|
EUROLIGUE FEMININE
Quart de finale retour : Bourges
arrache la belle en s’imposant à Brno (65-75)
Elles l’ont fait ! Ces filles sont tout simplement formidables,
qui se sont imposées hier dans la salle de Brno. Pour arracher le droit de
croire toujours au billet pour le Final four. La belle, ce sera mercredi.
La beauté des championnes...
PAR HERVÉ LE FELLIC ENVOYÉ SPECIAL
M agnifiques, héroïques, extraordinaires, on vous
en passe et des meilleures, le dictionnaire des superlatifs n’y suffirait pas.
Oui, on donne dans le dithyrambique. Après tout, les joueuses de Pierre Vincent n’ont gagné qu’un match, et le droit de disputer aux Tchèques, mercredi soir au Prado, la belle de ces quarts, billet pour le prochain Final four en jeu. Mais ce match, cette victoire qui vaut autant que les autres, comme dirait un entraîneur de notre connaissance, s’inscrit tout simplement dans la lignée des plus beaux exploits signés par le Bourges Basket. On a revu Côme, on a revu Pécs, on a revu Ruzomberok, toutes ces parties homériques où, dos au mur, les Tango d’hier ont su renverser l’impossible, les montagnes.
Un départ idéal
Elles ont trouvé hier soir de superbes héritières, toutes celles qui ont écrit ces belles pages de la saga tango. Au point d’arracher à leur coach, Pierre Vincent, un
"c’est super super magnifique". On n’a pas souvenir d’une tirade aussi brute de coffrage et vraie de bonheur depuis qu’il est à la tête du Bourges Basket. On aurait dit en même temps un soulagement énorme. Bourges était passé tellement près, et en même temps si loin, de la gagne, mardi soir, lors du match aller. Brno, à une marche du Final four, semblait avoir toutes les cartes en mains, surtout en l’absence de Sabrina Reghaïssia. Brno a raté la marche, et sans doute quelques-unes en dessous, car il faudra aux filles de Bobrovsky, grandes championnes elles aussi, se remettre de pareille déception. Peut-être pensaient-elles avoir fait le plus dur, en s’imposant sur le parquet berruyer. Seulement voilà : meurtries, blessées, diminuées en nombre, les Berruyères étaient autant vexées que dans l’état d’esprit de celles qui, quitte à mourir, veulent le faire les armes à la
main, et sans avoir rien à se reprocher.
D’entrée, une fois les deux cinq classiques lancés dans la bataille, on vit
cette énorme détermination collective. Céline Dumerc, si malheureuse mardi soir,
ouvrait les débats, en prenant d’entrée ses responsabilités, d’un jump shoot, et
Bernie, désignée option offensive première avant les débats, doublait la mise
dessous. Une fois, une seule, Brno mena au score. Jusqu’à ce panier de Machova,
qui hier soir a encore montré son énorme dimension (11-9, 5e). Seulement, à
Bourges, des grandes joueuses, il y a aussi, à l’image de Cathy Melain, qui
remit d’un trois points, définitivement mais on ne le savait pas encore, les
Tango sur les meilleurs rails. Ceux que n’aime pas Brno, en difficulté quand
elle doit courir après le score (11-14, 6e).
Le hic, pour Bourges, c’est que Bernie Ngoyisa prit deux fautes en quelques
secondes, obligeant Pierre Vincent à la rappeler et à installer Cathy Melain au
poste 4, dessous donc (7e). Mais Bourges continua sa course folle vers l’espoir
et la survie européenne, bien emmené par Anete Jekabsone, Laia Palau ou Cathy
Melain. Et put virer avec dix points d’avance, au terme du premier quart temps.
Un départ idéal.
Au terme d’un combat si intense
Le deuxième quart annonça la dureté, mais aussi la beauté, de l’affrontement à
venir. Présent aux deux rebonds, Bourges tenta de faire sortir son réputé
adversaire de ses gongs, de le pousser au point de rupture. Elles étaient
tellement vives en attaque, tellement promptes à couper les lignes de passe, les
Tango. Cathy, encore et toujours elle, porta l’écart à des proportions plus
belles encore, d’un trois points (28-42, 18e). Céline donnait dans le même
style, et toutes les Berruyères, au fil des rotations, se montraient au sommet
de leur envie, de leur hargne. La lutte dure, rugueuse, pour la conquête de
balle tournait en leur faveur, mais Brno tenait le choc, rentrait au vestiaire
avec les dix points de retard de la 10e minute, essentiellement grâce au travail
deMachova (14 points à la 20e). Pierre Vincent devait composer alors avec les
trois fautes frappant Bernie, mais était pleinement rassuré (enfin si l’on peut
dire) par le comportement exemplaire de sa troupe, adroite, jouant juste,
prenant les risques nécessaires pour en être récompensée. Sur un trois points d’Anete,
les Tango portaient leur avance à quinze unités, en signant au passage un 9-0
(36-51, 25e). Bourges alors gagnait les duels, des deux côtés du terrain. Mais
il fallait s’y attendre : en grandes joueuses qu’elles sont, les filles de Brno
secouèrent le cocotier de la révolte.
Tout partit d’une antisportive sifflée à Céline Dumerc, sa 4e faute personnelle
(27e). Viteckova, effacée pendant vingt minutes, retrouva alors sa patte. Cathy
répondit au trois points de la championne d’Europe tchèque, mais Zirkova, puis
de nouveau Viteckova en remirent une couche, pour offrir à Brno ce troisième
quart temps (50-54, 30e).
Le combat devint énorme. Bourges,une première fois, reprit ses aises, sur deux
actions pleines de classe de Laia Palau (51-61, 34e). Mais Zirkova et les
siennes revinrent dans le coup, à deux petits points. Et c’est alors que du camp
tango sortit une phénoménale Cathy Melain : un trois points, une interception
pour Céline, et Bourges compta à nouveau dix points d’avance. L’écart final, le
score du bonheur. Celui de l’énorme espoir qu’ont su faire vivre encore ces
sacrées jeunes filles. Mercredi soir, au Prado, elles joueront leur billet pour
le Final four. Et sur ce qu’elles ont fait hier soir, comment imaginer qu’elles
le laisseront passer ?
RÉACTIONS À CHAUD
BERNIE NGOYISA. "On
revient jouer chez nous, pour la belle, et c’est super, super ! On savait en venant ici qu’on devait tout donner, quoi qu’il
arrive, il fallait qu’on fasse notre job. Mais franchement, gagner à Brno, c’est énorme ! On
n’était pas venues pour rigoler. Il y avait l’absence physique de Sabrina (Reghaïssia,
blessée à la cheville et restée à Bourges, NDLR) mais elle était quand même avec nous.
Par les textos qu’elle nous a envoyés, par sa présence mentale. Maintenant, on
doit s’arracher, pour aller au Final four !"
ÉLODIE GODIN. "J’étais un peu malade, c’est vrai,mais quand il y a une joueuse de moins, on doit tout oublier. J’y croyais, je savais qu’on
pouvait le faire, qu’on pouvait gagner à Brno. Cathy (Melain, NDLR) a été extraordinaire au
poste 4, on a bien su s’adapter à toutes les situations, et c’était important. Les
joueuses de Brno ont été adroites, par périodes, sont revenues au score, mais on a su
rester devant. On a fait un très gros match, sur le terrain comme dans les têtes. On
méritait d’avoir cette belle, et notre public aussi le mérite. Et je suis tellement
heureuse de ramener la victoire à mon chouchou
(Sabrina Reghaïssia, NDLR)."
CATHY MELAIN. "Quand on
est devant cette équipe de Brno, on s’aperçoit que comme les autres, elle a du mal à développer son jeu. On a réussi
à mener, à tenir. Ce n’était pas facile, bien sûr mais on a pu rester dans la lignée
de ce qu’on avait décidé, dans les choses qu’on savait susceptibles de les gêner. Cette
victoire est belle,mais il y a encore un match derrière, et ce sera aussi dur. Ce n’est pas
parce qu’on a gagné à Brno qu’on est au Final four. On est à égalité, tout est remis
en question. Il faudra mercredi qu’on soit sereines, qu’on attaque la rencontre comme
ce match retour. Etre prêtes, comme là, à tout donner, à mettre toutes nos forces
dans la bataille. Là, on n’avait pas de pression. On n’avait rien à perdre, car
personne n’aurait dit qu’on réussirait cet exploit de gagner à Brno. Ce serait trop bête
maintenant de ne pas se qualifier, mais je me demande si, sur une belle aussi tendue, le
fait d’être à domicile joue vraiment."
SABRINA REGHAÏSSIA (restée à Bourges). "J’ai suivi le match sur le live de la FIBA avec des amis de Laia et des copains à moi. J’étais stressée
comme pas possible. Maintenant, je suis trop contente. Les filles m’ont appelé et ça
m’a fait trop plaisir. Ouf !... J’étais sûr qu’on pouvait les battre ; je l’avais dit à
Pierre Vincent. Les filles ont fait un truc énorme. Je sais que Cathy (Melain) a été super en
4. Je vais lui laisser ma place et je pourrai ainsi jouer en 3 (rires...). C’est peut-être
psychologique, mais du coup, je ne sens plus ma douleur. Ma cheville va mieux. Je vais
voir ça demain avec le kiné mais je serai présente mercredi pour la belle. Prête à tout
donner. Je serai à bloc. Il y a un Final four au bout ; ça vaut le coup de se défoncer,
non ? On les a déjà battues deux fois ; on peut le faire une troisième fois.
Vraiment, je suis trop heureuse..."
PIERRE FOSSET (président du Bourges Basket). "J’ai suivi le début du match sur le live de la FIBA. Ensuite, c’est Jean-Pierre Posé qui, par
portable depuis Brno, me l’a commenté. Apparemment, ça a dû être un très gros match. Ça fait
vraiment plaisir. On a un groupe vraiment formidable. On savait qu’on pouvait
gagner là bas... Encore fallait-il le prouver sur le terrain. Lors du premier match, les
filles avaient tout donné mais elle n’étaient pas en pleine possession de leurs moyens en
raison du stress dû à l’enjeu. A Brno, elles n’avaient plus rien à perdre et elles ont
joué libérées. Je félicite tout le groupe, joueuses et staff technique, pour ce formidable
exploit. On va pouvoir assister à un autre très grand match mercredi au Prado. Mais ce
n’est pas parce qu’on a gagné là bas qu’on va forcément remporter la belle. Au
contraire, faut rester extrêmement vigilant. Les Tchèques ont prouvé qu’elles pouvaient gagner chez
nous et à leur tour, elles n’auront rien à perdre. Je ne serai
complètement rassuré qu’avec un point d’avance à la 40e minute...".
PROPOS RECUEILLIS PAR HERVÉ LE FELLIC ET CHRISTIAN RAGOT
|