Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
30/01/2006

 
Pages trouvées    
Retour à la liste des articles article plus ancien article plus récent
LIGUE FEMININE (17e journée)Après Bourges Basket - Cavigal Nice, 77-53

Et maintenant, place aux Polonaises

Samedi soir, Bourges n'a jamais permis à Nice d'y croire, mettant d'entrée les choses... aux points. Les Tango sont prêtes pour le double choc de cette semaine, face aux Polonaises de Cracovie.

PAR HERVE LE FELLIC


Un trois points de Céline Dumerc, un autre de Laia Palau et trois paniers à suivre de l'étincelante Bernie Ngoyisa : en moins de cinq minutes, le ton était donné, et dans une certaine mesure le match était plié. A 14-0, il n'y avait déjà plus photo, et il y avait déjà deux minutes que Serge Provillard, le coach niçois, avait commandé un premier temps mort, histoire de replacer sa défense sur les extérieures tango. Peine perdue, puisque ce fut dans la peinture que le Bourges Basket insista alors.
"Le premier quart temps a déjà donné le tempo", avoua le coach azuréen. Qui espérait tellement qu'au sortir de deux convaincants succès devant Montpellier et Aix-en-Provence, les siennes allaient présenter meilleur visage au Prado. Allaient pouvoir inquiéter plus longtemps les Berruyères.

'Craquettes' à la niçoise
Seulement voilà : en dix minutes, Bourges posa une main ferme et sans appel sur les débats. Nice ne put réussir que quatre shoots, subissant d'entrée les événements. La rudesse de la défense berruyère, l'adresse des Tango, symbolisée par les dix points, en autant de minutes, de Bernie Ngoyisa, et par une excellente réussite aux shoots : 55% à deux points, 60% à trois points, pour ce qu'on ne peut qu'appeler une entame convaincante au
possible.
Elles en voulaient trop, elles avaient trop faim, les Berruyères, après une semaine sans match. L'entraînement, c'est bien beau, mais c'est quand même une belle accumulation de frustration, même si un tel travail est
nécessaire, surtout au vu des échéances à venir. "C'est vrai que les filles étaient nerveuses", reconnut Pierre Vincent, le coach berruyer. "Peut-être le manque de match, peut-être aussi le temps, l'approche du huitième de
finale d'Euroligue." L'essentiel, c'est que ce fut une nervosité positive, comme une envie qui se libéra dès le coup de sifflet initial. "C'est le signe de filles qui sont prêtes à en découdre", estima le coach tango.
Nice n'y résista pas, même si les joueuses de Serge Provillard parvinrent à limiter la casse, dans les deuxième et dernier quarts temps, et à faire en sorte que l'écart final reste en deçà des trente points. "On n'a pas lâché le match, dans ces deux instants, et c'est vrai que ça peut être une satisfaction. On a alors retrouvé nos vertus défensives, on a eu des balles de contre-attaque, on a trouvé des positions intéressantes." Ce fut aussi quand Pierre Vincent utilisa le plus ses possibilités de rotation. Quand il plaça sur le parquet son cinq majeur, d'entrée puis dans le troisième quart, la musique fut tout autre, pour les Niçoises.
"A la mi-temps, j'ai finalement été heureux qu'on n'ait que quatorze points de retard", analysa Serge Provillard. "Mais il faut bien reconnaître que dans le troisième quart, on a complètement explosé. Si je peux me satisfaire de certaines prestations individuelles, comme celle d'Azace, j'ai aussi vu certaines de mes joueuses passer complètement au travers. On n'a pas de raisons d'avoir les 'craquettes' parce qu'on joue Bourges, et pourtant, on s'est un peu comporté en 'chicken'. Par rapport à nos deux victoires précédentes, on n'a pas su retrouver nos valeurs. On a donné trop de choses et franchement, je n'aime pas du tout ça !"

Encore et toujours la défense
Mais cette formation niçoise pouvait-elle faire autrement que de subir les événements, surtout face à une telle intransigeance tango? Car comme souvent, c'est d'abord par leur imperméabilité que les Berruyères ont
construit leur large succès. Un exemple : Hamchetou Maïga, joueuse offensive et spectaculaire s'il en est, et qui samedi soir a parcouru le parquet comme une âme en peine. Il est vrai qu'elle a eu droit à un traitement de faveur, avec Cathy Melain. "Défensivement, même si on a commis quelques erreurs qui n'ont pas été sanctionnées, qui ne nous ont pas coûté cher, on peut dire qu'on a fait de très bonnes choses, et Cathy en
fut un très bon exemple", expliqua Pierre Vincent. On vit aussi Céline Dumerc et les extérieures tango presser très haut leur adversaire directe, la porteuse du ballon, et ainsi s'offrir nombre de ballons de contre. "Nice
joue sans meneuse véritable, et c'est vrai qu'avec une défense haute, on a pu les gêner", approuva Pierre Vincent.
Défense d'abord, donc, mais pas seulement. Offensivement, on vit aussi de très belles séquences. Des combinaisons pour trouver Bernie Ngoyisa et les grandes dans leur espace préféré, mais aussi des actions conduites comme au tableau noir, avec en bout de course ces missiles extérieurs, signés notamment Anete Jekabsone, elle aussi très en réussite.
Le seul vrai bémol de la soirée, ce fut, pour Pierre Vincent, les 21 pertes de balle berruyères. Et là, le coach n'a vraiment pas apprécié. "On ne peut pas s'en satisfaire, non ?" Il y a fort à parier que lors des séances à venir, les Berruyères vont être invitées à jouer plus juste, à hausser davantage, si, c'est possible, leur niveau de concentration. La semaine à venir est d'une importance extrême, avec une double confrontation avec les
Polonaises de Cracovie, place en quarts de finale d'Euroligue en jeu. Mardi soir au Prado, vendredi soir en Pologne, il faudra tout à la fois garder cette solidité défensive, cette variété offensive, mais aussi réduire au
maximum les erreurs de tout poil. L'Europe ne supporte pas l'à peu-près et la qualification pour les quarts ne s'obtiendra qu'en étant le plus irréprochable possible.
 

Une joueuse dans le match

Bernie Ngoyisa, miss 100%
"Oui, on peut mettre ça comme explication, tiens ! Le mariage me fait du bien..." Le sourire de Bernie Ngoyisa devient alors aussi expressif... que ses paroles se font rares. Mais sur le terrain, mazette, quelle démonstration ! La semaine précédente, déjà, dans la salle de Challes-les-Eaux, Bernie avait rendu une superbe copie : 31 points, 11 sur 11 au tir, 9 sur 9 aux lancers, et 9 rebonds, le tout en à peine plus de trente minutes. Samedi soir, devant Nice, l'intérieure congolaise a aussi tout aussi efficace : en un peu plus de 23 minutes, elle a inscrit 18
points, et n'a une nouvelle fois rien raté : 6 sur 6 au tir, 6 sur 6 aux lancers, ajoutez-y 9 rebonds, et emballez moi le tout. Cela fait quatre-vingts minutes que Bernie n'a pas manqué un jet. Sacrée performance ! Il n'y a que le shoot à trois points qui lui manque...

La peinture, c'est son jardin
Devant Nice, elle commença son festival par mettre trois paniers de rang, inscrivant dix points dans les dix premières minutes... avant de passer les dix suivantes sur le banc. On l'a sent de plus en plus en confiance, et
comme elle le souligne, ses coéquipières la «trouvent de mieux en mieux», et la servent dans les positions où elle peut pleinement s'exprimer.
"La définition d'une bonne joueuse, c'est de jouer sur ses qualités", estime son coach, Pierre Vincent. Et ça, Bernie sait faire : dessous, dans la peinture, ou à deux - trois mètres, c'est son jardin. Et les adversaires
peuvent bien se mettre à deux, à trois, la dominer en taille, elle trouve toujours le moyen de perforer le cercle. "Son registre, c'est au plus près du cercle, elle a donc forcément un pourcentage élevé", tempère Pierre
Vincent, pour éviter qu'on ne s'enflamme devant les performances à répétition de son intérieure, joueuse la plus adroite de l'Euroligue, jusqu'à présent. Le coach berruyer sait les progrès accomplis par l'ancienne joueuse de Villeneuve-d'Ascq, depuis le début de la saison ; il sait aussi le chemin à parcourir : "Face à Nice, en 23 minutes, Bernie a perdu cinq ballons, c'est encore trop. On travaille à améliorer ses captés de balle, sa connaissance tactique aussi. Qu'elle nous apporte plus de stabilité encore, et on franchira un cap supplémentaire." Celui des huitièmes de finale pour commencer, que comme toutes les Berruyères, Bernie attend avec impatience. "On a bien travaillé toute la semaine à l'entraînement, on est prêtes pour ces matches contre Cracovie." Et quand Bernie est prête, on sait ce que cela donne...


HERVE LE FELLIC