un 31-16 ô combien réjouissant.


Petit passage à vide
Mais, et c'est normal si tôt dans la saison, les Tango ne purent tenir ce rythme très (trop ?) élevé. A l'attaque du deuxième quart, si les bonnes intentions y étaient, les maladresses aussi. Il était tout de même rassurant de constater que Bernie N'Goyisa commençait à bien se positionner en dessous et ses coéquipières à la trouver dans de bonnes conditions. Et comme la Congolaise est plutôt adroite, on imagine déjà ce que cela pourra
donner quand le jeu tango sera mieux huilé. Mais on l'a dit, ce deuxième quart temps était tout de même difficile pour les locales et Challes, après avoir signé un méritoire 6-0, réussissait à la limiter la casse : 43-28 au
repos et 12-12 sur le quart temps.

Le + 30 par Laia Palau
Mais après quelques minutes des repos, le temps pour Pierre Vincent de recadrer quelques petites choses et les Tango reprenaient leur marche en avant. Dominatrices en dessous, intenables à l'extérieur, elles se détachaient irrésistiblement. Le +20 (52-32) était signé Céline Dumerc au prix d'une pénétration rageuse. Le + 25 (58-33) par Cathy Melain et le +30 (71-41) par Laïa Palau après une interception déclenchant les vivas du public du Prado (30e).
Mais un peu comme en première mi-temps, les Berruyères avaient du mal à repartir pour le dernier quart. Les jambes se faisaient lourdes, surtout après le rythme imposé durant le troisième quart. Et quand la fatigue est
là, la lucidité et l'adresse n'y sont plus. Mais encore une fois, il n'y a rien d'alarmant à jouer par séquences si tôt dans la saison. Ce deuxième passage à vide avait au moins l'avantage de remettre Challes dans le match.
Dans le sillage de Silvia Janostinova (évoluant sous les yeux de sa soeur, Anna Kotocova) et de Emilie Duvivier, les Savoyardes signaient même un étonnant 12-0 (73-53). Pierre Vincent lançait quand même la jeune espoir Julie Forest (35e) pour ménager quelques unes de ses joueuses cadres avant le match difficile qui les attend samedi à Nice. Le risque, à + 20, était minime, il est vrai. D'autant que Cathy, Bernie et les autres avaient à coeur de finir fort, ne serait-ce que pour dire au public que de chouettes soirées l' attend cette saison au Prado. Bourges finissait ainsi plus fort, grâce notamment à Cathy Melain (26 points et une note évaluation
à 34 !) pour l'emporter avec 28 points d'écart : 84-56. Face au tombeur de VO, on s'en contentera. Et largement encore.


CHRISTIAN RAGOT