Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
21/11/2005

 
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LIGUE FÉMININE (9e journée) Bourges basket - US Valenciennes Olympic : 66-54

Certes, les Tango avaient, en mai dernier, arraché la Coupe de France à Valenciennes. Mais cela faisait trois ans que le public berruyer attendait un succès en championnat face au rival de toujours.

Ce succès que le Prado attendait

PAR HERVÉ LE FELLIC

En basket, il n’y a pas de secret. Quand vous prenez sur tout un match autant de points que pendant les vingt minutes du mercredi précédent à Sopron, vous avez tout de même plus de chances de succès. C’est avant tout en retrouvant leur assise que les Berruyères ont bâti samedi soir leur succès, face à ces Valenciennoises qui trustent le titre national et ont pris pour habitude, depuis trois ans, de venir danser la gigue sur le parquet berruyer.

Valenciennes dominée dans bien des domaines
Avant tout,mais pas seulement. Certes, Laurent Buffard, le coach nordiste (*), reconnaissait bien volontiers qu’en ne marquant que 19 paniers (9 en deuxième mi-temps), il était illusoire d’envisager une autre issue. Et que la pression berruyère, obligeant ses joueuses à vingt pertes de balle, était un autre facteur rédhibitoire.
Là où Bourges a su construire son succès, c’est bien en limitant grandement le scoring des extérieures valenciennoises (24 points par Sandra Le Dréan, Emmanuelle Hermouet, Kristi Harrower et Sylvie Gruszczynski, contre 42 à Laia Palau, Cathy Melain, Anete Jekabsone et CélineDumerc). "Oui, Sandrine Gruda (quel phénomène, celle-là, NDLR) et Boba Tuvic ont mis 28 points. C’est correct, mais notre problème est bel et bien venu de notre jeu extérieur", confirmait le coach nordiste. "Trop de mes joueuses majeures ont raté leur match. On n’a pas eu de constance en défense, pas d’imagination en attaque. On a emmagasiné les pertes de balle et ça ne pardonne pas à ce niveau."
Pourtant largement prévenues par leur staff technique, les Valenciennoises n’ont pas su, ou pas pu, limiter suffisamment la capacité berruyère à hausser le rythme, à se lancer dans ces courses folles qui sont la carte de visite locale. "En première mi-temps, Bourges a pratiquement tout marqué sur son point fort, le jeu rapide. Et nous on a laissé faire."

Des Tango appliquées tactiquement
L’ami Laurent ne trouvait vraiment pas grand-chose de positif à retirer de la soirée. Même le rebond ne trouva pas grâce à ses yeux, malgré un nombre légèrement supérieur de prises pour les siennes (32 à 29). "Oui,mais les rebonds de Bourges furent réellement des deuxièmes chances de scorer. Ce ne fut pas notre cas. On a aussi failli dans ce secteur." Alors oui, cette indispensable défense berruyère,mais pas seulement. On y ajoute donc, rayon positif, le rebond. Mais aussi cette capacité à ne pas céder à l’affolement dans les moments de forte pression, et à accélérer dès que la possibilité se présenta. Résultat, l’USVO ne gagna pas un quart temps, et ne mena que quelques instants. A l’entame, le temps pour Cathy Melain et Bernie Ngoyisa de lancer la machine berruyère. La seule à pouvoir se targuer d’avoir déjà battu Valenciennes au Prado, c’est Cathy Melain, avant son départ à Venise. C’était à l’automne 2002 ! Jamais capitaine Caps Céline Dumerc n’avait encore savouré un tel plaisir, et son sourire faisait vraiment plaisir à voir. "Eh, Bourges - Valenciennes, c’est comme un derby, c’est un match bien particulier ! C’est la première victoire contre VO qu’on offre au Prado."
Pourtant, les Berruyères ne partaient pas avec tous les atouts. Le précédent sommet du championnat , elles l’avaient perdu sur leur parquet devant Mondeville. Elles sortaient tout juste de cette fichue en Hongrie. "On n’était pas dans une phase de confiance très importante", reconnaissait la capitaine berruyère, qui une fois encore a mis son adversaire directe, Kristi Harrower, au supplice. "Mais finalement, peut-être que ces deux revers nous ont bien servies. On s’était inclinées en menant de 17 points contre Mondeville, en étant menées de plus de vingt points à Sopron. Il fallait se mettre en tête qu’un match, ça dure quarante minutes. Qu’il ne faut pas céder à l’affolement, qu’il faut tenir dans la tempête. Là, il n’y a pas eu de panique. On a su jouer notre jeu, nous sommes allées au bout de nos attaques. Oui, on était dans un bon état d’esprit."
On ne dira pas que tout fut parfait pour autant. On a encore en mémoire ces coûteuses autant que malencontreuses pertes de balle de la fin du troisième quart. "Mais même là, on a su tout de suite se remobiliser", poursuivit Caps. "On a continué à défendre fort, à maîtriser le rebond. On a fait un bon match tactique, on a été bien mentalement, et c’est super encourageant. On a bien défendu la maison, et dans l’optique de la conquête de la première place de la phase régulière du championnat qualificative pour la prochaine Euroligue, NDLR), on se replace bien." De quoi donner des ailes avant le déplacement de mercredi, chez les Tchèques de Brno. Une équipe énorme. Les Tango n’auront, finalement, rien à y perdre. Et un exploit à y gagner.

(*)On aurait aimé que Sandrine Gruda et Emmanuelle Hermouet, dont on avait souhaité les commentaires, trouvent également le chemin de la salle de presse. Bon, c’était leur premier Bourges -VO, on leur pardonne...

 

Elodie Godin - Sandrine Gruda, le match dans le match

A voir ensemble avec les Bleues...

Melain - Le Dréan, Ngoyisa - Tuvic, Dumer cf - Harrower... Ce Bourges-VO proposait de sacrés duels. Mais le plus attendu était peut-être celui mettant face à face Elodie Godin et Sandrine Gruda. Elodie Godin, 20 ans, internationale devenue incontournable chez les Bleues, rebondeuse hors pair,MVP espoir de la Ligue féminine la saison dernière et Sandrine Gruda, 18 ans, élue MVP du championnat d’Europe avec les Bleuettes. Deux spécialistes du poste 4 qui tutoient déjà les sommets mais dont la marge de progression reste immense, notamment en ce qui concerne la Valenciennoise qui découvre seulement le haut niveau cette saison.
Deux parcours identiques ; toutes deux étant issues de l’INSEP, avec deux ans d’écart. Sandrine Gruda, c’est un diamant brut 3que, si j’étais sélectionneur, j’appellerais immédiatement en équipe de France3 dixit Laurent Buffard.
Cathy Melain, qui en a pourtant vu d’autres, n’en pense pas moins. 3C’est un talent exceptionnel ; une future grande.3 Quant à Elodie Godin, son adversaire d’un soir, elle est persuadée 3que Sandrine Gruda deviendra rapidement une top joueuse chez les bleues3.

Avantage Elodie !
Godin-Gruda ! Le duel a finalement tourné à l’avantage de la Berruyère samedi soir. Mais de peu. Elodie a affiché plus de maîtrise, plus de constance dans le jeu, notamment en défense, perdant aussi moins de balles. Elle a davantage pesé sur le match que Sandrine. Mais cette dernière, complètement libérée après le repos, a eu quelques actions d’éclat, notamment dans le jeu offensif, qui sont autant de signes d’un talent exceptionnel. Au final, leurs lignes de stats sont très approchantes. 10 points à 4/8, 2/2 aux lancers, 8 rebonds, 2 passes décisives, 2 fautes provoquées et seulement deux balles perdues en 35’15’’ et une note évaluation à 14 pour la Tango ; 16 points à 6/10 (dont 1/1 à trois points), 3/4 aux lancers, 5 rebonds, 3 fautes provoquées, 1 interception et 4 balles perdues en 36’18’’ et une note évaluation à 13 pour la Nordiste.
"C’est une très bonne joueuse qui monte en puissance même si sur ce match, elle est parfois passée un peu à côté" a analysé Elodie. Et c’est vrai que Sandrine amis un bon quart temps avant d’entrer véritablement dans le match. Elle a alors subi l’impact physique de la Berruyère, qui, tout en mettant la main sur le rebond, a montré une fiabilité qu’on ne lui connaissait pas dans son shoot à mi-distance. Depuis que son coach lui a demandé de s’écarter un peu plus du panier, pour laisser la place en dessous à Bernie Ngoyisa, Elodie se montre de plus en plus efficace dans le jeu offensif. "C’est vrai que ça me réussit bien" fait-elle remarquer. Déjà, en équipe de France, elle avait franchi un palier, gagnant un réel temps de jeu au point de devenir incontournable dans la raquette tricolore. Elle est en train de le confirmer à Bourges où elle réalise un début de saison de très haut niveau. Au niveau mental aussi, Elodie a mûri. En deux années de Ligue féminine et d’Euroligue, elle a acquis des certitudes. Elle ne se laisse plus désarçonner au moindre petit accroc dans son jeu. Elle vit pleinement le moment présent et savoure : "Si vous saviez comme ça fait plaisir de battre enfin Valenciennes... Certes, on avait gagné à Bercy, mais la coupe de France, c’est autre chose. Là, on a gagné dans notre salle, en championnat, devant notre public et ça, c’est vraiment super. On avait vraiment à cœur d’effacer au plus vite notre revers de Sopron. Ce soir (lire samedi soir) , on a réussi à contrôler notre rythme et tactiquement, on avait bien préparé notre affaire, notamment en écartant le plus possibles leurs intérieures..." raconte Elodie, le visage fendu d’un grand sourire. Visiblement, la Berruyère est bien dans ses baskets et au mieux de sa forme.

Ensemble avec les Bleues
Et Sandrine Gruda est en train de lui emboîter le pas. Qui sait quel niveau la perle de l’USVO (où elle a signé pour trois ans, ndlr) aura atteint dans deux ans. On comprend mieux pourquoi Pierre Vincent et Pierre Fosset auraient tant aimé s’assurer les services de la liane antillaise aux allures parfois "jordanesques". Et pourquoi Laurent Buffard et le président valenciennois Christian Lecoq ont mis tant d’ardeur à la convaincre de préférer l’USVO. Reste l’équipe de France pour, dans un avenir proche, voir évoluer Elodie et Sandrine ensemble. Le choix appartient, certes, à Alain Jardel mais la sélection de Gruda apparaît déjà comme une évidence.

CHRISTIAN RAGOT


 

HUMEUR

POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS ... Les temps ont changé et il faut se faire une raison. Bourges et Valenciennes ne domineront plus l’Europe du basket féminin comme ils ont pu le faire il y a quelques années.

Question de gros sous.
Aujourd’hui, tant dans le Nord (encore plus depuis la montée du foot en Ligue 2) que du côté du Prado, on compte le moindre euro. La preuve, pour jouer dimanche à Clermont, les Tango ne partiront que le jour du match, "contraintes économiques obligent" dixit le président Fosset. Ailleurs, dans la lointaine Russie ou en République tchèque, en revanche, on se permet de dépenser sans compter. "Dans le sport professionnel, aujourd’hui, la différence se fait davantage par l’argent que par le travail, la formation et la rigueur. Dans ce contexte, arriver en quarts de l’Euroligue, c’est bien. Au delà, ce serait un exploit" explique, un rien désabusé, Laurent Buffard. Et Pierre Vincent n’en pense pas moins. Face aux grosses armadas russes ou tchèques et leurs effectifs pléthoriques, les coaches nordiste et berruyer ne peuvent même pas s’appuyer sur un effectif de dix joueuses pros. Pas les moyens. "Après le départ d’Audrey Sauret et l’arrêt d’Allison Feaster notamment, on aurait aimé s’assurer les services, au poste 3, de Valdemoro ou d’Abrosimova mais c’était trop cher,beaucoup trop cher pour nous" explique Buffard qui s’est rabattu sur Vedrana Grgin-Fonseca pour compléter un groupe de neuf pros seulement avec beaucoup de jeunes joueuses (Digbeu, Gruda, Gruszczynsky). Idem pour Bourges qui, pour prolonger Laia Palau, Anete Jekabsone et Céline Dumerc, recruter Bernie Ngoyisa et faire revenir Cathy Melain, doit aujourd’hui se satisfaire de huit pros plus une jeune espoir étrangère, Sena Pavetic, sur laquelle on n’a aucune certitude, et faire l’impasse sur un joker médical pour palier l’absence, depuis le début de la saison, de Pauline Krawczyk. Autre preuve que les temps sont durs malgré le formidable apport du BBE, l’aide des collectivités et le soutien de son fidèle public, le club tango n’a même pas pu s’aligner, financièrement parlant, pour s’assurer le concours de l’espoir de l’INSEP, Sandrine Gruda...
Et pendant ce temps, Ekaterinbourg signe l’Américaine Yolanda Griffith pour, nous a-t-on rapporté, 70.000 dollars mensuels et meuble son secteur intérieur avec la grande Polonaise Malgorzata Dydek. Avec Sauret, Dabovic,Whalen, Batkovic, le club de l’Oural pourra aligner six joueuses étrangères simultanément en Euroligue comme l’y autorise le règlement de la FIBA. Samara, le Dynamo de Moscou font tout autant dans le lourd sans qu’on s’interroge d’oùviennent réellement les roubles (ou les dollars). Vous voyez Bourges, VO ou Mondeville avec six joueuses étrangères chacun dans leur effectif et en laisser deux dans les tribunes pour les matches du championnat de France ? Choquant. Et surtout impossible financièrement. Non, le basket féminin marche sur la tête au point de mettre sa propre éthique à mal. A terme, le sport business pourrait finir par dégoûter les meilleures volontés si la FIBA n’y met pas un peu d’ordre. Dans l’immédiat, le talent de nos joueuses, le sérieux, l’organisation de nos clubs, permettent encore de rivaliser mais jusqu’à quand ?

CHRISTiAN RAGOT