Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
02/03/2006

 
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EUROLIGUE FÉMININE Quart de finale (belle) : Bourges Basket - Gambrinus Brno : 69-70

Les dernières secondes ont été fatales...

Les Tango, qui comptaient encore cinq points d'avance à moins de trois minutes de la fin, ont laissé filer la belle dans les ultimes secondes. L'envie,  le coeur, l'énergie y étaient ; Brno avait l'expérience et la réussite en plus.

PAR CHRISTIAN RAGOT

Concentrées à l'extrême, les Tango réussissent une entame de match parfaite, même si c'est Kulichova qui, sur l'engagement, a le plaisir d'ouvrir le score. La réplique de Laia Palau est immédiate. Puis Elodie Godin, après un rebond défensif, donne l'avantage aux Tango, au terme d'un coast to coast, dans un fracas étourdissant avant que Bernie Ngoyisa ne conclut un 100% berruyer : 6-2 (2e). Céline Dumerc, qui jugeait important de faire le course en tête, ne pouvait rêver meilleur départ.

Bernie trop vite pénalisée
Mais les choses vont rapidement se gâter. Les centimètres (+ 8 en moyenne) et la puissance des Tchèques commencent à faire leur oeuvre. Pas facile de défendre face à des grandes qui peuvent prendre des shoots très haut. Ni de prendre les meilleures positions dans un 'mur' adverse. Vesela (à deux points) et Machova (à trois) rappellent qu'elles sont bien décidées à aller au Final four. Et voilà Brno devant (6-7). Plus embêtant, Bernie, à la lutte avec l'immense Kulichova (1,98 m) prend sa deuxième faute dès la 3e minute. Puis la troisième une minute plus tard. Les Tango accusent le coup.
Voilà un réel handicap quand on connaît l'importance du rôle de Bernie dans la peinture. Il va pourtant falloir gérer ça. Pierre Vincent lance Sabrina Reghaïssia, une cheville encore douloureuse. Elodie monte au poste 5. Et
sans vergogne, Brno profite de ce petit moment de flottement pour enfoncer le clou. Un de ces rushes dont l'équipe tchèque a le secret qui lui permet de signer un cinglant 13-0 (6-15) sur un deux points  plus faute de Vesela.
Mais les Tango, après avoir laissé passer l'orage, se rebellent. Le jeu se durcit et Elodie trouve enfin le chemin du cercle (8-15). Puis c'est au tour d'Anete Jekabsone, lancée à la 6e minute, de prendre le relais. En l'espace de deux minutes, la blonde Lettone ramène l'espoir dans le camp berruyer en alignant deux paniers primés et deux lancers, le dernier juste sur le buzzer. Finir le quart temps sur une bonne note, ça rassure : 18-23 à la 10e. Mais il va falloir resserrer les boulons en défense (23 points concédés en dix minutes, c'est trop) et soigner les lancers...

Anete out
Toujours est-il  qu'à l'amorce du deuxième quart temps, Pierre Vincent choisit l'option des petites (par la taille) avec Céline, Anete, Laia, Elodie et Cathy en numéro 4 ! Cathy qui livre un énorme combat à Milton. Et ça marche plutôt pas mal. Les Bezrruyères mettent une grosse pression sur leurs adversaires qui n'ont pas beaucoup de shoots faciles (5/13 à deux points dans le quart temps). Brno multiplie alors les pertes de balles et
choisit de durcir le jeu. Mais les Tchèques n'ont pas à faire à des ingrates. Le combat n'est pas pour déplaire aux Tango. Sena Pavetic, lancée dès la 13e minute, assure une superbe rotation avec un 3/3 à deux points et
trois rebonds. Pauline Krawczyk apporte une belle contribution en défense et Bourges grignote son retard : 33-33 sur un panier venu d'ailleurs signé Laia Palau (17e). Et on veut bien croire que Bourges aurait pu virer en
tête s'il n'avait perdu Anete Jekabsone en route à la 14e minute, victime d'une entorse de la cheville droite en attaquant le cercle. Mais bon,  à 37-39 au repos, on avait toutes les raisons d'y croire...

Bourges reprend le rebond
Pour le deuxième mi-temps, Pierre Vincent relance son cinq type. Il n'y a plus d'alternative. Il faut continuer à défendre fort, remettre la main sur le rebond (17-22 au repos), provoquer les fautes adverses, mettre la
pression et essayer de forcer la réussite. Impossible de se satisfaire du médiocre 10/24 à deux points de la première période. Même face à des joueuses aussi grandes, aussi agressives et promptes à pourrir tous les
ballons. Durant tout le troisième quart temps, les deux équipes restent au coude à coude. Les contacts sont musclés ; l'engagement total mais il n'en est pas une pour se déballonner. Une première fois, Cathy Melain, d'un
shoot primé, redonne l'avantage aux Tango : 46-45 (24e). Le public exulte !
Mais que d'efforts, que de douleurs pour en arriver là. Bourges,  gêné par l'excellent repli défensif des Tchèques, a toujours du mal à développer son jeu rapide. Et pas question de s'appuyer sur Anete pour scorer de loin... Brno repasse devant par le biais de Kulichova sur laquelle Bernie ne peut défendre comme elle le voudrait. Nouvelle égalité à 49-49 grâce à Bernie qui, avec Elodie, règne sur le rebond. Mais il encore beaucoup de ratés dans les tirs. Céline doit se croire maudite quand, au terme d'un mouvement d'école, elle rate encore (elle en est à 2/11) Et pourtant, le bras de Sabrina Reghaïssia, qui venait juste de remplacer Laïa, ne tremble pas sur les deux lancers obtenus face à Vesela et qui redonnent l'avantage à Bourges : 51-49 (29e). C'est de plus en plus chaud et les deux équipes abordent la dernière ligne droite bord à bord : 53-54.

Dans les dernières secondes
Tout reste donc à faire ! Le match s'emballe. Le rythme est énorme et les deux équipes semblent au bord de la rupture. Le public du Prado, formidable, pousse son équipe et Brno résiste, parfois au prix de fautes grossières. A la 33e minute, Milton est à quatre fautes tout comme Kulichova. On se dit que c'est bon pour Bourges qui est, en outre, en train de gagner le rebond. Deux trois points consécutifs de Cathy Melain et de Céline Dumerc mettent un coup sur la cafetière des Tchèques (61-59).
Bobrovski s'énerve et Machova, aux ordres, égalise : 61-61. Un vent de folie s'empare du Prado quand Laia amènent cinq points supplémentaires dans l'escarcelle tango : 66-61 à moins de trois minutes de la fin. Le plus gros écart en faveur de Bourges. En grande équipe, les Tchèques se remobilisent.
Cinquième faute de Céline ; Machova passe ses lancers : 66-63. Il faut marquer. Seulement, Laia voit le ballon tourner sur le cercle et... sortir.
Sur la contre attaque, Pauline fait faute et Machova, en joueuse d'expérience,  passe ses lancers : 66-65. Il reste 1'55''. Viteckova trouve Kulichova en dessous : 66-67 mais Pauline Krawczyk va chercher deux lancers sur Machova, piégée à son tour : 68-67. A une minute pile poil de la fin, Videckova ajuste à trois points 68-70. Faute sur Bernie qui ne passe qu'un lancer sur deux : 69-70. Bourges garde la possession. Il faut marquer. A trois secondes prend ses responsabilités. C'est manqué. D'un rien. Reste une énorme frustration. Enorme ! Et samedi, c'est Mondeville... Un match tout aussi important au niveau des objectifs...
 



ANALYSE Avec le staff technique des deux équipes


L'envie était tango, l'expérience tchèque

On aime bien cette équipe de Brno, les joueuses de talent qui la composent. On ne décernera pas pour autant la palme de la sportivité à son staff, qui a eu victoire en poche une attitude à la limite de l'ironie envers le public berruyer. Et on n'a pas aimé non plus l'attitude de Milan Veverka, l'assistant de Jan Bobrovsky, qui, en conférence de presse, a essayé de chercher des noises à Pierre Vincent, l'entraîneur du Bourges Basket. La victoire n'est pas une excuse à tout. Et il y a fort à parier qu'avec cette attitude, Valenciennes, qui jouera Brno en demi-finale, a gagné pas mal de supporters, pour ce Final four.
Milan Ververka a quand même commenté la rencontre, qu'on se rassure. Et il sait pertinemment que sa troupe, finaliste malheureuse la saison prochaine, n'a pas usurpé le droit de retourner au Final four, où elle retrouvera
l'USVO donc, mais aussi Samara et Vilnius. Il n'est pas donné au premier venu de s'imposer deux fois de suite sur le parquet du Prado.

Bourges était si près
Les trois matches furent de grande, très grande qualité, entre deux formations qui font de toute façon partie des meilleures en Europe, estima donc l'assistant tchèque. Qui, bien évidemment, s'est vu mal embarqué, quand son équipe fut menée de cinq points par Bourges, sur deux lancers francs de Laia Palau, à même pas trois minutes du terme. "Mais je pense qu'à ce moment là, les joueuses de Bourges ont perdu un peu d'efficacité, de concentration, en défense. On a alors décidé de jouer en un contre un, et Hana Machova a pu pénétrer, et scorer. On a alors tout rentré et les choses, forcément, sont devenues plus difficiles pour Bourges". Pour la sixième fois en sept ans, Brno retourne donc à ce Final four où la formation tchèque n'a encore jamais triomphé. Et après Mondeville en huitièmes, Bourges en quarts, c'est Valenciennes qui lui donnera la réplique, en demi-finale. "On a vraiment l'impression qu'il nous faut franchir... comment dites vous, la ligne Maginot", sourit Milan Ververka.
En face, Pierre Vincent, on s'en doute, n'avait vraiment pas l'envie de chercher une quelconque plaisanterie. L'aurait-il voulu qu'il n'aurait pas pu, le coach berruyer, au visage aussi marqué que celui de ses joueuses. Il
venait de passer par tellement d'états d'âme. La défaite sur des petits riens lors du match aller, la superbe réaction des siennes en République tchèque, et cette belle serrée comme pas permis, qui sembla, l'espace d'un
instant, tourner en faveur du Bourges Basket. Avant de choisir l'autre camp.
"Oui, ce sport sait être beau, mais aussi très difficile. C'est aussi pour cela qu'il fait lever les gens..." Pierre Vincent sortait tout juste du vestiaire tango, qu'on imagine en état de désolation absolue. "Oui, c'était dur, plus dur encore que l'an dernier." Déjà les images commencent à défiler dans sa tête, on le voit chercher le pourquoi du comment, des explications à l'injustice, à l'incroyable. "Des raisons, forcément, il y en a plein, quand on perd le billet pour le Final four d'un point. On a vers la fin cinq points d'avance, mais Céline Dumerc prend aussitôt après sa cinquième faute. Défensivement, on avait fait le choix de laisser Machova partir en dribble, pour mieux contenir les ailières tchèques, qui s'écartent beaucoup. Il faut bien prendre des options, mais c'est en même
temps prendre des risques. Là, on le fait, on passe tout près de l'interception, et voilà..." Et Machova, en grande joueuse, n'a pas tremblé, a assuré, avec son talent et son expérience.
Tout aurait pu changer, aussi, sur cette dernière possession berruyère. "On a développé le mouvement qu'on avait choisi", expliqua Pierre Vincent. Ressortir le ballon pour un dernier shoot extérieur de Cathy Melain,
c'était l'idée. Il y aurait pu y en avoir d'autres, aller chercher la faute, même si comme le souligne Pierre Vincent, il faut vraiment qu'elle soit énorme pour que les arbitres prennent le risque à ce moment de décider du sort du match ; ou aller chercher une position intérieure. Le tir de Cathy partit, il ne trouva pas sa cible. Comment reprocher quelque chose à celle qui tente, qui prend ses responsabilités ? Impossible, bien sûr.
Alors oui, voilà Bourges avec ses yeux pour pleurer, Gros Jean comme devant. Avoir fait tout ça... pour rien, il y a vraiment de quoi en attraper la nausée. "Je suis vraiment déçu pour les filles", soupira Pierre Vincent. "On fait une grande saison d'Euroligue, on fait une grande série face à Brno. En plus, on n'est pas servi par les événements : la blessure de Sabrina à l'aller, celle d'Anete sur cette belle, les trois fautes vite tombées sur Bernie. Ça fait beaucoup de choses, et pourtant, on est là, tout près. C'est tellement frustrant. On se retrouve tous à se dire et si j'avais fait ceci, ou cela, ce ne sont pas des moments faciles à vivre. Mais la saison n'est pas finie. Là, on passe à un panier près, il y aura d'autres matches. Même si maintenant, il faut panser les blessures." Et dire que samedi, il y a sommet en championnat de France, à Mondeville...

HERVE LE FELLIC

BILLET
Cruauté. Il y a de quoi détester ce sport, en être écoeuré à vie. Lui qui ne sait pas récompenser le courage, le coeur, l'abnégation. Qui ne sait pas faire preuve de logique, et envoyer au Final four celles qui, vendredi
dernier, avaient renversé la montagne tchèque, dans sa salle. Oui, c'est injuste, même s'il ne s'agit pas là de prétendre une seconde que Brno ne mérite pas sa place dans le dernier carré.
Bien sûr qu'elles ne l'ont pas volé, les filles de Bobrovsky, mais ce billet, elles ne le méritent pas plus que les Tango. Qui ont su elles, malgré une évidente infériorité en expérience, en centimètres, en kilos, malgré tous les malheurs qui se sont abattus sur leurs épaules, pousser Brno à la belle. Et même le bouter hors le Final four, à quelques secondes, à un shoot, à un petit lancer, près. Ça fait mal de voir autant de larmes inonder le parquet berruyer ; ça fait mal de voir vos yeux rougis, vos visages défaits, mesdemoiselles. On a envie de trouver le truc magique, pour vous consoler. Pour que vous puissiez surmonter cette énorme déception, pour ne garder en mémoire que ce qui compte, ce que vous avez accompli. Ce superbe parcours en première phase européenne, ces trois duels homériques livrés à une formation aussi forte que Brno, que vous avez su pousser dans ses derniers retranchements.
Mais on sait bien que c'est peine perdue. Que la plaie est profonde, à la mesure de l'énorme frustration qu'on ressent forcément, quand on a tenu son rêve dans ses mains, et qu'il s'est envolé. Oui, ce sport est parfois
affreux, mais comme le dit le coach berruyer, Pierre Vincent, la différence entre lui et la vie, c'est qu'au moins, quand on meurt sportivement, on sait qu'on peut renaître. L'Europe s'est refusée à vous, à la France de vous offrir ces victoires, ces titres, que vous méritez tellement. Et pour tout ce que vous avez donné sur le Vieux continent, jusqu'à hier soir, on n'a qu'une chose à dire : chapeau, et merci. Vous n'avez pas à rougir...

HERVE LE FELLIC


A CHAUD
Yvan Mainini
(président de la Fédération française) : "Le basket, c'est difficile, mais c'est aussi ce qui fait la beauté de ce sport. Ça se joue à tellement peu. Peut-être sur un peu de lucidité, sur la fin. En tout cas,
Bourges a montré qu'avec moins de moyens que les grosses équipes européennes, et avec un gros coeur, on pouvait rivaliser. Vraiment, les filles méritent un gros coup de chapeau, elles se sont bien battues et forcément, je suis triste pour elles. J'ai rêvé pendant longtemps d'avoir deux équipes françaises au Final four. Et je voudrai aussi dire un mot de ce formidable public de Bourges, qui n'a cessé d'encourager son équipe pendant quarante minutes."

Pierre Fosset (président du Bourges Basket) : "Ça fait toujours mal de perdre par le plus petit écart. Mais j'ai dit aux filles que j'étais fier d'elles. C'est vrai cependant que Brno est une grande équipe, et on a vraiment perdu avec les honneurs. On s'est bien battu, et il est dommage que l'on fait un mauvais départ. Un point ce n'est rien, et il nous a manqué à mon avis les lancers francs de la première mi-temps. De toute façon, il ne faut pas prendre ce match comme un échec, même si on ne va pas au Final Four. Et pourtant, on avait un public qui en était digne et que je remercie au passage. Il a été derrière son équipe pendant tout le match, et a poussé comme jamais. C'est dommage... C'est forcément une énorme déception, mais avec mon équipe de gamines, on inquiète quand même le vice-champion d'Europe et des Tchèques championnes d'Europe. Ce qui est
rageant, c'est qu'on pensait, en cas de qualification, avoir le Final four à Paris, avec Valenciennes. Le président de la Fédération, voyant que Coubertin n'était pas libre, pensait même à Bercy pour ce qui aurait été une belle
fête du basket féminin français, et je veux d'ailleurs le remercier d'avoir pensé à cette démarche..."

Laïa Palau : "Je suis vraiment déçue. On y croyait tellement. On a pris cinq points d'avance, puis on a joué comme si c'était fini. Maintenant, c'est vrai que c'est une excellente équipe, mais on pouvait passer. On a peut-être fait preuve de naïveté, en n'allant pas suffisamment chercher la faute dans les derniers instants. Je suis triste parce qu'il y avait tout pour qu'on gagne, et notamment un public énorme. Et puis, on avait fait là-bas un truc tellement extraordinaire. La déception est immense..."

Ana Kotocova (trois fois vainqueur du Final Four avec Bourges) : "On a vu un super match de basket, avec deux excellentes équipes. Ça se joue vraiment à pas grand-chose, et Bourges pouvait tout aussi bien gagner dans un Prado où j'ai retrouvé la grande ambiance d'avant. Mais je pense que les filles ont manqué de lucidité sur la fin. Elles ont tiré quand à mon sens, elles auraient dû aller provoquer les fautes. Il n'empêche, on a vu là un des plus beaux matches de la saison. Dommage qu'il n'ait manqué que la victoire..."
 


Avec la capitaine du Bourges Basket, Céline Dumerc

"On avait la qualification en mains..."

"C'est con, ce sport..." Elle était comme toutes ses copines, hier soir, Céline Dumerc. Effondrée. Tout en trouvant, en grande capitaine, la force de venir en conférence de presse, ce qui, dans un moment pareil, où
on a plus envie d'imiter l'autruche et de se mettre la tête dans le sable, n'a rien d'évident, ni même d'agréable.
Elle et son  équipe venaient de tellement donner, de tellement y croire aussi, pour finalement se retrouver les mains vides et voir les Tchèques danser, une nouvelle fois, sur leur parquet. "C'est vraiment la pire des
manières de perdre un match. Pour un point..." Et tout de suite lui vint aux lèvres le respect de l'adversaire. "Brno est une grande équipe. Mais quand même, ça se joue à rien."

L'adresse était défaillante, la poisse trop présente...
Surtout pas à l'envie, qui fut énorme dans le camp tango. A l'adresse, oui, évidemment, et Céline en souffrit plus que toute autre sans doute, elle qui, au terme du troisième quart, n'affichait qu'un deux sur onze au tir. Elle serra si fort les poings, quand enfin son shoot à trois points, au lieu de stupidement faire le tour et ressortir, transperça le filet, à la 36e minute (61-59 pour Bourges, à cet instant). "L'adresse, c'est forcément aléatoire, on ne peut pas le décréter avant. Il y a des jours, malheureusement, où ça ne rentre pas, c'est aussi ça, le basket. On a fait
notre possible pour se créer des positions de shoots, parce qu'à ce jeu, le but c'est quand même de mettre les paniers." Les lancers aussi, ajoutera-t-on et c'est vrai que le déchet fut important côté berruyer, dans cet exercice. "Quand ça ne rentre pas, on le paye forcément", soupira Céline, les yeux dans le vague. "On a su les contenir en défense, mais..."

"Et dire qu'on était revenues de l'enfer"
Et il y a eu cette poisse insensée, qui a collé aux chaussures des Berruyères. Tout avait commencé, sur ce quart, par le pied douloureux de Sena Pavetic, qui soit dit en passant a fait hier une rentrée fracassante.
Puis ce fut, à la 16e minute du match aller, l'entorse à la cheville de Sabrina Reghaïssia, qui rata le match retour. Comme si ça ne suffisait pas, c'est la cheville droite d'Anete Jekabsone qui n'a pas tenu le choc, hier, à la 14e minute. "En plus, Bernie prend rapidement trois faites et doit sortir", narra Céline. "Forcément, sur le moment, ça nous a un peu désorganisées, parce qu'elle était une option de jeu importante, dans nos plans. Mais on a continué à lutter, malgré tous ces malheurs, ces bobos. Quand on prend des coups durs comme ça, on a encore plus la rage ! Elles sont grandes, nous on est plus petites et plus rapides, on essaie de faire avec nos petits plus..."
Pour la troisième fois d'affilée, le Bourges Basket échoue au port, rate la dernière marche, reste en rade, au stade de ces quarts de finale. "Et dire qu'on était revenues de l'enfer, en gagnant le match retour à Brno ! Alors,
on peut bien parler de l'avantage du terrain", pesta capitaine Céline. "Voilà, si Brno a gagné, cela ne doit rien au hasard. C'est une grande équipe, nous on est juste à la porte du top 4." Ce n'est pas un hasard, non, si Machova, comme Viteckova, couronnées à l'Euro de septembre dernier avec leur sélection, ont été, dans ces derniers instants cruciaux, les bouées de sauvetage de Brno. "Pourtant, on l'avait dans les mains, cette
qualification pour le Final four. Et voilà qu'elle nous échappe. On y était presque, et c'est bien ce qui laisse encore plus d'amertume, c'est bien pour cela que c'est encore plus rageant." Et Céline, aussitôt, de se tourner vers autre chose, enfin de tenter de le faire. "La saison n'est pas terminée..." Et ce sport ne peut pas toujours être aussi... con, lui qui donne rarement dans la demi-mesure, alliant les plus grandes joies, comme les plus grandes tristesses. Comme la vie, finalement. Et hier soir, le tango avait des reflets bien sombres...

HERVE LE FELLIC


AMBIANCE Dans un Prado chaud bouillant comme la braise

Le public a joué son rôle à la perfection

Le public du Prado a joué à la perfection son rôle de sixième joueuse mais ça n'a pas suffi. Pour un point.... Et une énorme frustration.

CHRISTIAN RAGOT

Il y a des lustres que le Prado n'avait été aussi chaud. Quelque peu abasourdis, mardi dernier, après la défaite de leurs protégées, les supporters tango le furent davantage encore en apprenant, vendredi soir, l'exploit réalisé en République tchèque. Incrédules d'abord, puis gonflés d'orgueil et d'espoir. Ces filles, décidément, étaient formidables. 'Mûres pour l'exploit' pour reprendre le slogan du club. Il serait trop bête de rater cette belle que les filles sont allées arracher à grands coups de courage, avec un coeur, une énergie, un  talent et une intelligence admirables. Le message est vite passé ; les places se sont arrachées... A son tour, le public se devait d'être à la hauteur de l'événement. De jouer à la perfection son rôle de sixième joueuse ; pousser ses protégées dans les moments difficiles et mettre la pression sur l'adversaire (mais avec fair play) , un peu aussi sur les arbitres. Bref ! Pour envoyer le Bourges Basket à son septième Final four, il fallait tout simplement être parfait.
Et même un peu plus. Faire du bruit, à 3.200, comme à dix milles. Donner l'impression qu'un tsunami allait descendre des tribunes pour mieux anéantir cette belle équipe de Brno. Dès la présentation des équipes, dans
la fureur assourdissante de 'Hell's bells' (merci ACDC), le public était déjà chaud comme la braise. Et il allait le rester jusqu'au buzzer.
Encourageant, sifflant, hurlant, applaudissant, trépignant, vociférant au gré des actions. Sur le parquet, le combat était intense, extrême même. Mais dans les gradins, la débauche d'énergie n'était pas moindre. Les
spectateurs, le coeur battant la chamade, les yeux rivés sur le tableau lumineux, étaient partagés entre l'angoisse de l'élimination et le fol espoir de la qualification. Et au bout, sur un ultime shoot de Cathy Melain qui avait pris ses responsabilités, à 69-70, à trois secondes du buzzer,.... L'anéantissement ! Une immense douleur ; une énorme frustration. L'exploit était possible ; ça s'est joué à rien. Aux fautes trop rapidement accumulées
par Bernie et que Pierre Vincent dut forcément gérer ; à la blessure d'Anete Jekabsone, en larmes sur le banc. Le public, débordant d'amour pour ses joueuses, avait pourtant fait le maximum lors d'un match excitant.
Allez ! Il y a d'autres challenges à gagner. Les filles auront besoin de tous pour les aider à franchir les obstacles. Alors, vous nous remettez-ça