|
Euroligue féminine Bourges basket - MKB Euroleasing
Sopron : 89-69
L'année 2006 parfaitement lancée
Les Tango ont lancé de la plus belle des façons l'année 2006 en dominant
Sopron, 89-69. Mais ça n'a pas été aussi facile que l'écart pourrait le laisser
croire.
PAR CHRISTIAN RAGOT
Un match de reprise, ça n'est jamais facile à négocier. Surtout quand
l'équipe adverse est coachée par Natalia Hekjkova. Du temps où elle
dirigeait Ruzomberok, la Slovaque s'y entendait déjà à merveille pour
pourrir le jeu des Tango en s'appuyant sur une défense très agressive. Et
hier soir, au Prado, on a parfois eu l'impression que les Berruyères
jouaient contre.. Ruzomberok.
Même privée des 197 centimètres de Matovic (18 points à l'aller), l'équipe
hongroise s'échina ainsi à compenser par une variété tactique, notamment en
faisant monter sa shooteuse Andrea Karoly au poste 4 près de Cserny,
propre à dérouter n'importe quel adversaire. Y compris Bourges. Car si les
Tango prenaient le meilleur départ avec deux paniers de Bernie Ngoyisa (5/6
dans le premier quart temps) suivi d'un jump shoot de Laia Palau (6-2 à la
2e), Sopron, mis sur orbite par un panier venu d'ailleurs de Teasley
(quelle vitesse de geste !), réagissait de superbe façon, passant un 9-0
(6-11) sans appel à des Tango qui, à cet instant, semblaient manquer plus
de rythme que d'envie. Sopron montrait alors toutes les facettes de son talent
en s'appuyant sur un joli collectif bien rôdé.
Les Berruyères allaient cependant trouver la solution avec une défense
resserrée où Pierre Vincent avait redistribué les rôles et, offensivement,
en s'appuyant sur Bernie Ngoyisa qui imposait sa puissance dans la
peinture. On notait ainsi trois égalités à 13 - 13 puis 17-17 et enfin
19-19 mais, gênées par l'excellent repli défensif des Hongroises, les Tango
ne pouvaient passer devant. Au contraire, sur un geste exceptionnel de
Nikki Teasley (changement de mains dans le dos et tir en déséquilibre à la
vitesse de l'éclair) Sopron bouclait le premier quart temps en tête : 19-22.
Mais le travail de sape, la hargne et l'allant berruyers allaient finir par
payer. Depuis le début, Céline Dumerc et ses copines savaient d'ailleurs à
quoi s'en sentir. Pour mater cette équipe hongroise, il allait falloir tout
donner. Se défoncer. Collectivement bien sûr mais aussi individuellement,
en forçant son talent pour aller chercher des paniers impossibles comme
Laia ou Céline savent si bien le faire. Et toujours en misant sur la
présence de Bernie en dessous. Bourges repassait ainsi en tête sur un
panier primé de son ailière espagnole (25-24) pour faire un premier break
(32-26) sur un autre shoot bonifié de sa capitaine. C'était la première
lézarde au coeur de la défense hongroise qui venait de concéder un 6-0,
obligeant Natalia Hejkova à prendre un temps mort.
S'appuyant sur de bonnes rotations, Bourges se détachait pourtant lentement
mais sûrement : 38-30 à la 16e puis 40-30 à la 18e sur un panier de Pauline
Krawczyk (bonne fête !). Sopron ne devait qu'un un sursaut de Karolyi de rester
dans le match au repos : 40-34.
Laia et Anete totalisent
Mais déjà, on voyait les Hongroises moins « saignantes » dans leurs
tentatives de déstabilisation du jeu berruyer. Face à l'excellente défense
tango, les joueuses d'Hejkova en étaient ainsi réduites à tenter des shoots
impossibles, souvent de trop loin (7 sur 22 à trois points au final). Au
contraire, des Berruyères qui, en alternant au mieux jeu intérieur - jeu
extérieur, réussissaient à se fabriquer un petit matelas. Tout le monde se
mettait au diapason à l'image de Cathy Melain qui marquait enfin son
premier panier à la 22e (46-37). Mais c'était surtout Laia Palau qui
alimentait la marque durant ce troisième quart temps. Et Bourges se donnait
de plus en plus d'oxygène : 54-41 sur un trois points de Dumerc. Bourges
qui maîtrisait aussi le rebond avec Elodie Godin. Sopron s'en remettait à
ses shooting machines pour garder le contact et à ce jeu, Andrea Karolyi
(12 points dans le quart temps) obligeait les Berruyères à rester hyper
concentrées. Il n'empêche, les Tango attaquaient le dernier quart avec dix
points d'avance : 63-53. Rien de trop, cependant.
Dans le dernier quart, les choses allaient toutefois se précipiter. Le
rythme mis par Céline Dumerc était trop soutenu pour que Sopron puisse
résister jusqu'au bout. D'autant qu'Anete Jekabsone avait alors la main
chaude (12 points dans le dernier quart). L'écart enflait au fil des
minutes : 73-58 sur un lay up de Céline Dumerc (34e) puis 84-64 sur un
ballon volé par Anete : 84-64 (38e). Depuis longtemps, Pierre Vincent avait
géré ses troupes, lançant Sena Pavetic qui marquait sur son premier rebond
offensif avant de provoquer la cinquième faute de Susanna Horvath (89-67).
Les Hongroises, qui avaient marqué une moyenne de 83 points jusque là
devaient se contenter de 69 sur une ultime interception de Teasley. Bourges
l'emportait finalement de vingt points (89-69). Un score toutefois trompeur
car ça n'a jamais été facile. Le match idéal, en tout cas, pour lancer, sur des
bases élevées, l'année 2006.
ANALYSE Avec les entraîneurs Pierre Vincent et Natalia Hejkova
‚
Un combat physique, une lutte tactique
Qu'elle opère comme naguère à la tête du double champion d'Europe
slovaque Ruzomberok, ou qu'elle soit comme depuis quelques saisons en
charge de la formation magyare de Ruzomberok , Natalia Hejkova reste la
même : une sacrée tacticienne. Hier, le problème qui se posait à elle
n'était pas simple à résoudre, compte tenu des absences de deux titulaires,
Blahuskova et Matovic. "La première revient de blessure, la deuxième
souffre du genou ; les deux devraient reprendre prochainement, mais là,
elles étaient trop juste. Et cela nous a posé des problèmes, dans le
secteur intérieur. C'était difficile d'y lutter, même si en définitive et compte
tenu des circonstances on ne s'est pas trop mal débrouillé."
Ces problèmes, Natalia a tenté de les résoudre en brouillant les pistes, en
rapatriant dans la peinture des extérieures style Karolyi, ce qui n'a pas
été d'ailleurs sans poser de délicats problèmes aux Berruyères. Le pire,
c'est que jusqu'à la 31e minute, Sopron a été en mesure de gagner son pari
insensé, n'étant mené à cet instant que de huit petits points.
Une intraitable défense berruyère
"Ce fut un match très physique", analysa la coache slovaque de Sopron. "Avec ces absences, on a dû présenter un jeu complètement différent de
celui qu'on produit habituellement (encore que, ndlr...). C'est vrai, on a
eu notre chance, et pour moi l'écart final, de vingt points, ne reflète pas
vraiment notre prestation. Je regrette d'ailleurs qu'il soit aussi
important, car on sait que tout pourra compter, quand on arrivera au terme de
cette première phase européenne."
Ce qui continue d'être préférentiel, c'est la situation des Berruyères :
elle était déjà fort enviable avant le coup d'envoi d'hier soir, on sait
désormais qu'une belle possibilité existe de la rendre excellente, dans une
semaine, au terme du dernier match du groupe, face aux impressionnantes
Tchèques de Brno. Que les Tango les battent, et elles seront en mesure non
seulement d'empocher la première place du groupe, mais surtout de postuler
à l'une des quatre premières places du classement final, qui sera établi sur
l'ensemble des trois groupes européens, rappelons-le.
Et rien de tout cela n'aurait été possible sans le succès d'hier soir. Un
succès probant, car acquis au terme à la fois d'une bataille physique et
d'une intense lutte tactique. On avait vu au match aller les dégâts que
peut causer une équipe aussi offensive que Sopron, qui avait passé 52 points aux
Tango en une mi-temps, avant d'en infliger la bagatelle de 94 à Brno. "Sopron est réellement une équipe difficile à jouer, avec des
joueuses grandes et athlétiques", admet sans difficulté aucune Pierre
Vincent. "En plus, l'absence de Matovic a entraîné le placement de Karolyi au
poste 4, et sa taille comme son adresse nous ont posé des problèmes."
Les Tango ont dû tout avant tout enrayer cette belle machine à scorer
qu'est Sopron, et ce n'est pas la moindre des performances de lui avoir
concédé moins de 70 points. "On connaît leur style, très atypique. Face à
elles, il faut défendre très fort dans les sept premières secondes, car
c'est là qu'elles marquent le plus", acquiesça le coach berruyer. "Ça fixe,
ça passe, ça shoote en première intention." Avec cette capacité à vous
attirer sur de fausses pistes ; à susciter, puis à profiter, des aides
défensives. A pénétrer parfois, à chercher la cible de loin souvent,
surtout quand vous avez des joueuses qui n'hésitent jamais à s'écarter pour
trouver la fenêtre de tir.
C'était une partie de l'équation, et elle fut, malgré quelques oublis, bien
résolue. Restait aussi à répondre du tac au tac, question scoring, et ce
fut là que le bât blessa, en début de match, malgré l'apport de Laia Palau
et de Bernie Ngoyisa. "A cet instant, on a offensivement pêché par excès.
Un peu comme en début de saison face à Challes, d'ailleurs. On voulait bien
faire, et du coup on allait trop vite, d'où quelques pertes de balle." Sept
dans le premier quart temps, très exactement. "On s'est alors mis en
difficulté. Ensuite, la consigne fut de mieux contrôler le jeu." De prendre
garde à l'excellence du repli défensif magyar, de faire une meilleure
utilisation de munitions rendues plus rares, dans les vingt premières minutes,
par le nombre de rebonds offensifs captés par Sopron.
Au total, et en se rappelant qu'il s'agissait hier d'un match de reprise,
ce qui n'est jamais évident, les Tango ont rendu hier soir une très belle
copie, répondant présentes tant physiquement que dans la gestion des
événements. Elles ont préservé leur invincibilité à domicile, dans cette
Euroligue, elles ont préservé leur excellente position au classement. Et
peuvent donc tout attendre de la dernière levée, dans une semaine, même
endroit, face à Brno. "Ce serait la cerise sur le gâteau de battre les
Tchèques", sourit par avance Pierre Vincent. "D'autant qu'on pourra aller
chercher la première place du groupe."
HERVE LE FELLIC
UNE JOUEUSE DANS LE MATCH Laia Palau
On a su maîtriser le jeu
D'entrée, Laia Palau donna le la à toute la troupe berruyère. Un
premier caviar pour Bernie Ngoyisa, une merveille de jump shoot dans son
style inimitable, et c'était parti pour la Catalane. Qui fut d'ailleurs,
avec Bernie la jeune mariée, celle qui alimenta le scoring tango, pendant
les vingt premières minutes, répondant ainsi à l'appétit offensif annoncé,
et donc constaté, des Hongroises de Natalia Hejkova.
On vit Laia se multiplier aux quatre coins du plancher. Décochant des
missiles, ou y allant de sa vélocité ou de sa force de pénétration ; menant
aussi les débats, quand Céline Dumerc éprouva le besoin légitime de
souffler ; provoquant, défendant aussi bec et ongles, pour tenir en respect
Teasley et autres. Et à l'arrivée, Laia signa un match superbe, inscrivant
une nouvelle fois une ligne de stats remarquable : 22 points et meilleure
marqueuse du match à égalité avec cette autre grande joueuse qu'est
Karolyi, un impressionnant 7 sur 9 à deux points, une parfaite sélection de
shoots à trois unités (2 sur 2), quatre passes décisives, deux
interceptions, hasta luego y muchas gracias !
On pensait qu'en entamant les débats, les Tango auraient en travers de la
gorge la défaite de l'aller, mais la fantasque Catalane nous assura que tel
n'était point son sentiment. "Non, on n'avait pas d'esprit de revanche. On
avait simplement à l'esprit qu'il nous restait dans cette Euroligue deux
matches à jouer à la maison, avec la possibilité de finir à la première
place." Une possibilité qui existe toujours, grâce à tout l'allant, toute
l'intelligence, que mirent les Tango, pour battre Sopron de belle manière.
Et ce ne fut pas simple, vraiment. "On avait pêché en défense à l'aller ;
là, on a encore galéré, parce que Sopron est une équipe qui ne ressemble à
aucune autre. Les Hongroises pratiquent un jeu large, Karolyi nous a fait
mal. C'est étonnant, parce que pour des joueuses de l'Est, elles aiment
vraiment le un contre un ! Ça shoote beaucoup, et en première mi-temps ce
fut de la folie. On a au début voulu répondre du tac au tac, on est un peu
tombé dans leur rythme, dans leur dynamique. On devait batailler pour marquer, alors qu'elles semblaient le faire avec tant de facilité.
Heureusement, en deuxième mi-temps, on a mieux maîtrisé le jeu, on a su insister
là où on avait l'avantage. Et elles ont commencé à mettre à côté."
Et Laia ne fut pas pour rien, dans le fait que l'écart atteigne au final
les vingt unités. Elle a tellement peu raté, Laia, qu'elle s'en excusa
presque. "Bon, c'est vrai, je n'ai pas manqué grand-chose, ce n'est pas
normal", lança-t-elle dans un grand sourire, avant d'ajouter. "Oui, la
coupure a fait du bien.." Une telle victoire aussi.
HERVE LE FELLIC
|