Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
19/12/2005

 
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LIGUE FÉMININE (13e journée) Bourges basket - Montpellier-Lattes : 98-68

Bourges a asphyxié hier des Montpelliéraines qui ne s’attendaient pas à rencontrer un adversaire aussi fringant. Cette victoire, conjuguée à la défaite de Mondeville contre l’USVO, permet au Bourges basket d’être à nouveau maître de son destin dans la course à la première place.

A nouveau maître de son destin...

PAR CHRISTIAN RAGOT

Allait-on revivre le même scénario que contre Aix ? Les Tango avaient elles eu le temps de récupérer des fatigues engendrées par leur long et lointain périple victorieux à Ekaterinbourg ?
Ne risquaient-elles pas de manquer de fraîcheur face à une formation montpelliéraine qui avait eu toute la semaine pour préparer le match ? Les supporters tango avaient effectivement bien des raisons de s’inquiéter. D’autant que Montpellier, excellent quatrième, restait sur deux probantes victoires contre Tarbes et à Aix. Et ce n’est pas en voyant Bernie Ngoyisa, souffrant d’un torticolis, s’échauffer avec une minerve, qu’on pouvait se rassurer.

Plié à la mi-temps
C’était pourtant le match à ne pas manquer pour l’équipe de Pierre Vincent, remise en course pour la première place depuis la défaite, la veille, de Mondeville face à l’USVO. La victoire était même impérative pour rester à la hauteur des championnes de France avant  d’aller les défier au Hainaut au retour.
Les Berruyères, très concentrées, allaient cependant rapidement chasser le doute. Ayant retenu la leçon du match contre Aix, elles entraient tout de suite dans le match. Si bien même que Montpellier ne put vraiment soutenir la comparaison que pendant les six premières minutes. Ainsi, Elodie Bertal et sa nouvelle équipe eurent l’opportunité de mener au score de la 3e à la 6e minute (4-6 puis 12-14), grâce notamment à une belle adresse extérieure (2/2 à trois points pour Perroto et Das Neves). Mais après que Laia Palau eut égalisé en conclusion d’une phase de jeu rapide comme Pierre Vincent les affectionne, le rouleur compresseur berruyer se mit en route pour tout écraser sur son passage. Mis sous la pression, Montpellier multipliait les pertes de balle et les Tango se régalaient sur les interceptions de Cathy Melain et de Laia Palau qui, comme au foot, partaient en une-deux pour signer un premier break en faveur de Bourges (18-14 à la 7e). Pierre Vincent effectuait ses premières rotations en faisant rentrer Anete Jekabsone et Elodie Godin, respectivement pour Laia et Sabrina Reghaïssia et la Lettone, sur sa première tentative à trois points main gauche, signait un 9-0 berruyer (21-14, 7e) avant que Cathy n’enfonce le clou d’une percée rageuse l’amenant sous le cercle : 23-14. Montpellier avait bien encore quelques soubresauts mais ça devenait de plus en plus difficile pour l’équipe de José Ruiz qui bouclait le premier quart temps avec un retard de 9 points : 29-20.
Vingt points concédés en dix minutes par la meilleure défense du championnat. Pierre Vincent dut penser que c’était un peu trop. Les Tango mirent alors un peu plus de pression en défense, obligeant les Héraultaises à surjouer... et à multiplier les bourdes (15 pertes de balle à la mi-temps).
Dans la peinture, «Bernienator», même si elle avait du mal à tourner la tête, faisait la loi avec l’aide d’Elodie Godin et après un nouveau 9-0 ponctué par deux lancers de Céline Dumerc, Bourges portait son avance à 16 points à la 15e minute (41-25). Une avance qui grimpait même à plus 21 (52-31) à la 18e sur deux interceptions plus panier de Dumerc et Godin, après que Pauline Krawczyk ait signé sa rentrée d’un panier primé parfaitement ajusté de l’aile. Ça commençait à sentir très bon. Malgré les efforts des ex-Berruyères, Elodie Bertal (8 points) et Christelle Jouandon (6 points), Bourges régnait en maître dans tous les compartiments du jeu, imposant sa détermination, son rythme et sa puissance. A 55-35 à la mi temps, le match semblait déjà plié... Même si la prudence et le respect dû à l’adversaire incitaient les Tango à en remettre une couche en deuxième période.

La réserve de luxe fait le job...
Ce qu’elles faisaient de formidable façon dès la reprise d’un 8-0 (dont 6 points d’Anete) qui ruinait les derniers espoirs des visiteuses auxquelles les Tango, impeccable sur le repli défensif, ne concédaient que deux petits points en cinq minutes (67-37, 25e). Bernie en dessous, Anete à trois points, rejetaient ensuite Montpellier à 33 longueurs (72-39, 27e). Il était temps, pour Pierre Vincent, de faire reposer ses joueuses cadres dans la perspective du match de mercredi à Saint-Amand les Eaux. Sena Pavetic, encouragée par le public du Prado, prenait la place de Bernie et marquait rapidement ses deux premiers points mais c’est Montpellier qui terminait le mieux ce troisième quart temps, par un 0-7 et un panier primé de Jouandon (76-53 à la 30e). Pas de quoi paniquer pour autant...
D’ailleurs, durant le troisième quart temps, la «réserve» berruyère fit parfaitement le job. En effet, alors que Céline Dumerc , Bernie Ngoyisa, Elodie Godin, Cathy Melain et Anete Jekabsone ciraient le banc, Sabrina Reghaïssia, Sena Pavetic, Pauline Krawczyk (11 points dont 3 sur 5 à trois points), bien aiguillées par une intenable Laia Palau qui nous gratifia encore dequelques somptueux gestes techniques faisant se pâmer le public du Prado, ces réservistes de luxe donc, remportèrent de belle façon le dernier quart temps, 20-15. Même la jeune cadette Marie-Alix Frey bénéficia de deux minutes de temps de jeu, ayant le plaisir de signer le dernier panier berruyer sur une passe de Sabrina Reghaïssia. Tout un symbole !
Les dix joueuses tango avaient ainsi marqué, signant une victoire on ne peut plus collective. Une victoire qui laisse le Bourges basket dans la course à la première place de la phase régulière, synonyme de qualification directe pour l’Euroligue. Et surtout à nouveau complètement maître de son destin. C’était l’objectif essentiel, atteint de bien belle façon.
 

ANALYSE : Montpellier n’a pas justifié son rang

Démonstration parfaite des Tango

Force est de reconnaître qu’il y a eu, sur le match d’hier, une classe d’écart entre une formation berruyère au potentiel pourtant entamé par le long (et victorieux) voyage d’Ekaterinbourg) et des Montpelliéraines quatrièmes du classement, et qui avaient toute la semaine pour préparer sereinement leur affaire. D’ailleurs, José, Ruiz, l’entraîneur de ces dernières, en convenait aisément. "C’est vrai qu’on est tombé sur une équipe de Bourges très concentrée sur son sujet, qui a su faire preuve d’une excellente adresse et d’une belle fluidité de jeu. Les Berruyères nous ont pris au sérieux. Mais pour moi, ce n’est que la moitié de l’explication. L’autre, c’est qu’on n’a pas été à la hauteur de l’événement. On a manqué d’ambition, un peu comme si on se contentait de notre bon début de saison. C’est pour moi la différence entre un très grand champion... et un bon champion. Le premier ne se satisfait jamais, veut tout, et on n’en est pas encore là. On a péché sur la combativité, sur l’investissement physique. On a même lâché en fin de première mi-temps, pour rentrer au vestiaire à moins vingt. Mes joueuses d’expérience n’ont pas répondu présentes, ni en combativité, ni en efficacité et il va être important, maintenant, d’en prendre conscience."
Elodie Bertal, l’ancienne Tango, qui a fait une première partie de championnat en tous points remarquable, allait dans le même sens, avouant que la claque reçue avait été rude. "Et en plus, c’est face à mon ancien club... On a perdu, oui, mais surtout, on n’y a pas mis la manière, on n’a pas joué notre basket." Expliquer le pourquoi du comment ? Pas simple. "Pourtant, on était motivées. Mais a-t-on fait preuve de trop de facilité, après nos succès face à Tarbes et Aix ? On a eu beaucoup trop de pertes de balle stupides. Et on a subi durement à l’intérieur, comme cela avait été le cas devant Valenciennes. On n’avait pas à l’esprit, finalement, le combat qui nous attendait. Maintenant, à nous d’en tirer les leçons : on ne doit pas se reposer sur nos lauriers."

Un peu comme contre Schio
Surtout quand on ne les a pas encore autour de la tête. Le Bourges Basket est loin, encore, de les avoir coiffés,mais a su hier soir faire le métier, éviter le piège. Montpellier n’a résisté que six minutes, avant d’être emporté par la vague. "On avait parlé de la défaite de Mondeville devant Valenciennes, on savait que ce match contre Montpellier était très important pour nous", expliqua Sabrina Reghaïssia, qui a eu un temps de jeu plus conforme à ses ambitions et à son potentiel. "Je n’avais pas beaucoup joué à Ekaterinbourg. C’était le choix du coach,mais là j’avais la rage. Je veux prouver que je suis là, faire un truc sur le terrain." Comme les copines, elle a oublié la fatigue. "On ne doit pas s’écouter. On a su jouer notre jeu dès le départ, même si l’entame n’a pas été si simple. Ensuite, on a pu creuser un premier écart, et tout devint plus facile. Ce qui est bien, c’est que tout le monde a pu participer, un peu comme contre Schio." Vrai que la démonstration tango fut hier de la même veine que celle signée en Euroligue face aux Italiennes. Preuve que du côté de l’encadrement, on avait bien préparé l’affaire, surtout concernant la nécessaire récupération. "Et de ce point de vue, il faut donner une mention spéciale au staff médical", tient à souligner Pierre Vincent, l’entraîneur berruyer. Pleinement satisfait, on s’en doute, de la prestation de sa troupe. "On a fait un bon match. On a bien tenu leurs ailières, on a gêné leurs transmissions au poste cinq. On a réussi à voler des ballons, on a été bien en attaque et on a mis les paniers ." Du coup, Bourges a su s’éviter toute sueur froide, a mené sa barque à sa guise, et même le cou endolori de Bernie Ngoyisa n’a pas été un trop lourd handicap, alors qu’il avait été dans les heures précédant le coup d’envoi un sujet de contrariété et d’inquiétude supplémentaire. Tout a été parfait, hier, côté berruyer. Alors, plus qu’un, mercredi soir dans la salle de Saint-Amand-les-Eaux, pour le début des matches retour, et c’est enfin la trêve.

HERVÉ LE FELLIC