Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
24/11/2005

 
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EUROLIGUE FÉMININE (5e journée) Gambrinus Brno - Bourges basket : 72-58

Malgré tous leurs efforts, et à cause de quelques bévues mal venues et d’un arbitrage sévère, les Tango n’ont pas pu créer l’exploit, hier soir, face à une très forte équipe de Brno.

 

Les Tchèques ont dicté leur loi

HERVÉ LE FELLIC ENVOYÉ SPÉCIAL

On y a cru fort, quand à la 24e minute, un nouveau trois points d’Anete Jekabsone mit les Berruyères en tête (34-37), pour la première fois du match. Pour la dernière aussi, malheureusement. A cet instant, en tout cas, Céline Dumerc et les siennes avaient cravaché fort, pour rattraper, puis devancer, une équipe de Brno qui est bien l’énorme morceau annoncé, et qui est servie par des individualités remarquables. Dès le début de la rencontre,marqué par la titularisation d’entrée, côté berruyer, de Sabrina Reghaïssia en lieu et place d’Elodie Godin, la formation de Jan Bobrovsky avait tenu à marquer son territoire, et à asseoir sa suprématie sur son grand rival, dans ce groupe B. Bourges dut attendre la 3e minute pour marquer un panier, par Bernie Ngoyisa, qui fit hier soir un match énorme. Et n’en plaça que trois dans le quart temps. Dix minutes à chercher ses marques offensivement, à voir aussi ses tirs ressortir. La réussite, essentielle pour espérer quelque chose face au champion tchèque, n’était pas arrivée à l’heure...
Milton, l’ancien bourreau de Bourges avec Parme et Ekaterinbourg, avait donné le la, en décrochant d’entrée panier et lancer. Et ce furent Machova, puis Viteckova à trois points, qui s’engouffrèrent dans les premières brèches, infligeant au Bourges basket un déjà prometteur 12-0 (15-3, 5e). Les Tango y allaient de surcroît de leurs pertes de balle, certaines étant directement
imputables aux arbitres, sifflant deux marchers très limites...
En tout cas, Brno, bien approvisionné sous son cercle par la grande Kulichova, mettait la pression, comme son brasseur de sponsor. Il fallut attendre la 7e minute pour voir le deuxième panier berruyer, encore œuvre de Bernie sur une passe pleine de simplicité, et donc de justesse, de sa capitaine.
L’Américaine Sales, qui s’avéra un vrai poison au fil des minutes, profita d’une mésentente tango pour maintenir les Tchèques à bonne distance. Pierre Vincent ne pouvait faire autrement, au temps mort , que demander aux siennes "de la concentration. N’ayez pas peur !"

Des Tango héroïques mais dominées en fin de match
Conseil écouté, dès l’entame du deuxième quart, où les Tango retrouvèrent réussite et purent ainsi répondre du tac au tac à leurs prestigieuses adversaires. Bernie, une fois encore, se mettait en évidence, en délivrant une passe décisive à Elodie, puis en trouvant toute seule le cercle, en pivotant (21-17, 13e ) .
Bourges travaillait et revenait par l’intérieur. Et il fallait bien ça pour contenir les assauts de Brno, qui faisait feu de tout bois... et de partout. Un trois points de Machova, un shoot extérieur de Milton. Brno, avec Kulichova, se gavait de munitions sous le cercle berruyer, les Tango rendant nombre de centimètres à tous les postes, ou presque. Mais leur abnégation, leur défense ( les Tchèques, si offensives, ne mirent que douze paniers dans les vingt premières minutes) étaient évidentes et au retour au vestiaire, Bourges, deuxième quart en poche, était revenue dans les roues (31-25, 20e). Et sans quelques pertes de balle...
Tout, donc, fut effacé, et même mieux, par le fameux trois points d’Anete de la 24e minute, déclenché en conclusion d’un 8-0 de Bourges, qui souffrait déjà des quatre fautes sifflées à Céline Dumerc. Mais c’est là qu’on vit la force de la formation tchèque. Bousculée, elle trouva en ses Américaines Sales (panier plus lancer) puis Milton les arguments pour reprendre la tête, avant que Viteckova (mais quel talent !) ne rentre un trois points, faisant fi d’une défense berruyère pourtant exemplaire sur le coup. Et ce fut au tour des Tchèques de planter un 10-0 des familles, fort heureusement stoppé par un trois points plus que bienvenu de Cathy Melain. Il fallait tenir dans la tourmente, et les Berruyères s’y employaient, elles qui voyaient Laia Palau y aller de son tir primé (44-43 pour Brno, 28e).
Ce troisième quart temps, remporté de justesse par les Tchèques (21-20), n’avait pas permis à la victoire de choisir son camp, et c’était tout à l’honneur des joueuses de Pierre Vincent, héroïques dans l’adversité. Mais, inexorablement, les filles de Bobrovski appuyèrent plus encore sur l’accélérateur, poussèrent leurs adversaires à la faute. Viteckova, encore elle, joua les assassines à trois points,malgré une défense pourtant parfaite d’Elodie Godin. Mais que voulez-vous, l’internationale tchèque a du talent. Bernie tenta de tenir la maison tango, en scorant trois fois de suite. Anete, puis Céline y allèrent de leur trois points, pour entretenir l’espoir, pour limiter l’écart au maximum aussi, ce qui pourra avoir son importance lors du décompte final.
Mais que voulez-vous, la Slovaque Zuzanna Zirkova, aussi douée que jolie, il faut bien le reconnaître, enfonça le clou pour le compte. Brno, tout simplement, avait été trop fort, trop complet. Trop présent d’un bout à l’autre de la rencontre.

 

ANALYSE : peu servies par l’arbitrage

Les Tango auraient dû être parfaites

RENTRÉE. Dans une salle où, l’été dernier, elle avait conquis le titre de championne d’Europe avec les Bleuettes de l’équipe de France, Pauline Krawczyk a fait son grand retour, quelques minutes, en compétition. Une rotation intéressante en perspetive pour Pierre Vincent, sans doute dès dimanche à Clermont puis à Gdynia dans une semaine.

Oui, les deux sifflets, polonais (tiens, Bourges va à Gdynia la semaine dernière) et slovène n’ont pas été tendres avec les Tango, hier soir, dans la salle de Brno. "C’est le moins qu’on puisse dire", confirma Céline Dumerc, trop vite lestée de quatre sanctions pas toutes évidentes. Il y eut ces étranges marchers provoquant autant de balles rendues aux Tchèques ; cette permissivité envers Milton et d’autres, qui ne se privèrent pas de poser des écrans limites. "Ce fut une parodie d’arbitrage", estima même Pierre Vincent.
On n’ira pas jusque là. On a déjà vu plus scandaleux. On était à Brno, qui a profité du coup de pouce donné à l’équipe évoluant à domicile. Comme souvent, même si ce n’est pas une excuse. Tel handicap se dresse souvent devant le visiteur, qui doit par conséquence donner plus, pour espérer s’en sortir.

Ces erreurs berruyères immédiatement sanctionnées...
Elles ont donné beaucoup, hier soir, les Berruyères, se permettant pendant vingt huit minutes de faire quasiment jeu égal avec leurs prestigieuses adversaires, estampillées championnes d’Europe des Nations pour certaines, figures de proue de la WNBA pour d’autres, joueuses de talent pour toutes. Et c’est là leur immense mérite, d’autant qu’il leur a fallu cravacher, pour revenir dans le coup après une entame délicate. "Je suis très partagé", avoua le coach berruyer. "On a fait de très bonnes choses, mais par séquences. Car certaines erreurs nous ont coûté cher." Les treize pertes de balle de la première mi-temps en témoignèrent. "On a fait un match intelligent, on a pris des risques avec bonheur, mais en face, il y a des joueuses... et des arbitres. On a bien alterné en attaque", poursuivit le coach tango. On vit en effet Bernie enfoncer la défense par l’intérieur, mais aussi les extérieures prendre leurs pleines responsabilités. "En défense, on a finalement contrôlé. Sauf sur la fin du match, où on a laissé quelques tirs ouverts et pris des pénétrations ligne de fond. On a manqué alors de lucidité." Mais elles avaient déjà tant donné, les Tango...
Il y avait peut-être place pour un exploit retentissant, hier soir. Dommage que Bourges ait dû courir autant après le score, y laissant forcément des forces. Pour qu’exploit il y ait, il aurait fallu des Tango tout simplement parfaites. Elles s’en approchèrent, mais s’en approchèrent seulement. Et c’est bien ce qui faisait rager Céline Dumerc, la capitaine berruyère. "Franchement, l’écart final me semble lourd, au regard de notre performance. On a su faire déjouer Brno, mais on a commis ces erreurs qui nous coûtent si cher. On a su revenir, passer devant, mais on n’a pas pu alors maintenir notre rythme. Bien sûr, ce n’est pas évident, mais on fait de ces erreurs grossières... Et en face, il y a Brno, une grande équipe, au service de laquelle se mettent de belles individualités. C’est une formation qui a des armes offensives partout.3
Et pourtant, même au plus fort de la tempête, Bourges a su calme garder, et tenir le coup et ses nerfs. "On a réussi à les embêter", confirme Céline, à la fois satisfaite du comportement de sa troupe, et forcément déçue de la somme d’efforts fournis... au regard du résultat. "Face à Brno, il faut être vigilant pendant vingt quatre, et même vingt-six secondes. Un ballon perdu, c’est un panier pris !"
Alors oui, déception, frustration... "Ce sont des sentiments normaux", soupira Céline. Elle et les Tango devront garder en mémoire qu’elles ont pu faire, pendant un bon bout de match, jeu égal avec les championnes de Tchéquie. Qu’elles peuvent les regarder les yeux dans les yeux. Demandez donc à Céline qui dès hier soir se projetait vers le match retour : "On pourra les gagner à la maison. On a vu qu’on en était capables, à condition d’améliorer encore notre défense et de les faire sortir de leur registre." Rendez-vous est pris.

 

HERVÉ LE FELLIC