Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
05/12/2005

 
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LIGUE FEMININE (11e JOURNÉE) Bourges Basket - Pays d'Aix Basket : 50-51

Aix ne l'a vraiment pas volée...
Endormies pendant toute une mi-temps, les Tango, bien revenues en deuxième période, ont laissé filer la victoire à la dernière seconde. Rageant mais pas illogique.

PAR CHRISTIAN RAGOT

Décidément, les Berruyères ont toujours du mal à se mettre en train l'après-midi. A 16 heures, habituellement, c'est l'heure de la sieste, non ? Toujours est-il que les Tango étaient méconnaissables en début de rencontre. Pas de rythme dans le jeu, mauvais timing au rebond, toujours ce petit dixième de seconde de retard en attaque qui faisait que les ballons n'arrivaient pas ou alors, dans de mauvaises conditions pour déboucher sur des shoots forcés et.. ratés. Même constatation en défense où quelques passes millimétrées de Kostaki ou Campbell laissaient les Tango comme pétrifiées. Bref ! Du mauvais Bourges Basket qui ne fit que subir en début
de match.
Côté aixois, on n'en demandait pas autant. L'Américaine Cathy Joens, arrivée en début de semaine, trouvait immédiatement sa place, profitant des largesses de la défense tango pour allumer à trois points sur son premier
shoot, imitant en cela la virevoltante meneuse grecque, Anastasia Kostaki : 4-6 à la 3e. Sur un caviar de Céline Dumerc pour Cathy Melain,  Bourges revenait une première fois à hauteur (8-8 à la 5e) mais Campbell, à trois
points, redonnait de l'air aux Provençales (8-11). Les jambes semblaient lourdes côté berruyer où l'inspiration faisait également défaut. Une fatigue bien compréhensible au demeurant. Les Tango n'en étaient-elles pas à leur onzième match (avec sept déplacement à la clé) en moins de cinq semaines ? Ça laisse forcément des traces. Alors que Aix a eu toute la semaine pour préparer ce match, l'équipe de Pierre Vincent avait encore dû livrer bataille, jeudi, à Gdynia.
Mais bon, ça serait aussi trop facile de se planquer derrière cette seule excuse de la fatigue. Car dans les choix de jeu, les Berruyères n'étaient pas géniales non plus. Pierre Vincent avait beau multiplier les rotations, rien n'y faisait. Après une deuxième égalité à 13-13, les Tango, amorphes, laissaient les Aixoises prendre le large dangereusement : 13-17 à la fin du premier quart temps puis 13-23 (12e). Sur les deux périodes, le Bourges
Basket venait de concéder un grinçant 0-10. Et était resté six minutes sans marquer...
Le pire, c'est qu'on ne voyait pas comment les Tango allaient pouvoir s'en sortir sans mettre plus de rythme et de détermination dans leurs intentions. Sans aussi mettre la main sur le rebond. Toutes leurs tentatives extérieures étaient vaines ; même les passes n'arrivaient pas ; les Aixoises réussissant alors fort bien dans ce qui était leur mission première : tenir le rebond et empêcher Bourges de développer son jeu rapide. La solution aurait pu venir de Bernie Ngoyisa  mais on ne la cherchait pas trop, ou on ne la trouvait pas, ses positions étant fortement contestées par Emmeline Ndongue et Magali Lacroix. Un panier primé de Cathy Melain, le premier du match pour Bourges, inscrit dans la dernière minute du deuxième quart temps, ranimait cependant une petite lueur d'espoir. Car avec neuf points de retard seulement au repos (22-31), les Berruyères s'en sortaient plutôt bien.

L'espoir revient...
Et tant qu'il y a de l'espoir, hein ? Après tout, le basket nous a déjà réservé des renversements de situation encore plus invraisemblables. Et puis, le jeu berruyer ne pouvait être plus insipide qu'il ne l'avait été jusqu'ici...
Pourtant, la troisième faute de Céline Dumerc ne contribuait pas à entretenir l'optimisme, d'autant que Joens, à trois points, confirmant la belle adresse extérieure des Aixoises (6/11 dans cet exercice contre 2/16 aux Tango), portait l'avance de son équipe à 12 unités (24-36). Mais déjà, les Tango avaient resserré et surtout durci leur défense. Cela leur permettait de prendre le rebond à leur compte, de s'offrir ainsi quelques précieuses munitions et de forcer la réussite. Cathy, Laia et Céline puisaient au plus profond de leur énergie et l'écart fondait rapidement (33-38 à la 28e), obligeant Alain Weisz à prendre un temps mort pour recadrer ses troupes qui n'avaient trouvé que trois fois le chemin du panier depuis la reprise. Le temps mort était aussitôt mis à profit par Campbell mais les Berruyères insistaient et au prix d'un 13-2, elles revenaient à -1 (39-40, 32e) sur un shoot à mi-distance d'Elodie Godin.

KO à l'ultime seconde
C'était le moment ou jamais de tout jeter. Soit ça passait, soit ça cassait. Le mano a mano allait être haletant jusqu'au bout. Les contacts étaient durs ; sans concession. Bourges passait devant pour la première fois depuis la deuxième minute (4-3) sur un missile à trois points signé Laia Palau : 44-42. Il restait alors 7'05'' à jouer. Sept minutes d'une intensité insoutenable au cours desquelles les deux équipes se rendaient coup pour coup. Bourges, poussé par son public, ne pouvait pourtant pas empêcher Aix de repasser devant grâce à Campbell (à trois points) puis Magali Lacroix (46-49). A 6''9 du buzzer, sur un ballon arraché par Cathy, Laia Palau allait le plus loin possible dans l'action pour, sur un shoot en suspension avec un sang froid impressionnant, redonner à nouveau l'avantage à Bourges : 50-49. Ça devenait franchement irrespirable... Remise en jeu pour Aix. Céline faisait faute. Ballon à Kostaki. La Grecque s'échappait ligne de fond. Il n'y avait personne pour faire faute à nouveau alors que Bourges n'en était qu'à deux fautes équipes. Manque de jugeote assurément, aussitôt mis à profit par Kostaki qui allait au panier. A l'ultime seconde.
Le match, heurté, hâché, avait choisi son vainqueur. Exténuées, les Tango n'avaient plus que la force de pleurer. Bourges, pour s'être bien repris après le repos, méritait sans doute la victoire mais Aix,  pour sa bonne gestion du match et sa résistance, la méritait tout autant. Le sport peut aussi parfois être cruel... Plus embêtant, avec cette deuxième défaite au Prado, le Bourges Basket n'a plus le moindre droit à l'erreur s'il veut boucler en tête la phase de qualification et décrocher le billet d'Euroligue allant avec. Ça ne sera pas du gâteau.


ANALYSE Avec les entraîneurs, Pierre Vincent et Alain Weisz

Sale final mais pas seulement

Les yeux plein de larmes, Céline Dumerc ne put sortir un mot, tenter d'expliquer cette maudite dernière action. Il restait six secondes à jouer, Bourges comptait un point d'avance après avoir tant ramé. Aix tenait la balle par Kostaki. Une première fois, Céline fit faute sur la meneuse grecque. Mais pas une deuxième, et la meneuse provençale s'en alla arracher un aussi improbable que précieux succès provençal.
Alors, Céline, pourquoi l'avoir lâchée dans un moment si crucial ? On ne put que comprendre son silence. Le coup était rude à encaisser, pour la meneuse et capitaine tango. Qui ne doit pas non plus battre sa coulpe plus
que de raison. Car comme le déclara son coach, Pierre Vincent, "on perd peut-être un peu le match là-dessus, mais pas seulement".
De toute façon, il ne se trouva pas une Berruyère, une fois Céline passée, pour fermer la route à Kostaki. Ensuite, exception faite de Laia Palau, qui réveilla les siennes au meilleur moment, alors que Bourges était en état d'hibernation dominicale, personne n'a vraiment été irréprochable, dans la troupe de Pierre Vincent. Alors, oui, Céline a fait une belle boulette, mais elle n'est assurément pas la seule, ni même la principale, responsable
de ce deuxième revers berruyer à domicile, dans ce championnat.

Enervement et précipitation berruyères
Il y eut cette première période tellement insipide, ponctuée de maladresses, mauvais choix, shoots forcés, passes dans les chaussettes. "On a forcé les tirs pendant les vingt premières minutes", convint Pierre Vincent, l'entraîneur berruyer. "Résultat, on rendait le ballon à l'adversaire et on prenait des points sur jeu rapide. C'est là que s'est fait l'écart."
Peu en jambes, peu inspirées, sans grande réussite au tir (1 sur 9 à trois points dans les vingt premières minutes), Bourges s'enferra aussi dans le faux rythme provençal. "Aix a tenu le ballon longtemps, on a eu peu
d'occasions de mettre du rythme dans la partie", estima le coach tango. "Du coup, comme en plus on ne mettait pas nos shoots ouverts, on s'est énervé, on a déjoué. On a failli par excès de précipitation, on a aussi laissé
quelques précieux rebonds. On essaie de forcer les choses, alors qu'on doit au contraire en de telles circonstances faire preuve de patience et essayer de prendre ses responsabilités." Ce que fit par exemple Laia Palau de la 28e à la 33e minute, qui permit aux locales de refaire leur handicap; et qui se trouva encore à point nommé pour scorer sur la dernière attaque tango. Mais il y eut ce coup de poignard final... "Ce n'est pas illogique, de toute façon, qu'Aix ait gagné", soupira Pierre Vincent.
Son homologue provençal, Alain Weisz, se souviendra de son premier passage au Prado. Tout en trouvant des excuses aux Berruyères. "Il n'y a rien de pire que de jouer un jeudi, puis un dimanche, c'est mortel. Nous, on a pu  profiter de la semaine pour nous reposer et travailler. On a su profiter des circonstances, mais on ne se fait pas non plus d'illusions. Bourges reste supérieure à nous, mais n'était pas dans un bon jour. Nous, on a su
être courageux, et empêcher Bourges de courir, tout en ne lâchant pas trop de rebonds, ce qui était notre plan. Franchement, je ne pensais pas gagner à Bourges, et ça met du baume au coeur, après notre difficile début de
saison. Cela faisait tellement longtemps qu'on n'avait pas évolué au complet."
Emmeline Ndongue, l'ancienne Tango partie sous le soleil provençal, pouvait se réjouir. "Quand on joue comme une vraie équipe, ça marche !" Et elle rejoignait l'héroïne aixoise du jour Anastasia Kostaki dans ce sentiment :
"C'est maintenant une nouvelle saison qui commence pour nous." Pour Bourges, c'est, en plus d'une grosse déception, un droit à l'erreur qui n'existe plus guère...

HERVE LE FELLIC