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EUROLIGUE FÉMININE (8 e
de finale retour)
Wisla Cracovie - Bourges Basket,
53-68
Bourges n’a pas failli hier soir : dans la salle de Cracovie,
les filles de Pierre Vincent ont confirmé leur succès de mardi. S’offrant ainsi
un billets pour les quarts de finale.
En quarts de finale, avec maîtrise
L es leçons du match aller et de la difficile victoire berruyère
sur Cracovie, mardi soir au Prado, ont été retenues. Et hier soir, en Pologne, Céline Dumerc et les Tango ont fini le boulot, s’évitant ainsi le recours à une belle, toujours pleine d’incertitude. Et à dire vrai, jamais la formation d’Elmedin Omanic, le coach bosniaque du Wisla, n’a été en mesure de contester la supériorité berruyère.
L’efficace entrée de Sabrina Reghaïssia
Avec son cinq ultra classique, Bourges prenait d’entrée les commandes de la rencontre, dans l’étonnante salle polonaise. Avec en toile de fond une scène, elle fait penser à un théâtre des années trente, mais les Tango ont eu le bon goût, la lucidité et la maîtrise, d’y jouer dans le ton, évitant de se retrouver enferrées dans une mauvaise comédie en trois actes. Deux ont suffi, et rideau. Excellent départ, donc, orchestré par Cathy Melain, très précieuse par son agressivité, sa science du jeu et son adresse, hier soir encore. Ce fut la Rennaise du Bourges Basket qui, sur panier plus faute, amena le premier écart (4-7, 3e). Et malgré quelques pertes de balle sur des situations offensives pourtant favorables, l’équipe berrichonne, notamment par quelques interceptions qui avaient été si rares au match aller de mardi, put se lancer dans ces chevauchées qu’elle affectionne tant, et signa un 7-0. Elodie Godin fit parler sa technique dos au panier, Cathy Melain se trouva à la conclusion d’un nouveau départ en flèche tango, et Omanic fut contraint à un premier recadrage (8-16, 8e).
Peine perdue, pour lui et sa troupe. Capitaine Céline Dumerc asséna un trois
points assassin, Bernie Ngoyisa fit le ménage dans la peinture adverse, et les
Tango virèrent en tête, au terme des dix premières minutes (12-21). Et attaqua
le deuxième quart sur le même tempo. Par deux fois, Elodie Godin trouva la
faille. Bourges régnait en maître absolu sous son cercle, et alternait
parfaitement les offensives, obligeant les Polonaises à sortir plus loin
qu’elles ne le désiraient. Sabrina Reghaïssia, rentrée en jeu à la 9e minute,
batailla comme diablesse en défense, et comme par hasard tira tous les bénéfices
de ce nécessaire boulot de l’autre côté du terrain. Elle fut rejointe par Anete
Jekabsone qui, d’un magistral trois points, offrit dix huit longueurs d’avance
aux siennes (14-32, 14e). Il y eut, inévitablement, la réaction de Cracovie, qui
ne voulait pas quitter la scène européenne sans combattre. Anna De Forge,
joueuse talentueuse s’il en est, trouva un relais efficace en la personne de
Peranovic, qui profita du fait que le Wisla opta à cet instant pour le passage
par l’intérieur. Et ce fut au tour de la formation d’Omanic d’inscrire un 7 - 0
au compteur. Mais Bourges ne s’affola pas, reprit l’ouvrage par le bon bout. Et
ce fut Sabrina Reghaïssia qui, d’une judicieuse interception sur remise en jeu
adverse, et d’un trois points plein d’audace sur le buzzer du deuxième quart,
qui renvoya le Bourges Basket au vestiaire avec tous les atouts en main (28-44,
20e). Avec une belle adresse, à deux (13 sur 23) comme à trois points (3 sur 7),
en maîtrisant le rebond et en signant huit interceptions, le Bourges Basket, qui
avait vu Bernie Ngoyissa rester sur le banc pendant tout le deuxième quart
temps, avait déjà grandement mis les pendules à l’heure.
Un troisième quart bien défensif
Le troisième quart fut certes bien moins flamboyant. Il est vrai que les
Polonaises avaient choisi depuis quelques minutes de durcir le jeu au-delà
parfois de la stricte légalité, les deux sifflets étant bien permissifs sur
certaines interventions pour le moins musclées. Pas facile, dans ces conditions,
de rester dans son tempo offensif. De fait, le Bourges Basket eut, pendant dix
minutes, toutes les peines du monde à alimenter le score. On vit bien Cathy
Melain planer au dessus de la défense de Cracovie (28-46, 21e), mais il fallut
ensuite attendre 8’30 pour voir un nouveau panier tango, œuvre une fois encore
de Sabrina Reghaïssia. Fort heureusement, dans le même laps de temps, la défense
berruyère ne baissa pas sa garde, tint fort la maison, empêchant ainsi Cracovie
de revenir vraiment dans le match. On avait presque disputé un quart temps...
pour rien (10-6 sur cette période pour Cracovie, et seulement trois paniers
berruyers). A l’attaque du dernier quart, on revint côté tango à des options
offensives plus classiques, et donc plus performantes. Bernie Ngoyisa reprit son
travail de démolition sous le cercle de Cracovie, Laia Palau y alla de son shoot
extérieur, Elodie Godin apporta son écot. La formation polonaise en était
réduite à s’en remettre presque exclusivement à la patte de son Américaine Anna
De Forge, sollicitée au delà de la ligne des 6,25 mètres. Mais c’était déjà
tellement tard. Cathy Melain éteignit les dernières flammes adverses d’un shoot
extérieur plein d’à-propos (48-63, 37e), et Cracovie sembla admettre son
infériorité, par cette technique reçue par De Forge pour contestation un peu
trop véhémente des décisions arbitrales. L’affaire était déjà depuis bel le
lurette dans la poche, pour les Tango. Solides, solidaires, appliquées,
intelligentes, elles ont conquis en deux manches sèches le droit de disputer les
quarts de finale. Sans trembler, sans jamais laisser à Cracovie la possibilité
de brouiller les cartes.
L’aventure continue...
ANALYSE Avec les
entraîneurs, Pierre Vincent et Elmedin Omanic
Parapluie polonais, solidité tango
Question commentaires, on espérait franchement mieux d’Elmedin
Omanic, le coach de Cracovie. Dont l’équipe
avait si bien accroché le Bourges Basket, mardi soir, au Prado. Hier soir, les
Polonaises n’ont jamais pu prétendre arracher une belle, mais leur coach se
réfugia quand même derrière des excuses bien peu crédibles. Certes, il tint
"d’abord à féliciter Bourges, à qui je souhaite d’ailleurs d’aller au Final
four. C’est une équipe jeune, et pourtant expérimentée. Franchement, après notre
bon match aller, on espérait gagner chez nous..." Et ce fut ensuite une litanie
de mauvaises raisons, en lieu et place d’explications techniques ou tactiques
qui auraient tout de même été plus appropriées. La première ? "Franchement, on
est fatigué. De Forge et d’autres jouent quarante minutes par match. Il y a les
difficiles déplacements et rencontres en Euroligue, les matches d’un championnat
polonais... où certains nous aident d’ailleurs fort peu, en refusant de décaler
certaines rencontres, pour nous permettre de mieux préparer les joutes
continentales." Déjà, c’est un peu limite, comme justification. Mais la suite
fut grandiose : "Je ne rappelle pas avoir eu souvent l’occasion de critiquer les
arbitres, mais ce soir, l’arbitre russe a perdu les pédales." Les oreilles
d’Elena Chernova, le sifflet en question, ont dû dès lors siffler fort : "Elle a
fait beaucoup trop de fautes. Je ne veux pas dire par là qu’elle a avantagé
Bourges, mais c’est... un pauvre arbitre. Elle n’a vraiment rien à faire en
Euroligue ! A un moment, on revient à un peu plus de dix points de Bourges
(douze très exactement, 36-48, 29e) et sans elle, je pense qu’on aurait pu
réduire encore l’écart." Un petit coupelet sur Bernie Ngoyisa plus tard :
"L’arbitre ne dit rien non plus quand elle campe dans la raquette. Pas trois
secondes, mais une demi-heure !" Omanic revint quand même à plus de lucidité :
"On n’a gagné que deux matches dans cette Euroligue, mais on a signé de belles
rencontres. On a été, avec Brno, l’équipe qui a le mieux résisté dans la salle
de Bourges. Maintenant, l’important, c’est le championnat polonais."
Le travail tactique a payé
A l’inverse, Bourges continue de courir
tous les lièvres, et le discours de Pierre Vincent fut, bien évidemment vu les
événements et le personnage, plus pondéré. Plus réfléchi aussi. La qualification
berruyère est de celles qui ne se discutent pas, ni sur cette double
confrontation franco polonaise, ni compte tenu du parcours d’ensemble des Tango.
"Sur ce match retour, on a su s’adapter défensivement. On avait vu dès le match
aller la nécessité de modifier certaines de nos approches, notamment sur les
tois à trois points de Cracovie. On a axé tout notre travail sur la gestion de
leurs pick-and-rolls, on les a poussées aussi à davantage de pertes de balle."
Certes, tout ne fut pas linéaire, dans la prestation berruyère d’hier soir. Le
troisième quart temps amena, pour cause de pression défensive encore plus forte
de Cracovie, un bon coup de moins bien. "Cracovie est revenue sur le parquet
avec l’idée de durcir le jeu, de pourrir le match, en mettant beaucoup de coups.
C’est forcément plus difficile, dans ce contexte, de garder son rythme en
attaque. Mais on a aussi été très bien en défense, face à un jeu très posé...
très yougoslave. Je regrette quand même qu’on gère moins bien ce qu’on appelle,
en rugby, les temps faibles." Mais au final, la prestation tango fut solide.
Avec dans le collectif celle qui fait plaisir, signée Sabrina Reghaïssia. "Je
lui ai parlé, avant le match", expliqua à son sujet le coach berruyer. "Mardi,
pour le match aller, elle était d’une nervosité extrême. Elle se focalise trop
sur les points qu’elle marque, sur sa réussite au tir. Je lui ai dit de faire le
match qu’elle devait accomplir en défense, avant tout ; et qu’ensuite le reste
allait venir. C’est arrivé, et c’est très bien." Parce qu’en quarts de finale,
mais aussi pour les prochaines grandes échéances nationales, il est bien évident
que le Bourges Basket aura besoin de tout son monde.
HERVÉ LE FELLIC
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