Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
03/11/2005

 
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EUROLIGUE FÉMININE (2e journée) Bereta Famila Schio - Bourges Basket : 61-85

La lucidité a parlé sur la fin...

Dans un match très accroché, les Tango ont fini par l’emporter largement. Grâce à leur talent bien sûr mais aussi et surtout à leur capacité à gérer avec lucidité les coups de moins bien.

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL CHRISTIAN RAGOT

Pierre Vincent se méfiait de cette équipe italienne qui n’avait concédé que neuf points à Ekaterinbourg. Il s’en méfiait d’autant plus que l’équipe transalpine enregistrait la rentrée de sa meneuse Elisabetta Moro. En dessous, avec le duo Donaphin et Dos Santos, il y avait du répondant ; de quoi occuper Bernie et Elodie Godin, assurément. Il y avait aussi le métier de Grubin et de Masciadri et surtout cette générosité, cette agressivité, cette capacité à contester tous les ballons si caractéristiques aux équipes transalpines, à même de perturber n’importe quelle équipe.
Mais Bourges avait aussi des atouts à faire valoir. Un secteur extérieur qui, jusqu’à ce jour, a toujours réussi à trouver les bonnes solutions et un secteur intérieur qui commence à trouver ses marques. La bonne entrée en matière contre Gdynia avait également permis d’emmagasiner une bonne dose de confiance et donc d’aborder ce deuxième rendez-vous européen sans trop de pression. Mais avec l’ambition avouée de l’emporter.
Quand même... Une victoire que les Italiennes désiraient tout autant, on l’imagine. Du coup, les deux équipes entraient immédiatement dans le vif du sujet. Le combat était âpre avec un joli duel à distance Donaphin - Ngoyisa. Alors qu’on attendait les extérieures, c’est dans le peinture que Bourges plaçait se première banderilles par Elodie Godin et Bernie mais la réplique italienne était immé
diate ; l’expérimentée Grubin donnant une première fois l’avantage à Schio (6-4, 3e). Chaque ballon était vivement contesté et les Berruyères étaient parfois bousculées par la fougue italienne mais elles ne lâchaient rien. Sinon quelques espaces inhabituels en défense. Mais en misant sur les interceptions, à l’image d’Anete Jekabsone, les joueuses de Pierre Viincent gardaient la ligne. Le mano a mano, intense, allait se poursuivre jusqu’à la fin du premier quart temps. D’ailleurs, l’écart n’allait jamais excéder les trois points : 19-16 pour Schio sur un panier primé de Grubin (8e). Mais sur un rebond offensif, Bernie réussissait un deux points plus faute de Grubin (19-19). Bernie qui en était déjà à 12 points dans ce premier quart temps qui se terminait sur une égalité parfaite, 22-22.

Plus 10 au repos
Si, côté tango, le premier quart temps avait été celui de Bernie Ngoyisa, le deuxième allait être celui d’Anete Jekabsone. Laia Palau, à trois points, annonçait le retour des "petites". Et si Bernie et Sabrina Reghaïssia permettaient à Bourges de faire un premier break (24-29, 12e), c’est surtout Anete (9 points dans ce deuxième quarts temps) qui permettait aux Tango de se détacher : + 7 (28-35) à la 15e grâce à Cathy Melain après un rebond offensif de Sabrina Reghaïssia ; + 9 (30 - 39) sur un panier primé plus faute d’Anete et enfin + 13 (30-43) - et un 8-0 pour Bourges - grâce à Sabrina Reghaïssia. Vexées, les championnes d’Italie sortaient un peu plus encore les griffes et, poussées par leur supporters, elles revenaient à 36-43 mais un trois points d’Anete sur le buzzer’ permettait à Bourges d’arriver à la pause avec un avantage de dix points vraiment intéressant : 36-46. Mais la messe était loin d’être dite pour autant. Ce serait en effet mal connaître les Italiennes de croire un instant qu’elles pourraient baisser les bras ; elles qui sont des compétitrices dans l’âme.
A la reprise, on les vit ostensiblement durcir le jeu. Les contacts étaient de plus en plus physiques. Les Italiennes se mirent "à casser du poignet" et les Tango avaient bien du mérite à garder leurs nerfs. Cette débauche d’énergie permettait aux joueuses de Fossati de grignoter leur retard. En deux minutes , Bourges, qui s’était un peu relâché en défense, vit fondre son avance, concédant un 7-0 (43-48). Sous la pression, les Tango vendangeaient quelques ballons en dessous ce qui boostait un peu plus encore leurs adversaires. La quatrième faute d’Elodie Godin (25e) n’arrangeait pas les choses. Heureusement, grâce au métier de Laia Palau, Cathy Melain et Céline Dumerc, Bourges réussissait à ne pas perdre pied complètement et à limiter la casse pour conserver deux petits points d’avance à la fin du troisième quart remporté 19-11 par Schio (55-57). Tout allait donc se jouer dans le dernier quart. Et alors là, pardon ! Il n’y a pas eu photo.

Un dernier quart somptueux
Misant sur la vivacité et le jeu rapide, ce qui était rendu possible grâce à une bonne maîtrise du rebond (il est vrai que les Italiennes, qui avaient beaucoup donné, semblaient alors à bout de souffle), attaquant le cercle avec une énorme détermination à l’image de Cathy Melain et de Céline Dumerc pour aller chercher la faute, il n’y eut qu’une équipe sur le terrain.
Bourges, bien sûr, dont la lucidité et la maîtrise firent merveille. Au moins autant que le talent de ses individualités et son collectif. Bourges qui sut mettre beaucoup de rythme dans son jeu et l’énergie nécessaire pour se défaire de la pression défensive des Italiennes et qui finit par écoeurer son adversaire pour remporter ce dernier quart temps sur le score sans appel de 28-6.
Avec une adresse retrouvée. Mais c’est vrai que c’est plus facile quand on joue en avançant... Un véritable récital ; les Tango ne laissant que deux paniers aux Italiennes. Après ça, on passera plus facilement sur les petits errements du troisième quart temps. Même si, on l’imagine, Pierre Vincent insistera là dessus pour aller toujours plus près de la perfection.

On y vient...

 

L’analyse des entraîneurs, Fabio Fossati et Pierre Vincent

Un match qui a basculé sur la fin

Il était complètement abattu, Fabio Fossati, le coach de Schio, qui, après une première expérience en Euroligue avec Come, retrouvait à la tête des championnes d’Italie en titre ce Bourges basket qui l’aura une fois encore fait souffrir. Et on comprend le désarroi du coach transalpin. Il avait vu ses joueuses, au prix d’une défense plus que rugueuse, bousculer les Tango, revenir à deux petites longueurs, à l’issue du troisième quart temps. Et d’un coup, ce fut la panne totale de secteur, chez les Italiennes. Qui ne rentrèrent que deux paniers, dans les dix dernières minutes, dans ce qu’on appelle le money time et qui a superbement porté son nom, hier soir. Mais comment expliquer une telle déconvenue, de tels ratés jusque sous les cercles, cette peur panique qui sembla paralyser les locales, dans ces dix dernières minutes ?

"Bourges, le Real au féminin"
"Franchement, je ne sais pas ce qui s’est passé", lâcha Fabio Fossati. "On a vraiment eu l’opportunité de remporter ce match qui était tellement important pour nous, à mon sens. Seulement voilà, c’est l’Euroligue : quand vous avez une minute de déconcentration, vous pouvez prendre vingt points au final." Et l’absence transalpine a duré bien plus de soixante secondes, pour sûr ! "J’avais pourtant prévenu mes joueuses, à ce niveau, on doit répondre présent pendant quarante minutes". Tout cela parce que Bourges a retrouvé, au meilleur moment, ses vertus cardinales. A commencer par la défense, indispensable base de lancement. "On a perdu notre confiance, dans ces dix dernières minutes, et on a tout raté, même le plus facile, même les shoots dessous. Ces échecs à répétition furent la clé du match et bien évidemment, ils sont dûs au fait que la défense de Bourges a haussé encore un peu plus son niveau. De toute façon, pour moi, Bourges est une des meilleures équipes d’Europe. C’est même le Real Madrid du basket féminin !"

Les Tango ont trouvé les bonnes solutions
Un Real qui a tout de même tremblé, on vous l’assure. Mais qui a su garder la maîtrise de son jeu et de ses nerfs, pour s’envoler d’une façon incroyable dans la dernière période. Et on s’est d’un coup souvenu des propos de Pierre Vincent, le coach berruyer, juste après le match de Mourenx, samedi dernier. Dans un contexte complètement différent bien sûr, il avait volontairement choisi de laisser ses joueuses dans leurs difficultés, afin qu’elles trouvent elles mêmes la solution. Et on ne peut s’empêcher de penser que cette expérience port pleinement ses fruits hier soir en Italie, au plus fort de la tourmente. "L’écart final ne reflète pas selon moi la différence entre les deux équipes, sur cette rencontre", avoua bien humblement le coach tango. "Ce fut vraiment très serré. L’équipe a su s’adapter à l’adversaire et je suis satisfait de la réaction que les filles ont su avoir !" Une réaction pleinement nécessaire, et qui fut remarquable de maîtrise et d’intelligence. Plutôt que de céder à la panique, les Berruyères ont su revenir à leurs bases, à leurs valeurs. "Nos choix défensifs comme offensifs ont payé. On a fait le break sur pas grand chose, finalement. Je suis bien évidemment satisfait que les solutions mises en place aient marché,mais il ne faut pas voir là une garantie pour l’avenir. En tout cas, on a connu dans le troisième quart un moment très difficile, quand Schio a défendu très, mais vraiment très, durement. Il fallait tenir le coup, rester dans le match et on a su le faire avec intelligence. On a su retrouver ce jeu rapide qu’on avait un peu oublié, on a pu s’offrir des paniers faciles. On sait qu’on doit, pour être efficace, courir, mettre du rythme. On a su, sur la fin, mieux défendre et avoir l’agressivité nécessaire pour provoquer les erreurs adverses et s’ouvrir le chemin du panier."
Une réaction qui prouve toute la solidité du groupe tango, qui à l’évidence a franchi hier soir en Italie un nouveau cap. Car des victoires acquises ainsi sont forcément de celles qui comptent.

HERVÉ LE FELLIC ENVOYÉ SPÉCIAL