EUROLIGUE FÉMININE Quart de
finale (belle) : Bourges Basket - Gambrinus Brno : 69-70
Les dernières secondes ont été fatales...
Les Tango, qui comptaient encore cinq points d'avance à moins
de trois minutes de la fin, ont laissé filer la belle dans les ultimes secondes.
L'envie, le coeur, l'énergie y étaient ; Brno avait l'expérience et la réussite
en plus.
PAR CHRISTIAN RAGOT
Concentrées à l'extrême, les Tango réussissent une entame de match parfaite,
même si c'est Kulichova qui, sur l'engagement, a le plaisir d'ouvrir le score.
La réplique de Laia Palau est immédiate. Puis Elodie Godin, après un rebond
défensif, donne l'avantage aux Tango, au terme d'un coast to coast, dans un
fracas étourdissant avant que Bernie Ngoyisa ne conclut un 100% berruyer : 6-2
(2e). Céline Dumerc, qui jugeait important de faire le course en tête, ne
pouvait rêver meilleur départ.
Bernie trop vite pénalisée
Mais les choses vont rapidement se gâter. Les centimètres (+ 8 en moyenne) et la
puissance des Tchèques commencent à faire leur oeuvre. Pas facile de défendre
face à des grandes qui peuvent prendre des shoots très haut. Ni de prendre les
meilleures positions dans un 'mur' adverse. Vesela (à deux points) et Machova (à
trois) rappellent qu'elles sont bien décidées à aller au Final four. Et voilà
Brno devant (6-7). Plus embêtant, Bernie, à la lutte avec l'immense Kulichova
(1,98 m) prend sa deuxième faute dès la 3e minute. Puis la troisième une minute
plus tard. Les Tango accusent le coup.
Voilà un réel handicap quand on connaît l'importance du rôle de Bernie dans la
peinture. Il va pourtant falloir gérer ça. Pierre Vincent lance Sabrina
Reghaïssia, une cheville encore douloureuse. Elodie monte au poste 5. Et
sans vergogne, Brno profite de ce petit moment de flottement pour enfoncer le
clou. Un de ces rushes dont l'équipe tchèque a le secret qui lui permet de
signer un cinglant 13-0 (6-15) sur un deux points plus faute de Vesela.
Mais les Tango, après avoir laissé passer l'orage, se rebellent. Le jeu se
durcit et Elodie trouve enfin le chemin du cercle (8-15). Puis c'est au tour d'Anete
Jekabsone, lancée à la 6e minute, de prendre le relais. En l'espace de deux
minutes, la blonde Lettone ramène l'espoir dans le camp berruyer en alignant
deux paniers primés et deux lancers, le dernier juste sur le buzzer. Finir le
quart temps sur une bonne note, ça rassure : 18-23 à la 10e. Mais il va falloir
resserrer les boulons en défense (23 points concédés en dix minutes, c'est trop)
et soigner les lancers...
Anete out
Toujours est-il qu'à l'amorce du deuxième quart temps, Pierre Vincent
choisit l'option des petites (par la taille) avec Céline, Anete, Laia, Elodie et
Cathy en numéro 4 ! Cathy qui livre un énorme combat à Milton. Et ça marche
plutôt pas mal. Les Bezrruyères mettent une grosse pression sur leurs
adversaires qui n'ont pas beaucoup de shoots faciles (5/13 à deux points dans le
quart temps). Brno multiplie alors les pertes de balles et
choisit de durcir le jeu. Mais les Tchèques n'ont pas à faire à des ingrates. Le
combat n'est pas pour déplaire aux Tango. Sena Pavetic, lancée dès la 13e
minute, assure une superbe rotation avec un 3/3 à deux points et
trois rebonds. Pauline Krawczyk apporte une belle contribution en défense et
Bourges grignote son retard : 33-33 sur un panier venu d'ailleurs signé Laia
Palau (17e). Et on veut bien croire que Bourges aurait pu virer en
tête s'il n'avait perdu Anete Jekabsone en route à la 14e minute, victime d'une
entorse de la cheville droite en attaquant le cercle. Mais bon, à 37-39 au
repos, on avait toutes les raisons d'y croire...
Bourges reprend le rebond
Pour le deuxième mi-temps, Pierre Vincent relance son cinq type. Il n'y a
plus d'alternative. Il faut continuer à défendre fort, remettre la main sur le
rebond (17-22 au repos), provoquer les fautes adverses, mettre la
pression et essayer de forcer la réussite. Impossible de se satisfaire du
médiocre 10/24 à deux points de la première période. Même face à des joueuses
aussi grandes, aussi agressives et promptes à pourrir tous les
ballons. Durant tout le troisième quart temps, les deux équipes restent au coude
à coude. Les contacts sont musclés ; l'engagement total mais il n'en est pas une
pour se déballonner. Une première fois, Cathy Melain, d'un
shoot primé, redonne l'avantage aux Tango : 46-45 (24e). Le public exulte !
Mais que d'efforts, que de douleurs pour en arriver là. Bourges, gêné par
l'excellent repli défensif des Tchèques, a toujours du mal à développer son jeu
rapide. Et pas question de s'appuyer sur Anete pour scorer de loin... Brno
repasse devant par le biais de Kulichova sur laquelle Bernie ne peut défendre
comme elle le voudrait. Nouvelle égalité à 49-49 grâce à Bernie qui, avec
Elodie, règne sur le rebond. Mais il encore beaucoup de ratés dans les tirs.
Céline doit se croire maudite quand, au terme d'un mouvement d'école, elle rate
encore (elle en est à 2/11) Et pourtant, le bras de Sabrina Reghaïssia, qui
venait juste de remplacer Laïa, ne tremble pas sur les deux lancers obtenus face
à Vesela et qui redonnent l'avantage à Bourges : 51-49 (29e). C'est de plus en
plus chaud et les deux équipes abordent la dernière ligne droite bord à bord :
53-54.
Dans les dernières secondes
Tout reste donc à faire ! Le match s'emballe. Le rythme est énorme et les
deux équipes semblent au bord de la rupture. Le public du Prado,
formidable, pousse son équipe et Brno résiste, parfois au prix de fautes
grossières. A la 33e minute, Milton est à quatre fautes tout comme
Kulichova. On se dit que c'est bon pour Bourges qui est, en outre, en train
de gagner le rebond. Deux trois points consécutifs de Cathy Melain et de
Céline Dumerc mettent un coup sur la cafetière des Tchèques (61-59).
Bobrovski s'énerve et Machova, aux ordres, égalise : 61-61. Un vent de
folie s'empare du Prado quand Laia amènent cinq points supplémentaires dans
l'escarcelle tango : 66-61 à moins de trois minutes de la fin. Le plus gros
écart en faveur de Bourges. En grande équipe, les Tchèques se remobilisent.
Cinquième faute de Céline ; Machova passe ses lancers : 66-63. Il faut
marquer. Seulement, Laia voit le ballon tourner sur le cercle et... sortir.
Sur la contre attaque, Pauline fait faute et Machova, en joueuse
d'expérience,
passe ses lancers : 66-65. Il reste 1'55''. Viteckova trouve Kulichova en
dessous : 66-67 mais Pauline Krawczyk va chercher deux lancers sur Machova,
piégée à son tour : 68-67. A une minute pile poil de la fin, Videckova
ajuste à trois points 68-70. Faute sur Bernie qui ne passe qu'un lancer
sur deux : 69-70. Bourges garde la possession. Il faut marquer. A trois
secondes prend ses responsabilités. C'est manqué. D'un rien. Reste une
énorme frustration. Enorme ! Et samedi, c'est Mondeville... Un match tout aussi
important au niveau des objectifs...
ANALYSE Avec le staff technique des deux équipes
L'envie était tango, l'expérience tchèque
On aime bien cette équipe de Brno, les joueuses de talent qui la
composent. On ne décernera pas pour autant la palme de la sportivité à son
staff, qui a eu victoire en poche une attitude à la limite de l'ironie
envers le public berruyer. Et on n'a pas aimé non plus l'attitude de Milan
Veverka, l'assistant de Jan Bobrovsky, qui, en conférence de presse, a
essayé de chercher des noises à Pierre Vincent, l'entraîneur du Bourges
Basket. La victoire n'est pas une excuse à tout. Et il y a fort à parier
qu'avec cette attitude, Valenciennes, qui jouera Brno en demi-finale, a gagné
pas mal de supporters, pour ce Final four.
Milan Ververka a quand même commenté la rencontre, qu'on se rassure. Et il
sait pertinemment que sa troupe, finaliste malheureuse la saison prochaine,
n'a pas usurpé le droit de retourner au Final four, où elle retrouvera
l'USVO donc, mais aussi Samara et Vilnius. Il n'est pas donné au premier venu de
s'imposer deux fois de suite sur le parquet du Prado.
Bourges était si près
Les trois matches furent de grande, très grande qualité, entre deux
formations qui font de toute façon partie des meilleures en Europe, estima
donc l'assistant tchèque. Qui, bien évidemment, s'est vu mal embarqué,
quand son équipe fut menée de cinq points par Bourges, sur deux lancers
francs de Laia Palau, à même pas trois minutes du terme. "Mais je pense
qu'à ce moment là, les joueuses de Bourges ont perdu un peu d'efficacité,
de concentration, en défense. On a alors décidé de jouer en un contre un,
et Hana Machova a pu pénétrer, et scorer. On a alors tout rentré et les choses,
forcément, sont devenues plus difficiles pour Bourges".
Pour la sixième fois en sept ans, Brno retourne donc à ce Final four où la
formation tchèque n'a encore jamais triomphé. Et après Mondeville en
huitièmes, Bourges en quarts, c'est Valenciennes qui lui donnera la
réplique, en demi-finale. "On a vraiment l'impression qu'il nous faut
franchir... comment dites vous, la ligne Maginot", sourit Milan Ververka.
En face, Pierre Vincent, on s'en doute, n'avait vraiment pas l'envie de
chercher une quelconque plaisanterie. L'aurait-il voulu qu'il n'aurait pas
pu, le coach berruyer, au visage aussi marqué que celui de ses joueuses. Il
venait de passer par tellement d'états d'âme. La défaite sur des petits
riens lors du match aller, la superbe réaction des siennes en République
tchèque, et cette belle serrée comme pas permis, qui sembla, l'espace d'un
instant, tourner en faveur du Bourges Basket. Avant de choisir l'autre camp.
"Oui, ce sport sait être beau, mais aussi très difficile. C'est aussi pour
cela qu'il fait lever les gens..." Pierre Vincent sortait tout juste du
vestiaire tango, qu'on imagine en état de désolation absolue. "Oui, c'était
dur, plus dur encore que l'an dernier." Déjà les images commencent à
défiler dans sa tête, on le voit chercher le pourquoi du comment, des
explications à l'injustice, à l'incroyable. "Des raisons, forcément, il y
en a plein, quand on perd le billet pour le Final four d'un point. On a
vers la fin cinq points d'avance, mais Céline Dumerc prend aussitôt après
sa cinquième faute. Défensivement, on avait fait le choix de laisser
Machova partir en dribble, pour mieux contenir les ailières tchèques, qui
s'écartent beaucoup. Il faut bien prendre des options, mais c'est en même
temps prendre des risques. Là, on le fait, on passe tout près de
l'interception, et voilà..." Et Machova, en grande joueuse, n'a pas tremblé, a
assuré, avec son talent et son expérience.
Tout aurait pu changer, aussi, sur cette dernière possession berruyère. "On
a développé le mouvement qu'on avait choisi", expliqua Pierre Vincent.
Ressortir le ballon pour un dernier shoot extérieur de Cathy Melain,
c'était l'idée. Il y aurait pu y en avoir d'autres, aller chercher la
faute, même si comme le souligne Pierre Vincent, il faut vraiment qu'elle
soit énorme pour que les arbitres prennent le risque à ce moment de décider
du sort du match ; ou aller chercher une position intérieure. Le tir de
Cathy partit, il ne trouva pas sa cible. Comment reprocher quelque chose à celle
qui tente, qui prend ses responsabilités ? Impossible, bien sûr.
Alors oui, voilà Bourges avec ses yeux pour pleurer, Gros Jean comme
devant. Avoir fait tout ça... pour rien, il y a vraiment de quoi en
attraper la nausée. "Je suis vraiment déçu pour les filles", soupira Pierre
Vincent. "On fait une grande saison d'Euroligue, on fait une grande série
face à Brno. En plus, on n'est pas servi par les événements : la blessure
de Sabrina à l'aller, celle d'Anete sur cette belle, les trois fautes vite
tombées sur Bernie. Ça fait beaucoup de choses, et pourtant, on est là,
tout près. C'est tellement frustrant. On se retrouve tous à se dire et si
j'avais fait ceci, ou cela, ce ne sont pas des moments faciles à vivre.
Mais la saison n'est pas finie. Là, on passe à un panier près, il y aura
d'autres matches. Même si maintenant, il faut panser les blessures." Et dire que
samedi, il y a sommet en championnat de France, à Mondeville...
HERVE LE FELLIC
BILLET
Cruauté. Il y a de quoi détester ce sport, en être écoeuré à vie. Lui qui
ne sait pas récompenser le courage, le coeur, l'abnégation. Qui ne sait pas
faire preuve de logique, et envoyer au Final four celles qui, vendredi
dernier, avaient renversé la montagne tchèque, dans sa salle. Oui, c'est
injuste, même s'il ne s'agit pas là de prétendre une seconde que Brno ne mérite
pas sa place dans le dernier carré.
Bien sûr qu'elles ne l'ont pas volé, les filles de Bobrovsky, mais ce
billet, elles ne le méritent pas plus que les Tango. Qui ont su elles,
malgré une évidente infériorité en expérience, en centimètres, en kilos,
malgré tous les malheurs qui se sont abattus sur leurs épaules, pousser
Brno à la belle. Et même le bouter hors le Final four, à quelques secondes,
à un shoot, à un petit lancer, près. Ça fait mal de voir autant de larmes
inonder le parquet berruyer ; ça fait mal de voir vos yeux rougis, vos
visages défaits, mesdemoiselles. On a envie de trouver le truc magique,
pour vous consoler. Pour que vous puissiez surmonter cette énorme
déception, pour ne garder en mémoire que ce qui compte, ce que vous avez
accompli. Ce superbe parcours en première phase européenne, ces trois duels
homériques livrés à une formation aussi forte que Brno, que vous avez su pousser
dans ses derniers retranchements.
Mais on sait bien que c'est peine perdue. Que la plaie est profonde, à la
mesure de l'énorme frustration qu'on ressent forcément, quand on a tenu son
rêve dans ses mains, et qu'il s'est envolé. Oui, ce sport est parfois
affreux, mais comme le dit le coach berruyer, Pierre Vincent, la différence
entre lui et la vie, c'est qu'au moins, quand on meurt sportivement, on
sait qu'on peut renaître. L'Europe s'est refusée à vous, à la France de
vous offrir ces victoires, ces titres, que vous méritez tellement. Et pour
tout ce que vous avez donné sur le Vieux continent, jusqu'à hier soir, on n'a
qu'une chose à dire : chapeau, et merci. Vous n'avez pas à rougir...
HERVE LE FELLIC
A CHAUD
Yvan Mainini (président de la Fédération française) :
"Le basket, c'est
difficile, mais c'est aussi ce qui fait la beauté de ce sport. Ça se joue à
tellement peu. Peut-être sur un peu de lucidité, sur la fin. En tout cas,
Bourges a montré qu'avec moins de moyens que les grosses équipes
européennes, et avec un gros coeur, on pouvait rivaliser. Vraiment, les
filles méritent un gros coup de chapeau, elles se sont bien battues et
forcément, je suis triste pour elles. J'ai rêvé pendant longtemps d'avoir
deux équipes françaises au Final four. Et je voudrai aussi dire un mot de
ce formidable public de Bourges, qui n'a cessé d'encourager son équipe pendant
quarante minutes."
Pierre Fosset (président du Bourges Basket) : "Ça fait toujours mal de
perdre par le plus petit écart. Mais j'ai dit aux filles que j'étais fier
d'elles. C'est vrai cependant que Brno est une grande équipe, et on a
vraiment perdu avec les honneurs. On s'est bien battu, et il est dommage
que l'on fait un mauvais départ. Un point ce n'est rien, et il nous a
manqué à mon avis les lancers francs de la première mi-temps. De toute
façon, il ne faut pas prendre ce match comme un échec, même si on ne va pas
au Final Four. Et pourtant, on avait un public qui en était digne et que je
remercie au passage. Il a été derrière son équipe pendant tout le match, et
a poussé comme jamais. C'est dommage... C'est forcément une énorme
déception, mais avec mon équipe de gamines, on inquiète quand même le
vice-champion d'Europe et des Tchèques championnes d'Europe. Ce qui est
rageant, c'est qu'on pensait, en cas de qualification, avoir le Final four
à Paris, avec Valenciennes. Le président de la Fédération, voyant que
Coubertin n'était pas libre, pensait même à Bercy pour ce qui aurait été une belle
fête du basket féminin français, et je veux d'ailleurs le remercier d'avoir
pensé à cette démarche..."
Laïa Palau : "Je suis vraiment déçue. On y croyait tellement. On a pris
cinq points d'avance, puis on a joué comme si c'était fini. Maintenant,
c'est vrai que c'est une excellente équipe, mais on pouvait passer. On a
peut-être fait preuve de naïveté, en n'allant pas suffisamment chercher la
faute dans les derniers instants. Je suis triste parce qu'il y avait tout
pour qu'on gagne, et notamment un public énorme. Et puis, on avait fait là-bas
un truc tellement extraordinaire. La déception est immense..."
Ana Kotocova (trois fois vainqueur du Final Four avec Bourges) :
"On a vu
un super match de basket, avec deux excellentes équipes. Ça se joue
vraiment à pas grand-chose, et Bourges pouvait tout aussi bien gagner dans
un Prado où j'ai retrouvé la grande ambiance d'avant. Mais je pense que les
filles ont manqué de lucidité sur la fin. Elles ont tiré quand à mon sens,
elles auraient dû aller provoquer les fautes. Il n'empêche, on a vu là un
des plus beaux matches de la saison. Dommage qu'il n'ait manqué que la
victoire..."
Avec la capitaine du Bourges Basket, Céline Dumerc
"On avait la qualification en mains..."
"C'est con, ce sport..." Elle était comme toutes ses copines, hier
soir, Céline Dumerc. Effondrée. Tout en trouvant, en grande capitaine, la
force de venir en conférence de presse, ce qui, dans un moment pareil, où
on a plus envie d'imiter l'autruche et de se mettre la tête dans le sable, n'a
rien d'évident, ni même d'agréable.
Elle et son équipe venaient de tellement donner, de tellement y croire
aussi, pour finalement se retrouver les mains vides et voir les Tchèques
danser, une nouvelle fois, sur leur parquet. "C'est vraiment la pire des
manières de perdre un match. Pour un point..." Et tout de suite lui vint
aux lèvres le respect de l'adversaire. "Brno est une grande équipe. Mais quand
même, ça se joue à rien."
L'adresse était défaillante, la poisse trop présente...
Surtout pas à l'envie, qui fut énorme dans le camp tango. A l'adresse,
oui, évidemment, et Céline en souffrit plus que toute autre sans doute,
elle qui, au terme du troisième quart, n'affichait qu'un deux sur onze au
tir. Elle serra si fort les poings, quand enfin son shoot à trois points,
au lieu de stupidement faire le tour et ressortir, transperça le filet, à
la 36e minute (61-59 pour Bourges, à cet instant). "L'adresse, c'est
forcément aléatoire, on ne peut pas le décréter avant. Il y a des jours,
malheureusement, où ça ne rentre pas, c'est aussi ça, le basket. On a fait
notre possible pour se créer des positions de shoots, parce qu'à ce jeu, le
but c'est quand même de mettre les paniers." Les lancers aussi,
ajoutera-t-on et c'est vrai que le déchet fut important côté berruyer, dans
cet exercice. "Quand ça ne rentre pas, on le paye forcément", soupira
Céline, les yeux dans le vague. "On a su les contenir en défense, mais..."
"Et dire qu'on était revenues de l'enfer"
Et il y a eu cette poisse insensée, qui a collé aux chaussures des
Berruyères. Tout avait commencé, sur ce quart, par le pied douloureux de
Sena Pavetic, qui soit dit en passant a fait hier une rentrée fracassante.
Puis ce fut, à la 16e minute du match aller, l'entorse à la cheville de
Sabrina Reghaïssia, qui rata le match retour. Comme si ça ne suffisait pas,
c'est la cheville droite d'Anete Jekabsone qui n'a pas tenu le choc, hier,
à la 14e minute. "En plus, Bernie prend rapidement trois faites et doit
sortir", narra Céline. "Forcément, sur le moment, ça nous a un peu
désorganisées, parce qu'elle était une option de jeu importante, dans nos
plans. Mais on a continué à lutter, malgré tous ces malheurs, ces bobos.
Quand on prend des coups durs comme ça, on a encore plus la rage ! Elles
sont grandes, nous on est plus petites et plus rapides, on essaie de faire avec
nos petits plus..."
Pour la troisième fois d'affilée, le Bourges Basket échoue au port, rate la
dernière marche, reste en rade, au stade de ces quarts de finale. "Et dire
qu'on était revenues de l'enfer, en gagnant le match retour à Brno ! Alors,
on peut bien parler de l'avantage du terrain", pesta capitaine Céline. "Voilà, si Brno a gagné, cela ne doit rien au hasard. C'est une grande
équipe, nous on est juste à la porte du top 4." Ce n'est pas un hasard,
non, si Machova, comme Viteckova, couronnées à l'Euro de septembre dernier
avec leur sélection, ont été, dans ces derniers instants cruciaux, les
bouées de sauvetage de Brno. "Pourtant, on l'avait dans les mains, cette
qualification pour le Final four. Et voilà qu'elle nous échappe. On y était
presque, et c'est bien ce qui laisse encore plus d'amertume, c'est bien
pour cela que c'est encore plus rageant." Et Céline, aussitôt, de se
tourner vers autre chose, enfin de tenter de le faire. "La saison n'est pas
terminée..." Et ce sport ne peut pas toujours être aussi... con, lui qui donne rarement dans la demi-mesure, alliant les plus grandes joies, comme
les plus grandes tristesses. Comme la vie, finalement. Et hier soir, le tango
avait des reflets bien sombres...
HERVE LE FELLIC
AMBIANCE Dans un Prado chaud bouillant comme la braise
Le public a joué son rôle à la perfection
Le public du Prado a joué à la perfection son rôle de sixième joueuse mais
ça n'a pas suffi. Pour un point.... Et une énorme frustration.
CHRISTIAN RAGOT
Il y a des lustres que le Prado n'avait été aussi chaud. Quelque peu
abasourdis, mardi dernier, après la défaite de leurs protégées, les
supporters tango le furent davantage encore en apprenant, vendredi soir,
l'exploit réalisé en République tchèque. Incrédules d'abord, puis gonflés
d'orgueil et d'espoir. Ces filles, décidément, étaient formidables. 'Mûres
pour l'exploit' pour reprendre le slogan du club. Il serait trop bête de
rater cette belle que les filles sont allées arracher à grands coups de
courage, avec un coeur, une énergie, un talent et une intelligence
admirables. Le message est vite passé ; les places se sont arrachées... A
son tour, le public se devait d'être à la hauteur de l'événement. De jouer
à la perfection son rôle de sixième joueuse ; pousser ses protégées dans
les moments difficiles et mettre la pression sur l'adversaire (mais avec
fair play) , un peu aussi sur les arbitres. Bref ! Pour envoyer le Bourges
Basket à son septième Final four, il fallait tout simplement être parfait.
Et même un peu plus. Faire du bruit, à 3.200, comme à dix milles. Donner
l'impression qu'un tsunami allait descendre des tribunes pour mieux
anéantir cette belle équipe de Brno. Dès la présentation des équipes, dans
la fureur assourdissante de 'Hell's bells' (merci ACDC), le public était
déjà chaud comme la braise. Et il allait le rester jusqu'au buzzer.
Encourageant, sifflant, hurlant, applaudissant, trépignant, vociférant au
gré des actions. Sur le parquet, le combat était intense, extrême même.
Mais dans les gradins, la débauche d'énergie n'était pas moindre. Les
spectateurs, le coeur battant la chamade, les yeux rivés sur le tableau
lumineux, étaient partagés entre l'angoisse de l'élimination et le fol
espoir de la qualification. Et au bout, sur un ultime shoot de Cathy Melain
qui avait pris ses responsabilités, à 69-70, à trois secondes du
buzzer,.... L'anéantissement ! Une immense douleur ; une énorme
frustration. L'exploit était possible ; ça s'est joué à rien. Aux fautes
trop rapidement accumulées
par Bernie et que Pierre Vincent dut forcément gérer ; à la blessure
d'Anete Jekabsone, en larmes sur le banc. Le public, débordant d'amour pour
ses joueuses, avait pourtant fait le maximum lors d'un match excitant.
Allez ! Il y a d'autres challenges à gagner. Les filles auront besoin de
tous pour les aider à franchir les obstacles. Alors, vous nous remettez-ça