LIGUE FEMININE (11e JOURNÉE) Bourges Basket - Pays d'Aix Basket : 50-51
Aix ne l'a vraiment pas volée...
Endormies pendant toute une mi-temps, les Tango, bien revenues en deuxième
période, ont laissé filer la victoire à la dernière seconde. Rageant mais pas
illogique.
PAR CHRISTIAN RAGOT
Décidément, les Berruyères ont toujours du mal à se mettre en train
l'après-midi. A 16 heures, habituellement, c'est l'heure de la sieste, non
? Toujours est-il que les Tango étaient méconnaissables en début de
rencontre. Pas de rythme dans le jeu, mauvais timing au rebond, toujours ce
petit dixième de seconde de retard en attaque qui faisait que les ballons
n'arrivaient pas ou alors, dans de mauvaises conditions pour déboucher sur
des shoots forcés et.. ratés. Même constatation en défense où quelques
passes millimétrées de Kostaki ou Campbell laissaient les Tango comme
pétrifiées. Bref ! Du mauvais Bourges Basket qui ne fit que subir en début
de match.
Côté aixois, on n'en demandait pas autant. L'Américaine Cathy Joens,
arrivée en début de semaine, trouvait immédiatement sa place, profitant des
largesses de la défense tango pour allumer à trois points sur son premier
shoot, imitant en cela la virevoltante meneuse grecque, Anastasia Kostaki :
4-6 à la 3e. Sur un caviar de Céline Dumerc pour Cathy Melain, Bourges
revenait une première fois à hauteur (8-8 à la 5e) mais Campbell, à trois
points, redonnait de l'air aux Provençales (8-11). Les jambes semblaient
lourdes côté berruyer où l'inspiration faisait également défaut. Une
fatigue bien compréhensible au demeurant. Les Tango n'en étaient-elles pas
à leur onzième match (avec sept déplacement à la clé) en moins de cinq
semaines ? Ça laisse forcément des traces. Alors que Aix a eu toute la
semaine pour préparer ce match, l'équipe de Pierre Vincent avait encore dû
livrer bataille, jeudi, à Gdynia.
Mais bon, ça serait aussi trop facile de se planquer derrière cette seule
excuse de la fatigue. Car dans les choix de jeu, les Berruyères n'étaient
pas géniales non plus. Pierre Vincent avait beau multiplier les rotations,
rien n'y faisait. Après une deuxième égalité à 13-13, les Tango, amorphes,
laissaient les Aixoises prendre le large dangereusement : 13-17 à la fin du
premier quart temps puis 13-23 (12e). Sur les deux périodes, le Bourges
Basket venait de concéder un grinçant 0-10. Et était resté six minutes sans
marquer...
Le pire, c'est qu'on ne voyait pas comment les Tango allaient pouvoir s'en
sortir sans mettre plus de rythme et de détermination dans leurs
intentions. Sans aussi mettre la main sur le rebond. Toutes leurs
tentatives extérieures étaient vaines ; même les passes n'arrivaient pas ;
les Aixoises réussissant alors fort bien dans ce qui était leur mission
première : tenir le rebond et empêcher Bourges de développer son jeu
rapide. La solution aurait pu venir de Bernie Ngoyisa mais on ne la
cherchait pas trop, ou on ne la trouvait pas, ses positions étant fortement
contestées par Emmeline Ndongue et Magali Lacroix. Un panier primé de Cathy
Melain, le premier du match pour Bourges, inscrit dans la dernière minute
du deuxième quart temps, ranimait cependant une petite lueur d'espoir. Car
avec neuf points de retard seulement au repos (22-31), les Berruyères s'en
sortaient plutôt bien.
L'espoir revient...
Et tant qu'il y a de l'espoir, hein ? Après tout, le basket nous a déjà
réservé des renversements de situation encore plus invraisemblables. Et
puis, le jeu berruyer ne pouvait être plus insipide qu'il ne l'avait été
jusqu'ici...
Pourtant, la troisième faute de Céline Dumerc ne contribuait pas à
entretenir l'optimisme, d'autant que Joens, à trois points, confirmant la
belle adresse extérieure des Aixoises (6/11 dans cet exercice contre 2/16
aux Tango), portait l'avance de son équipe à 12 unités (24-36). Mais déjà,
les Tango avaient resserré et surtout durci leur défense. Cela leur
permettait de prendre le rebond à leur compte, de s'offrir ainsi quelques
précieuses munitions et de forcer la réussite. Cathy, Laia et Céline
puisaient au plus profond de leur énergie et l'écart fondait rapidement
(33-38 à la 28e), obligeant Alain Weisz à prendre un temps mort pour
recadrer ses troupes qui n'avaient trouvé que trois fois le chemin du
panier depuis la reprise. Le temps mort était aussitôt mis à profit par
Campbell mais les Berruyères insistaient et au prix d'un 13-2, elles revenaient
à -1 (39-40, 32e) sur un shoot à mi-distance d'Elodie Godin.
KO à l'ultime seconde
C'était le moment ou jamais de tout jeter. Soit ça passait, soit ça
cassait. Le mano a mano allait être haletant jusqu'au bout. Les contacts
étaient durs ; sans concession. Bourges passait devant pour la première
fois depuis la deuxième minute (4-3) sur un missile à trois points signé
Laia Palau : 44-42. Il restait alors 7'05'' à jouer. Sept minutes d'une
intensité insoutenable au cours desquelles les deux équipes se rendaient
coup pour coup. Bourges, poussé par son public, ne pouvait pourtant pas
empêcher Aix de repasser devant grâce à Campbell (à trois points) puis
Magali Lacroix (46-49). A 6''9 du buzzer, sur un ballon arraché par Cathy,
Laia Palau allait le plus loin possible dans l'action pour, sur un shoot en
suspension avec un sang froid impressionnant, redonner à nouveau l'avantage
à Bourges : 50-49. Ça devenait franchement irrespirable... Remise en jeu
pour Aix. Céline faisait faute. Ballon à Kostaki. La Grecque s'échappait
ligne de fond. Il n'y avait personne pour faire faute à nouveau alors que Bourges n'en était qu'à deux fautes équipes. Manque de jugeote assurément,
aussitôt mis à profit par Kostaki qui allait au panier. A l'ultime seconde.
Le match, heurté, hâché, avait choisi son vainqueur. Exténuées, les Tango
n'avaient plus que la force de pleurer. Bourges, pour s'être bien repris
après le repos, méritait sans doute la victoire mais Aix, pour sa bonne
gestion du match et sa résistance, la méritait tout autant. Le sport peut
aussi parfois être cruel... Plus embêtant, avec cette deuxième défaite au
Prado, le Bourges Basket n'a plus le moindre droit à l'erreur s'il veut
boucler en tête la phase de qualification et décrocher le billet
d'Euroligue allant avec. Ça ne sera pas du gâteau.
ANALYSE Avec les entraîneurs, Pierre Vincent et Alain Weisz
Sale final mais pas seulement
Les yeux plein de larmes, Céline Dumerc ne put sortir un mot, tenter
d'expliquer cette maudite dernière action. Il restait six secondes à jouer,
Bourges comptait un point d'avance après avoir tant ramé. Aix tenait la
balle par Kostaki. Une première fois, Céline fit faute sur la meneuse
grecque. Mais pas une deuxième, et la meneuse provençale s'en alla arracher un
aussi improbable que précieux succès provençal.
Alors, Céline, pourquoi l'avoir lâchée dans un moment si crucial ? On ne
put que comprendre son silence. Le coup était rude à encaisser, pour la
meneuse et capitaine tango. Qui ne doit pas non plus battre sa coulpe plus
que de raison. Car comme le déclara son coach, Pierre Vincent, "on perd
peut-être un peu le match là-dessus, mais pas seulement".
De toute façon, il ne se trouva pas une Berruyère, une fois Céline passée,
pour fermer la route à Kostaki. Ensuite, exception faite de Laia Palau, qui
réveilla les siennes au meilleur moment, alors que Bourges était en état
d'hibernation dominicale, personne n'a vraiment été irréprochable, dans la
troupe de Pierre Vincent. Alors, oui, Céline a fait une belle boulette,
mais elle n'est assurément pas la seule, ni même la principale, responsable
de ce deuxième revers berruyer à domicile, dans ce championnat.
Enervement et précipitation berruyères
Il y eut cette première période tellement insipide, ponctuée de
maladresses, mauvais choix, shoots forcés, passes dans les chaussettes. "On
a forcé les tirs pendant les vingt premières minutes", convint Pierre
Vincent, l'entraîneur berruyer. "Résultat, on rendait le ballon à
l'adversaire et on prenait des points sur jeu rapide. C'est là que s'est fait
l'écart."
Peu en jambes, peu inspirées, sans grande réussite au tir (1 sur 9 à trois
points dans les vingt premières minutes), Bourges s'enferra aussi dans le
faux rythme provençal. "Aix a tenu le ballon longtemps, on a eu peu
d'occasions de mettre du rythme dans la partie", estima le coach tango. "Du
coup, comme en plus on ne mettait pas nos shoots ouverts, on s'est énervé,
on a déjoué. On a failli par excès de précipitation, on a aussi laissé
quelques précieux rebonds. On essaie de forcer les choses, alors qu'on doit
au contraire en de telles circonstances faire preuve de patience et essayer
de prendre ses responsabilités." Ce que fit par exemple Laia Palau de la
28e à la 33e minute, qui permit aux locales de refaire leur handicap; et
qui se trouva encore à point nommé pour scorer sur la dernière attaque
tango. Mais il y eut ce coup de poignard final... "Ce n'est pas illogique,
de toute façon, qu'Aix ait gagné", soupira Pierre Vincent.
Son homologue provençal, Alain Weisz, se souviendra de son premier passage
au Prado. Tout en trouvant des excuses aux Berruyères. "Il n'y a rien de
pire que de jouer un jeudi, puis un dimanche, c'est mortel. Nous, on a pu
profiter de la semaine pour nous reposer et travailler. On a su profiter
des circonstances, mais on ne se fait pas non plus d'illusions. Bourges
reste supérieure à nous, mais n'était pas dans un bon jour. Nous, on a su
être courageux, et empêcher Bourges de courir, tout en ne lâchant pas trop
de rebonds, ce qui était notre plan. Franchement, je ne pensais pas gagner
à Bourges, et ça met du baume au coeur, après notre difficile début de
saison. Cela faisait tellement longtemps qu'on n'avait pas évolué au complet."
Emmeline Ndongue, l'ancienne Tango partie sous le soleil provençal, pouvait
se réjouir. "Quand on joue comme une vraie équipe, ça marche !" Et elle
rejoignait l'héroïne aixoise du jour Anastasia Kostaki dans ce sentiment :
"C'est maintenant une nouvelle saison qui commence pour nous." Pour
Bourges, c'est, en plus d'une grosse déception, un droit à l'erreur qui n'existe
plus guère...
HERVE LE FELLIC
|