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EUROLIGUE FÉMININE Bourges
Basket - Gambrinus Brno : 73-67
La victoire du talent et du coeur
Sacrée soirée au Prado. Au terme d'un match de toute
beauté, les Tango ont pris le meilleur sur une grande équipe de Brno, propulsant
le Bourges Basket dans le Top 4 de l'Euroligue.
PAR CHRISTIAN RAGOT
Pas de temps mort dans cette « petite » finale. Tout de suite, le rythme est
très élevé. L'engagement de part et d'autre est total. Mais fallait-il
s'attendre à autre chose quand l'enjeu est une place dans le Top 4 ?
Les Tchèques, avec assurance, prennent d'emblée la direction des opérations sous
la baguette de Machova. Pour les Tango, il n'y a pas d'autre issue que de
défendre fort. Céline Dumerc se frotte à Machova et Laia Palau à l'Américaine
Sales. Alors que Cathy Melain s'occupe du cas Vesela. Mais pour les Berruyères,
ce n'est pas simple car elles rendent en moyenne une dizaine de centimètres à
leur adversaire directe. Sur un premier panier primé de Milton, Brno fait même
un premier break (4-9 à la 3e). Pour Bourges, il est temps maintenant de penser
à négocier les ballons de récupération, de faire courir son adversaires, lui
mettre la pression pour
essayer de le déstabiliser en défense et s'offrir de bonnes positions de shoot.
Les consignes sont appliquées à la lettre et pour la conclusion, c'est Laia
Palau (qui s'était économisée contre Strasbourg) qui s'y colle.
Trois missiles expédiés au delà de la ligne des 6,25 m plus un panier en dessous
de Bernie qui a fort à faire face aux 198 centimètres de Kulichova et Bourges
mène 15-11 (5e). Le public du Prado, déjà chaud, est sur un nuage...
D'autant que les Tango ont le bon goût d'insister par leur capitaine qui marque
elle aussi à trois points, signant ainsi un 11-0 en faveur de Bourges (18-11 à
la 7e).
Les Tchèques ne semblent guère apprécier et durcissent le jeu. C'est intense,
pour sûr. Mais Elodie Godin et Bernie ne sont pas du genre à se laisser
impressionner. Au contraire, une Elodie impeccable se joue d'abord
de Kulichova en dessous avant d'aller marquer en lay up, provoquant la faute de
la même Kulichova : 22-12. Avec coeur et talent, Bourges remporte ce premier
quart temps, 23-15. Tout serait parfait si Bernie et Elodie
n'avaient deux fautes chacune.
Anete après Laia
Et ce n'est pas fini ! Haussant encore le rythme (on se demande où elles vont
chercher une telle énergie...), les Berruyères enchaînent par un 8-0 (31-15) .
Une fois encore, Laia a trouvé l'ouverture à trois points, bien
vite imitée par Anete Jekabsone. Dans ce quart temps, la blonde Lettonne va
marquer la bagatelle de 10 points (2/2 à deux points et 2/3 à trois !).
Reghaïssia, recadrée durant la semaine par son coach, se met au diapason d'un
superbe bras roulé et il faut toute la classe de Machova, Sales et Kulichova
pour que Brno garde le contact. Il n'empêche, les Berruyères sont intenables au
point de porter leur avantage à 19 points (36-17 puis 42-23) toujours par
l'inévitable Elodie Godin, mise sur orbite par Céline Dumerc.
La fin de ce deuxième quart temps est toutefois plus heurtée ; la fatigue
commençant à se faire senti. Comment pourrait-il en être autrement après le
rythme infernal mis dans la partie depuis le début ? Bourges boucle la
mi-temps avec 14 points d'avance (42-28). Laisser Brno à 28 points en une
mi-temps alors que les Tchèques tournent à 83 de moyenne en Euroligue, c'est un
sacré exploit. Et ce, avec un seul lancer contre 7 aux
Tchèques. Des Tchèques qui, sous la pression, ont quand même perdu 15 balles
contre 9 seulement aux Tango.
Avec les tripes
A la reprise, le camp berruyer prend un gros coup sur la tête quand Bernie
Ngoyisa prend sa troisième faute. Du coup, les deux intérieures tango (Elodie a
également trois fautes) ne vont plus pouvoir défendre avec la
même hargne. Et Pierre Vincent va devoir composer. C'est ce que le coach fait en
lançant Sena Pavetic (une rentrée utile !) et en rappelant Elodie à la place de
Bernie et de Sabrina Reghaïssia. Bien sûr, Brno essaie de
mettre du rythme, mais les Tango continuent à se défendre comme des mortes de
faim comme Cathy Melain, ou arrachant des ballons impossibles à l'image de
Céline Dumerc pour mieux attaquer le cercle... et scorer (49 - 33 à la 25e).
Toute cette énergie mise dans le combat n'empêche pas les Tchèques de recoller
sur la fin du quart temps, notamment sur un trois points de Zirkova et deux
actions de classe de l'élégante à Viteckova : 54-47 à la 30e.. Il est vrai qu'en
dessous, Kulichova et Vesela avaient le champ libre. Pour les Tango, le plus
difficile est à venir : gérer cet avantage de 7 points.
A l'entame de la dernière ligne droite, les Berruyères se mettent d'ailleurs à
piocher un peu et les contacts deviennent durs. Elodie prend sa quatrième faute
et le coach remet Bernie sur la parquet. Juste après un
jump shoot de Palau, Kulichova et Vesela ramènent Brno à six longueurs (62-56,
35e). Milton ne profite pas complètement d'une antisportive de Cathy Melain
obligée de défendre fort et dans la foulée, l'Américaine prend
même sa quatrième faute. Ça équilibre un peu les choses... Obligé de gérer les
fautes, Pierre Vincent multiplie les rotations. Bernie continue à se colleter
sur le panier et s'offre des lancers. C'est toujours ça de pris.
Les Tchèques sont tout autant à l'énergie que les Berruyères ce qui n'empêche
Machova, sur une contre attaque menée à la vitesse de l'éclaire, de réduire
encore l'écart à trois points avec beaucoup de lucidité (66-62).
Kulichova sort pour cinq fautes. Puis c'est au tour de Milton de regagner le
banc. On respire mieux côté berruyer où on avait perdu un peu de lucidité.
La fin de match est insoutenable. Ça se joue aux fautes et aux lancers. Même
sans être très adroites à cet exercice (la fatigue et la pression, sans doute),
les Tango réussissent à préserver une victoire totalement
méritée, grâce notamment à Elodie Godin qui, en prenant un rebond offensif
précieux à 70-67, priva Brno d'une balle de contre attaque à 15 secondes du
buzzer. Ensuite, Laia fit le reste aux lancers, propulsant le Bourges
basket dans le Top 4 de l'Euroligue. Sacrée soirée.
ANALYSE Avec le staff technique des deux équipes
Bourges a d'abord déboussolé Brno
Un Prado d'abord bluffé par l'aisance des siennes, puis tendu comme une corde de
violon, quand en deuxième mi-temps les Tchèques de Brno ont grignoté leur
retard, pour revenir à un tout petit point. Un Prado hurlant,
pour pousser les siennes dans leurs derniers retranchement, un Prado debout,
devant la performance accomplie par Céline Dumerc et les siennes.
Elles l'avaient dit, elles ne voulaient pas rater ce rendez-vous majeur, face à
une des meilleures formations du Vieux continent. Elles l'avaient dit, elles
voulaient leur revanche de l'aller, elles voulaient s'offrir une vraie
référence. Elles l'ont fait.
Et tellement bien. Au talent et à l'intelligence dans les vingt premières
minutes, aux tripes et au courage ensuite. On a d'abord, divine surprise, vu
cette belle mécanique qu'est Brno et son cortège de Tchèques championnes
d'Europe et de vedettes estampillées WNBA, se prendre les pieds dans le tapis
berruyer, au point de compter jusqu'à 19 points de retard. Et à ce moment là, le
coach, Jan Bobrovsky, et son assistant porte-parole (c'est
lui qui est venu en conférence de presse) Milan Ververka, n'en menaient vraiment
pas large. "On n'arrivait pas, dans les vingt premières minutes, à trouver notre
jeu. Tout spécialement en attaque, où on a vraiment eu
beaucoup de déchets." La défense berruyère, intraitable, obligeant Brno à faire
durer ses offensives et à s'en remettre à l'adresse extérieure, y fut pour
beaucoup. "En deuxième mi-temps, on a resserré notre défense",
poursuivit l'assistant tchèque. "On est revenu au score, mais ensuite il y a eu
deux ou trois rebonds qui sont ressortis pour Bourges. A ce moment, on n'a pas
été très heureux, à mon sens. Mais en première mi-temps, il
faut bien reconnaître que la meilleure équipe sur le terrain, ce fut Bourges."
La lucidité d'un coach
N'allez pas croire que la performance de ses filles a fait danser Pierre Vincent
sur la table. Non, dans l'euphorie générale, pourtant bien compréhensible après
telle performance, le coach berruyer garde la tête froide. Pas rabat-joie, mais
lucide. "Je ne vais pas faire la fine bouche, je ne vais pas trouver que la
mariée est trop belle. Mais j'ai déjà la tête au prochain match, samedi, face à
Challes-les-Eaux."
Certes, il n'a pas perdu une miette de la performance des siennes. De cette
première mi-temps d'école, quand Bourges "a amené Brno là où elle est moins à
l'aise, même si nos options ont eu comme conséquence quelques fautes tombant sur
nos joueuses intérieures." Sur Bernie Ngoyissa et Elodie Godin en tout premier
lieu, et il a fallu la jouer fine, dans un tel contexte. "J'ai mis Sena Pavetic
sur le parquet, et je veux souligner son apport.
Elle a pris sa place, elle a permis de souffler et de ne pas prendre d'autres
fautes. Un match, ça se gagne toujours sur la fin, et c'est à ce moment là qu'il
faut pouvoir disposer de son meilleur cinq."
Pierre Vincent ne pouvait éviter de souligner les performances de Laia Palau, d'Anete
Jekabsone, d'Elodie Godin, de capitaine Céline et de toutes les autres. Il a
aussi regretté "quelques pertes de balle. Le point
négatif, c'est notre manque de constance. Brno a su nous gêner, notamment en
jouant avec quatre grandes en même temps, et heureusement finalement qu'elles
n'ont pas trop insisté dans cette option. Nous, on a perdu notre vigilance quand
c'est devenu chaud, alors qu'on doit mieux tenir la balle dans ces instants
cruciaux."
Elles ont tenu jusqu'au bout, les Tango, signant un superbe exploit, au terme
d'un match de haute volée et de très haut niveau. "Oui, mais ça reste un match.
Les grands matches, c'est quand il y a des titres et des
médailles en jeu", repartit Pierre Vincent. "C'est une performance, bien sûr,
mais cette victoire n'a pas plus de valeur que celle contre Strasbourg." Sauf à
regarder l'identité de l'adversaire...
HERVE LE FELLIC
Les huitièmes de finale
Les Berruyères joueront leur place contre Cracovie
C'est une authentique performance qu'ont accomplie les Berruyères, au terme de
cette phase régulière d'Euroligue. On les savait placées dans le groupe le plus
difficile, le plus dense, avec des clients comme Brno,
Ekaterinbourg, Sopron ou Gdynia. Elles ont réussi à en sortir en tête. Mieux
même, dans la mesure où le classement établi pour définir les huitièmes de
finale se fait en confondant les trois groupes, le Bourges
Basket se place au quatrième rang, derrière Valenciennes, Samara et Pécs,
arrivées dans cet ordre.
Voilà qui présente un double avantage. En cas de qualification pour les quarts
de finale, le Bourges Basket aura, comme en huitièmes de finale, l'avantage de
recevoir, en cas de belle. Les Berruyères auront aussi, en huitièmes de finale,
un adversaire à leur portée : le vice-champion de Pologne, Cracovie.
Pas de grande star dans l'équipe de Cracovie
Versé dans le groupe C, celui de Valenciennes, Cracovie y a pris la cinquième
place, en ne comptant que deux victoires pour huit défaites. L'équipe n'abrite
pas de grandes stars, si l'on excepte l'Américaine Anna de Forge, meilleure
marqueuse du lot, et qui en WNBA évolue avec l'équipe de Phoenix. L'ensemble est
de taille moyenne, seule la Biélorusse Marina Kress, déjà vue en Ligue féminine,
dépassant le 1,90 m.
On le voit, Bourges a largement les moyens, en y allant avec sérieux, de
franchir cet obstacle. Même s'il faut prendre les matches les uns après les
autres, on peut quand même, par simple curiosité, regarder la suite du
programme. En cas de qualification pour les quarts de finale, les Tango y
affronteraient le vainqueur de... Brno - Mondeville.
Car les Normandes, en perdant hier soir à Namur, ont fait une bien mauvaise
opération, quand dans le même temps les Belges sauvaient leur peau, se
qualifiant sur ce dernier match pour la suite de la compétition. Une suite
qui sera délicate pour les Belges, qui devront affronter les championnes
d'Europe en titre, Samara.
Le troisième club français, Valenciennes, a donc terminé en tête de cette
première phase européenne. Les filles de Laurent Buffard peuvent aussi aborder
sereinement le prochain tour, qui les opposera aux Italiennes de
Schio, battues deux fois cette saison par le Bourges Basket.
Dès les huitièmes de finale, on aura droit à quelques gros chocs. On pense tout
naturellement au duel que vont se livrer les Russes d'Ekaterinbourg et les
Hongroises de Sopron, qui devront donc se payer le long voyage vers l'Oural.
Valence, qui a perdu in extremis hier soir contre Samara (58-59), n'aura pas non
plus la partie facile, puisqu'il faudra aux coéquipières de Nicole Antibe
croiser le fer avec le Dynamo moscovite. Troisièmes au classement cumulé, les
Hongroises de Pécs devront quand même se méfier des Polonaises de Gdynia, même
si les filles de Laszlo Ratgeber partent favorites de ce huitième de finale. Ce
sera aussi le cas des Lituaniennes
de Vilnius, défaites hier soir sur le parquet valenciennois après avoir fait
plus que de la résistance. Elles recevront l'opposition des Italiennes de
Naples, qui n'ont pas connu de frayeur hier sur le parquet de Kosice.
Kosice, éliminé de ce premier tour, tout comme les Tchèques de Prague,
condamnées par leur revers... de deux tout petits points, face aux Magyares de
Pécs. A quoi ça se joue, parfois, une élimination.
HERVE LE FELLIC
Dates. Les huitièmes de finale se disputeront les
31 janvier (chez le premier nommé), 3 et éventuellement 8 février. Les quarts de
finale auront lieu les 21 et 24 février, et éventuellement 1er mars. Le Final
four aura
lieu du 31 mars au 2 avril.
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