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LIGUE FÉMININE (9 e
journée)
Bourges basket - US Valenciennes
Olympic : 66-54
Certes, les Tango avaient, en mai dernier, arraché la Coupe de
France à Valenciennes. Mais cela faisait trois ans que le public berruyer
attendait un succès en championnat face au rival de toujours.
Ce succès que le Prado attendait
PAR HERVÉ LE FELLIC
E n
basket, il n’y a pas de secret. Quand vous prenez sur tout un match autant de
points que pendant les vingt minutes du mercredi précédent à Sopron, vous avez
tout de même plus de chances de succès. C’est avant tout en retrouvant leur
assise que les Berruyères ont bâti samedi soir leur succès, face à ces
Valenciennoises qui trustent le titre national et ont pris pour habitude, depuis
trois ans, de venir danser la gigue sur le parquet berruyer.
Valenciennes dominée dans bien des domaines
Avant tout,mais pas seulement.
Certes, Laurent Buffard, le coach nordiste (*), reconnaissait bien volontiers
qu’en ne marquant que 19 paniers (9 en deuxième mi-temps), il était illusoire
d’envisager une autre issue. Et que la pression berruyère, obligeant ses
joueuses à vingt pertes de balle, était un autre facteur rédhibitoire.
Là où Bourges a su construire son succès, c’est bien en limitant grandement le
scoring des extérieures valenciennoises (24 points par Sandra Le Dréan,
Emmanuelle Hermouet, Kristi Harrower et Sylvie Gruszczynski, contre 42 à Laia
Palau, Cathy Melain, Anete Jekabsone et CélineDumerc). "Oui, Sandrine Gruda
(quel phénomène, celle-là, NDLR) et Boba Tuvic ont mis 28 points. C’est correct,
mais notre problème est bel et bien venu de notre jeu extérieur", confirmait le
coach nordiste. "Trop de mes joueuses majeures ont raté leur match. On n’a pas
eu de constance en défense, pas d’imagination en attaque. On a emmagasiné les
pertes de balle et ça ne pardonne pas à ce niveau."
Pourtant largement prévenues par leur staff technique, les Valenciennoises n’ont
pas su, ou pas pu, limiter suffisamment la capacité berruyère à hausser le
rythme, à se lancer dans ces courses folles qui sont la carte de visite locale.
"En première mi-temps, Bourges a pratiquement tout marqué sur son point fort, le
jeu rapide. Et nous on a laissé faire."
Des Tango appliquées tactiquement
L’ami Laurent ne trouvait vraiment pas
grand-chose de positif à retirer de la soirée. Même le rebond ne trouva pas
grâce à ses yeux, malgré un nombre légèrement supérieur de prises pour les
siennes (32 à 29). "Oui,mais les rebonds de Bourges furent réellement des
deuxièmes chances de scorer. Ce ne fut pas notre cas. On a aussi failli dans ce
secteur." Alors oui, cette indispensable défense berruyère,mais pas seulement.
On y ajoute donc, rayon positif, le rebond. Mais aussi cette capacité à ne pas
céder à l’affolement dans les moments de forte pression, et à accélérer dès que
la possibilité se présenta. Résultat, l’USVO ne gagna pas un quart temps, et ne
mena que quelques instants. A l’entame, le temps pour Cathy Melain et Bernie
Ngoyisa de lancer la machine berruyère. La seule à pouvoir se targuer d’avoir
déjà battu Valenciennes au Prado, c’est Cathy Melain, avant son départ à Venise.
C’était à l’automne 2002 ! Jamais capitaine Caps Céline Dumerc n’avait
encore savouré un tel plaisir, et son sourire faisait vraiment plaisir à voir.
"Eh, Bourges - Valenciennes, c’est comme un derby, c’est un match bien
particulier ! C’est la première victoire contre VO qu’on offre au Prado."
Pourtant, les Berruyères ne partaient pas avec tous les atouts. Le précédent
sommet du championnat , elles l’avaient perdu sur leur parquet devant
Mondeville. Elles sortaient tout juste de cette fichue en Hongrie. "On n’était
pas dans une phase de confiance très importante", reconnaissait la capitaine
berruyère, qui une fois encore a mis son adversaire directe, Kristi Harrower, au
supplice. "Mais finalement, peut-être que ces deux revers nous ont bien servies.
On s’était inclinées en menant de 17 points contre Mondeville, en étant menées
de plus de vingt points à Sopron. Il fallait se mettre en tête qu’un match, ça
dure quarante minutes. Qu’il ne faut pas céder à l’affolement, qu’il faut tenir
dans la tempête. Là, il n’y a pas eu de panique. On a su jouer notre jeu, nous
sommes allées au bout de nos attaques. Oui, on était dans un bon état d’esprit."
On ne dira pas que tout fut parfait pour autant. On a encore en mémoire ces
coûteuses autant que malencontreuses pertes de balle de la fin du troisième
quart. "Mais même là, on a su tout de suite se remobiliser", poursuivit Caps.
"On a continué à défendre fort, à maîtriser le rebond. On a fait un bon match
tactique, on a été bien mentalement, et c’est super encourageant. On a bien
défendu la maison, et dans l’optique de la conquête de la première place de la
phase régulière du championnat qualificative pour la prochaine Euroligue, NDLR),
on se replace bien." De quoi donner des ailes avant le déplacement de mercredi,
chez les Tchèques de Brno. Une équipe énorme. Les Tango n’auront, finalement,
rien à y perdre. Et un exploit à y gagner.
(*)On aurait aimé que Sandrine Gruda et Emmanuelle Hermouet,
dont on avait souhaité les commentaires, trouvent également le chemin de la
salle de presse. Bon, c’était leur premier Bourges -VO, on leur pardonne...
Elodie Godin -
Sandrine Gruda, le match dans le match
A voir ensemble avec les Bleues...
Melain - Le Dréan, Ngoyisa - Tuvic, Dumer cf - Harrower... Ce
Bourges-VO proposait de sacrés duels. Mais
le plus attendu était peut-être celui mettant face à face Elodie Godin et
Sandrine Gruda. Elodie Godin, 20 ans, internationale devenue incontournable chez
les Bleues, rebondeuse hors pair,MVP espoir de la Ligue féminine la saison
dernière et Sandrine Gruda, 18 ans, élue MVP du championnat d’Europe avec les
Bleuettes. Deux spécialistes du poste 4 qui tutoient déjà les sommets mais dont
la marge de progression reste immense, notamment en ce qui concerne la
Valenciennoise qui découvre seulement le haut niveau cette saison.
Deux parcours identiques ; toutes deux étant issues de l’INSEP, avec deux ans
d’écart. Sandrine Gruda, c’est un diamant brut 3que, si j’étais sélectionneur,
j’appellerais immédiatement en équipe de France3 dixit Laurent Buffard.
Cathy Melain, qui en a pourtant vu d’autres, n’en pense pas moins. 3C’est un
talent exceptionnel ; une future grande.3 Quant à Elodie Godin, son adversaire
d’un soir, elle est persuadée 3que Sandrine Gruda deviendra rapidement une top
joueuse chez les bleues3.
Avantage Elodie !
Godin-Gruda ! Le duel a finalement tourné
à l’avantage de la Berruyère samedi soir. Mais de peu. Elodie a affiché plus de
maîtrise, plus de constance dans le jeu, notamment en défense, perdant aussi
moins de balles. Elle a davantage pesé sur le match que Sandrine. Mais cette
dernière, complètement libérée après le repos, a eu quelques actions d’éclat,
notamment dans le jeu offensif, qui sont autant de signes d’un talent
exceptionnel. Au final, leurs lignes de stats sont très approchantes. 10 points
à 4/8, 2/2 aux lancers, 8 rebonds, 2 passes décisives, 2 fautes provoquées et
seulement deux balles perdues en 35’15’’ et une note évaluation à 14 pour la
Tango ; 16 points à 6/10 (dont 1/1 à trois points), 3/4 aux lancers, 5 rebonds,
3 fautes provoquées, 1 interception et 4 balles perdues en 36’18’’ et une note
évaluation à 13 pour la Nordiste.
"C’est une très bonne joueuse qui monte en puissance même si sur ce match, elle
est parfois passée un peu à côté" a analysé Elodie. Et c’est vrai que Sandrine
amis un bon quart temps avant d’entrer véritablement dans le match. Elle a alors
subi l’impact physique de la Berruyère, qui, tout en mettant la main sur le
rebond, a montré une fiabilité qu’on ne lui connaissait pas dans son shoot à
mi-distance. Depuis que son coach lui a demandé de s’écarter un peu plus du
panier, pour laisser la place en dessous à Bernie Ngoyisa, Elodie se montre de
plus en plus efficace dans le jeu offensif. "C’est vrai que ça me réussit bien"
fait-elle remarquer. Déjà, en équipe de France, elle avait franchi un palier,
gagnant un réel temps de jeu au point de devenir incontournable dans la raquette
tricolore. Elle est en train de le confirmer à Bourges où elle réalise un début
de saison de très haut niveau. Au niveau mental aussi, Elodie a mûri. En deux
années de Ligue féminine et d’Euroligue, elle a acquis des certitudes. Elle ne
se laisse plus désarçonner au moindre petit accroc dans son jeu. Elle vit
pleinement le moment présent et savoure : "Si vous saviez comme ça fait plaisir
de battre enfin Valenciennes... Certes, on avait gagné à Bercy, mais la coupe de
France, c’est autre chose. Là, on a gagné dans notre salle, en championnat,
devant notre public et ça, c’est vraiment super. On avait vraiment à cœur
d’effacer au plus vite notre revers de Sopron. Ce soir (lire samedi soir) , on a
réussi à contrôler notre rythme et tactiquement, on avait bien préparé notre
affaire, notamment en écartant le plus possibles leurs intérieures..." raconte
Elodie, le visage fendu d’un grand sourire. Visiblement, la Berruyère est bien
dans ses baskets et au mieux de sa forme.
Ensemble avec les Bleues
Et Sandrine Gruda est en train de lui
emboîter le pas. Qui sait quel niveau la perle de l’USVO (où elle a signé pour
trois ans, ndlr) aura atteint dans deux ans. On comprend mieux pourquoi Pierre
Vincent et Pierre Fosset auraient tant aimé s’assurer les services de la liane
antillaise aux allures parfois "jordanesques". Et pourquoi Laurent Buffard et le
président valenciennois Christian Lecoq ont mis tant d’ardeur à la convaincre de
préférer l’USVO. Reste l’équipe de France pour, dans un avenir proche, voir
évoluer Elodie et Sandrine ensemble. Le choix appartient, certes, à Alain Jardel
mais la sélection de Gruda apparaît déjà comme une évidence.
CHRISTIAN RAGOT
HUMEUR
POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS ... Les temps ont changé et il
faut se faire une raison. Bourges et Valenciennes ne domineront plus l’Europe du
basket féminin comme ils ont pu le faire il y a quelques années.
Question de gros sous.
Aujourd’hui, tant dans le Nord (encore plus depuis la montée du foot
en Ligue 2) que du côté du Prado, on compte le moindre euro. La preuve, pour
jouer dimanche à Clermont, les Tango ne partiront que le jour du match,
"contraintes économiques obligent" dixit le président Fosset. Ailleurs, dans la
lointaine Russie ou en République tchèque, en revanche, on se permet de dépenser
sans compter. "Dans le sport professionnel, aujourd’hui, la différence se fait
davantage par l’argent que par le travail, la formation et la rigueur. Dans ce
contexte, arriver en quarts de l’Euroligue, c’est bien. Au delà, ce serait un
exploit" explique, un rien désabusé, Laurent Buffard. Et Pierre Vincent n’en
pense pas moins. Face aux grosses armadas russes ou tchèques et leurs effectifs
pléthoriques, les coaches nordiste et berruyer ne peuvent même pas s’appuyer sur
un effectif de dix joueuses pros. Pas les moyens. "Après le départ d’Audrey
Sauret et l’arrêt d’Allison Feaster notamment, on aurait aimé s’assurer les
services, au poste 3, de Valdemoro ou d’Abrosimova mais c’était trop
cher,beaucoup trop cher pour nous" explique Buffard qui s’est rabattu sur
Vedrana Grgin-Fonseca pour compléter un groupe de neuf pros seulement avec
beaucoup de jeunes joueuses (Digbeu, Gruda, Gruszczynsky). Idem pour Bourges
qui, pour prolonger Laia Palau, Anete Jekabsone et Céline Dumerc, recruter
Bernie Ngoyisa et faire revenir Cathy Melain, doit aujourd’hui se satisfaire de
huit pros plus une jeune espoir étrangère, Sena Pavetic, sur laquelle on n’a
aucune certitude, et faire l’impasse sur un joker médical pour palier l’absence,
depuis le début de la saison, de Pauline Krawczyk. Autre preuve que les temps
sont durs malgré le formidable apport du BBE, l’aide des collectivités et le
soutien de son fidèle public, le club tango n’a même pas pu s’aligner,
financièrement parlant, pour s’assurer le concours de l’espoir de l’INSEP,
Sandrine Gruda...
Et pendant ce temps, Ekaterinbourg signe l’Américaine Yolanda Griffith pour,
nous a-t-on rapporté, 70.000 dollars mensuels et meuble son secteur intérieur
avec la grande Polonaise Malgorzata Dydek. Avec Sauret, Dabovic,Whalen, Batkovic,
le club de l’Oural pourra aligner six joueuses étrangères simultanément en
Euroligue comme l’y autorise le règlement de la FIBA. Samara, le Dynamo de
Moscou font tout autant dans le lourd sans qu’on s’interroge d’oùviennent
réellement les roubles (ou les dollars). Vous voyez Bourges, VO ou Mondeville
avec six joueuses étrangères chacun dans leur effectif et en laisser deux dans
les tribunes pour les matches du championnat de France ? Choquant. Et surtout
impossible financièrement. Non, le basket féminin marche sur la tête au point de
mettre sa propre éthique à mal. A terme, le sport business pourrait finir par
dégoûter les meilleures volontés si la FIBA n’y met pas un peu d’ordre. Dans
l’immédiat, le talent de nos joueuses, le sérieux, l’organisation de nos clubs,
permettent encore de rivaliser mais jusqu’à quand ?
CHRISTiAN RAGOT
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