EUROLIGUE FEMININE (4e journée) MBK Sopron
-Bourges basket, 86-74
Les Tango sont parties bien trop tard
Pour n'avoir pas su tenir les offensives de Sopron pendant vingt minutes,
pour avoir pris l'eau, Bourges, malgré tous ses efforts, n'a jamais pu recoller
au score. La déception est grande.
HERVE LE FELLIC ENVOYE SPECIAL
On pensait le Bourges basket, impressionnant sur ses dernières
sorties, à l'abri de ce genre de catastrophe. On pensait Sopron, avec trois
revers européens, des blessées et une récente défaite en championnat, au
fond du trou. Et on se trompait lourdement : non seulement Sopron a fait
parler son habituelle artillerie, mais en prime les Tango ont été
complètement à l'envers, pendant les vingt premières minutes. Et si beau retour
il y eut, il était malheureusement bien tard.
Sopron, toujours privée de Blahuskova, blessée, récupérait par contre Ivana
Matkovic, que son coach, Natalia Hejkova, gardait d'entrée sur le banc,
quand Pierre Vincent lançait son cinq classique au feu. Feu nourri d'entrée
d'ailleurs, les deux formations se rendant coup pour coup. Cserny plantait
un premier trois points, Cathy Melain lui répondait sur panier plus lancer
(8-5, 2e). Puis, insensiblement, Sopron creusa un premier écart. Car si
Nikki Teasley, l'atout offensif premier de la formation magyare, était bien
muselée par Céline Dumerc et Laia Palau, elle pouvait tout de même trouver
ses partenaires en bonne position, à l'extérieur. Cserny, puis Karolyi,
l'ancienne de Pécs, étiraient les lignes arrière tango et faisaient très mal
(19-13, 6e).
Des Tango perdues sur le parquet
Matovic était déjà sur le parquet, et la grande Serbe ne tarda pas à se
mettre en évidence. Elle s'infiltra d'abord entre Elodie Godin et Sabrina
Reghaïssia, avant de scorer après deux rebonds offensifs, puis de décrocher
deux lancers. Tout en force. Après avoir pris des missiles sur la figure,
Bourges était cette fois pilonnée de l'intérieur. Tout en souffrant, dès ce
premier quart temps (29-21, 10e) de quelques cruelles pertes de balle et
d'un manque de réussite au shoot.
Et le tableau n'allait vraiment pas s'arranger dans les dix minutes
suivantes. Ce fut d'abord Teasley qui profita du passage de Céline Dumerc
sur le banc pour inscrire son premier panier. Puis l'Américaine trouva deux
fois de suite Matovic, idéalement placée derrière le premier rideau tango.
Pierre Vincent prenait bien un nécessaire temps mort, mais rien n'y
faisait. Ses joueuses lâchaient trop de rebonds défensifs, multipliaient
les pertes de balle. Et se privaient par là d'autant de munitions pour le
jeu rapide qu'on leur connaît habituellement, mais qui hier soir n'était pas de
sortie.
Heureusement encore que Céline Dumerc sut planter un trois points, une fois
les siennes lestées d'un 8/0 des familles. Insensiblement, mais sûrement,
Sopron creusait l'écart. Bourges semblait perdue sur le parquet, ne savait
réagir, ni reprendre ses esprits. On était loin, mais alors très loin, de
l'équipe virevoltante une semaine auparavant devant les Russes
d'Ekaterinbourg. Teasley, elle, donnait dans l'efficace simplicité, en
attaquant le cercle (47-29, 18e). Seule la 4e faute sifflée à Zsuzsanna
Horvath pouvait alors contrarier Natalia Hejkova, dont les joueuses
regagnaient le vestiaire sur un nouveau ballon échappé des mains berruyères
et aussitôt envoyé des 6,25 m par Karolyi. Bourges, depuis quelques
minutes, ne s'en remettait qu'aux tirs lointains, mais avec bien peu de
réussite, vu l'affolement général (1 sur 10 à trois points à la pause !).
L'incroyable et inutile remontée
Il ne restait qu'à espérer que le staff trouve les bons mots, et que le
repos remette les têtes à l'endroit, côté berruyer. Avec près de vingt
points dans la vue, il n'y avait pas d'autre salut que la révolte. Ça
repartait plutôt mal, toujours par les inévitables Matovic et Cserny, qui
en remettaient aussitôt une couche (62-40, 24e), tandis que Céline Dumerc se
voyait lestée d'une sévère troisième sanction.
Et ce fut en touchant le fond que les Tango trouvèrent les ressources pour
tenter une improbable remontée à la surface. Laia Palau sonna la charge, en
bonifiant son interception d'un panier plus lancer. Puis Anete Jekabsone
acheva une action cette fois parfaitement construite par un trois points.
Natalia Hejkova, sentant le danger, rappela les siennes vers elles, mais
Bourges ne voulait plus rien lâcher, après avoir tant gâché. La défense
tango se fit plus haute, déréglant le jeu magyar. Anete, encore elle,
profita d'une interception pour aller à dame. Cathy Melain offrit un caviar
à Bernie Ngoyisa. Laia Palau y alla de son numéro de géniale soliste,
Elodie Godin alla au bout de la contre-attaque. Et d'un coup d'un seul,
cela fit un 14-0 pour les Tango (62-54, 29e).
Mieux même : malgré les quatre fautes frappant Elodie Godin, Bourges revint
à sept longueurs, une fois encore sur un tir lointain d'Anete Jekabsone.
Allait-on assister à un incroyable renversement de situation ? Il ne
fallait plus une seule erreur tango. Mais il y eut cette saleté de perte de
balle, qui permit à Honti de louvoyer ligne de fond. Ce trois points
assassin de Teasley, qui réveilla ses sens offensifs au plus mauvais moment
pour les Tango. Qui tentèrent encore d'y croire, sur une nouvelle
interception bonifiée d'Anete Jekabsone. Mais le lièvre gagne rarement, au
basket comme dans les fables...
ANALYSE Avec les entraîneurs, Natalia Hejkova (Sopron) et Pierre Vincent
(Bourges)
Une première mi-temps décisive
Sopron a marqué son quota habituel, finalement. Mais c'est bien Bourges
qui n'a pas su avoir son indispensable assise défensive, dans une première
mi-temps catastrophique. A tel point qu'on ne pensait vraiment pas que les
Tango puissent concéder plus de cinquante points en vingt minutes à n'importe
quel adversaire. Allez vous relever après une telle mésaventure.
Celles qui ont su relever la tête, ce furent les joueuses de Sopron, pour
la plus grande joie, on s'en doute, de Natalia Hejkova. Qui continue à
faire des misères au club tango, comme du temps où elle triomphait deux
fois en Euroligue à la tête de Ruzomberok. Et comme il y a deux ans, Bourges a
perdu à Sopron. Mais pas d'un point cette fois...
Pierre Vincent : "On a d'abord subi"
"Franchement, je n'espérais pas qu'on puisse signer une aussi belle
première mi-temps", lâcha, soulagée, Natalia. On comprend son soupir.
Sopron n'avait toujours pas gagné un match européen, venait de s'incliner
sèchement en championnat contre une équipe de milieu de tableau magyar. "On
était vraiment dans un sale moment. En plus, on voyait les blessures se
multiplier." Heureusement encore pour les Magyares que la grande Matkovic
s'avéra finalement opérationnelle. "Toutes ont joué avec leur coeur,
vraiment. Et je pense que c'est là-dessus que la victoire s'est jouée, que
Bourges en avait moins, en début de match surtout."
Sur le coeur, mais aussi sur la défense magyare renaissante, elle qui
pointait avant le coup d'envoi au dernier rang des vingt équipes
d'Euroligue. "C'est vrai qu'elle s'est retrouvée. En fait, on était mieux
dans ce secteur depuis deux matches, mais ça ne payait pas." Cette fois,
si. "Et on se relance complètement !"
Quand les Berruyères ont raté une belle occasion de prendre une solide
position dans leur groupe, surtout avec la victoire de Brno à
Ekaterinbourg. Pierre Vincent pouvait nourrir bien des regrets. "En
première mi-temps, ce sont surtout les shoots à trois points qui ont fait
la différence", expliqua-t-il d'entrée. Surtout ceux tentés par désespoir
autant que par affolement par ses joueuses. Puis Pierre Vincent étoffa son
discours, et mit le doigt là où ça a fait mal : toutes ces munitions
sottement laissées en route. "On a perdu beaucoup de ballons faciles. Sur
nos relances, sur les montées de balle, dans les un contre un." Pour autant
de punitions, car l'Euroligue ne pardonne pas l'approximation. "On a perdu
le contrôle des événements, on a subi pendant vingt minutes", soupira le
coach tango. "On a pris beaucoup de points, face à une équipe qu'on savait
offensive et qui au final est dans sa moyenne de points. On a d'abord
souffert du fait que Sopron joue avec deux postes quatre, ce qui a posé des
soucis défensifs à Bernie Ngoyisa, qui devait sortir loin. Ça nous a fragilisés. On a
ensuite tenté de contrer avec deux petites, mais on a alors pris dessous."
Et à la pause, on voyait mal comment les Tango allaient se sortir du
guêpier. "Pourtant, on a bien contrôlé le jeu, en deuxième mi-temps",
poursuivit Pierre Vincent. "Là, on a su faire ce qu'il fallait." Pour un
superbe retour, à quelques longueurs seulement d'un adversaire largement
hors de portée à la pause. Mais il aurait fallu, pour renverser la vapeur
et le sort contraire, être irréprochable, dans les derniers instants. Et ce
ne fut pas le cas, chaque nouvelle perte de balle se payant, dans ces
ultimes minutes, au prix fort. Celui de la défaite. "On a manqué de
lucidité dans ces moments difficiles." Comme dans un deuxième quart temps
qui, plus que tout, explique comment les Tango ont perdu leur invincibilité
en Euroligue en même temps que leurs esprits. Mais pourquoi diable ne
s'est-il pas trouvé alors la ou les joueuses capables de rassembler les énergies
et de guider le navire tango dans les turbulences ?
HERVE LE FELLIC
Avec Laia Palau
Le truc, c'est d'abord
c'est la défense et le rebond
Comme toutes les autres Tango, Laia Palau était hier soir abattue, et
c'est d'autant plus méritoire de commenter un match dans ces conditions,
soit dit en passant. L'Espagnole de Bourges n'a en plus pas cherché de
faux-fuyant, ni d'excuse à la délicate et finalement fatale entame de match
de sa troupe. "On n'a pas été bien, dès le départ, en défense et sur le
rebond, et on sait que la victoire passe toujours par là. C'est le truc !
De leur côté, les Hongroises sont parties très fort, et se sont mises aussitôt
en confiance."
Et pendant vingt minutes, Bourges a bu la tasse. Les Tango sont rentrées au
vestiaire avec une défense en vrac et un lourd écart à combler. Mais sans
pour autant abdiquer, ce que confirme Laia : "A la mi-temps, malgré notre
retard, on se disait que rien n'était encore perdu. Il restait encore vingt
minutes, c'est long. On a lutté dur, dès notre retour sur le parquet, on a
su revenir tout près. Et à ce moment-là, franchement, j'ai cru qu'on allait
le gagner, ce match ! On a eu alors quelques pertes de balle, on a commis
quelques erreurs qui nous coûtent cher, c'est vrai. Mais il fallait aussi,
dans notre situation, qu'on prenne des risques... En tout cas c'est une
grosse déception. Bien sûr, on était chez elles; bien sûr, on sait que dans
ces conditions l'arbitrage est différent, mais on a perdu parce qu'on n'a
pas tenu sur les points fondamentaux qui, je le répète, sont la défense et
le rebond.
HERVE LE FELLIC
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