Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
12/01/2006

 
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Euroligue féminine Bourges basket - MKB Euroleasing Sopron : 89-69

L'année 2006 parfaitement lancée

Les Tango ont lancé de la plus belle des façons l'année 2006 en dominant Sopron, 89-69. Mais ça n'a pas été aussi facile que l'écart pourrait le laisser croire.

PAR CHRISTIAN RAGOT

Un match de reprise, ça n'est jamais facile à négocier. Surtout quand l'équipe adverse est coachée par Natalia Hekjkova. Du temps où elle dirigeait Ruzomberok, la Slovaque s'y entendait déjà à merveille pour pourrir le jeu des Tango en s'appuyant sur une défense très agressive. Et hier soir, au Prado, on a parfois eu l'impression que les Berruyères jouaient contre.. Ruzomberok.
Même privée des 197 centimètres de Matovic (18 points à l'aller), l'équipe hongroise s'échina ainsi à compenser par une variété tactique, notamment en faisant monter sa shooteuse Andrea Karoly au poste 4 près de Cserny, propre à dérouter n'importe quel adversaire. Y compris Bourges. Car si les Tango prenaient le meilleur départ avec deux paniers de Bernie Ngoyisa (5/6 dans le premier quart temps) suivi d'un jump shoot de Laia Palau (6-2 à la 2e), Sopron, mis sur orbite par un panier venu d'ailleurs de Teasley (quelle vitesse de geste !), réagissait de superbe façon, passant un 9-0 (6-11) sans appel à des Tango qui, à cet instant, semblaient manquer plus de rythme que d'envie. Sopron montrait alors toutes les facettes de son talent en s'appuyant sur un joli collectif bien rôdé.
Les Berruyères allaient cependant trouver la solution avec une défense resserrée où Pierre Vincent avait redistribué les rôles et, offensivement, en s'appuyant sur Bernie Ngoyisa qui imposait sa puissance dans la
peinture. On notait ainsi trois égalités à 13 - 13 puis 17-17 et enfin 19-19 mais, gênées par l'excellent repli défensif des Hongroises, les Tango ne pouvaient passer devant. Au contraire, sur un geste exceptionnel de
Nikki Teasley (changement de mains dans le dos et tir en déséquilibre à la vitesse de l'éclair) Sopron bouclait le premier quart temps en tête : 19-22.
Mais le travail de sape, la hargne et l'allant berruyers allaient finir par payer. Depuis le début, Céline Dumerc et ses copines savaient d'ailleurs à quoi s'en sentir. Pour mater cette équipe hongroise, il allait falloir tout donner. Se défoncer. Collectivement bien sûr mais aussi individuellement, en forçant son talent pour aller chercher des paniers impossibles comme Laia ou Céline savent si bien le faire. Et toujours en misant sur la présence de Bernie en dessous. Bourges repassait ainsi en tête sur un panier primé de son ailière espagnole (25-24) pour faire un premier break (32-26) sur un autre shoot bonifié de sa capitaine. C'était la première lézarde au coeur de la défense hongroise qui venait de concéder un 6-0, obligeant Natalia Hejkova à prendre un temps mort.
S'appuyant sur de bonnes rotations, Bourges se détachait pourtant lentement mais sûrement : 38-30 à la 16e puis 40-30 à la 18e sur un panier de Pauline Krawczyk (bonne fête !). Sopron ne devait qu'un un sursaut de Karolyi de rester dans le match au repos : 40-34.

Laia et Anete totalisent
Mais déjà, on  voyait les Hongroises moins « saignantes » dans leurs tentatives de déstabilisation du jeu berruyer. Face à l'excellente défense tango, les joueuses d'Hejkova en étaient ainsi réduites à tenter des shoots
impossibles, souvent de trop loin (7 sur 22 à trois points au final). Au contraire, des Berruyères qui, en alternant au mieux jeu intérieur - jeu extérieur, réussissaient à se fabriquer un petit matelas. Tout le monde se mettait au diapason à l'image de Cathy Melain qui marquait enfin son premier panier à la 22e (46-37). Mais c'était surtout Laia Palau qui alimentait la marque durant ce troisième quart temps. Et Bourges se donnait de plus en plus d'oxygène : 54-41 sur un trois points de Dumerc. Bourges qui maîtrisait aussi le rebond avec Elodie Godin. Sopron s'en remettait à ses shooting machines pour garder le contact et à ce jeu, Andrea Karolyi (12 points dans le quart temps) obligeait les Berruyères à rester hyper concentrées. Il n'empêche, les Tango attaquaient le dernier quart avec dix points d'avance : 63-53. Rien de trop, cependant.
Dans le dernier quart, les choses allaient toutefois se précipiter. Le rythme mis par Céline Dumerc était trop soutenu pour que Sopron puisse résister jusqu'au bout. D'autant qu'Anete Jekabsone avait alors la main
chaude (12 points dans le dernier quart). L'écart enflait au fil des minutes : 73-58 sur un lay up de Céline Dumerc (34e) puis 84-64 sur un ballon volé par Anete : 84-64 (38e). Depuis longtemps, Pierre Vincent avait
géré ses troupes, lançant Sena Pavetic qui marquait sur son premier rebond offensif avant de provoquer la cinquième faute de Susanna Horvath (89-67).
Les Hongroises, qui avaient marqué une moyenne de 83 points jusque là devaient se contenter de 69 sur une ultime interception de Teasley. Bourges l'emportait finalement de vingt points (89-69). Un score toutefois trompeur car ça n'a jamais été facile. Le match idéal, en tout cas, pour lancer, sur des bases élevées, l'année 2006.


ANALYSE Avec les entraîneurs Pierre Vincent et Natalia Hejkova

Un combat physique, une lutte tactique

Qu'elle opère comme naguère à la tête du double champion d'Europe slovaque Ruzomberok, ou qu'elle soit comme depuis quelques saisons en charge de la formation magyare de Ruzomberok , Natalia Hejkova reste la
même : une sacrée tacticienne. Hier, le problème qui se posait à elle n'était pas simple à résoudre, compte tenu des absences de deux titulaires, Blahuskova et Matovic. "La première revient de blessure, la deuxième
souffre du genou ; les deux devraient reprendre prochainement, mais là, elles étaient trop juste. Et cela nous a posé des problèmes, dans le secteur intérieur. C'était difficile d'y lutter, même si en définitive et compte tenu des circonstances on ne s'est pas trop mal débrouillé."
Ces problèmes, Natalia a tenté de les résoudre en brouillant les pistes, en rapatriant dans la peinture des extérieures style Karolyi, ce qui n'a pas été d'ailleurs sans poser de délicats problèmes aux Berruyères. Le pire,
c'est que jusqu'à la 31e minute, Sopron a été en mesure de gagner son pari insensé, n'étant mené à cet instant que de huit petits points.

Une intraitable défense berruyère
"Ce fut un match très physique", analysa la coache slovaque de Sopron. "Avec ces absences, on a dû présenter un jeu complètement différent de celui qu'on produit habituellement (encore que, ndlr...). C'est vrai, on a
eu notre chance, et pour moi l'écart final, de vingt points, ne reflète pas vraiment notre prestation. Je regrette d'ailleurs qu'il soit aussi important, car on sait que tout pourra compter, quand on arrivera au terme de cette première phase européenne."
Ce qui continue d'être préférentiel, c'est la situation des Berruyères : elle était déjà fort enviable avant le coup d'envoi d'hier soir, on sait désormais qu'une belle possibilité existe de la rendre excellente, dans une semaine, au terme du dernier match du groupe, face aux impressionnantes Tchèques de Brno. Que les Tango les battent, et elles seront en mesure non seulement d'empocher la première place du groupe, mais surtout de postuler
à l'une des quatre premières places du classement final, qui sera établi sur l'ensemble des trois groupes européens, rappelons-le.
Et rien de tout cela n'aurait été possible sans le succès d'hier soir. Un succès probant, car acquis au terme à la fois d'une bataille physique et d'une intense lutte tactique. On avait vu au match aller les dégâts que peut causer une équipe aussi offensive que Sopron, qui avait passé 52 points aux Tango en une mi-temps, avant d'en infliger la bagatelle de 94 à Brno. "Sopron est réellement une équipe difficile à jouer, avec des joueuses grandes et athlétiques", admet sans difficulté aucune Pierre Vincent. "En plus, l'absence de Matovic a entraîné le placement de Karolyi au poste 4, et sa taille comme son adresse nous ont posé des problèmes."
Les Tango ont dû tout avant tout enrayer cette belle machine à scorer qu'est Sopron, et ce n'est pas la moindre des performances de lui avoir concédé moins de 70 points. "On connaît leur style, très atypique. Face à elles, il faut défendre très fort dans les sept premières secondes, car c'est là qu'elles marquent le plus", acquiesça le coach berruyer. "Ça fixe, ça passe, ça shoote en première intention." Avec cette capacité à vous attirer sur de fausses pistes ; à susciter, puis à profiter, des aides défensives. A pénétrer parfois, à chercher la cible de loin souvent, surtout quand vous avez des joueuses qui n'hésitent jamais à s'écarter pour trouver la fenêtre de tir.
C'était une partie de l'équation, et elle fut, malgré quelques oublis, bien résolue. Restait aussi à répondre du tac au tac, question scoring, et ce fut là que le bât blessa, en début de match, malgré l'apport de Laia Palau et de Bernie Ngoyisa. "A cet instant, on a offensivement pêché par excès. Un peu comme en début de saison face à Challes, d'ailleurs. On voulait bien faire, et du coup on allait trop vite, d'où quelques pertes de balle." Sept
dans le premier quart temps, très exactement. "On s'est alors mis en difficulté. Ensuite, la consigne fut de mieux contrôler le jeu." De prendre garde à l'excellence du repli défensif magyar, de faire une meilleure utilisation de munitions rendues plus rares, dans les vingt premières minutes, par le nombre de rebonds offensifs captés par Sopron.
Au total, et en se rappelant qu'il s'agissait hier d'un match de reprise, ce qui n'est jamais évident, les Tango ont rendu hier soir une très belle copie, répondant présentes tant physiquement que dans la gestion des événements. Elles ont préservé leur invincibilité à domicile, dans cette Euroligue, elles ont préservé leur excellente position au classement. Et peuvent donc tout attendre de la dernière levée, dans une semaine, même endroit, face à Brno. "Ce serait la cerise sur le gâteau de battre les Tchèques", sourit par avance Pierre Vincent. "D'autant qu'on pourra aller chercher la première place du groupe."

HERVE LE FELLIC


UNE JOUEUSE DANS LE MATCH Laia Palau

On a su maîtriser le jeu

D'entrée, Laia Palau donna le la à toute la troupe berruyère. Un premier caviar pour Bernie Ngoyisa, une merveille de jump shoot dans son style inimitable, et c'était parti pour la Catalane. Qui fut d'ailleurs, avec Bernie la jeune mariée, celle qui alimenta le scoring tango, pendant les vingt premières minutes, répondant ainsi à l'appétit offensif annoncé, et donc constaté, des Hongroises de Natalia Hejkova.
On vit Laia se multiplier aux quatre coins du plancher. Décochant des missiles, ou y allant de sa vélocité ou de sa force de pénétration ; menant aussi les débats, quand Céline Dumerc éprouva le besoin légitime de souffler ; provoquant, défendant aussi bec et ongles, pour tenir en respect Teasley et autres. Et à l'arrivée, Laia signa un match superbe, inscrivant une nouvelle fois une ligne de stats remarquable : 22 points et meilleure marqueuse du match à égalité avec cette autre grande joueuse qu'est Karolyi, un impressionnant 7 sur 9 à deux points, une parfaite sélection de shoots à trois unités (2 sur 2), quatre passes décisives, deux interceptions, hasta luego y muchas gracias !
On pensait qu'en entamant les débats, les Tango auraient en travers de la gorge la défaite de l'aller, mais la fantasque Catalane nous assura que tel n'était point son sentiment. "Non, on n'avait pas d'esprit de revanche. On avait simplement à l'esprit qu'il nous restait dans cette Euroligue deux matches à jouer à la maison, avec la possibilité de finir à la première place." Une possibilité qui existe toujours, grâce à tout l'allant, toute l'intelligence, que mirent les Tango, pour battre Sopron de belle manière. Et ce ne fut pas simple, vraiment. "On avait pêché en défense à l'aller ; là, on a encore galéré, parce que Sopron est une équipe qui ne ressemble à
aucune autre. Les Hongroises pratiquent un jeu large, Karolyi nous a fait mal. C'est étonnant, parce que pour des joueuses de l'Est, elles aiment vraiment le un contre un ! Ça shoote beaucoup, et en première mi-temps ce
fut de la folie. On a au début voulu répondre du tac au tac, on est un peu tombé dans leur rythme, dans leur dynamique. On devait batailler pour marquer, alors qu'elles semblaient le faire avec tant de facilité. Heureusement, en deuxième mi-temps, on a mieux maîtrisé le jeu, on a su insister là où on avait l'avantage. Et elles ont commencé à mettre à côté."

Et Laia ne fut pas pour rien, dans le fait que l'écart atteigne au final les vingt unités. Elle a tellement peu raté, Laia, qu'elle s'en excusa presque. "Bon, c'est vrai, je n'ai pas manqué grand-chose, ce n'est pas normal", lança-t-elle dans un grand sourire, avant d'ajouter. "Oui, la coupure a fait du bien.." Une telle victoire aussi.

HERVE LE FELLIC