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LIGUE FÉMININE (7 e
journée)
Bourges basket - USO Mondeville :
74-77
Pour la première fois de son histoire, Mondeville l’a emporté au
Prado, effaçant le superbe départ des Tango. Qui ont ensuite subi les
événements, par manque de ressources et de fraîcheur.
Le sommet a échappé aux Tango
PAR HERVÉ LE FELLIC
Q u’est
ce qui est le plus incroyable ? Perdre un match quand on mène de 17 unités à la
9e minute (28-11), ou trouver les ressources mentales pour surmonter un tel
gouffre et finalement s’imposer ? Une chose est certaine : Mondeville n’a pas
volé son succès, et son président, Daniel Dufour, pouvait bien le savourer, lui
qui attendait une victoire normande en Berry depuis dix ans ! Et l’équipe de
Hervé Coudray, aujourd’hui seule leader du championnat de France, est bel et
bien armée pour jouer le titre. Dans le même temps, Bourges a affiché ses
limites et a manqué son premier grand rendez-vous dans la compétition nationale.
L’a-t-on vue trop belle, cette formation tango ? A-t-on été abusé par son
superbe début de saison, par ces succès parfois larges qu’on ne va pas jeter aux
orties sous prétexte d’un premier revers ? Sans doute pas, mais à l’évidence,
elle ne doit pas faire l ’économie d’une solide remise en question. Collective
comme individuelle.
Bourges a subi l’impact physique
"On revient sur terre", lança Pierre
Vincent, l’entraîneur tango. Bourges, trois quarts temps durant, a affiché trop
d’approximations, trop de manques, pour que ce sommet tourne en sa faveur.
Contrairement aux matches précédents, il ne s’est pas trouvé une joueuse pour
prendre le match à son compte, et emporter la décision. On n’oublie pas pour
autant que les deux grandes, Elodie Godin et Bernie Ngoyisa (pas un shoot raté),
ont fait leur match, mais ce ne fut pas suffisant, ni décisif. Bourges n’a pas
trouvé, non plus, les solutions défensives propres à enrayer la meilleure
attaque du championnat. Et surtout pas une Krissy Bade de gala qui, par son
impact physique au poste trois, a fait très mal aux Tango. "Elle a vraiment fait
un grand match. Un match énorme, à l’image de Mondeville", estima Pierre
Vincent.
"C’est une joueuse très athlétique, très dangereuse et on sait que c’est là
notre point faible : on n’a pas la joueuse pour défendre sur ce type
d’adversaire, je le dis depuis longtemps." Bourges, après un départ du feu de
Dieu (première action ratée à la 7e minute !), a subi l’ impact physique, le jeu
posté, la capacité à passer par l’intérieur, de Mondeville. "Ça n’est jamais
facile de gérer une telle avance", estima Pierre Vincent. On répliquera qu’il
doit être encore moins évident de se relever d’un tel retard...
Seulement voilà, la formation normande a su trouver les ressources, physiques et
surtout mentales, nécessaires pour créer l’exploit, car c’en est un de triompher
au Prado. Et contrairement à Bourges, elle a trouvé sur son banc un plus
indéniable.
Le poids des rotations
Les chiffres sont criants : les trois
remplaçantes berruyères, Anete Jekabsone, Sabrina Reghaïssia et Sena Pavetic,
n’ont inscrit que trois paniers et dix points, captant deux rebonds. En face,
Julie Legoupil, décisive dans le troisième quart, Amélie Pochet et Aurélie
Bonnan ont apporté dans l’escarcelle normande dix paniers, 23 points et six
rebonds. Si elle était là, la différence ? Elle peut aussi se trouver dans le
fait que Bourges sortait de deux longs déplacements (Mourenx et Schio), dans le
manque de rotations qui l’affecte depuis le début de la saison et la blessure de
Pauline Krawczyk qui s’ajoute au très maigre apport de Sena Pavetic, qui samedi,
en trois minutes, a perdu autant de ballons. "On est très juste dans l’effectif
pour continuer sur ce rythme", approuva Pierre Vincent. L’exigeant style de jeu
tango se marie mal avec un manque de réserves, qui, quand pleuvent les fautes,
apparaît au grand jour. Mondeville a mieux supporté que sa meneuse Caroline
Koechlin soit lestée de trois sanctions dès la 9e minute, quand Bourges a
souffert des trois fautes de Céline Dumerc (18e). Céline, curieusement présente
pendant un peu plus de deux minutes, dans le deuxième quart...
"La différence se fait sur les rotations", estima d’ailleurs le coach normand,
Hervé Coudray. Qui ne cachait pas son plaisir, sa satisfaction. "Mais ce dont je
suis le plus fier, c’est de la superbe réaction de mon équipe, plus que de la
victoire en elle-même. On a fait un départ catastrophique dans les deux
premières minutes, en prenant dix points sur contre attaque, alors qu’on savait
que là résidait le point fort de Bourges. On a eu du retard à l’allumage, mais
on a su ne pas baisser les bras, on a été capable de se relancer." Au point de
remporter, sans contestation aucune, les trois derniers quarts temps. De
refaire, à force de patience et de lucidité, le retard, de passer devant à la
28eminute (52-53), en collant un cinglant 13-0 à des Tango qui ne purent plus
reprendre les rênes, malgré tous leurs efforts. "On a beaucoup de motifs de
satisfaction", expliqua Hervé Coudray. "La rentrée de Julie Legoupil, le match
de Krissy bien sûr, le fait que Grace Daley se retrouve sur la fin, notre jeu
intérieur en deuxième période. Ça se joue sur un peu plus de fraîcheur. On
n’avait jamais été autant mené sur un match, cette saison, et revenir pour
l’emporter, c’est encourageant. Déjà, la saison dernière, l’équipe avait une âme
et du cœur, on a conservé ces atouts." Bourges va désormais devoir montrer
qu’elle a la capacité à passer outre ce premier faux-pas et à corriger le tir.
Dès ce mercredi, la folle série de novembre continue, avec la venue des Russes
d’Ekaterinbourg. Il faudra que toutes répondent présentes.
CATHY MELAIN :
l’arrière tango veut rester positive
"S’en servir pour rebondir..."
Comme d’habitude, Cathy Melain a tout donné pour essayer
d’inverser la tendance. Elle s’est engagée
comme jamais peut-être cette saison pour porter le danger dans la peinture des
visiteuses et provoquer les fautes adverses. Elle s’est bagarrée pour arracher
de précieux rebonds et même elle, qui cultive pourtant le culte de la défense à
l’extrême, eu quelques difficultés à contenir une Krissy Bade en pleine bourre,
elle a aussi été la joueuse (les deux équipes confondues) qui a passé le plus de
temps sur le terrain : 35’59’’. C’est bien la preuve, au passage, que Pierre
Vincent misait beaucoup sur son expérience des grands matches pour perturber les
Normandes. Au final, Cathy a présenté une ligne de stats tout à fait
satisfaisante avec 13 points, trois fautes provoquées, cinq rebonds, quatre
interceptions, deux contres et quatre passes décisives pour une note
d’évaluation à 17 (19 pour Bernie Ngoyisa et 22 pour Elodie Godin, ndlr). Dans
la colonne des moins, on trouve un 5 sur 12 seulement aux tirs dont 1 sur 4 à
trois points) et quatre pertes de balle. En clair, Cathy Melain a pesé sur ce
match, ce qui n’a pas été le cas de tout le monde. A l’issue de rencontre, elle
ne retenait pourtant qu’une chose : la défaite.
La première concédée cette saison par les Tango et qui plus est au Prado. Une
défaite qu’elle refuse pour autant de considérer comme dramatique.
"On a été trop attentiste"
"Il fallait bien que ça arrive un jour...
", lâche-t-elle un brin désabusée. "Maintenant, il ne faut pas s’arrêter là mais
au contraire, s’en servir comme d’un levier pour mieux rebondir. Ce match a
laissé entrevoir nos limites du moment ; à nous maintenant de corriger le tir.
Franchement, ce n’est pas un drame. Il faut rester positif, garder confiance
dans le groupe et dans notre travail." Comme tout un chacun,Cathy a essayé de
comprendre comment, quand on mène de 17 points dans sa salle (30 - 13) après
neuf minutes de jeu, on peut se retrouver à moins 10 à la 37eminute et perdre
finalement de 3 points.
Notre début de match a peut-être été trop bon. Après, on s’est cru tranquille et
on n’a pas su garder le rythme. Inconsciemment, on pensait peut-être qu’on
n’aurait pas à réagir. Et là, on le paye cash... C’est notre grand défaut depuis
le début de la saison. On est bien trop attentiste. Et devant une équipe comme
Mondeville, ça ne pardonne pas. Là, on a à nouveau tout donné quand on s’est
retrouvé à moins dix. C’était trop tard..." Après un premier quart temps de
rêve, les Tango avaient déjà considérablement levé le pied durant le deuxième,
laissant quelques espaces aux Normandes qui reprirent ainsi confiance :
"Mondeville a intelligemment laissé passer l ’orage", concède Cathy, "mais
jusqu’au repos, je pense que nous avons quand même bien géré notre match. C’est
en deuxième mi-temps qu’on a lâché. Nous avons alors été moins bonnes en
défense, on trouvait moins d’options sur nos déplacements et peu de solutions en
attaque. Ensuite, c’est facile à comprendre. On se crispe en voyant Mondeville
grignoter son retard, on se met la pression, on subit et on ne rentre plus les
shoots... Au final, Mondeville a mérité sa victoire. On peut quand même
regretter de n’avoir su réagir qu’après avoir été rejeté à moins dix..."
Plus une question de rotations que de fatigue ?
Et si la fatigue avait fait la différence
? Après avoir laissé beaucoup de gomme sur les planchers de Mourenx et de Schio,
de fraîcheur et d’énergie aussi lors de ces deux longs déplacements, les
Berruyères, qui ne pouvaient de toute façon évoluer durant tout le match sur le
même rythme infernal des dix premières minutes, pourraient effectivement se
planquer derrière cette excuse. Mais Cathy balaie cela d’un revers de main
"C’est vrai qu’on restait sur deux déplacements difficiles et deux matches où il
a fallu énormément s’engager mais c’est à nous de savoir gérer cela, sinon on va
être dans le trou durant toute la saison. C’est le lot des équipes engagées sur
plusieurs fronts. Ça ne doit pas être un problème..."
Le manque de rotations alors puisque Bourges n’a évolué qu’avec sept joueuses
(si on ne tient pas compte de la très courte apparition de Sena Pavetic) contre
huit à Mondeville ? "Plus on a des rotations de qualité, plus on peut être
performantes sur nos temps de jeu", admet Cathy. "Mais la situation est ce
qu’elle est. Là encore, il faut s’adapter. Pauline Krawczyk va revenir et il
faut laisser du temps à Sena qui est d’abord là pour travailler. De toute façon,
les clubs français sont trop limités, financièrement parlant, par rapport aux
clubs des pays de l’Est pour recruter, et ils n’ont pas le choix. Ils doivent
faire de la formation et être patients..." Le président Fosset n ’aurait pas dit
autre chose...
CHRISTIAN RAGOT
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