|
EUROLIGUE FÉMININE (5 e
journée)
Gambrinus Brno - Bourges basket :
72-58
Malgré tous leurs efforts, et à cause de quelques bévues mal
venues et d’un arbitrage sévère, les Tango n’ont pas pu créer l’exploit, hier
soir, face à une très forte équipe de Brno.
Les Tchèques ont dicté leur loi
HERVÉ LE FELLIC ENVOYÉ SPÉCIAL
O n
y a cru fort, quand à la 24e minute, un nouveau trois points d’Anete Jekabsone
mit les Berruyères en tête (34-37), pour la première fois du match. Pour la
dernière aussi, malheureusement. A cet instant, en tout cas, Céline Dumerc et
les siennes avaient cravaché fort, pour rattraper, puis devancer, une équipe de
Brno qui est bien l’énorme morceau annoncé, et qui est servie par des
individualités remarquables. Dès le début de la rencontre,marqué par la
titularisation d’entrée, côté berruyer, de Sabrina Reghaïssia en lieu et place
d’Elodie Godin, la formation de Jan Bobrovsky avait tenu à marquer son
territoire, et à asseoir sa suprématie sur son grand rival, dans ce groupe B.
Bourges dut attendre la 3e minute pour marquer un panier, par Bernie Ngoyisa,
qui fit hier soir un match énorme. Et n’en plaça que trois dans le quart temps.
Dix minutes à chercher ses marques offensivement, à voir aussi ses tirs
ressortir. La réussite, essentielle pour espérer quelque chose face au champion
tchèque, n’était pas arrivée à l’heure...
Milton, l’ancien bourreau de Bourges avec Parme et Ekaterinbourg, avait donné le
la, en décrochant d’entrée panier et lancer. Et ce furent Machova, puis
Viteckova à trois points, qui s’engouffrèrent dans les premières brèches,
infligeant au Bourges basket un déjà prometteur 12-0 (15-3, 5e). Les
Tango y allaient de surcroît de leurs pertes de balle, certaines étant
directement imputables aux
arbitres, sifflant deux marchers très limites...
En tout cas, Brno, bien approvisionné sous son cercle par la grande Kulichova,
mettait la pression, comme son brasseur de sponsor. Il fallut attendre la 7e
minute pour voir le deuxième panier berruyer, encore œuvre de Bernie sur une
passe pleine de simplicité, et donc de justesse, de sa capitaine.
L’Américaine Sales, qui s’avéra un vrai poison au fil des minutes, profita d’une
mésentente tango pour maintenir les Tchèques à bonne distance. Pierre Vincent ne
pouvait faire autrement, au temps mort , que demander aux siennes "de la
concentration. N’ayez pas peur !"
Des Tango héroïques mais dominées en fin de match
Conseil écouté, dès l’entame du deuxième
quart, où les Tango retrouvèrent réussite et purent ainsi répondre du tac au tac
à leurs prestigieuses adversaires. Bernie, une fois encore, se mettait en
évidence, en délivrant une passe décisive à Elodie, puis en trouvant toute seule
le cercle, en pivotant (21-17, 13e ) .
Bourges travaillait et revenait par l’intérieur. Et il fallait bien ça pour
contenir les assauts de Brno, qui faisait feu de tout bois... et de partout. Un
trois points de Machova, un shoot extérieur de Milton. Brno, avec Kulichova, se
gavait de munitions sous le cercle berruyer, les Tango rendant nombre de
centimètres à tous les postes, ou presque. Mais leur abnégation, leur défense (
les Tchèques, si offensives, ne mirent que douze paniers dans les vingt
premières minutes) étaient évidentes et au retour au vestiaire, Bourges,
deuxième quart en poche, était revenue dans les roues (31-25, 20e). Et sans
quelques pertes de balle...
Tout, donc, fut effacé, et même mieux, par le fameux trois points d’Anete de la
24e minute, déclenché en conclusion d’un 8-0 de Bourges, qui souffrait déjà des
quatre fautes sifflées à Céline Dumerc. Mais c’est là qu’on vit la force de la
formation tchèque. Bousculée, elle trouva en ses Américaines Sales (panier plus
lancer) puis Milton les arguments pour reprendre la tête, avant que Viteckova
(mais quel talent !) ne rentre un trois points, faisant fi d’une défense
berruyère pourtant exemplaire sur le coup. Et ce fut au tour des Tchèques de
planter un 10-0 des familles, fort heureusement stoppé par un trois points plus
que bienvenu de Cathy Melain. Il fallait tenir dans la tourmente, et les
Berruyères s’y employaient, elles qui voyaient Laia Palau y aller de son tir
primé (44-43 pour Brno, 28e).
Ce troisième quart temps, remporté de justesse par les Tchèques (21-20), n’avait
pas permis à la victoire de choisir son camp, et c’était tout à l’honneur des
joueuses de Pierre Vincent, héroïques dans l’adversité. Mais, inexorablement,
les filles de Bobrovski appuyèrent plus encore sur l’accélérateur, poussèrent
leurs adversaires à la faute. Viteckova, encore elle, joua les assassines à
trois points,malgré une défense pourtant parfaite d’Elodie Godin. Mais que
voulez-vous, l’internationale tchèque a du talent. Bernie tenta de tenir la
maison tango, en scorant trois fois de suite. Anete, puis Céline y allèrent de
leur trois points, pour entretenir l’espoir, pour limiter l’écart au maximum
aussi, ce qui pourra avoir son importance lors du décompte final.
Mais que voulez-vous, la Slovaque Zuzanna Zirkova, aussi douée que jolie, il
faut bien le reconnaître, enfonça le clou pour le compte. Brno, tout simplement,
avait été trop fort, trop complet. Trop présent d’un bout à l’autre de la
rencontre.
ANALYSE : peu
servies par l’arbitrage
Les Tango auraient dû être parfaites
RENTRÉE.
Dans une salle où, l’été dernier, elle avait conquis le titre de championne
d’Europe avec les Bleuettes de l’équipe de France, Pauline Krawczyk a fait son
grand retour, quelques minutes, en compétition. Une rotation intéressante en
perspetive pour Pierre Vincent, sans doute dès dimanche à Clermont puis à Gdynia
dans une semaine.
Oui, les deux sifflets, polonais (tiens, Bourges va à Gdynia la
semaine dernière) et slovène n’ont pas été
tendres avec les Tango, hier soir, dans la salle de Brno. "C’est le moins qu’on
puisse dire", confirma Céline Dumerc, trop vite lestée de quatre sanctions pas
toutes évidentes. Il y eut ces étranges marchers provoquant autant de balles
rendues aux Tchèques ; cette permissivité envers Milton et d’autres, qui ne se
privèrent pas de poser des écrans limites. "Ce fut une parodie d’arbitrage",
estima même Pierre Vincent.
On n’ira pas jusque là. On a déjà vu plus scandaleux. On était à Brno, qui a
profité du coup de pouce donné à l’équipe évoluant à domicile. Comme souvent,
même si ce n’est pas une excuse. Tel handicap se dresse souvent devant le
visiteur, qui doit par conséquence donner plus, pour espérer s’en sortir.
Ces erreurs berruyères immédiatement sanctionnées...
Elles ont donné beaucoup, hier soir, les
Berruyères, se permettant pendant vingt huit minutes de faire quasiment jeu égal
avec leurs prestigieuses adversaires, estampillées championnes d’Europe des
Nations pour certaines, figures de proue de la WNBA pour d’autres, joueuses de
talent pour toutes. Et c’est là leur immense mérite, d’autant qu’il leur a fallu
cravacher, pour revenir dans le coup après une entame délicate. "Je suis très
partagé", avoua le coach berruyer. "On a fait de très bonnes choses, mais par
séquences. Car certaines erreurs nous ont coûté cher." Les treize pertes de
balle de la première mi-temps en témoignèrent. "On a fait un match intelligent,
on a pris des risques avec bonheur, mais en face, il y a des joueuses... et des
arbitres. On a bien alterné en attaque", poursuivit le coach tango. On vit en
effet Bernie enfoncer la défense par l’intérieur, mais aussi les extérieures
prendre leurs pleines responsabilités. "En défense, on a finalement contrôlé.
Sauf sur la fin du match, où on a laissé quelques tirs ouverts et pris des
pénétrations ligne de fond. On a manqué alors de lucidité." Mais elles avaient
déjà tant donné, les Tango...
Il y avait peut-être place pour un exploit retentissant, hier soir. Dommage que
Bourges ait dû courir autant après le score, y laissant forcément des forces.
Pour qu’exploit il y ait, il aurait fallu des Tango tout simplement parfaites.
Elles s’en approchèrent, mais s’en approchèrent seulement. Et c’est bien ce qui
faisait rager Céline Dumerc, la capitaine berruyère. "Franchement, l’écart final
me semble lourd, au regard de notre performance. On a su faire déjouer Brno,
mais on a commis ces erreurs qui nous coûtent si cher. On a su revenir, passer
devant, mais on n’a pas pu alors maintenir notre rythme. Bien sûr, ce n’est pas
évident, mais on fait de ces erreurs grossières... Et en face, il y a Brno, une
grande équipe, au service de laquelle se mettent de belles individualités. C’est
une formation qui a des armes offensives partout.3
Et pourtant, même au plus fort de la tempête, Bourges a su calme garder, et
tenir le coup et ses nerfs. "On a réussi à les embêter", confirme Céline, à la
fois satisfaite du comportement de sa troupe, et forcément déçue de la somme
d’efforts fournis... au regard du résultat. "Face à Brno, il faut être vigilant
pendant vingt quatre, et même vingt-six secondes. Un ballon perdu, c’est un
panier pris !"
Alors oui, déception, frustration... "Ce sont des sentiments normaux", soupira
Céline. Elle et les Tango devront garder en mémoire qu’elles ont pu faire,
pendant un bon bout de match, jeu égal avec les championnes de Tchéquie.
Qu’elles peuvent les regarder les yeux dans les yeux. Demandez donc à Céline qui
dès hier soir se projetait vers le match retour : "On pourra les gagner à la
maison. On a vu qu’on en était capables, à condition d’améliorer encore notre
défense et de les faire sortir de leur registre." Rendez-vous est pris.
HERVÉ LE FELLIC
|