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EUROLIGUE FÉMININE (8 e
journée)
UMMC Ekaterinbourg - Bourges
Basket : 55-74
Les Berruyères ont signé hier le superbe exploit de mettre à la
raison, sans discussion aucune, une équipe d’Ekaterinbourg aussi argentée que...
démunie.
Sacré perf !
Hip, hip, hip, Oural, les Tango !
PAR HERVÉ LE FELLIC ENVOYÉ SPÉCIAL
D ominée
de bout en bout, incapable de réagir, et même parfois franchement pitoyable, vu
le niveau des joueuses alignées : la millionnaire équipe d’Ekaterinbourg a
complètement bu la tasse, hier, dans sa magnifique salle. La faute, pour une
grande part, à des Tango survoltées, sans complexe aucun, mais avec une
concentration, un collectif et une volonté qui peuvent renverser des montagnes,
fussent-elles aurifères, fussent-elles ouraliennes.
Ah, oui, décidément, et c’est le bon président Fosset qui doit en avoir le
sourire jusqu’aux oreilles, l’argent ne fait pas le bonheur. Prenez le cas de la
géante polonaise Malgorzata Dydek. Elle est payée, selon certaines sources,
70.000 dollars par mois et hier soir, elle n’a pas déplié une seconde sa
carcasse, laissant son séant sur le moelleux fauteuil qui sert de banc. Il se
murmure, à Ekateribourg, qu’elle est juste là... pour que le Dynamo moscovite,
sérieux rival national, ne puisse utiliser ses services. Joli gaspillage.
Amorphes les gros salaires !
Et la multiple championne américaine
Yolanda Griffith, alors ! Même salaire exorbitant, 29 minutes de présence
certes, mais à l’arrivée juste 12 points et 7 rebonds. Ça fait cher, à l’unité.
Les gros chèques, les alignements de palmarès, ne font pas une équipe. L’envie
d’aller de l’avant, la fierté, si. D’entrée, les Berruyères l’indiquèrent.
Pierre Vincent avait, pour une fois, choisi de laisser d’entrée sur le banc
Céline Dumerc, au profit d’Anete Jekabsone. Et ce fut bien Bourges qui, le
premier, lança les débats sur des bases élevées. Bernie Ngoyisa, puis Cathy
Melain par deux fois, et en à peine deux minutes cela fit 0-6. Les Tango avaient
choisi de faire tourner leurs jambes de feu, oubliant fatigue et décalage. Et
aussitôt, Ekaterinbourg fut à la ramasse, question repli défensif . Que Bourges
passe par du jeu placé, c’était pour voir Anete enquiller à trois points, pour
le 9-0.
Les gros portefeuilles d’en face ? Pas plus réactifs que ça. L’aimable
Zoran Visic fut même contraint à un premier temps mort, après une nouvelle
flèche visiteuse, conclue par Bernie la véloce (3-15, 6e). Et le coach
d’Ekaterinbourg doit décidément avoir du mal à trouver les mots, et sans doute
les tactiques. Sa troupe continua de prendre l’eau, Bernie (8 points en dix
minutes) jouant toujours les incendiaires. Et les Russes ne trouvaient sur leur
route qu’une intraitable défense tango.
Toujours et encore par Bernie, décidément dans tous les bons coups, l’écart
continua d’enfler,pour atteindre les dix huit unités en début de deuxième quart
(11-29, 11e). Il n’y avait guère que Sytniak qui, profitant de la sortie de
Cathy Melain, tentait de secouer les pardessus russes . Qui n’avaient que des
réactions sporadiques, indignes pour certaines de leur statut, quand au Bourges
Basket tout le monde mettait la main à la pâte. Céline Dumerc y allait de son
trois points, Cathy Melain servait idéalement Sabrina Reghaïssia. Le seul hic,
c’était la troisième sanction sifflée à Bernie, dès le milieu de cette deuxième
période. Qu’à cela ne tienne, Pierre Vincent lançait Sena Pavetic dans le bain,
et la Croate tenait sa place, face à Griffith ou Batkovic, excusez du peu.
Bourges empochait,de justesse, ce deuxième quart temps, pour avoir su
parfaitement maîtriser les événements. Là où la formation russe avait signé un 9
sur 27 au tir, Bourges présentait déjà un 18 sur 35. Un fossé, quand en plus on
évolue à l’extérieur.
Sena Pavetic pour le plus vingt
Symbole d’un collectif bien servi
par toutes, ce fut Sena Pavetic qui donna aux Tango les vingt points d’avance
(30-50, 23e). Ekaterinbourg, dépassé par les événements, tentait bien d’exister,
pas toujours par des moyens licites, le visage de Laia Palau en porta bien vite
la trace. L’Espagnole, avant cette mesquinerie, avait planté un superbe trois
points, stoppant toute velléité adverse,même timide, de réaction. Il fallut
attendre la 29e minute pour voir la Française d’Ekaterinbourg, Audrey Sauret,
inscrire un panier.
Tout le symbole d’une équipe en plein désarroi, en manque total d’expression
collective, des deux côtés du terrain. L’écart culmina même à 22 points, sur un
ballon volé par Céline Dumerc dans les mains de Griffith et conclu par deux
lancers de Cathy Melain (39-61, 28e).
La rugueuse, teigneuse, Dabovic sortie pour cinq fautes, il restait à tenir dix
interminables minutes. Mais jamais les Tango ne s’affolèrent, même devant un
timide retour russe. Ce fut d’abord Elodie Godin, par son shoot extérieur, qui
contint les efforts de Zakaluzhnaya et Sytniak. Puis Bernie, revenue dans les
dernières minutes, qui annihila l’assaut de Batkovic. Un shoot extérieur de
Cathy, une nouvelle interception de Céline, et c’était dans la poche. Un exploit
qui, on l’espère, fera des petits. En tout cas, les Tango tiennent ce succès
conquis loin de leurs bases face à un adversaire de très haut calibre. Et il n’y
eut vraiment rien à redire. Sinon bravo.
RÉACTIONS : toute
la joie des Berruyères
Une étonnante domination de tous les instants
"On a battu une équipe de fantômes ! On peut être
satisfait, bien sûr, mais ce n’est pas non
plus le sommet de la gloire..." Que voulez-vous, on ne refera pas Pierre
Vincent, non pas rabat-joie, mais éternel ennemi de toute euphorie.
N’empêche, si on avait dit au coach berruyer que les siennes allaient mettre aux
joueuses de Zoran Visic la même trempe qu’à l’aller ou peu s’en faut (et ça peut
compter, au décompte final, un tel écart), pas sûr qu’il ait misé un rouble.
Tiens, Visic, parlons en aussi brièvement que ça le mérite. En toute fin de
conférence de presse, et après des propos lénifiants au possible, il se fendit
d’un : "Je tiens à dire qu’on a été très mal reçu à Bourges." Au lieu de
répandre son fiel, il aurait à notre sens dû consacrer son énergie à bâtir un
collectif, à motiver ses joueuses, à leur donner les moyens d’exister.
Franchement quand on voit un tel effectif, de tels talents, quel gâchis ! Mais
bien sûr, il n’y est absolument pour rien...
Alors des fantômes, oui, d’accord. Mais si elles ont tant été dans de sales
suaires, c’est bien parce que les Berruyères les ont rendues transparentes au
possible. Elles se sont mêmes étonnées, si on en croit leur capitaine, Céline
Dumerc, qui avait déjà perdu deux fois aux portes de la Sibérie : "Pour être
franche, je ne pensais pas notre équipe capable de gagner ici, d’autant qu’on
n’était pas franchement dans les meilleures conditions. Quand on voit qu’en face
il y a Griffith, Dydek... Je ne m’attendais pas à une prestation aussi médiocre
de leur part !"
Elles ont été prises à la gorge, les Russes. A leur propre jeu, si tant est
qu’elles en aient un. "On a eu une défense intraitable en première période, on a
su développer notre jeu rapide, on a vraiment joué correctement", analysa Pierre
Vincent. "En face, elles ont fait semblant de défendre et nous on amis les
tirs." Et Bourges a remporté tous les quarts temps, a mené de bout en bout, n’a
finalement jamais tremblé. "On a su jouer sur leurs points faibles", ajouta
Céline.
Une inexorable marche en avant
Même les trois puis quatre sanctions
sifflées à la fougueuse Bernie Ngoyisa n’ont pas stoppé cette inexorable marche
en avant. Parce que Pierre Vincent a alors fait sortir les centimètres de Sena
Pavetic et que la jeune Croate a parfaitement répondu à l’appel. "Je savais que
je devais être là au rebond, en défense. J’ai vraiment été très heureuse de
jouer contre une joueuse comme Griffith, et franchement, les battre dans leur
salle, c’est agréable." Même pas peur, Sena, qui progresse à chaque sortie.
"Elle a fait son job", souligna son coach. "Elle a tenu sa place face à
Griffith, et je vous confirme en passant qu’elle n’a pas le même salaire..."
Laia Palau, durement secouée par la défense adverse, pouvait bien sourire, comme
les copines. "Là, franchement, c’est pas mal ! Bien sûr, on a toujours notre
chance, sur un match, mais on n’y pensait quand même pas tant que ça, à cette
victoire. Les joueuses d’Ekaterinbourg n’ont pas bien joué, mais c’est aussi
parce qu’on ne les a pas laissées faire, non ? " Comme au match aller, le
collectif a pris le pas sur les individualités adverses, aussi bardées de
titres, aussi expérimentées soient-elles. "On a su les étouffer tout de suite",
poursuivit Laia. "On a pu mettre du rythme, produire du jeu rapide et c’était la
solution, parce qu’en face à face, ce n’est quand même pas évident. On a bien
défendu, elles non. Ces grandes équipes, composées de joueuses très bien payées,
c’est toujours pareil : quand ça ne va pas bien, ça doute, et ça baisse un peu
les bras. Elles n’ont pas, en plus, l’habitude de jouer en équipe, et ça se
voit." Tout le contraire de Bourges, qui trouve là le socle de ses succès,
l’essence de sa force. On ne le mesure peut être pas complètement, mais passer
près de vingt points à Ekaterinbourg dans sa salle, ce n’est pas un mince
exploit. C’est en tout cas,pour tout un groupe, un match référence. Il reste aux
Berruyères, en janvier, deux matches à domicile (Sopron et Brno), dans ce
premier tour européen pour l’heure bien négocié. Se profile surtout (ce sera ce
dimanche au Prado) un rendez-vous piégé comme pas permis face à Montpellier,
quatrième de la Ligue féminine. Sûr que les jambes berruyères, qui ne
refouleront le Berry que cet après-midi, seront un peu lourdes. Mais on peut
penser que les têtes, elles, seront légères, la gagne aidant.
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