|
LIGUE FÉMININE
(6e
journée) : les Tango ont
su résister à Mourenx (77-55)
Quand la victoire doit s’arracher...
Un chaud public, un adversaire acharné : il a fallu que les
Tango s’emploient, samedi soir, pour battre le promu mourenxois. Place
maintenant à Schio mercredi et à Mondeville samedi.
M ourenx,
ville nouvelle... On n’est pas en région parisienne, mais bien à quelques
encablures de Pau. Tout prêt de cette torchère de Lacq qui a donné vie à un tout
un nouveau bassin de population. Et là-bas,même les basketteuses ont du gaz à
revendre, elles qui ont secoué le Bourges basket, dans tous les sens du terme.
Le décor lui-même incite à mouiller le maillot. Spartiate à souhait, la salle
d’une autre époque, avec ses trois tribunes et ses vestiaires en sous-sol, est
aussi éloignée du luxe qu’offre le Prado question conditions de travail qu’une
boîte de pâté d’un fois gras arrosé d’un de ces petits verres de jurançon.
On s’y entasse jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de place, et on pousse pendant
quarante minutes. Chaud bouillant, et forcément impressionnant. "Ce fut vraiment
un match bizarre, dans cette salle si particulière où le public, tout proche,
n’arrête pas de peser sur le match ", reconnaissait
d’ailleurs Elodie Godin, qui ne fut pas à la noce, comme ses coéquipières.
"C’est bien d’avoir gagné ici ".
Jamais de répit pour les Tango
C’est logique, aussi. Même s’il n’est pas
simple d’assumer son rang de favori, quand en face on vous propose un basket de
physique, plus que de technique et de tactique, et d’enthousiasme incontrôlé. Ça
vous casse les bras, ça conteste tous vos déplacements, ça vous propose un joli
catalogue de défenses de zone, et ça vous regarde les yeux dans les yeux, quel
que soit l’écart. Bref, jamais de répit. Ce fut bien l’une des satisfactions du
coach béarnais Valéry Demory, ancien meneur de l’équipe de France. "On craignait
surtout la densité physique de Bourges,mais on a vu qu’on pouvait hausser notre
rythme en deuxième mi temps, et c’est encourageant pour la suite."
Dame, une troupe de repective monteuses de pendules, c’est encore ce qu’on a
trouvé de mieux, quand on recherche, comme Mourenx, à éviter la seule descente
au programme en fin d’exercice. "Le problème, c’est que depuis le début du
championnat, on n’a pas eu un calendrier facile. Toute l’énergie mise par mes
joueuses n’est récompensée que par une victoire. On a vu face à Bourges qu’en
défendant comme on l’a fait, on pourra en inquiéter plus d’un. Il faut qu’on
reste positif, qu’on garde cette énergie et on renversera beaucoup d’équipes. Si
on y parvient, on devrait se maintenir."
Tamika Whitmore fantasque et efficace
Elles ont de la hargne à revendre, les
Béarnaises. Et que les Tango ont dû puiser dans leur heureusement fourni
catalogue de solutions pour se sortir du piège annoncé. Il y avait, comme
annoncé aussi, la fantasque Tamika Whitmore, qui doit représenter une part
impressionnante de la masse salariale locale, mais qui n’est pas meilleure
scoreuse du championnat sans raison. Pourtant, les Tango ne lui laissèrent guère
d’espace, mais la starlette a du talent. Du coup, le jeu béarnais en devient
parfois sidérant de facilité : Tamika gueule pour avoir la balle, l’obtient, et
plante un trois points... Quand elle ne passe pas en force ligne de fond, pour
un numéro d’une soliste pour qui passe décisive ne veut pas dire grand-chose.
Pas étonnant dans ces conditions que les Tango, une mi-temps durant, ne purent
prendre leurs aises, tout en menant constamment au score. Elles firent bien un
premier break significatif, sur un trois points d’une Anete Jekabsone pleinement
retrouvée (23-12, 15e), mais manquèrent alors de justesse de jeu, pour profiter
des premières et deuxièmes chances qui pourtant ne manquèrent pas. "On est tombé
d’entrée sur un adversaire qui joue au poker menteur, qui installe un faux
rythme, et ce n’est pas facile", argumenta le coach berruyer, Pierre Vincent.
"Mourenx défendait sur Anete, pas forcément sur les autres, qui ne prirent pas
toujours leur chance, par manque de confiance pour certaines. Du coup, on
faisait la passe de trop, d’où de mauvais choix de shoots et des balles
perdues."
Sabrina Reghaïssia a retrouvé le chemin du cercle
Il fallut en fait attendre le troisième
quart pour que Bourges prenne ses aises, en misant sur ses extérieures, les
grandes étant engluées dans un jeu atypique bien peu adapté à leurs qualités. On
vit alors la cavalerie légère s’ébrouer, de Céline Dumerc à Anete Jekabsone, en
passant par Cathy Melain, Laia Palau et les shoots extérieures de Sabrina
Reghaïssia, qui a retrouvé la voie du cercle . L’écart, alors, dépassa les vingt
unités (62-39, 33e)... Avec pour suivre une dernière frayeur tango, à la
défaveur d’un 9-0 largement provoqué par l’inévitable Whitmore (67-55, 38e).
"J’ai volontairement laissé faire les choses, à cet instant", avoua Pierre
Vincent. "On avait des points d’avance, on connaissait un moment délicat, et les
filles se regardèrent, me regardèrent. Le match était plié, en face il y eut un
peu d’euphorie et on retomba d’un coup dans le n’importe quoi. Moi, je voulais
qu’elles trouvent la solution seules, car une équipe doit apprendre à gérer ces
moments de panique, à acquérir de l’autonomie." Ce que fit le Bourges basket :
Mourenx ne scora plus, Cathy, Laia puis Céline remirent le couvercle sur la
marmite béarnaise.
Pour un nouveau succès, arraché avec les tripes comme avec la tête. "On s’est
fait un peu peur alors qu’il n’y avait pas de quoi", admit Elodie Godin. "On
doit acquérir plus de constance." Ne serait ce que pour le choc entre
invaincues, entre les Tango et Mondeville, samedi prochain au Prado.
PAR HERVÉ LE FELLIC (ENVOYÉ SPECIAL)
|