LIGUE FEMININE 20e journée : USO Mondeville - Bourges Basket 49-68
La pole et la confiance retrouvées
En s'imposant sans discussion dans la salle de Mondeville, les Tango ont
fait coup double : elles reviennent en tête du championnat et ont en prime
évacué la frustration de Brno.
PAR HERVE LE FELLIC ENVOYE SPECIAL
Pierre Vincent, l'entraîneur berruyer, avait diablement raison, au
sortir de la cruelle élimination européenne, mercredi soir au Prado face
aux Tchèques de Brno. L'avantage du sport par rapport à la vie, c'est que
quand on est mort dans le premier, on sait qu'on peut toujours renaître.
Et samedi soir, la résurrection des Berruyères, telles le phénix, dans la
salle d'une équipe de Mondeville jusqu'alors solide leader du championnat,
est de celle qui ne trompe pas : avides de chasser de leurs cauchemars les
fantômes tchèques, mais aussi la défaite de l'aller face à ces mêmes
Normandes (pour trois points, 74-77), Céline Dumerc et les siennes (enfin,
les valides, Anete Jekabsone, pour entorse de la cheville, étant restée en
Berry et Sena Pavetic, pied douloureux, sur le banc), n'ont pas donné dans
la demi-mesure. Et du coup, on inversa les physionomies, en fin de match.
Les sourires furent ceux des Berruyères, adressés aux nombreux supporters
venus (courageusement vu le temps) du Berry ; la mine des mauvais jours fut la
sanction des Calvadosiennes.
Coup de massue pour les Normandes
Il est vrai que la troupe d'Hervé Coudray, au bon comportement européen
cette saison, et arrivée pour ce sommet avec la place de leader et la
meilleure attaque, a été méconnaissable. D'entrée, alors que son projet
était, de l'aveu même de son coach, "de laisser Bourges à moins de soixante
points), elle prit l'eau de toutes parts : d'abord par les fixations de
Bernie Ngoyisa, puis par les tirs primés de Laia Palau et Célne Dumerc, et
enfin par les trop nombreuses fautes commises, puisque dépassées par le
rythme. Ce fut d'ailleurs l'une des bonnes surprises de cette soirée de
gala : on craignait pour les Tango un manque de fraîcheur, suite aux
efforts intenses fournis trois jours plus tôt ; on redoutait que les
Normandes, après quinze jours sans match, n'en profitent allègrement. Ce
fut tout l'inverse, et la troupe mondevillaise coula corps et bien en
deuxième période, après avoir su revenir à une longueur dans le deuxième
quart, sur un panier de Matic (31-32, 19e). Matic, et ses huit points des
vingt premières minutes : le seul réel danger pour Bourges à cet instant ; elle ne
devait inscrire qu'un lancer dans les vingt dernières minutes. Un symbole.
Krissy Bade, le danger ciblé comme numéro un par Pierre Vincent, le coach
berruyer, avant la rencontre, pouvait légitimement laisser éclater sa
colère : "Au match aller, on avait su bouger, mettre du rythme et du
mouvement, et c'est bien ce qui avait permis notre succès. Mais là, non. Il
nous a tout manqué, à commencer par une âme. C'est vraiment une énorme
désillusion. On s'aperçoit clairement qu'il y a tellement de travail à
accomplir. Il va falloir se retrousser les manches. On n'était pas dans le
coup, pas dans le rythme. On a bien eu la volonté de revenir dans le
deuxième quart, mais ensuite, plus rien. On laisse Bourges prendre les
rebonds, se créer des espaces pour planter à trois points. Notre manque de
match depuis deux semaines n'est pas une excuse. Chacune doit faire son
travail, et chacune sait ce qu'elle n'a pas fait ! Perdre de près de vingt
points dans notre salle, c'est un bon coup de massue. Il faut se reprendre,
car si on continue dans cette voie, on court à la catastrophe." Et
d'ajouter, le
regard un peu noir : "Je préfère ne pas en dire plus, certaines de mes
coéquipières pourraient mal prendre mes propos !"
Céline Dumerc : "Toujours vivantes !"
On peut s'étonner de la violence, verbale, de la réaction de Krissy, l'une
des seules, avec Aurélie Bonnan, à son niveau samedi soir, il est vrai.
Après tout, Mondeville est toujours leader du championnat, et n'en est qu'à
son deuxième revers en Ligue féminine. Mais quand on entend le coach
normand, Hervé Coudray, parler d'une "deuxième mi-temps affligeante", on
voit que c'est plus qu'un revers qu'ont subi les Normandes : c'est une gifle.
Pour Bourges, au moment d'aborder ce sommet, c'était tout ou rien, quitte
ou double : la troupe de Pierre Vincent, minée par les blessures et par la
cruauté de sa sortie européenne, aurait pu baisser les bras ; mais le coach
berruyer affirmait avoir "confiance" en ses joueuses et connaître "leur
capacité de réaction". Il n'a pas été déçu et Bourges a fait payer la
double addition à l'équipe normande : celle de Brno, celle aussi du match
aller.
"Je ne sais pas si c'est une mise au point", estima la capitaine tango,
Céline Dumerc. "Ce match revêtait une belle importance, et pas seulement
pour le classement. On avait la rage après la défaite subie à l'aller au
Prado, c'est sûr. Mais, après l'élimination face à Brno, on avait surtout
tout à prouver : à nous-mêmes, au staff, aux dirigeants, au public. On
voulait montrer qu'on est toujours vivantes et qu'on est capables de grandes
performances !"
Ces dernières journées avaient été tellement lourdes, mentalement au moins
autant que physiquement. "Chacune les a vécues différemment", confia 'Caps'. "Certaines ont semblé très atteintes, d'autres l'ont moins montré, mais
tout le monde a été très marqué. On a été soutenues moralement par le
staff, le club, tout le monde, et ça a fait du bien. Et le mieux,
finalement, c'était d'enchaîner par un challenge difficile comme celui de
Mondeville."
En grandes championnes qu'elles sont, les Tango ont immédiatement relevé la
tête. En misant sur leur fonds de commerce premier, la défense. Et laisser
Mondeville - où Grace Daley comme Caroline Koechlin (victime,
malheureusement, d'une nouvelle entorse) sont passées au travers, comme
quelques autres - à moins de cinquante points, ce n'est pas donné à tout le
monde. "Mondeville a peut-être manqué de rythme, est passé à côté de son match.
Mais c'est aussi parce qu'on les a usées, fatiguées."
Voilà maintenant le cauchemar tchèque un peu plus enfoui. Bourges est
retourné aux compétitions domestiques, où de si beaux lauriers sont à
cueillir. Les voilà revenues en tête, en compagnie des Normandes... et de
Valenciennes, qui a fixé rendez-vous au Hainaut, dans moins de deux semaines...
LE MATCH Mondeville (meilleure attaque) contenu à 49 points
La défense à la base du succès
Le choc au sommet de la Ligue féminine opposant le leader, Mondeville,
à son dauphin, Bourges, n'a pas tenu toutes ses promesses. Par la faute
d'une formation berruyère, très désireuse de faire oublier rapidement ses
déboires européens, et qui a d'entrée de jeu mis sa main sur un match qui ne
pouvait, dès lors, plus lui échapper. A moins de craquer physiquement.
Au final, il n'y a pas eu photo. La meilleure défense du championnat (celle
de Bourges) a largement pris l'ascendant sur la meilleure attaque (celle de
Mondeville). Un chiffre suffit pour mieux comprendre le niveau de la
performance défensive des Tango : 49 ! Jamais Mondeville n'avait été
maintenu au dessous de la barre des 50 points dans sa salle, en
championnat, cette saison. Et en Euroligue, seules Samara (49 points
également) et Brno (44 points en Tchéquie) ont réussi semblable
performance, ce qui situe celle des Tango samedi. Pour mémoire, la seule
défaite en championnat concédée par le club normand, avec celle de samedi soir,
l'avait été sur un score de 53-63 contre Valenciennes.
Défense de fer
Les joueuses de Pierre Vincent, avec un esprit collectif exemplaire, ont
contesté tous les ballons, ne laissant aucun shoot facile aux
Mondevillaises chez lesquelles l'Américaine Grace Daley, meilleure
marqueuse du dernier championnat, dut attendre la 35e minute pour marquer
son premier panier (à trois points). L'efficacité offensive des extérieures
normandes fut quasi réduite à néant avec Daley à 5 points, Koechlin à 2,
Pochet à 4 et Legoupil à... 0, avec seulement treize tirs pris par ces
quatre joueuses. Seules, cette belle battante qu'est Krissy Bade réussit,
grâce à un physique exceptionnel, à tirer son épingle du jeu. C'est dire
l'intensité mise dans les duels par les Berruyères qui, individuellement,
de Melain à Dumerc en passant par Palau et Krawczyk, ont fini par écoeurer
leurs adversaires. Et dans le secteur des grandes, Bernie Ngoyisa, Sabrina
Reghaïssia et Elodie Godin se mirent au diapason, limitant le champ
d'expression de Matic, Podrug et Bonnan.
A cette défense de fer, les Berruyères, lucides dans leurs options de jeu,
ont su ajouter une bonne adresse en attaque (50%) avec notamment un joli 7
sur 14 à trois points (à comparer au 32% au tir de mercredi dernier contre
Brno) et ce, sans leur gâchette lettonne, Anete Jekabsone.
Bernie en point d'ancrage
En signant un 6-0 d'entrée, Bernie (qui termine à 17 points à 8/10 à deux
points), formidable point d'ancrage s'il en est, avait annoncé la couleur.
Alors que les Normandes, reposées mais en manque de rythme, semblaient
étouffées par la pression de l'enjeu, les Tango, bien en jambes et
déterminées, s'envolèrent rapidement au score : 2-11 à la 4e, 6-16 à la 6e
et 14-25 à la 10e. C'était d'autant plus probant qu'elles avaient su
alterner, avec un bel équilibre au niveau de l'efficacité, jeu extérieur et jeu
intérieur.
Mais se rappelant sans doute qu'à l'aller au Prado, bien que menées 31-14 à
la fin du première quart temps, elles avaient su se reprendre pour
finalement l'emporter de trois points, les Mondevillaises réagirent dans le
deuxième quart temps, notamment en resserrant leur défense. On vit alors
Matic à son avantage en dessous et Bade essayer de mettre du rythme. Les
Tango, qui ne marquèrent que trois paniers dans ce quart temps, surent
cependant intelligemment laisser passer l'orage. Mondeville revint, certes,
à un point grâce à Matic sur un caviar de Bade (31-32 à la 19e) mais en
trouvant le cercle à quelques secondes du repos, Sabrina Reghaïssia remit
le rouleau compresseur berruyer dans le bon sens.
Quand le rouleau compresseur est en marche...
En effet, la deuxième période ne fut qu'une démonstration de force de
l'équipe de Pierre Vincent. Puissance, rigueur, détermination, abnégation,
intelligence... Tout y était. Pensez que les Berruyères n'ont autorisé que
six paniers, en tout et pour tout, en vingt minutes aux Mondevillaises dont
certaines baissèrent les bras beaucoup trop vite au goût d'Hervé Coudray.
Six paniers alors que sur la même période, Bourges en engrangeait treize.
Même quand Caroline Koechlin dut abandonner ses coéquipières à la 34e
minute (entorse), le match était plié depuis longtemps puisque le Bourges
Basket, parfait de maîtrise dans ce contexte, menait déjà 40-55. C'est dire
aussi que la 5e faute d'Elodie Godin (38e) n'eut aucune incidence sur le
jeu ; l'honneur de clôturer la marque revenant à Bernie : 49-68. Un écart
conséquent qui permet à Bourges de passer devant Mondeville sur les deux
matches.
Les Berruyères pouvaient exulter. Elles qui redoutaient de payer au prix
fort, tant au plan physique que moral, leur frustrante élimination en
quarts de finale de l'Euroligue, ont su réagir en grandes championnes,
montrant que lors de leur triple confrontation contre les Tchèques de Brno,
elles avaient aussi beaucoup appris. Et retenu. On n'a jamais douté de leur
potentiel. On sait maintenant qu'elles ont encore franchi un palier ces
dernières semaines. Décidément, la fin de saison , même sans l'Europe,
s'annonce palpitante. Il y a encore trois titres à gagner : le championnat,
la Coupe de France et le Tournoi de la Fédération. Et même quatre si on
ajoute le première place de la phase régulière, quasi synonyme de
qualification pour la prochaine Euroligue. C'est aussi la promesse de belles
empoignades à venir avec VO et Mondeville qui vaut sans doute mieux que ce qu'il
a montré samedi soir. Allez les filles, on enchaîne !
CHRISTIAN RAGOT
Cathy Melain : "C'est une étape"
Avec le manque de rotations affectant le Bourges Basket, Cathy Melain a
été samedi soir la Berruyère la plus sollicitée. Et dans le contexte
forcément difficile qui avait précédé ce sommet de la Ligue féminine, sa
combativité, son expérience, furent comme souvent précieux au possible. Dès
les premières minute, après le festival Bernie Ngoyisa (les six premiers
points tango), elle ressortit un caviar, pour le trois points de Laia
Palau. Et s'attacha surtout à remplir une mission essentielle : défendre,
quelle que soit son adversaire directe. Elle contint autant que possible
Krissy Bade, désignée par Pierre Vincent, le coach berruyer, comme cible
prioritaire. On vit aussi Cathy prendre des shoots décisifs : en début de
3e quart, à trois points, alors que Mondeville venait de revenir dans les
roues (35-41, 23e). Puis de nouveau à la 36e minute, toujours au-delà de
l'arc de cercle, pour définitivement tuer la dernière once de suspense.
Cathy fut à l'image de toute l'équipe tango : présente dans tous les
compartiments. Elles en voulaient tellement, elles en avaient tellement
gros sur la patate ! "Il y avait de la fatigue, forcément, après cette
belle contre Brno. Mais on avait aussi la gnac : on sortait d'une grosse
déception, et il était important de se relever au plus vite." Même face à
un adversaire aussi dangereux que Mondeville, alors seul leader du
championnat et qui doit maintenant partager son piédestal. "Il ne faut pas
croire que ça a été facile", tint à souligner la Rennaise. "Mondeville a
combattu, ne nous a pas laissé gagner. Mais on était finalement bien dans
le rythme, elles peut-être un peu moins. En plus, les Normandes étaient venues
gagner chez nous, on tenait à faire une meilleure prestation."
Le sommet fut donc, sans discussion aucune, pour les Tango, mais Cathy
relativise son importance. "On prend les matches les uns après les autres.
Cette victoire à Mondeville est belle, mais ce n'est qu'une étape. La saison est
loin d'être finie, et d'autres challenges nous attendent."
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