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EUROLIGUE FÉMININE 8e de finale aller : Bourges basket - TS Wisla Cracovie :
77-69
La victoire mais sans la TVA...
Les Berruyères ont dû lutter jusqu'au bout pour faire plier une équipe
polonaise plus solide que prévu. Une victoire primordiale. La TVA, il faudra
l'obtenir lors du match retour, vendredi, à Cracovie.
PAR CHRISTIAN RAGOT
"Il n'y a pas de match facile !" Combien de fois Pierre Vincent a-t-il
pu mettre ainsi ses joueuses en garde ? A chaque fois en fait. Et c'était
encore d'actualité hier soir face au Wisla Cracovie. D'autant que l'équipe
polonaise était totalement inconnue. Même les vidéos pouvaient être
trompeuses puisque les matches filmés l'avaient été sans la dernière recrue
du club polonais, l'Américaine Tiffani Johnson. Pierre Vincent, averti par
son confrère valenciennois Laurent Buffard, savait seulement que la zone
que ne manquerait pas de lui proposer Elmedin Omanic pourrait lui poser
quelques problèmes et encore que l'équipe polonaise pouvait être dangereuse
sur jeu rapide. Ces considérations mises à part, l'objectif pour Bourges
restait le même : gagner pour se mettre en position de se qualifier en deux
manches sèches vendredi en Pologne.
Pourtant, curieusement, en guise de zone, Cracovie propose plutôt une
défense individuelle immédiatement sanctionnée par un 8-0 tango (2e) ;
Cathy Melain et Bernie NGoyisa alimentant la marque. Rien de tel pour se
mettre en confiance. Boostées par leur coach la jouant façon Aldo Corno,
les visiteuses vont cependant réagir par Johnson pour revenir à 10-6 puis à
12-9 (5e) sur un panier primé de Trafimava. Donnant l'impression de jouer
un peu en dedans, sans beaucoup de rythme, comme si elles voulaient d'abord
bien observer leurs adversaires pour mieux les jouer sur leurs points
faibles ensuite, les Berruyères vont cependant réagir. Profitant d'un écran
impeccable d'Elodie Godin, Céline Dumerc ajuste à trois points avant
d'aller chercher la faute face à De Forge : 18-9. Et Elodie Godin, sur
lancers, conclut un 11-0 berruyer après un panier primé de Cathy Melain :
23-9. Et, grand classique tango cette saison, sur le buzzer du premier
quart temps, Anete Jekabsone, sur son premier shoot, trouve l'ouverture à
trois points : 26-11.
Un écart de quinze points en faveur de Bourges, plutôt trompeur sur la
physionomie du match, mais logique si l'on regarde les stats avec un rebond
largement berruyer (16-4) et une belle adresse à trois points (3 sur 4).
Faut-il alors commencer à gérer ? Penser déjà au match de vendredi et faire
tourner ? Ce serait assurément sous-estimer l'adversaire. Et quand bien
même les Berruyères l'auraient-elles voulu que les Polonaises le leur
auraient interdit. En effet, Cracovie nous gratifie, à l'image de
l'Américaine De Forge d'une reprise de feu. En trois minutes, Bourges,
débordé par le rythme de Cracovie, encaisse un 12-0 cinglant : 26-23 (13e).
Décidément, ça s'annonce plus difficile que prévu ! Cracovie est passé en
zone et Bourges a du mal à trouver des solutions. Et quand l'adresse
extérieure n'est pas là, c'est autant de ballons de relance offerts aux
visiteuses. La solution aurait pu venir par l'intérieur avec Bernie et
Elodie mais elles ne sont pas toujours faciles à trouver dans la peinture.
Même dans le jeu rapide, les Tango sont contenues par une équipe polonaise
qui a visiblement bien étudié le jeu de son adversaire et soigné en
conséquence son repli défensif. Faisant preuve d'une belle agressivité à
l'image de sa meneuse Skerovic, Cracovie reste ainsi collé aux basques berruyères malgré un
8-0 tango au milieu du deuxième quart temps (38-27). Plus embêtant, Bernie
a déjà trois fautes au repos (43-36) et Elodie Godin deux. Ça va encore
être plus difficile pour prendre les rebonds, défendre fort et relancer
vite...
Les Tango pénalisées par les fautes
Et côté fautes, ça ne va pas s'arranger ! Sabrina Reghaïssia en
collectionne quatre en quelques minutes (25e), bientôt imitée par Bernie.
Et pendant ce temps, De Forge se régale. Cracovie revient à moins 3 sur la
4e faute de Bernie justement (50-47). Il est temps pour Céline Dumerc, en
bonne capitaine, de rameuter les troupes. Elodie Godin répond présente,
prend les rebonds et marque. Puis un panier bonifié d'Anete arrive au bon
moment alors que les Polonaises étaient revenues à deux points sur une
contre-attaque de Skerovic (54-52). A l'amorce de la dernière ligne droite,
Bourges, qui vient de lâcher le quart temps (15-18) n'a qu'un tout matelas
de quatre points (58-54). C'est peu et beaucoup à la fois...
Heureusement, dans le dernier quart temps, les Berruyères vont réussir à
alterner leurs offensives et à trouver ainsi des ouvertures dans la zone
adverse. En dessous par Elodie Godin exceptionnelle (17 points, 16 rebonds,
3 passes décives), en attaquant le cercle par Céline Dumerc ou Cathy
Melain, sur des shoots extérieurs d'Anete Jekabsone ou en conclusion de
jeu rapide par Laia Palau. Mais il a fallu déployer des trésors d'énergie
et de générosité, aller jusqu'au bout de ses forces comme l'ont fait Céline
et Elodie, pour faire vraiment le break. Malgré Anna De Forge (23 points et
40 minutes de jeu). Ce n'est que sur un trois points d'Anete, à 1'15'' du
buzzer (74-63) qu'on a su que la victoire ne pouvait plus échapper aux
Tango. Bourges ne l'emportait qu'avec huit points d'écart : 77-69. Une
victoire sans la TVA, refusée par l'équipe polonaise... On pouvait s'y
attendre ! C'est bien la preuve qu'il n'y a décidément pas de match facile,
surtout en 8e de finale d'Euroligue.
Avec Céline Dumerc
"J'étais complètement rincée..."
Il restait encore deux minutes à jouer et le Bourges Basket menait
71-63 quand Céline Dumerc, complètement rincée, demanda à Pierre Vincent à
être remplacée. "J'étais cuite" avoue-t-elle dans un large sourire, celui
de la victoire. "Quand l'oxygène a du mal à arriver au cerveau, on perd sa
lucidité. Et à mon poste de meneuse, ça peut coûter cher à l'équipe. Il est
préférable de laisser sa place...". Laia se colla donc à la mène pour
envoyer Elodie Godin, la reine de la soirée avec Céline (il suffit de
regarder leurs stats pour s'en convaincre) chercher deux points plus faute.
C'était gagné pour Bourges. Céline trouvait encore quelques ressources pour
jaillir du banc et laisser éclater sa joie.
"Cette équipe polonaise nous a rendu le match difficile. On s'y attendait
quand même un peu. Dans ce genre de match couperet, on ne gagne jamais sans
combattre, surtout quand on a le rôle de favori comme c'était le cas pour
nous. Cracovie a joué sans pression, complètement libéré. Et comme c'est
une équipe bien équilibrée, qui joue bien ensemble, avec de fortes
individualités comme Anna De Forge ou la meneuse (Jelena Skerovic), elle
nous a terriblement gênées..."
C'est surtout la zone adoptée dès le deuxième quart temps qui a perturbé
les Tango. "C'est vrai qu'on a eu du mal à l'attaquer. Surtout, ça nous a
empêché de mettre du rythme. Déjà qu'il fallait retrouver celui de
l'Euroligue... Ce fut encore plus difficile avec les quatre fautes
pénalisant Bernie et Sabrina. Il était alors quasi impossible de passer par
l'intérieur..." reconnaît Céline, soulignant, au passage, la belle
agressivité de ses adversaires, promptes à contester tous les ballons. "Elles ont aussi dû bien étudier notre jeu ; j'en veux pour preuve le soin
tout particulier mis dans leur repli défensif, nous empêchant de développer
notre jeu rapide..."
Rien que de très normal quand il y a une qualification au bout. Cracovie,
qui avait déjà tenu tête à Valenciennes en Pologne lors de la phase de
qualification, a tout simplement vendu chèrement sa peau. "Sur la fin,
quand j'ai senti qu'elles commençaient à fatiguer, à être un peu moins
vigilantes et moins agressives en défense, j'ai rameuté les filles. C'était
le moment de mettre un dernier coup d'accélérateur pour aller chercher
quelques paniers importants. On a alors su mieux alterner nos attaques et on a
fini par trouver des failles dans leur zone. Cette victoire,
peut-être pas aussi large et aussi facile qu'on pouvait l'espérer, suffit
toutefois à notre bonheur. A ce stade de la compétition, il est primordial
de gagner le premier match ; c'est ce qu'on a fait..." Sous-entendu, on va
aller à Cracovie avec un droit à l'erreur. Un droit à l'erreur que Céline
et ses copines entendent bien, cependant, ne pas utiliser : "On sait que ce
sera difficile là bas. Mais la pression sera sur nos adversaires ; alors..."
CHRISTIAN RAGOT
ANALYSE Avec les entraîneurs, Pierre Vincent et Elmedin Omanic
Bourges a dû trouver d'autres solutions
"Le match de vendredi ? On va le gagner, pour revenir en France. Et en
quarts, on va jouer Mondeville, pour avoir Valenciennes en demi. On aime la
France !" Edo Omanic, le coach bosniaque de Cracovie, a été hier soir
conforme à l'autoportrait qu'il nous avait brossé la veille. Maniant
volontiers l'humour, mais aussi faisant preuve, dans son coin, d'une
tchatche et d'une démonstrativité qui ne furent pas toujours du goût du
corps arbitral. "Oui, j'ai pris une technique, et je ne sais vraiment pas
pourquoi..." Entre humour et mauvaise foi.
Et l'équipe de l'ami Edo a été conforme aux prévisions. Vraiment pas simple
à jouer. "Je l'avais dit, elles ne perdent jamais de beaucoup", rappela
Pierre Vincent. "En venant à Bourges, elles n'avaient rien à perdre. Ce
sont les conditions les plus faciles. On savait qu'elles feraient de la
zone, qu'elles multiplieraient les changements défensifs." Après dix
premières minutes où l'adresse extérieure fut au rendez-vous, les Tango
connurent beaucoup plus de difficultés à trouver l'ouverture. Et face à
Cracovie, on savait que ça ne pardonnait pas, on a pu le vérifier de visu. "On ne mettait pas les tirs, et du coup elles ont pris les rebonds et ont
eu les munitions pour leur jeu rapide", expliqua Pierre Vincent. Bourges ne
put qu'en de très rares occasions faire de même, lâcher les chevaux, et on
sait que les Tango ne sont pas forcément à l'aise quand elles ne peuvent se
lancer dans de folles chevauchées. "On aime mettre du rythme, et quand on
ne le peut pas, on est gêné." En plus, hier soir, Bernie Ngoyisa était moins en réussite , mais il est vrai qu'avec Tiffani Johnson, la dernière
recrue du club polonais, en face d'elle, elle avait une cliente.
Rayonnante Elodie Godin
Du coup, Bourges a dû trouver d'autres solutions. Faire preuve de
patience, aller au bout de ses actions, et s'en remettre par exemple à
Elodie Godin à mi-distance, à Céline Dumerc et Anete Jekabsone de plus
loin. Mettre aussi le ballon dedans, ce qui ne fut pas forcément l'option
retenue dans les vingt premières minutes. Il fallut aussi composer avec les
fautes frappant le secteur intérieur, Bernie Ngoyisa et Sabrina Reghaïssia
et notamment. Et on a vu alors ce que Sena Pavetic, par sa taille, la gêne
qu'elle procure à ses adversaires, peut apporter.
Oui, Bourges a dû s'arracher. Jouer presque contre nature, s'adapter en
tout cas. D'autant que les extérieures de Cracovie ont connu une belle
réussite, ce qui n'est pas forcément dans leurs habitudes. Et c'est tout à
l'honneur de la formation polonaise que d'avoir ainsi poussé les Tango dans
leurs retranchements. D'ailleurs, coach Edo a apprécié le match. En
général, mais aussi en ce qui concerne la performance de quelques-unes de
ses joueuses, Anna De Forge et Tiffani Johnson. "On avait ciblé nos
priorités défensives : Laia Palau d'abord, puis Bernie Ngoyisa, et enfin
Anete Jekabsone. Et effectivement, à elles trois, elles ne mettent que 28
points. Seulement, le problème, ce fut Elodie Godin, qu'on ne peut pas
laisser ainsi à trois - quatre mètres du cercle. Elle a eu beaucoup de
shoots ouverts, met 17 points, prend 16 rebonds. C'est vraiment, pour moi, la
joueuse qui a gagné le match !"
Là où Cracovie paya un lourd tribut, ce fut aussi au rebond. Il est vrai
que coach Edo se paya un peu trop souvent le luxe de laisser ses preneuses
de balle sur le banc et dans ces conditions, les moissons sont forcément
moindres.
L'essentiel, c'est bien que Bourges ait remporté cette première manche.
Dans la difficulté, mais on est quand même en 8e de finale d'Euroligue. Il
faudra remettre ça vendredi soir, dans la salle de Cracovie, et tenter de
plier l'affaire en deux manches sèches. Gageons que maintenant que les
Berruyères connaissent un peu mieux leurs adversaires, elles sauront plus
aisément trouver les solutions capables de faire sauter le barrage sur la
Vistule.
HERVE LE FELLIC
MONDIAL Tirage au sort
Les Bleues tomberont sur les Tchèques et Cuba
On a procédé hier, à Sao Paulo, au tirage au sort du Mondial féminin,
qui se disputera du 12 au 23 septembre dans la grande métropole
brésilienne. La France, cinquième du dernier Euro, avait été placée dans le
deuxième chapeau, en compagnie de la Russie, de l'Espagne de la Tango Laia
Palau, et de la Lituanie. Dans le premier chapeau, on trouvait les Etats-Unis,
l'Australie, le Brésil et la République tchèque.
Ce sont bien les Tchèques, championnes d'Europe en septembre dernier en
Turquie, et qui avaient laminé les Bleues d'Alain Jardel lors du premier
match de cet Euro (65-45) qui se retrouvent dans le groupe D, celui de la
France. Les Tricolores devront également se méfier de Cuba, classée au 5e
rang mondial (la France est 7e), tout en se souvenant qu'au dernier
Mondial, en Chine, elles avaient dominé les Cubaines (92-61), avant de
prendre au final la 8e place. La France devra également affronter Taïwan,
classée au 24e rang planétaire et 14e du dernier Mondial.
Au Brésil avec quelle équipe de France ?
Rien d'insurmontable, dans la mesure où les trois premiers du groupe
seront qualifiées pour la deuxième phase. Et c'est là que les choses se
corseront pour les joueuses d'Alain Jardel : on formera une nouvelle poule,
avec les trois premiers des groupes D... et C. ce qui fait que les Bleues
devront affronter, très certainement, Etats-Unis, Russie et Chine. Et il
faudra prendre l'une des quatre premières places de ce nouveau groupe de
six pour aller en quarts de finale.
"C'est un championnat du monde, de toute façon", a commenté la capitaine
des Bleues et fer de lance de Bourges, Cathy Melain. "C'est toujours
pareil, il y a une très forte équipe par groupe. Là, c'est la République
tchèque, qui est au dessus de nous, qui est championne d'Europe en titre,
et qu'on retrouve dans toutes les compétitions. Ce ne sera pas simple, et cela
ne le sera pas non plus face à Cuba."
Ceci dit, pour la France, le Mondial, c'est la récompense du parcours
accompli lors du dernier Euro, et les Bleues n'y auront pas obligation de
résultat, même si on attend d'elles un beau comportement. Il sera très
certainement beaucoup plus important de profiter de l'occasion pour faire
évoluer le groupe tricolore, d'y aguerrir des jeunes style Gruda. Car
l'échéance d'importance, ce sera l'Euro 2007 en Italie, où se jouera la
qualification pour les jeux Olympiques 2008 ! Au Brésil, comme le dit Cathy
Melain, "il faudra aussi voir, tout en se fixant des objectifs réalistes,
quelle équipe de France on présentera". D'ailleurs, capitaine Cathy
sera-t-elle du voyage ? "C'est une question que je me pose, je n'ai pas
encore de réponse", nous a-t-elle déclaré. On peut penser que d'autres
Tricolores 'historiques', comme Nicole Antibe ou Nathalie Lesdema, qui
étaient du groupe champion d'Europe en 2001 au Mans, sont dans la même
situation.
HERVE LE FELLIC
Composition.
Groupe A : Brésil, Espagne, Corée, Argentine.
Groupe B :
Australie, Lituanie, Canada, Sénégal.
Groupe C : Etats-Unis, Russie, Chine,
Nigeria.
Groupe D : République tchèque, France, Cuba, Taiwan.
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