Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
22/02/2006

 
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EUROLIGUE FÉMININE QUART DE FINALE ALLER : Bourges Basket - Gambrinus Brno, 59-62
 

Contraintes à une folle course poursuite après une entame de match timorée, les Tango ont échoué d’un rien face à une très forte équipe tchèque. Vendredi, il faudra chasser les doutes et tout donner pendant quarante minutes. L’exploit sera à ce prix

Une vaine et folle course poursuite

PAR CHRISTIAN RAGOT

Un Prado plein jusqu’aux cintres , un public conscient de l’enjeu et chaud comme la braise, la télé avec «notre» Yannick Souvré aux commentaires... ça sentait bon l’Europe, hier soir. Vexées d’avoir perdu à Bourges lors de la phase régulière, les Tchèques partaient pied au plancher, imposant leur puissance et leurs centimètres mais aussi leur rouerie à des Berruyères un poil crispées. Avec son starting five habituel, rendant près de 8 centimètres en moyenne à celui de Brno, Bourges avait du mal. La défense tango prenait quelques courants d’air et face à des Tchèques toujours très adroites de près et n’hésitant jamais à prendre les shoots, ça se payait cash. La première, Milton allumait à trois points et Brno allait ainsi faire la course en tête durant tout le premier quart temps. L’adresse était tchèque (7 sur 10 à deux points, 2 sur 4 à trois), le rebond était tchèque (10 contre 6 Bourges). Le collectif bien huilé du Gambrinus faisait grosse impression alors que les Tango semblaient parfois tétanisées. La pression sans doute. Le manque d’expérience de ces très gros matches couperet pour certaines aussi... Autant de raisons pour lesquelles les Berruyères avaient tant de mal à s’exprimer en attaque ; à prendre leurs responsabilités. Et quand on laisse passer sa chance devant une équipe d’un tel calibre... Toujours est-il qu’avec un médiocre 2/8 à deux points, Bourges arrivait à la fin du premier quart temps avec un handicap, important, de huit points (17-25) après avoir été un instant à -11 (6-17) et être revenues dans le match grâce à deux paniers bonifiés de Laia et Anete. Seule petite note positive, les deux fautes concédées par Milton et la bonne rentrée de Sabrina Reghaïssia qui allait chercher ses deux premiers points en force.

Sabrina Reghaïssia out
Il était grand temps pour Pierre Vincent de recadrer son équipe. Notamment de resserrer les boulons en défense, sachant que sans une défense intransigeante, il n’y a rien à espérer devant une telle armada. Et ça va marcher ! Certes, à la reprise, Viteckova, oubliée, trouvait l’ouverture à trois points dans son style d’une rare élégance mais c’est Bourges, requinqué, qui emballait le match à partir d’une défense ayant enfin trouvé ses marques. Sab’ Reghaïssia était énorme,marquant sept points (plus les deux du premier quart) et provoquant la troisième faute de Milton (qui cédait sa place à Kovacova) en l’espace de cinq minutes avant des sortir sur blessure (entorse).
La poisse ! Au passage, Céline Dumerc avait volé un précieux ballon permettant à Laia Palau d’envoyer Bernie Ngoyisa au panier. Et Bourges signait un 9-0 qui le ramenait à trois points : 26-28. Vous imaginez l’ambiance dans les travées.
Toujours aussi décisive dans les matches à gros enjeu, Laia Palau ajustait à trois points. Et Bourges se retrouvait pour la première fois (ce sera aussi la dernière...) en tête : 29-28 (17e).
Sentant le danger, Jan Bobrovsky, dont l’équipe n’avait marqué qu’un seul panier en sept minutes, renvoyait Machova et Milton sur le parquet. Et aussitôt, après un ballon arraché au rebond, Machova marquait à trois points avant qu’une interception de Milton envoie Viteckova au panier. Brno perdait ce deuxième quart temps (12-10) mais arrivait quand même au repos avec 6 points d’avance : 29-35 Rien n’était perdu pour les Tango. L’énergie était là, la hargne défensive aussi. Restait à prendre ses responsabilités en attaque. Pas évident, pour les extérieures, d’avoir des shoots ouverts devant le mur dressé par Brno. Comme il n’était pas évident de trouver Bernie en dessous, coincée qu’elle était sous les grands bras de Kulichova 1,98 m). Mais Bernie n’est pas du genre à ne pas aller au contact. La preuve, sur une service de Dumerc, la Congolaise s’en allait arracher panier plus faute (la 4e deMilton).

Malgré Laia Palau...
Bourges revenait à moins deux (38-40) alors que Milton regagnait son banc sous les sifflets. Mais il en aurait fallu davantage pour mater ces diablesses de Tchèques... Viteckova et Machova en remettaient une couche. Heureusement, Laia Palau, toujours prompte à mettre le feu, réussissait à tenir le score pour Bourges en marquant trois paniers à la suite : 44-48. Mais tout ces points étaient obtenus dans la douleur... Pourtant la défense tenait bon et permettait d’entretenir l’espoir (45-50 à la 30e et troisième quart temps gagné 16-15 par Bourges).
Le dernier quart allait être un très gros combat. Brno, avec une Vesela (auteur d’un double double, 17 points, 10 rebonds) étonnante d’efficacité et une Viteckova impeccable, déroulait , par séquences, son plus beau basket. Les Tango contestaient chaque ballon mais étaient pourtant rejetées à dix points (48-58). Sous la pression, elles lâchaient deux précieuses balles de contre au plus mauvais moment. Pierre Vincent, agacé par un arbitrage parfois contestable, multipliait les consignes et les rotations pour perturber les Tchèques. Bernie provoquait la cinquième faute de Milton (37e) mais Brno était toujours devant : 51-60 à 2’30’’ du buzzer. Moins d’une minute plus tard, sur un panier primé d’Anete, tout pouvait cependant encore basculer : 56-60 à 1’40’’. Interception de Cathy Melain et Anete y allait d’un panier plus faute de Zirkova : 59-60 à 47’’. Là, il fallait la jouer fine. Mais sur la possession tchèque, Viteckova marquait à deux points : 59-62. Il fallait absolument marquer à trois points pour arracher la prolongation. Hélàs, Laia Palau, la Tango pourtant la plus efficace hier soir (19 points), ratait la cible. Bourges était battu pour la première fois de la saison dans sa salle en Euroligue. Mais en tenant à nouveau Brno à 62 points, en réalisant une meilleure entame, car il n’y a rien de plus épuisant que de se lancer dans une folle course poursuite, les Berruyères pourraient arracher une belle à Brno. Chiche ?
 

ANALYSE : avec le staff technique des deux équipes

Bourges trop contenu offensivement

Ah, ce maudit premier quart temps. Contrairement à la précédente confrontation entre les deux formations, il y a un mois en ce même Prado, c’est Brno qui a su prendre la meilleure entame, obligeant les Tango à une éreintante course poursuite. Ce 10-0, orchestré par Delisha Milton et Jana Vesela, conditionna grandement la suite de la rencontre.
Et Bourges, en concédant 25 points dans les dix premières minutes, avait encore rendu sa tâche plus délicate. Pourtant, au final, ce n’est pas sur son assise défensive que Bourges a perdu cette première levée de ce passionnant et magnifique quart de finale. Il y a un mois, Brno n’avait pu inscrire que 67 points ; hier soir, les joueuses de Bobrovsky en inscrivirent même cinq de moins. Non, c’est par une efficacité offensive moindre que les Tango ont cette fois chuté, pour la première fois dans leur salle pour ce qui concerne cette saison européenne.
Alors, Bourges moins bien inspiré en attaque, ou Brno bien plus vigilant en défense ? Un peu des deux, forcément. Même si Milan Veverka, l’assistant du muet Bobrovsky, privilégiait la seconde thèse : "On a bien mieux joué en défense que lors de notre précédente venue à Bourges, quand on avait compté une vingtaine de points de retard. Cette fois, on a pu trouver le moyen de faire la plupart du temps la course en tête. Et ce n’est pas facile pour l’équipe qui est derrière, dans ces conditions, on le sait très bien. Surtout quand les deux adversaires sont si proches l’un de l’autre."

Une si faible différence...
Et forcément, quand la différence entre les protagonistes est si mince, ce sont d’infimes détails qui font le grand bonheur ou les sombres pensées. "Il y a beaucoup de petites choses qui n’ont pas tourné en notre faveur", soupira Pierre Vincent, le coach berruyer. Qui souligna lui aussi l’importance du premier quart temps. "On a alors pêché par excès de nervosité, notamment pour certaines joueuses qui n’en ont pourtant pas l’habitude." Tout ensuite s’est consolidé, défensivement, les Berruyères remportant les trois dernières périodes. Mais elles ne trouvèrent ni cette fluidité, ni cette continuité, offensives, qui leur auraient permis de d’avoir ce dernier coup de reins, de prendre ces quelques points d’avance qui alors auraient instillé le doute dans les têtes adverses. "On sait que face à Brno, on est en déficit de taille partout, à tous les postes. Elles sont aussi capables de changer partout, sur les écrans, et ça pose forcément des problèmes à nos arrières. Alors, forcément, scorer ne peut pas être facile, il faut l’accepter", expliqua Pierre Vincent. "On a un peu oublié certaines des options offensives qu’on avait mises en place, avant la rencontre. On a parfois trop cherché la difficulté. Il y a des formes d’attaque qu’il fait qu’on utilise, des shoots que l’on doit prendre aussi." Ajoutez à cela la blessure à la cheville d’une Sabrina Reghaïssia alors en pleine bourre, ce qui du coup a encore privé le Bourges Basket d’une possibilité de rotation supplémentaire ; le fait que tous les ballons litigieux ont échappé aux Tango, et le tableau est complet. "Oui, ça fait vraiment beaucoup de choses contre nous. Et malgré tout cela, on finit à une possession. C’est très frustrant, forcément, car on est dans le match, et finalement, il est perdu." Et le technicien berruyer de se projeter, déjà, vers le retour de vendredi. "Il faut vite oublier cette défaite. On doit se dire que tout ce qui n’a pas été en notre faveur cette fois peut l’être la prochaine fois. Moi, je reste persuadé qu’on peut gagner là-bas." Milan Ververka, l’assistant tchèque, ne voulait pas non plus crier qualification trop vite, malgré la joie évidente qui l’irradiait : "Tout le monde sait l’importance de ce premier match, sur une telle confrontation. En gagnant à l’extérieur, forcément, ça change tout. Mais Bourges peut très bien venir gagner chez nous, c’est bien évidemment une très bonne équipe !" On ne demande qu’à le croire, et qu’à le revoir en Berry la semaine prochaine pour la belle...

HERVÉ LE FELLIC