Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
02/12/2005

 
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EUROLIGUE FÉMININE (6e journée) Lotos Gdynia - Bourges Basket : 62-76

Un Bourges basket sérieux et complètement maître de son sujet s’est logiquement imposé à Gdynia, consolidant ainsi sa deuxième place. Du travail bien fait, assurément.

 

Et voilà du travail très bien fait !

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL CHRISTIAN RAGOT

On s’y attendait un peu ! Le président du Lotos Gdynia Mieczyslaw Krawczyk ayant exigé une revanche de la part de ses joueuses, nettement dominées à l’aller au Prado, les coéquipières de Agnieszka Bibrzycka démarrèrent ce match le pied au plancher pour mener rapidement 6-0, grâce notamment à Rankika Sarenac et Gordana Kovacevic.
Dans le camp berruyer, on s’efforçait de garder son calme. Le temps de se mettre en place et les Tango répliquaient par Elodie Godin (qui a bien fait de venir, ndlr) qui s’en allait provoquer la deuxième faute de Sarenac, déjà (10-5 à la 5e). La bataille dans la peinture était intense. Du côté polonais, on sollicitait Sarenac et Kobryn le plus possible mais avec Elodie Godin et Bernie Ngoyisa, elles n’avaient pas à faire à des ingrates dans le combat ; les deux équipes se rendant coup pour coup. Gdynia n’avait même pas la ressource de s’en remettre à Agnieska Bibrzycka, sa gâchette préférée quand ses grandes étaient contrées tellement la défense de Cathy Melain sur la star locale était implacable.

Neuf points d’avance au repos
Petit à petit donc, en haussant le rythme, les Tango refaisaient leur retard au prix d’un 8-0 pour boucler un premier quart temps, bien maîtrisé, au niveau de leurs adversaires : 17-17. Une fin de quart temps annonciatrice d’un deuxième encore mieux accompli. Bibrzycka toujours muselée, Leciejewska mal ou peu utilisée (Koziorowicz ayant choisi l’option lourde avec Kobryn et Sarenac), les Berruyères ne laissaient aucun panier facile à leurs adversaires. Et dans le jeu rapide, elles se montraient irrésistibles à l’image de Laia Palau (7 points en 3 minutes : 19-25 en faveur de Bourges à la 14e). C’était déjà un premier break. Alors que Bernie et Céline Dumerc étaient sur le banc pour souffler un peu, Cathy, Sabrina Reghaissia (à trois points) et Anete Jekabsone, sur un caviar de Laia Palau, portaient l’avance des Tango à 7 points : 25-32 (17e). Ça commençait à devenir vraiment intéressant. Sur le banc, Pierre Vincent gérait les événements au mieux. Avec calme et pondération, renvoyant Céline Dumerc, en bonne meneuse et capitaine, gérer le jeu et les efforts. Car jouer vite, c’est bien ; mais jouer trop vite, ça peut nuire. Une leçon que les Tango ont semble-t-il bien assimilée ; témoin cette action menée jusqu’aux 24 secondes et qui permit à Laia de marquer à trois points sur le buzzer : 28-37 à la pause.

Bernie façon Terminator
Une première mi-temps parfaitement gérée, avec cinq pertes de balles seulement, une défense efficace et un rebond bien maîtrisé (14 pour Gdynia contre 15 à Bourges). La seule petite fausse note venait des trois fautes d’Elodie Godin et des deux de Bernie Ngoyisa. Des fautes qui, on le verra plus tard, allaient faire redouter le pire par la suite....
A la reprise pourtant, Bourges continuait sur sa lancée. Sur un rebond offensif plutôt chaud, Bernie portait même l’avance des Berruyères à + 13 (33-46 à la 24e minute). Gdynia semblait alors au bord de la rupture. Bibrzycka commençait à s’énerver et Sarenac avait de plus en plus de mal à suivre le rythme imposé par les intérieures berruyères. Pierre Vincent en profitait pour faire reposer Elodie Godin, craignant peut-être pour son mollet meurtri. Et puis, à la 28e, alors que Bourges avait encore onze points d’avance (39-50), Bernie concédait une quatrième faute personnelle plutôt bête. Et sans Bernie, le secteur intérieur berruyer se trouvait soudain fort démuni. Pierre Vincent lançait Sena Pavetic dont la taille pouvait lui permettre de gêner Sarenac mais le rendement n’était pas le même. De + 11, l’avance des Berruyères tombait à + 1 (52-53 à la 29e) et il fallait un rush de Cathy pour redonner un poil d’air à l’équipe : 52-55 à la 30e. Il n’empêche, Gdynia s’était goinfré sur ce quart temps. Bourges était d’autant plus sous la menace d’un retour des Polonaises qu’Elodie Godin récoltait elle aussi sa quatrième faute à la 32e minute (31e). L’inquiétude grandissait en voyant que Leciejewska commençait à trouver le cercle (55-57 à la 33e). Il était plus que temps de relancer Bernie. Et alors là, pardon, ce fut l’hallali pour les Polonaises. Piquée dans son orgueil par la sévère remontrance formulée par Pierre Vincent, Bernie allait alors la jouer façon Terminator, bousculant tout sur son passage, provoquant la quatrième faute de Sarenac, faisant la loi au rebond et marquant comme à la parade, neuf points consécutivement (10/12 au final), repoussant définitivement les joueuses de la Baltique dans les cordes. Sacrée Bernie ! Même le meilleur des plombiers polonais n’aurait pu combler toutes les brèches créées dans la défense de Gdynia par l’impressionnante Congolaise. A 57-66 à un peu plus de trois minutes de la fin, la messe était (presque) dite. " Pas de fautes" demandait Pierre Vincent. Le message était reçu cinq sur cinq. Au contraire, c’est Sarenac qui sortait pour cinq fautes à 1’10’’ du buzzer. Cathy n’avait plus qu’à mettre la note finale à une très belle victoire, 62-76. Une victoire qui, conjuguée aux défaites de Brno et d’Ekaterinbourg, remet les Berruyères dans la course à la première place. On n’en demandait même pas tant.

 

L’analyse des entraîneurs, Pierre Vincent et Krzysztof Koziorowicz

Quand un match est bien préparé

Tous les coaches vous le diront ! La préparation d’un match est primordiale dans la quête de la victoire. Pierre Vincent aurait pu se reposer sur les certitudes acquises lors du match aller, remporté avec une belle aisance ; il n’en a rien fait. Et bien lui en a pris. "En consultant la vidéo de leur match contre Schio, j’ai vu que leur jeu avait énormément changé. On s’est donc préparé en conséquence..." Un travail sur cassette que le coach berruyer juge essentiel. "Le problème, c’est qu’il n’est pas facile d’avoir des vidéos en Euroligue. Là, on a pu constater que Gdynia jouait davantage sur ses intérieurs et qu’elles nous pilonneraient..." Et c’est exactement ce que les joueuses de la Baltique ont essayé de faire. Ainsi, le coach polonais Koziorowicz avait mis du très lourd dans la peinture avec Kobryn et Sarenac aux dépens de l’élégante et pourtant efficace Magdalena Leciejewska, et ça aurait pu réussir... si Bernie Ngoyisa et Elodie Godin n’avaient contesté le moindre ballon. "On savait que si on les laissait rentrer trop facilement, les fautes pleuvraient dru", poursuit Pierre Vincent. "Là, on a bien défendu et notre plus grande mobilité, notre plus grande efficacité au rebond, notamment offensif, ont fini par faire la différence", se réjouit le coach berruyer qui avait fait du cas Bibrzyckaune autre priorité. "Il fallait absolument la contrôler ; lui rendre tous les shoots difficiles. Et là, on a réalisé une grande performance....". La preuve, le compteur de Bibrzycka, qui avait marqué 18 points à l’aller, est resté bloqué à zéro. C’est dire que défensivement, les Berruyères, à l’image de Cathy Melain, ont fait dans le sérieux. "On a obligé Bibrzycka à beaucoup travailler et on lui a finalement laissé très peu de ballons puisqu’elle n’a pris que quatre shoots. Ça a fini par la décourager.." Un travail tactique payant donc. Qui aurait cependant pu être annihilé quand Bernie écopa d’une quatrième faute idiote, obligeant Pierre Vincent à la rappeler sur le banc, avec un joli sermon à la clé. De plus 11, l’avance est retombée à plus 1... "Et pourtant, Sena Pavetic a fait une bonne rentrée", estime Pierre Vincent. "Défensivement, je savais qu’elle pouvait gêner Sarenac qui n’est pas une joueuse très mobile. Elle a pris un ou deux rebonds. Elle a fait son job.." En revanche, offensivement, ce fut le néant. "Il ne faut pas oublier non plus qu’à cet instant, Céline était également sur le banc et que les arbitres ont alors tout sifflé. En fait, nous avons eu un petit trou de deux minutes ; rien de plus...", tente d’excuser Pierre Vincent.
Certes... Mais quand Bernie revint en jeu, elle remit aussitôt les pendules à l’heure, et de quelle manière (voir ci-dessus), prouvant qu’elle était indispensable à l’équipe tango. Il lui reste à maîtriser sa puissance physique qui lui fait commettre encore trop de fautes inutiles et pénalisantes pour son équipe tant son rôle est essentiel. Mais quels progrès déjà, tant tactiques que techniques, en l’espace de trois mois...
"Cela dit, même quand Gdynia est revenu à un point, je n’ai jamais été inquiet. Je sentais que les filles gardaient le contrôle des débats." Et c’est vrai qu’on ne les a jamais senties aussi sereines, aussi sûres d’elles dans la difficulté. C’est la preuve que ce groupe maîtrise de mieux en mieux ses émotions ; qu’il sait se prendre en charge, à l’image de Céline Dumerc qui sait varier le jeu quand il le faut pour mieux porter l’estocade à l’adversaire. C’est ce qui a d’ailleurs provoqué l’admiration de Magdalena Leciejewska : "Compliments à Bourges. C’est une équipe qui a un gros physique qui lui permet de jouer à fond et de varier son jeu pendant quarante minutes. C’est toute la différence avec nous. Nous pouvons avoir de très bonnes périodes mais aussi de gros passages à vide. C’est ce qui s’est passé ce soir." Le coach polonais, tout en reconnaissant la bonne prestation des Berruyères, préférait s’attarder sur les lacunes de son équipe : "Nous avons commis beaucoup trop de fautes. En défense, nous n’avons pas su tenir Ngoyisa. Et pourtant, nous avons, lors du troisième quart temps, la possibilité de gagner le match mais nous avons mal géré la situation..." Comme l’avait fait Pierre Vincent pour Bibrzycka, Koziorowicz avait pourtant mis en place un plan anti-Jekabsone (qui avait marqué 22 points à l’aller) mais la blonde Lettone a quand même marqué 6 points et a plus fait jouer que sa rivale polonaise. "Non, en fait, ce qui nous coûte cher, ce sont nos passages à vide bien trop longs et mis à profit par Bourges", conclut le coach polonais.
Au final , on dira que Bourges était le plus fort, tout simplement.

CHRISTIAN RAGOT