Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
16/12/2005

 
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EUROLIGUE FÉMININE (8e journée) UMMC Ekaterinbourg - Bourges Basket : 55-74

Les Berruyères ont signé hier le superbe exploit de mettre à la raison, sans discussion aucune, une équipe d’Ekaterinbourg aussi argentée que... démunie.

Sacré perf !

 

Hip, hip, hip, Oural, les Tango !

PAR HERVÉ LE FELLIC ENVOYÉ SPÉCIAL

Dominée de bout en bout, incapable de réagir, et même parfois franchement pitoyable, vu le niveau des joueuses alignées : la millionnaire équipe d’Ekaterinbourg a complètement bu la tasse, hier, dans sa magnifique salle. La faute, pour une grande part, à des Tango survoltées, sans complexe aucun, mais avec une concentration, un collectif et une volonté qui peuvent renverser des montagnes, fussent-elles aurifères, fussent-elles ouraliennes.
Ah, oui, décidément, et c’est le bon président Fosset qui doit en avoir le sourire jusqu’aux oreilles, l’argent ne fait pas le bonheur. Prenez le cas de la géante polonaise Malgorzata Dydek. Elle est payée, selon certaines sources, 70.000 dollars par mois et hier soir, elle n’a pas déplié une seconde sa carcasse, laissant son séant sur le moelleux fauteuil qui sert de banc. Il se murmure, à Ekateribourg, qu’elle est juste là... pour que le Dynamo moscovite, sérieux rival national, ne puisse utiliser ses services. Joli gaspillage.

Amorphes les gros salaires !
Et la multiple championne américaine Yolanda Griffith, alors ! Même salaire exorbitant, 29 minutes de présence certes, mais à l’arrivée juste 12 points et 7 rebonds. Ça fait cher, à l’unité. Les gros chèques, les alignements de palmarès, ne font pas une équipe. L’envie d’aller de l’avant, la fierté, si. D’entrée, les Berruyères l’indiquèrent. Pierre Vincent avait, pour une fois, choisi de laisser d’entrée sur le banc Céline Dumerc, au profit d’Anete Jekabsone. Et ce fut bien Bourges qui, le premier, lança les débats sur des bases élevées. Bernie Ngoyisa, puis Cathy Melain par deux fois, et en à peine deux minutes cela fit 0-6. Les Tango avaient choisi de faire tourner leurs jambes de feu, oubliant fatigue et décalage. Et aussitôt, Ekaterinbourg fut à la ramasse, question repli défensif . Que Bourges passe par du jeu placé, c’était pour voir Anete enquiller à trois points, pour le 9-0.
Les gros portefeuilles d’en face ? Pas plus réactifs que ça. L’aimable Zoran Visic fut même contraint à un premier temps mort, après une nouvelle flèche visiteuse, conclue par Bernie la véloce (3-15, 6e). Et le coach d’Ekaterinbourg doit décidément avoir du mal à trouver les mots, et sans doute les tactiques. Sa troupe continua de prendre l’eau, Bernie (8 points en dix minutes) jouant toujours les incendiaires. Et les Russes ne trouvaient sur leur route qu’une intraitable défense tango.
Toujours et encore par Bernie, décidément dans tous les bons coups, l’écart continua d’enfler,pour atteindre les dix huit unités en début de deuxième quart (11-29, 11e). Il n’y avait guère que Sytniak qui, profitant de la sortie de Cathy Melain, tentait de secouer les pardessus russes . Qui n’avaient que des réactions sporadiques, indignes pour certaines de leur statut, quand au Bourges Basket tout le monde mettait la main à la pâte. Céline Dumerc y allait de son trois points, Cathy Melain servait idéalement Sabrina Reghaïssia. Le seul hic, c’était la troisième sanction sifflée à Bernie, dès le milieu de cette deuxième période. Qu’à cela ne tienne, Pierre Vincent lançait Sena Pavetic dans le bain, et la Croate tenait sa place, face à Griffith ou Batkovic, excusez du peu. Bourges empochait,de justesse, ce deuxième quart temps, pour avoir su parfaitement maîtriser les événements. Là où la formation russe avait signé un 9 sur 27 au tir, Bourges présentait déjà un 18 sur 35. Un fossé, quand en plus on évolue à l’extérieur.

Sena Pavetic pour le plus vingt
Symbole d’un collectif bien servi par toutes, ce fut Sena Pavetic qui donna aux Tango les vingt points d’avance (30-50, 23e). Ekaterinbourg, dépassé par les événements, tentait bien d’exister, pas toujours par des moyens licites, le visage de Laia Palau en porta bien vite la trace. L’Espagnole, avant cette mesquinerie, avait planté un superbe trois points, stoppant toute velléité adverse,même timide, de réaction. Il fallut attendre la 29e minute pour voir la Française d’Ekaterinbourg, Audrey Sauret, inscrire un panier.
Tout le symbole d’une équipe en plein désarroi, en manque total d’expression collective, des deux côtés du terrain. L’écart culmina même à 22 points, sur un ballon volé par Céline Dumerc dans les mains de Griffith et conclu par deux lancers de Cathy Melain (39-61, 28e).
La rugueuse, teigneuse, Dabovic sortie pour cinq fautes, il restait à tenir dix interminables minutes. Mais jamais les Tango ne s’affolèrent, même devant un timide retour russe. Ce fut d’abord Elodie Godin, par son shoot extérieur, qui contint les efforts de Zakaluzhnaya et Sytniak. Puis Bernie, revenue dans les dernières minutes, qui annihila l’assaut de Batkovic. Un shoot extérieur de Cathy, une nouvelle interception de Céline, et c’était dans la poche. Un exploit qui, on l’espère, fera des petits. En tout cas, les Tango tiennent ce succès conquis loin de leurs bases face à un adversaire de très haut calibre. Et il n’y eut vraiment rien à redire. Sinon bravo.

 

RÉACTIONS : toute la joie des Berruyères

Une étonnante domination de tous les instants

"On a battu une équipe de fantômes ! On peut être satisfait, bien sûr, mais ce n’est pas non plus le sommet de la gloire..." Que voulez-vous, on ne refera pas Pierre Vincent, non pas rabat-joie, mais éternel ennemi de toute euphorie. N’empêche, si on avait dit au coach berruyer que les siennes allaient mettre aux joueuses de Zoran Visic la même trempe qu’à l’aller ou peu s’en faut (et ça peut compter, au décompte final, un tel écart), pas sûr qu’il ait misé un rouble. Tiens, Visic, parlons en aussi brièvement que ça le mérite. En toute fin de conférence de presse, et après des propos lénifiants au possible, il se fendit d’un : "Je tiens à dire qu’on a été très mal reçu à Bourges." Au lieu de répandre son fiel, il aurait à notre sens dû consacrer son énergie à bâtir un collectif, à motiver ses joueuses, à leur donner les moyens d’exister. Franchement quand on voit un tel effectif, de tels talents, quel gâchis ! Mais bien sûr, il n’y est absolument pour rien...
Alors des fantômes, oui, d’accord. Mais si elles ont tant été dans de sales suaires, c’est bien parce que les Berruyères les ont rendues transparentes au possible. Elles se sont mêmes étonnées, si on en croit leur capitaine, Céline Dumerc, qui avait déjà perdu deux fois aux portes de la Sibérie : "Pour être franche, je ne pensais pas notre équipe capable de gagner ici, d’autant qu’on n’était pas franchement dans les meilleures conditions. Quand on voit qu’en face il y a Griffith, Dydek... Je ne m’attendais pas à une prestation aussi médiocre de leur part !"
Elles ont été prises à la gorge, les Russes. A leur propre jeu, si tant est qu’elles en aient un. "On a eu une défense intraitable en première période, on a su développer notre jeu rapide, on a vraiment joué correctement", analysa Pierre Vincent. "En face, elles ont fait semblant de défendre et nous on amis les tirs." Et Bourges a remporté tous les quarts temps, a mené de bout en bout, n’a finalement jamais tremblé. "On a su jouer sur leurs points faibles", ajouta Céline.

Une inexorable marche en avant
Même les trois puis quatre sanctions sifflées à la fougueuse Bernie Ngoyisa n’ont pas stoppé cette inexorable marche en avant. Parce que Pierre Vincent a alors fait sortir les centimètres de Sena Pavetic et que la jeune Croate a parfaitement répondu à l’appel. "Je savais que je devais être là au rebond, en défense. J’ai vraiment été très heureuse de jouer contre une joueuse comme Griffith, et franchement, les battre dans leur salle, c’est agréable." Même pas peur, Sena, qui progresse à chaque sortie. "Elle a fait son job", souligna son coach. "Elle a tenu sa place face à Griffith, et je vous confirme en passant qu’elle n’a pas le même salaire..."
Laia Palau, durement secouée par la défense adverse, pouvait bien sourire, comme les copines. "Là, franchement, c’est pas mal ! Bien sûr, on a toujours notre chance, sur un match, mais on n’y pensait quand même pas tant que ça, à cette victoire. Les joueuses d’Ekaterinbourg n’ont pas bien joué, mais c’est aussi parce qu’on ne les a pas laissées faire, non ? " Comme au match aller, le collectif a pris le pas sur les individualités adverses, aussi bardées de titres, aussi expérimentées soient-elles. "On a su les étouffer tout de suite", poursuivit Laia. "On a pu mettre du rythme, produire du jeu rapide et c’était la solution, parce qu’en face à face, ce n’est quand même pas évident. On a bien défendu, elles non. Ces grandes équipes, composées de joueuses très bien payées, c’est toujours pareil : quand ça ne va pas bien, ça doute, et ça baisse un peu les bras. Elles n’ont pas, en plus, l’habitude de jouer en équipe, et ça se voit." Tout le contraire de Bourges, qui trouve là le socle de ses succès, l’essence de sa force. On ne le mesure peut être pas complètement, mais passer près de vingt points à Ekaterinbourg dans sa salle, ce n’est pas un mince exploit. C’est en tout cas,pour tout un groupe, un match référence. Il reste aux Berruyères, en janvier, deux matches à domicile (Sopron et Brno), dans ce premier tour européen pour l’heure bien négocié. Se profile surtout (ce sera ce dimanche au Prado) un rendez-vous piégé comme pas permis face à Montpellier, quatrième de la Ligue féminine. Sûr que les jambes berruyères, qui ne refouleront le Berry que cet après-midi, seront un peu lourdes. Mais on peut penser que les têtes, elles, seront légères, la gagne aidant.