Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
27/10/2005

 
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EUROLIGUE FÉMININE Bourges Basket - Lotos Gdynia : 79-56

Une sacrée belle performance

Les Tango n’ont pas manqué leurs retrouvailles avec l’Euroligue. Maîtrise, rythme, intensité, tout y était. Le résultat et la manière. Laisser Gdynia à 56 points tout en en marquant 73, c’est une sacrée performance.

PAR CHRISTIAN RAGOT

La Coupe d’Europe, c’est quand même autre chose... L’engagement physique, le rythme, la concentration, tout y est plus intense ; qualité de l’adversaire oblige. Après une entame de saison plutôt tranquille en championnat de France, les Tango avaient hâte de se situer face à une grosse cylindrée. Avec Gdynia, elles étaient servies. En face, il y avait de l’expérience, des centimètres et du talent. Beaucoup de talent à l’image de Bibrzycka, deuxième meilleure marqueuse de l’Euro 2005 en Turquie devant... Anete Jekabsone. Mais les Tango n’avaient pas à faire de complexes pour autant. En respectant les consignes, à savoir serrer la défense sur les extérieures et gérer ses efforts dans le jeu rapide, ça devait passer. A condition aussi de tenir le rebond. Et en cela, on pouvait faire confiance à Bernie Ngoyisa et à Elodie Godin, qui, avec Sarenac et Kobryn, n’avaient pourtant pas à faire à des ingrates. Après, il s’agissait de maîtriser un stress éventuel ; de ne pas paniquer si ça ne voulait pas rigoler.

Sacrée défense tango
Pour mettre tous les atouts de son côté et, en quelque sorte, s’offrir un maximum de sécurité face à un adversaire dont il ne savait pas grand chose, sinon le potentiel de ses individualité, Pierre Vincent, lançait son meilleur cinq de départ avec Dumerc, Palau, Melain, Godin et Ngoyisa. Et tout de suite, par Godin et Dumerc, les Berruyères donnaient le ton. Ça jouait vite, ça  jouait bien de part et d’autre. Et il fallait toute la classe de Bibrzycka pour se jouer d’une défense tango qui avait tiré un rideau de fer et maintenir Gdynia dans le match (8-5 à la 3e).
En dessous, c’était chaud entre les grandes et même si Kobryn donnait l’avantage à Gdynia (8-9 à la 4e) - ce sera la seule fois du match - Bourges maîtrisait la situation. Une fois encore, l’inévitable Bibrzycka offrait une égalité à son équipe (12-12) sur un panier primé mais c’était le chant du cygne pour les Polonaises.
Pendant onze minutes exactement, engluées dans une impeccable défense berruyère, les joueuses de Koziorowicz, à l’exception de deux lancers de Leciejewska, n’allaient pas inscrire le moindre panier. Une éternité. Très forte dans sa tête, dans ses jambes, dans son basket aussi, l’équipe de Pierre Vincent était tout simplement en train d’étouffer ses adversaires chez lesquelles on sentait poindre une forme de découragement sur des tentatives à la desperado. 19-12 à la fin du premier quart temps, 28 - 14 à la 16e, la progression berruyère était régulière.
Inexorable. Avec une belle alternance jeu extérieur - jeu intérieur au niveau de l’efficacité (65,2 % de réussite à deux points à la mi-temps avec un 3/4 pour Godin et un 4/5 pour Ngoyisa) à défaut d’une relation parfaite dans le jeu. Et si Gdynia, un instant relancé par un panier primé de Hodges, terminait la première mi-temps sur un 0-7 avant que Cathy ne marque sur le buzzer (38-26), ce n’était que feu de paille. Pas de quoi, en tout cas, perturber dans son jeu et dans sa tête une équipe berruyère très concentrée.

La patte d’Anete
La preuve, à l’entame du troisième quart temps,Gdynia encaissait à son tour un 7-0 (45-26). Le rebond étant bien maîtrisé par Elodie et Bernie, la cavalerie pouvait s’en donner à cœur joie. Laia Palau puis Anete Jekabsone, cette dernière à trois points (22 points au total dont 4 sur 6 à trois points au final), ajustaient la mire et Bourges s’envolait : 58-36 à la 30è (20 - 10 dans le quart temps). Le public du Prado étaient aux anges. Gdynia, en pleine reconstruction (Sarenac, Hodges, Kovacevic, Cikosova et Leciejewska sont arrivées à l’intersaison) semblait en perdition, débordé par le rythme infernal des Tango. Certes, on notait bien un peu de déchets ici ou là, notamment des balles perdues bêtement mais le public n’en avait cure , préférant retenir l’adresse de ses protégées ouencore le formidable travail réalisé en défense, tant individuellement que collectivement. C’est certainement cette énorme pression défensive imposée à Bibrzycka et à ses copines qui a le plus impressionné hier soir.
Mais les Kopryn, Bibrzycka et autres Kovacevic sont aussi des joueuses habituées au haut niveau, de véritable compétitrices qui ne sauraient se laisser humilier sans combattre. Aussi, dans le dernier quart, elles s’arrachèrent comme des malades, pour limiter la casse et finir sur une bonne note alors que les Berruyères pouvaient se contenter de gérer ; d’assurer. Un peu trop peut-être car en maintenant la pression jusqu’au bout,Gdynia aurait été relégué à trente points. Du coup, en faisant presque jeu égal dans le dernier quart temps (21-20), les coéquipières de Sérenac ont sans doute puisé bien des raisons de croire en des jours meilleurs. Quant aux Tango, elles ont frappé un grand coup. Un très grand coup. Certes, ce n’est que le premier d’une longue série de matches européens mais laisser Gdynia à 23 points, c’est une sacrée bonne performance ; pour sûr.
On en redemande.

 

L’analyse des deux entraîneurs, Pierre Vincent et Krzysztof Koziorowicz

Des Tango supérieures dans tous les compartiments

On peut toujours faire la fine bouche, chercher à Gdynia des excuses. Oui, comme le rappelait à juste titre Krzysztof Koziorowicz, l’entraîneur reparti vers la Baltique lourdement lesté, Gdynia n’a plus le visage conquérant des saisons précédentes. "On a changé beaucoup de joueuses à l’intersaison. Il ne nous reste, pratiquement, qu’Agnieszka Bibrzycka." Celle qui est capable de profiter du moindre millimètre pour se créer son shoot meurtrier, mais qui, après un début flamboyant, a subi les effets de l’extincteur tango.

Des Polonaises écœurées et asphyxiées
On pourrait aussi mettre en avant, et le coach polonais le fit, la jeunesse de son effectif. "J’ai vraiment peu de joueuses d’expérience, et certaines sont arrivées dans l’équipe il y a vraiment très peu de temps. On a encore peu joué ensemble, on compte peu de séances d’entraînement et très franchement, cette saison, notre objectif en Euroligue est d’acquérir de l’expérience."
N’empêche, la seule explication qui vaille, c’est le grand match signé par les Tango. Qui ont autant étouffé qu’écoeuré leurs adversaires. Il fallut voir Bibrzycka rendre les armes une fois le premier quart temps passé ; il fallut la voir, dépitée, regarder une passe de sa meneuse Pawlak filer dans la tribune présidentielle, comme pour mieux indiquer l’état d’errance des Polonaises. "Bibrzycka, il a peu de joueuses comme elle en Europe, et même au monde, qui sont capables de prendre de tels tirs", souligna Pierre Vincent, pour expliquer la neutralisation du danger premier. "Mais on a des joueuses comme Cathy et Laia qui lui ont constamment mis la pression, on lui a même fait des boîtes. Elle a commencé, alors, à lâcher des ballons, on l’a usée."
Comme tout Bourges a usé Gdynia, qui n’avait pas les moyens, de toute évidence, de suivre le rythme infernal imposé par les joueuses de Pierre Vincent. "On n’a jamais pesé sur cette rencontre, et on a connu des problèmes partout, tout spécialement à l’intérieur", lâcha l’entraîneur polonais.
Son homologue berruyer pouvait bien se fendre, propos rare chez lui, d’un "je suis content". Bien sûr, Pierre Vincent avait encore à redire, et c’est on ne peut plus logique. "Si on veut aller plus loin, on doit avoir une plus grande stabilité dans la qualité de notre jeu. On a perdu beaucoup trop de ballons, on manque aussi encore de relations entre nos intérieures. Il faut qu’on développe tout cela, si on veut être encore un ton au dessus. Car quand on ne mettra pas les shoots extérieurs, ces manques pourraient nous coûter cher."
Seulement, hier soir, il y a tout eu, dans et pour le camp tango. Du rythme, de l’agressivité, de la défense, de l’adresse extérieure comme intérieure, une superbe présence au rebond. Jamais les Polonaises n’ont pu trouver leur souffle. Et Gdynia, comme le soulignait Pierre Vincent, ce n’est pas rien. "C’est une équipe qui a de belles qualités", estima l’entraîneur tango. "Vraiment, on n’avait pas n’importe qui en face de nous. On les a tuées sur le passage en zone. L’un des points positifs, c’est qu’Anete a montré son vrai visage, qu’Elodie a encore progressé, que Sabrina va mettre les tirs qui aujourd’hui ne rentrent pas trop. C’est toute l’équipe qui avance, qui à chaque match trouve des solutions. Par rapport à la saison dernière, on peut mettre de l’agressivité à chaque poste de jeu. " Le résultat, Gdynia l’a pris en pleine poire hier soir. Et une performance de ce type, sans pour autant s’emballer, c’est très prometteur.

HERVÉ LE FELLIC

 

Pierre FOSSET (président berruyer) : "Comment ne pas être satisfait après une telle entrée en matière ? Ce soir, il y avait tout, le résultat et la manière. Notre première mi-temps a été de grande qualité, notamment au niveau du rythme et de l’adresse. Je suis aussi content pour une fille comme Anete, très malheureuse samedi contre Calais et qui a retrouvé le cercle avec une adresse étonnante. C’est bon pour elle, pour sa confiance, mais aussi pour l’équipe."

Céline DUMERC : "Tenir une équipe comme Gdynia à 56 points, c’est satisfaisant. On peut avoir quelques regrets sur la fin, où on leur laisse marquer une dizaine de points un peu trop facilement. C’est vrai qu’on pouvait se permettre de gérer"