LIGUE FEMININE (17e journée)Après Bourges Basket - Cavigal Nice, 77-53
Et maintenant, place aux Polonaises
Samedi soir, Bourges n'a jamais permis à Nice d'y croire, mettant d'entrée
les choses... aux points. Les Tango sont prêtes pour le double choc de cette
semaine, face aux Polonaises de Cracovie.
PAR HERVE LE FELLIC
Un trois points de Céline Dumerc, un autre de Laia Palau et trois
paniers à suivre de l'étincelante Bernie Ngoyisa : en moins de cinq
minutes, le ton était donné, et dans une certaine mesure le match était
plié. A 14-0, il n'y avait déjà plus photo, et il y avait déjà deux minutes
que Serge Provillard, le coach niçois, avait commandé un premier temps
mort, histoire de replacer sa défense sur les extérieures tango. Peine
perdue, puisque ce fut dans la peinture que le Bourges Basket insista alors.
"Le premier quart temps a déjà donné le tempo", avoua le coach azuréen. Qui
espérait tellement qu'au sortir de deux convaincants succès devant
Montpellier et Aix-en-Provence, les siennes allaient présenter meilleur visage
au Prado. Allaient pouvoir inquiéter plus longtemps les Berruyères.
'Craquettes' à la niçoise
Seulement voilà : en dix minutes, Bourges posa une main ferme et sans
appel sur les débats. Nice ne put réussir que quatre shoots, subissant
d'entrée les événements. La rudesse de la défense berruyère, l'adresse des
Tango, symbolisée par les dix points, en autant de minutes, de Bernie
Ngoyisa, et par une excellente réussite aux shoots : 55% à deux points, 60%
à trois points, pour ce qu'on ne peut qu'appeler une entame convaincante au
possible.
Elles en voulaient trop, elles avaient trop faim, les Berruyères, après une
semaine sans match. L'entraînement, c'est bien beau, mais c'est quand même
une belle accumulation de frustration, même si un tel travail est
nécessaire, surtout au vu des échéances à venir. "C'est vrai que les filles
étaient nerveuses", reconnut Pierre Vincent, le coach berruyer. "Peut-être
le manque de match, peut-être aussi le temps, l'approche du huitième de
finale d'Euroligue." L'essentiel, c'est que ce fut une nervosité positive,
comme une envie qui se libéra dès le coup de sifflet initial. "C'est le
signe de filles qui sont prêtes à en découdre", estima le coach tango.
Nice n'y résista pas, même si les joueuses de Serge Provillard parvinrent à
limiter la casse, dans les deuxième et dernier quarts temps, et à faire en
sorte que l'écart final reste en deçà des trente points. "On n'a pas lâché
le match, dans ces deux instants, et c'est vrai que ça peut être une
satisfaction. On a alors retrouvé nos vertus défensives, on a eu des balles
de contre-attaque, on a trouvé des positions intéressantes." Ce fut aussi
quand Pierre Vincent utilisa le plus ses possibilités de rotation. Quand il
plaça sur le parquet son cinq majeur, d'entrée puis dans le troisième quart, la
musique fut tout autre, pour les Niçoises.
"A la mi-temps, j'ai finalement été heureux qu'on n'ait que quatorze points
de retard", analysa Serge Provillard. "Mais il faut bien reconnaître que
dans le troisième quart, on a complètement explosé. Si je peux me
satisfaire de certaines prestations individuelles, comme celle d'Azace,
j'ai aussi vu certaines de mes joueuses passer complètement au travers. On
n'a pas de raisons d'avoir les 'craquettes' parce qu'on joue Bourges, et
pourtant, on s'est un peu comporté en 'chicken'. Par rapport à nos deux
victoires précédentes, on n'a pas su retrouver nos valeurs. On a donné trop de
choses et franchement, je n'aime pas du tout ça !"
Encore et toujours la défense
Mais cette formation niçoise pouvait-elle faire autrement que de subir les
événements, surtout face à une telle intransigeance tango? Car comme
souvent, c'est d'abord par leur imperméabilité que les Berruyères ont
construit leur large succès. Un exemple : Hamchetou Maïga, joueuse
offensive et spectaculaire s'il en est, et qui samedi soir a parcouru le
parquet comme une âme en peine. Il est vrai qu'elle a eu droit à un
traitement de faveur, avec Cathy Melain. "Défensivement, même si on a
commis quelques erreurs qui n'ont pas été sanctionnées, qui ne nous ont pas
coûté cher, on peut dire qu'on a fait de très bonnes choses, et Cathy en
fut un très bon exemple", expliqua Pierre Vincent. On vit aussi Céline
Dumerc et les extérieures tango presser très haut leur adversaire directe,
la porteuse du ballon, et ainsi s'offrir nombre de ballons de contre. "Nice
joue sans meneuse véritable, et c'est vrai qu'avec une défense haute, on a
pu les gêner", approuva Pierre Vincent.
Défense d'abord, donc, mais pas seulement. Offensivement, on vit aussi de
très belles séquences. Des combinaisons pour trouver Bernie Ngoyisa et les
grandes dans leur espace préféré, mais aussi des actions conduites comme au
tableau noir, avec en bout de course ces missiles extérieurs, signés
notamment Anete Jekabsone, elle aussi très en réussite.
Le seul vrai bémol de la soirée, ce fut, pour Pierre Vincent, les 21 pertes
de balle berruyères. Et là, le coach n'a vraiment pas apprécié. "On ne peut
pas s'en satisfaire, non ?" Il y a fort à parier que lors des séances à
venir, les Berruyères vont être invitées à jouer plus juste, à hausser
davantage, si, c'est possible, leur niveau de concentration. La semaine à
venir est d'une importance extrême, avec une double confrontation avec les
Polonaises de Cracovie, place en quarts de finale d'Euroligue en jeu. Mardi
soir au Prado, vendredi soir en Pologne, il faudra tout à la fois garder
cette solidité défensive, cette variété offensive, mais aussi réduire au
maximum les erreurs de tout poil. L'Europe ne supporte pas l'à peu-près et
la qualification pour les quarts ne s'obtiendra qu'en étant le plus
irréprochable possible.
Une joueuse dans le match
Bernie Ngoyisa, miss 100%
"Oui, on peut mettre ça comme explication, tiens ! Le mariage me fait
du bien..." Le sourire de Bernie Ngoyisa devient alors aussi expressif...
que ses paroles se font rares. Mais sur le terrain, mazette, quelle
démonstration ! La semaine précédente, déjà, dans la salle de
Challes-les-Eaux, Bernie avait rendu une superbe copie : 31 points, 11 sur
11 au tir, 9 sur 9 aux lancers, et 9 rebonds, le tout en à peine plus de
trente minutes. Samedi soir, devant Nice, l'intérieure congolaise a aussi
tout aussi efficace : en un peu plus de 23 minutes, elle a inscrit 18
points, et n'a une nouvelle fois rien raté : 6 sur 6 au tir, 6 sur 6 aux
lancers, ajoutez-y 9 rebonds, et emballez moi le tout. Cela fait
quatre-vingts minutes que Bernie n'a pas manqué un jet. Sacrée performance ! Il
n'y a que le shoot à trois points qui lui manque...
La peinture, c'est son jardin
Devant Nice, elle commença son festival par mettre trois paniers de rang,
inscrivant dix points dans les dix premières minutes... avant de passer les
dix suivantes sur le banc. On l'a sent de plus en plus en confiance, et
comme elle le souligne, ses coéquipières la «trouvent de mieux en mieux», et la
servent dans les positions où elle peut pleinement s'exprimer.
"La définition d'une bonne joueuse, c'est de jouer sur ses qualités",
estime son coach, Pierre Vincent. Et ça, Bernie sait faire : dessous, dans
la peinture, ou à deux - trois mètres, c'est son jardin. Et les adversaires
peuvent bien se mettre à deux, à trois, la dominer en taille, elle trouve
toujours le moyen de perforer le cercle. "Son registre, c'est au plus près
du cercle, elle a donc forcément un pourcentage élevé", tempère Pierre
Vincent, pour éviter qu'on ne s'enflamme devant les performances à
répétition de son intérieure, joueuse la plus adroite de l'Euroligue,
jusqu'à présent. Le coach berruyer sait les progrès accomplis par
l'ancienne joueuse de Villeneuve-d'Ascq, depuis le début de la saison ; il
sait aussi le chemin à parcourir : "Face à Nice, en 23 minutes, Bernie a
perdu cinq ballons, c'est encore trop. On travaille à améliorer ses captés
de balle, sa connaissance tactique aussi. Qu'elle nous apporte plus de
stabilité encore, et on franchira un cap supplémentaire." Celui des
huitièmes de finale pour commencer, que comme toutes les Berruyères, Bernie attend avec
impatience. "On a bien travaillé toute la semaine à l'entraînement, on est
prêtes pour ces matches contre Cracovie." Et quand Bernie est prête, on sait ce
que cela donne...
HERVE LE FELLIC
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