LIGUE FEMININE (16e journée)Après Challes-les-Eaux - Bourges Basket, 70-88
Bien plus étriqué qu'il n'y paraît
Si au final, le score fut largement en faveur des Tango, cela ne fera pas
oublier que Challes résista pendant 33 minutes. Et que les filles de Pierre
Vincent connurent bien des difficultés.
HERVE LE FELLIC ENVOYE SPECIAL
Les chiffres peuvent mentir... Quiconque ne lirait que les brutes
statistiques du Challes - Bourges de samedi soir en conclurait
invariablement que le Bourges Basket s'est offert une aimable promenade au
pied des Alpes. Dame, une victoire de dix-huit points ; une mainmise
complète sur le rebond (34 à 15) ; une Bernie Ngoyisa royale, à 31 points ;
une adresse générale de 63% à deux points et de 100% aux lancers ; la
bagatelle de 21 passes décisives (11 pour la seule Céline Dumerc), contre
seulement 13 pour les protégées de Corinne Bénintendi... Tout, hormis les
19 balles perdues par les Tango (10 seulement pour les Chalésiennes), indique
clairement un facile succès des joueuses de Pierre Vincent.
Et pourtant. Et pourtant, à la 33e minute, Challes, le promu, n'était qu'à
trois longueurs, suite à un panier plus lancer de l'ancienne porteuse du
maillot berruyer, Silvia Janostinova, et deux lancers de l'excellente
Marina Luptakova (62-66). Et pourtant, après avoir compté jusqu'à dix-huit
points d'avance (tiens, l'écart final) dès la 15e minute (20-38), suite à
une nouvelle réussite intérieure d'Anete Jekabsone, le Bourges Basket se
montra incapable d'enfoncer définitivement le clou. Challes trouva le
moyen, et les ressources, pour infliger dans les cinq minutes suivantes un
cinglant 16-4 aux filles de Pierre Vincent, qui semblèrent avoir perdu d'un
coup leur basket et le fil directeur de leur jeu (36-42, 20e). Et qui ne
parvinrent pas, défensivement parlant, à redresser la barre dans le
troisième quart temps, Challes revenant à trois petites longueurs
seulement, suite à un panier plus lancer de l'inévitable Luptakova (51-54, 27e).
Bernie est indispensable
De ce parcours entre anticlinal et synclinal, entre sommet et fond de
vallon, des Berruyères, samedi soir au pied des Alpes, plusieurs
enseignements sont à tirer. Premièrement et principalement, Bourges, en
retrouvant ses vertus, des deux côtés du terrain, dans les sept dernières
minutes, a évité de subir la même humiliation que Valenciennes au même
endroit, en début de saison : se faire ramasser par un promu. Et d'un coup,
on a mieux compris comment les filles de Laurent Buffard ont pu tomber dans
un tel guêpier : le promu n'est décidément plus ce qu'il était, une victime
expiatoire, jouant au pire les chasseurs d'autographes, au mieux les
opérations portes ouvertes, au moment de recevoir les grands de ce monde.
Il n'y a plus de respect ! Ou plutôt les soit disants petits ont dans leur
effectif des joueuses de grande qualité. On connaît à Bourges celles de
Silvia, la soeur cadette d'Anna Kotocova qui, sans une carrière mitée par
les blessures, aurait un tout autre rang. Martina Luptakova (13 points en
2e mi-temps), Kateryna Pilysashenko (de retour de blessure au genou) ou
Stéphanie Pognon sont également loin d'être manchotes : "Challes, c'est
vraiment une équipe très adroite", put confirmer Pierre Vincent, le coach
berruyer. Surtout quand en défense on oublie trop souvent de gêner les shoots,
de réduire la distance par rapport à l'adversaire directe.
Deuxième enseignement : Bernie Ngoyisa est quasi indispensable. Dans le
premier quart, Challes ne put empêcher ses coéquipières de la trouver dans
la peinture, ce qui amena le +15 sur un des paniers de la Congolaise, dès
la 8e minute, "C'est à cet endroit que se gagne un match", selon Pierre Vincent.
Qui, dans les sept premières minutes du deuxième quart, garda 'Bernienator' sur le banc. Ce ne fut pas là que Bourges vit fondre son
avance, mais celle-ci ne progressa que peu. Et les Tango, sans leur point
d'ancrage, perdirent de vue la nécessité de solliciter le secteur
intérieur, pour la gagne. Pour tout dire, ça cassa le rythme. "Quand je me
suis lancé dans les rotations, on a été en difficulté", avoua d'ailleurs
Pierre Vincent. Dame, samedi, Bernie enquilla en 30 minutes la bagatelle de...
31 points, sans rater ni un shoot ni un lancer.
Troisième point : la difficulté tango à attaquer la défense de zone. Non
pas que celle de Challes soit agressive au possible, d'ailleurs. "Dans ce
cas, cette équipe fait des choix, qui laissent des joueuses ouvertes. Or,
on ne prend pas ces shoots, ce qui fait qu'on se met à douter", commenta le
coach berruyer. Qui reprocha un peu à sa meneuse et capitaine, Céline
Dumerc, de ne pas avoir davantage pris sa chance : "Elle veut faire jouer
ses coéquipières, et finalement cela la fait déjouer un peu, dans ce contexte.
Je veux la voir plus agressive, dans ces circonstances."
Heureusement que Bourges trouva en Cathy Melain (9 points à 100% au tir en
2e mi-temps) la solution idoine pour aller provoquer au plus près le
verrou, et passer le premier rideau adverse. "On a bien joué dans le début
de la première mi-temps", estima Pierre Vincent. "Mais c'est vrai
qu'ensuite, on est tombé dans le rythme lent de Challes. On a marché, et on
sait qu'on a besoin de courir, de mettre du rythme." La zone, ce n'est pas
en tournant autour qu'on risque de la perturber...
Quatrième point : il n'est pas simple d'aborder Challes quand on sort d'un
tel exploit devant les Tchèques de Brno. Et ce danger, Pierre Vincent le
connaissait avant même le coup d'envoi. "On avait beaucoup mis d'énergie
mercredi soir. Dans les têtes, jouer ensuite Challes peut faire qu'on n'est
pas au maximum de sa concentration. Or, c'est comme ça qu'on peut perdre des
matches. Il ne faut pas sous-estimer l'adversaire."
Reste le cinquième et dernier point : Bourges a gagné. Sans y mettre la
manière quarante minutes durant, mais c'est quand même bien là l'essentiel. Il
faut aussi vaincre, quand on a un coup de moins bien. |