Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
19/01/2006

 
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EUROLIGUE FÉMININE Bourges Basket - Gambrinus Brno : 73-67

La victoire du talent et du coeur

Sacrée soirée au Prado. Au terme d'un match de toute beauté, les Tango ont pris le meilleur sur une grande équipe de Brno, propulsant le Bourges Basket dans le Top 4 de l'Euroligue.

PAR CHRISTIAN RAGOT

Pas de temps mort dans cette « petite » finale. Tout de suite, le rythme est très élevé. L'engagement de part et d'autre est total. Mais fallait-il s'attendre à autre chose quand l'enjeu est une place dans le Top 4 ?
Les Tchèques, avec assurance, prennent d'emblée la direction des opérations sous la baguette de Machova. Pour les Tango, il n'y a pas d'autre issue que de défendre fort. Céline Dumerc se frotte à Machova et Laia Palau à l'Américaine Sales. Alors que Cathy Melain s'occupe du cas Vesela. Mais pour les Berruyères, ce n'est pas simple car elles rendent en moyenne une dizaine de centimètres à leur adversaire directe.  Sur un premier panier primé de Milton, Brno fait même un premier break (4-9 à la 3e). Pour Bourges, il est temps maintenant de penser à négocier les ballons de récupération, de faire courir son adversaires, lui mettre la pression pour
essayer de le déstabiliser en défense et s'offrir de bonnes positions de shoot. Les consignes sont appliquées à la lettre et pour la conclusion, c'est Laia Palau (qui s'était économisée contre Strasbourg) qui s'y colle.
Trois missiles expédiés au delà de la ligne des 6,25 m plus un panier en dessous de Bernie qui a fort à faire face aux 198 centimètres de Kulichova et Bourges mène 15-11 (5e). Le public du Prado, déjà chaud, est sur un nuage...
D'autant que les Tango ont le bon goût d'insister par leur capitaine qui marque elle aussi à trois points, signant ainsi un 11-0 en faveur de Bourges (18-11 à la 7e).
Les Tchèques ne semblent guère apprécier et durcissent le jeu. C'est intense, pour sûr. Mais Elodie Godin et Bernie ne sont pas du genre à se laisser impressionner. Au contraire, une Elodie impeccable se joue d'abord
de Kulichova en dessous avant d'aller marquer en lay up, provoquant la faute de la même Kulichova : 22-12. Avec coeur et talent, Bourges remporte ce premier quart temps, 23-15. Tout serait parfait si Bernie et Elodie
n'avaient deux fautes chacune.

Anete après Laia
Et ce n'est pas fini ! Haussant encore le rythme (on se demande où elles vont chercher une telle énergie...), les Berruyères enchaînent par un 8-0 (31-15) . Une fois encore, Laia a trouvé l'ouverture à trois points, bien
vite imitée par Anete Jekabsone. Dans ce quart temps, la blonde Lettonne va marquer la bagatelle de 10 points (2/2 à deux points et 2/3 à trois !).
Reghaïssia, recadrée durant la semaine par son coach, se met au diapason d'un superbe bras roulé et il faut toute la classe de Machova, Sales et Kulichova pour que Brno garde le contact. Il n'empêche, les Berruyères sont intenables au point de porter leur avantage à 19 points (36-17 puis 42-23) toujours par l'inévitable Elodie Godin, mise sur orbite par Céline Dumerc.
La fin de ce deuxième quart temps est toutefois plus heurtée ; la fatigue commençant à se faire senti. Comment pourrait-il en être autrement après le rythme infernal mis dans la partie depuis le début ? Bourges boucle la
mi-temps avec 14 points d'avance (42-28). Laisser Brno à 28 points en une mi-temps alors que les Tchèques tournent à 83 de moyenne en Euroligue, c'est un sacré exploit. Et ce, avec un seul lancer contre 7 aux
Tchèques. Des Tchèques qui, sous la pression, ont quand même perdu 15 balles contre 9 seulement aux Tango.

Avec les tripes
A la reprise, le camp berruyer prend un gros coup sur la tête quand Bernie Ngoyisa prend sa troisième faute. Du coup, les deux intérieures tango (Elodie a également trois fautes) ne vont plus pouvoir défendre avec la
même hargne. Et Pierre Vincent va devoir composer. C'est ce que le coach fait en lançant Sena Pavetic (une rentrée utile !) et en rappelant Elodie à la place de Bernie et de Sabrina Reghaïssia. Bien sûr, Brno essaie de
mettre du rythme, mais les Tango continuent à se défendre comme des mortes de faim comme Cathy Melain, ou arrachant des ballons impossibles à l'image de Céline Dumerc pour mieux attaquer le cercle... et scorer (49 - 33 à la 25e). Toute cette énergie mise dans le combat n'empêche pas les Tchèques de recoller sur la fin du quart temps, notamment sur un trois points de Zirkova  et deux actions de classe de l'élégante à Viteckova : 54-47 à la 30e.. Il est vrai qu'en dessous, Kulichova et Vesela avaient le champ libre. Pour les Tango, le plus difficile est à venir : gérer cet avantage  de 7 points.
A l'entame de la dernière ligne droite, les Berruyères se mettent d'ailleurs à piocher un peu et les contacts deviennent durs. Elodie prend sa quatrième faute et le coach remet Bernie sur la parquet. Juste après un
jump shoot de Palau, Kulichova et Vesela ramènent Brno à six longueurs (62-56, 35e). Milton ne profite pas complètement d'une antisportive de Cathy Melain obligée de défendre fort et dans la foulée, l'Américaine prend
même sa quatrième faute. Ça équilibre un peu les choses... Obligé de gérer les fautes, Pierre Vincent multiplie les rotations. Bernie continue à se colleter sur le panier et s'offre des lancers. C'est toujours ça de pris.
Les Tchèques sont tout autant à l'énergie que les Berruyères ce qui n'empêche Machova, sur une contre attaque menée à la vitesse de l'éclaire, de réduire encore l'écart à trois points avec beaucoup de lucidité (66-62).
Kulichova sort pour cinq fautes. Puis c'est au tour de Milton de regagner le banc. On respire mieux côté berruyer où on avait perdu un peu de lucidité.
 La fin de match est insoutenable. Ça se joue aux fautes et aux lancers. Même sans être très adroites à cet exercice (la fatigue et la pression, sans doute), les Tango réussissent à préserver une victoire totalement
méritée, grâce notamment à Elodie Godin qui, en prenant un rebond offensif précieux à 70-67, priva Brno d'une balle de contre attaque à 15 secondes du buzzer. Ensuite, Laia fit le reste aux lancers,  propulsant le Bourges
basket dans le Top 4 de l'Euroligue. Sacrée soirée.



ANALYSE Avec le staff technique des deux équipes

Bourges a d'abord déboussolé Brno

Un Prado d'abord bluffé par l'aisance des siennes, puis tendu comme une corde de violon, quand en deuxième mi-temps les Tchèques de Brno ont grignoté leur retard, pour revenir à un tout petit point. Un Prado hurlant,
pour pousser les siennes dans leurs derniers retranchement, un Prado debout, devant la performance accomplie par Céline Dumerc et les siennes.
Elles l'avaient dit, elles ne voulaient pas rater ce rendez-vous majeur, face à une des meilleures formations du Vieux continent. Elles l'avaient dit, elles voulaient leur revanche de l'aller, elles voulaient s'offrir une vraie référence. Elles l'ont fait.
Et tellement bien. Au talent et à l'intelligence dans les vingt premières minutes, aux tripes et au courage ensuite. On a d'abord, divine surprise, vu cette belle mécanique qu'est Brno et son cortège de Tchèques championnes
d'Europe et de vedettes estampillées WNBA, se prendre les pieds dans le tapis berruyer, au point de compter jusqu'à 19 points de retard. Et à ce moment là, le coach, Jan Bobrovsky, et son assistant porte-parole (c'est
lui qui est venu en conférence de presse) Milan Ververka, n'en menaient vraiment pas large. "On n'arrivait pas, dans les vingt premières minutes, à trouver notre jeu. Tout spécialement en attaque, où on a vraiment eu
beaucoup de déchets." La défense berruyère, intraitable, obligeant Brno à faire durer ses offensives et à s'en remettre à l'adresse extérieure, y fut pour beaucoup. "En deuxième mi-temps, on a resserré notre défense",
poursuivit l'assistant tchèque. "On est revenu au score, mais ensuite il y a eu deux ou trois rebonds qui sont ressortis pour Bourges. A ce moment,  on n'a pas été très heureux, à mon sens. Mais en première mi-temps, il
faut bien reconnaître que la meilleure équipe sur le terrain, ce fut Bourges."

La lucidité d'un coach
N'allez pas croire que la performance de ses filles a fait danser Pierre Vincent sur la table. Non, dans l'euphorie générale, pourtant bien compréhensible après telle performance, le coach berruyer garde la tête froide. Pas rabat-joie, mais lucide. "Je ne vais pas faire la fine bouche, je ne vais pas trouver que la mariée est trop belle. Mais j'ai déjà la tête au prochain match, samedi, face à Challes-les-Eaux."
Certes, il n'a pas perdu une miette de la performance des siennes. De cette première mi-temps d'école, quand Bourges "a amené Brno là où elle est moins à l'aise, même si nos options ont eu comme conséquence quelques fautes tombant sur nos joueuses intérieures." Sur Bernie Ngoyissa et Elodie Godin en tout premier lieu, et il a fallu la jouer fine, dans un tel contexte. "J'ai mis Sena Pavetic sur le parquet, et je veux souligner son apport.
Elle a pris sa place, elle a permis de souffler et de ne pas prendre d'autres fautes. Un match, ça se gagne toujours sur la fin, et c'est à ce moment là qu'il faut pouvoir disposer de son meilleur cinq."
Pierre Vincent ne pouvait éviter de souligner les performances de Laia Palau, d'Anete Jekabsone, d'Elodie Godin, de capitaine Céline et de toutes les autres. Il a aussi regretté "quelques pertes de balle. Le point
négatif, c'est notre manque de constance. Brno a su nous gêner, notamment en jouant avec quatre grandes en même temps, et heureusement finalement qu'elles n'ont pas trop insisté dans cette option. Nous, on a perdu notre vigilance quand c'est devenu chaud, alors qu'on doit mieux tenir la balle dans ces instants cruciaux."
Elles ont tenu jusqu'au bout, les Tango, signant un superbe exploit, au terme d'un match de haute volée et de très haut niveau. "Oui, mais ça reste un match. Les grands matches, c'est quand il y a des titres et des
médailles en jeu", repartit Pierre Vincent. "C'est une performance, bien sûr, mais cette victoire n'a pas plus de valeur que celle contre Strasbourg." Sauf à regarder l'identité de l'adversaire...

HERVE LE FELLIC


Les huitièmes de finale

Les Berruyères joueront leur place contre Cracovie

C'est une authentique performance qu'ont accomplie les Berruyères, au terme de cette phase régulière d'Euroligue. On les savait placées dans le groupe le plus difficile, le plus dense, avec des clients comme Brno,
Ekaterinbourg, Sopron ou Gdynia. Elles ont réussi à en sortir en tête. Mieux même, dans la mesure où le classement établi pour définir les huitièmes de finale se fait en confondant les trois groupes, le Bourges
Basket se place au quatrième rang, derrière Valenciennes, Samara et Pécs, arrivées dans cet ordre.
Voilà qui présente un double avantage. En cas de qualification pour les quarts de finale, le Bourges Basket aura, comme en huitièmes de finale, l'avantage de recevoir, en cas de belle. Les Berruyères auront aussi, en huitièmes de finale, un adversaire à leur portée : le vice-champion de Pologne, Cracovie.

Pas de grande star dans l'équipe de Cracovie
Versé dans le groupe C, celui de Valenciennes, Cracovie y a pris la cinquième place, en ne comptant que deux victoires pour huit défaites. L'équipe n'abrite pas de grandes stars, si l'on excepte l'Américaine Anna de Forge, meilleure marqueuse du lot, et qui en WNBA évolue avec l'équipe de Phoenix. L'ensemble est de taille moyenne, seule la Biélorusse Marina Kress, déjà vue en Ligue féminine, dépassant le 1,90 m.
On le voit, Bourges a largement les moyens, en y allant avec sérieux, de franchir cet obstacle. Même s'il faut prendre les matches les uns après les autres, on peut quand même, par simple curiosité, regarder la suite du
programme. En cas de qualification pour les quarts de finale, les Tango y affronteraient le vainqueur de... Brno - Mondeville.
Car les Normandes, en perdant hier soir à Namur, ont fait une bien mauvaise opération, quand dans le même temps les Belges sauvaient leur peau, se qualifiant sur ce dernier match pour la suite de la compétition. Une suite
qui sera délicate pour les Belges, qui devront affronter les championnes d'Europe en titre, Samara.
Le troisième club français, Valenciennes, a donc terminé en tête de cette première phase européenne. Les filles de Laurent Buffard peuvent aussi aborder sereinement le  prochain tour, qui les opposera aux Italiennes de
Schio, battues deux fois cette saison par le Bourges Basket.
Dès les huitièmes de finale, on aura droit à quelques gros chocs. On pense tout naturellement au duel que vont se livrer les Russes d'Ekaterinbourg et les Hongroises de Sopron, qui devront donc se payer le long voyage vers l'Oural. Valence, qui a perdu in extremis hier soir contre Samara (58-59), n'aura pas non plus la partie facile, puisqu'il faudra aux coéquipières de Nicole Antibe croiser le fer avec le Dynamo moscovite. Troisièmes au classement cumulé, les Hongroises de Pécs devront quand même se méfier des Polonaises de Gdynia, même si les filles de Laszlo Ratgeber partent favorites de ce huitième de finale. Ce sera aussi le cas des Lituaniennes
de Vilnius, défaites hier soir sur le parquet valenciennois après avoir fait plus que de la résistance. Elles recevront l'opposition des Italiennes de Naples, qui n'ont pas connu de frayeur hier sur le parquet de Kosice.
Kosice, éliminé de ce premier tour, tout comme les Tchèques de Prague, condamnées par leur revers... de deux tout petits points, face aux Magyares de Pécs. A quoi ça se joue, parfois, une élimination.

HERVE LE FELLIC


Dates. Les huitièmes de finale se disputeront les 31 janvier (chez le premier nommé), 3 et éventuellement 8 février. Les quarts de finale auront lieu les 21 et 24 février, et éventuellement 1er mars. Le Final four aura
lieu du 31 mars au 2 avril.