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Ligue féminine Après la demi-finale retour, Bourges - Aix (57-48)
Les Tango sont lancées vers le titre
Comme au match aller, il a fallu que les Berruyères bataillent ferme,
construisent leur succès point par point, pour sortir Aix. Et s'offrir le droit
de disputer le titre aux Valenciennoises.
PAR HERVE LE FELLIC
L'une, dos bloqué, n'avait pas pu prendre part au match aller ;
l'autre, souffrant depuis Montpellier des suites d'une béquille à la
cuisse, a été incertaine jusqu'au coup d'envoi. Heureusement, Cathy Melain
et Céline Dumerc, qui porteront encore le maillot tango la saison
prochaine, ont pu tout donner, comme leurs coéquipières en partance. Pour
que toutes poursuivent l'aventure, et partent à la conquête de leur
troisième couronne de la saison : le titre de championnes de France, qu'il
faudra arracher, comme d'habitude, aux Valenciennoises (1).
Mais qu'il fut dur à conquérir, ce billet pour le dernier acte de la Ligue
féminine, ce droit d'aller chercher un sceptre qui se refuse au club
berruyer depuis 2000 ! Aix, qui ne s'était incliné que de trois points à
l'aller, a fait de la résistance, a vendu chèrement sa peau, permettant à
cette demi-finale d'être un très beau fleuron du basket féminin français,
question engagement et lutte physique. Jamais Bourges n'a pu avoir ses
aises, voyant même les Provençales reprendre, brièvement, le commandement,
sur un panier d'Emmeline Ngongue (27-31, 22e). Le seul moment où les Aixoises
furent virtuellement en finale.
La trouille de Céline
"Ça a vraiment été très dur", confia Capitaine Céline. "Quand on veut
aller en finale, quand on a travaillé pour ça, quand on a déjà gagné deux
titres (la Coupe et le Tournoi de la Fédération, aux dépens de...
Valenciennes, NDLR), on a forcément une grande pression, la peur de
perdre." Et jamais Aix n'a permis aux Tango de se libérer, de pratiquer ce
jeu rapide qu'elles affectionnent tant et qui les rend irrésistibles. "C'était un match très haché", poursuivit
'Caps'. 'Bernie (Ngoyisa) a été
bien bloquée et en plus on n'a pas eu de réussite au tir. On se dit qu'on a
bien défendu, quand on voit qu'elles n'ont marqué que 24 points en première
mi-temps. Mais ce fut tout le temps sur des paniers faciles, ce qui nous
mettait à chaque fois un coup sur la tête et nous rendait fébriles sur
l'attaque suivante. Alors, bien sûr, on est satisfaites de gagner, de
passer, d'aller en finale, parce que franchement ce n'était pas évident.
Aix a bien défendu, a pris pleinement sa chance. Et n'avait aucune
pression, ce que
j'avais vécu quand nous étions venues avec Tarbes au Prado, finale en jeu et que
nous avions réussi la performance de vaincre et d'aller en finale."
Pour ceux qui l'auraient oublié, c'était alors le dernier match de Yannick
Souvré...
Céline sera une nouvelle fois de la finale, sous le maillot tango. Et il a
fallu que la responsable du bon ordonnancement du jeu berruyer se fasse
violence, passe au dessus de sa douleur à la cuisse. "C'est bizarre, parce
qu'un coup j'ai mal, un coup ça va mieux. Samedi après-midi, ma cuisse
avait gonflé. J'ai tout de suite appelé Jérôme (Baicry, le kiné, NDLR),
j'ai vraiment eu la trouille de ne pas pouvoir jouer ce match. Et elle ne
m'a pas quittée pendant toute la première mi-temps. Alors, je ne suis dit :
Arrête de t'écouter ! Que pendant vingt minutes, j'avais fait déjouer
l'équipe, parce que psychologiquement, je faisais ma chochotte ! Je n'en
avais pas le droit, il fallait que je mouille le maillot, que je donne tout
ce que je pouvais pour le collectif." Toutes ont été chercher ces zest
ultimes de courage, de combativité, pour que leur rêve ne se brise pas en mille
morceaux.
Cathy veut passer la sixième
Et il est là, devant elles, à portée de main, ce triplé, jamais réalisé
par le Bourges Basket (qui il est vrai n'a pas toujours eu le coeur accroché
à la Coupe de France, par le passé). L'obstacle ? Ces Valenciennoises, que
les Berruyères ont battues lors des trois dernières finales (Coupe de
France 2005 et 2006, Tournoi de la Fédération 2006) mais qui s'ingénient à
faire la loi sur leur parquet du Hainaut. "Or, si on veut le titre, il
faudra bien aller gagner là bas, où elles ont toujours une sorte
d'euphorie", rappela Cathy Melain, qui ne pense qu'à accrocher un sixième titre
national à son palmarès.
Et qui connaît trop bien la musique de ces derniers actes. "Nos deux succès
de la saison, en finale, face à l'USVO, il faut les mettre de côté. On ne
va pas nous donner le match ou le titre parce qu'on a de beaux maillots !
Il va falloir s'arracher sur chaque ballon, aller à la bataille. On doit
toutes être concentrées sur cet objectif, faire preuve aussi de sérénité.
On a fait jusqu'à présent une bonne saison, malgré notre grosse désillusion
en Euroligue (2). On a su bâtir un groupe, une équipe. On a accompli tout
ce travail, pour avoir les armes qui nous permettent d'atteindre nos buts.
Maintenant, face à Valenciennes, on sait que ça se joue toujours sur de
petits scores ; que chaque panier est une lutte. Ça va se décider non pas à
celle qui marquera le plus, mais à celle qui en encaissera le moins. On doit y
croire, on a déjà réussi à les battre, mais ce sera dur, très dur."
Le succès n'en serait que plus beau...
(1) Match aller à Bourges, demain à 20 heures ; match retour vendredi, 20
heures, à Valenciennes ; belle éventuelle dimanche, 15 heures, à Valenciennes.
(2) L'élimination en quarts de finale face aux Tchèques de Brno, futures
championnes, et pour un panier, lors de la belle.
Le film du match
Ce fut un très gros combat !
Avec trois points d'écarts seulement à l'aller entre les deux équipes,
on s'attendait à un retour des plus serrés, d'autant que Aix est
généralement à l'aise à l'extérieur. Et il le fut. Une terrible empoignade,
un gros combat, un match de défenses. La preuve, Bourges a maintenu Aix
sous la barre des 50 points (48) et n'en a pas marqué beaucoup plus (57).
En cela, la rentrée de Cathy Melain, dont on connaît l'importance dans le
système défensif tango mais aussi par sa capacité à aller provoquer les fautes
(6) a été déterminante.
Avec une étonnante Emmeline Ndongue dont les grands bras génèrent
considérablement Bernie Ngoyisa, Aix avait fermé de l'intérieur. Bourges
aurait pu s'en sortir plus aisément avec son secteur extérieur ; seulement
l'adresse n'était pas vraiment au rendez-vous. Aussi parce que les
Provençales contestèrent tous les shoots. Avec un petit 11 sur 24 aux tirs
lors de la première période, dominé au rebond (11 contre 18 à Aix !),
Bourges, qui avait eu le mérite de perdre moins de balles (7 contre 10)
virait quand même en tête pour un petit point : 25-24. Sans jamais avoir
donné l'impression de pouvoir décrocher l'équipe d'Alain Weisz. Une équipe
qui, en essayant de mettre beaucoup de rythme par l'intermédiaire de Dieme
et Kostaki, souvent alignées ensemble, empêcha les Berruyères de développer
ce jeu rapide qu'elles affectionnent. Entre les deux formations, l'écart
n'excéda jamais cinq points : 10-5 en faveur de Bourges à la 5e minute.
Bourges qui fit constamment la course en tête même si on nota deux égalités
à 5-5 puis à 20-20.
La deuxième période fut tout aussi intense, notamment au niveau de
l'engagement physique. Un énorme combat de label européen dans tous les
secteurs de jeu. Une grosse bataille où les deux coaches devaient aussi
gérer la fatigue et les petits bobos des unes et des autres. Dans le
sillage de son Américaine Joens et d'Emmeline Ndongue, Aix nous gratifia
d'une reprise du feu de Dieu qui lui permit de passer devant : 27-31 (23e).
L'équipe berruyère de l'an passé aurait alors peut-être craqué à cet
instant ; pas le rouleau compresseur de cette année. Boostées par un public
chaud comme la braise qui a terriblement envie de les voir réaliser une
inédite passe de trois (championnat, coupe de France, Trophée de la
Fédération), oubliant la fatigue et la douleur, les Tango se concentrèrent
sur leur objectif. On vit alors Elodie Godin mettre la main sur le rebond,
Bernie peser de plus en plus sur les intérieures provençales, Cathy Melain
continuer à provoquer les fautes... Aix faisait toujours dans la résistance
avec un coeur et une énergie admirables mais les joueuses de Weisz avaient de plus en
plus de mal dans le repli défensif, accusant souvent un petit temps de
retard. A l'amorce du dernier quart temps, les Tango, qui avaient également
su bien gérer les fautes, s'étaient placées en position idéale avec deux points
d'avance (39-37) et même cinq avec les trois acquis à l'aller.
Et ce que l'on supposait survint dans le dernier quart. Au métier, par le
talent de ses individualités aussi, Bourges se détacha irrésistiblement en
alternant au bon moment jeu intérieur et jeu extérieur ; grâce aussi à une
belle présence au rebond offensif (les trois derniers paniers berruyers
marqués par Ngoyisa, Godin et Jekabsone le furent après avoir gagné le
rebond, ndlr). L'écart grimpa ainsi à + 6 (43-37) puis + 8 (45-37) et même
à + 10 (49 - 39 à la 36e) après le troisième panier de Laia Palau dans ce
quart temps. Le match était plié et la qualification dans la poche. Malgré
une ultime réaction aixoise, par l'intermédiaire de Ndongue et Joens, les
deux meilleures joueuses visiteuses samedi soir, Aix revint à cinq points
(49-44) mais un ultime coup d'accélérateur berruyer avait définitivement raison
des Provençales : 57-48.
Ça n'avait pas été facile mais le fait d'avoir été obligé de rester
extrêmement vigilant, de se donner à fond pour la gagne pourrait s'avérer utile
pour la finale où il le combat sera tout aussi intense.
CHRISTIAN RAGOT
ILS ONT DIT
Pierre Fosset (président du Bourges Basket) : "On en est à notre
troisième finale du championnat de France en trois ans. C'est aussi cette
saison, après la Coupe de France et le Tournoi de la Fédération, notre
troisième finale. Franchement il doit y avoir plus malheureux que nous. Et si on
peut faire trois succès sur trois, ce sera vraiment très bien."
Pierre Vincent (entraîneur du Bourges Basket) : "C'est vrai, ce fut un
match stressant, et ce stress, je l'ai eu assez tôt. Dès l'après-midi,
quand on m'a dit que Céline (Dumerc, NDLR) pourrait ne pas jouer ce match,
à cause de sa cuisse. Je ne vois pas comment on aurait pu faire dans ce
cas. Avec une seule meneuse, et face à une équipe aixoise qui aurait
forcément mis l'accent où ça aurait fait mal, on se serait fait martyriser.
Céline a pu jouer, mais je l'ai utilisée avec parcimonie. Elle a du mal à
se déplacer, à assurer son jeu défensif. Sur ce match, on n'a pas mis de
tirs. Emmeline Ndongue a très bien défendu sur Bernie (Ngoyisa) et par sa
mobilité extérieure, Aix nous a empêché de scorer. Et quand on ne marque
pas, on est fragile. Heureusement, on a su se rapprocher du cercle en fin
de première mi-temps, et on a changé de tactique offensive en seconde.
Cette demi-finale a été difficile, mais les filles sont déterminées. On
arrive à la conclusion du travail d'une saison, et même de trois ans pour certaines. Toutes ont envie d'aller au bout et face à Valenciennes, on
donnera tout ce qu'on a. Mais on rejoue dans trois jours, tout comme on a
joué trois jours après la demi-finale aller. Franchement, je ne sais pas dans
quel état nous allons finir."
Alain Weisz (entraîneur du Pays d'Aix Basket 13) : "Pour moi, on n'a pas
craqué physiquement sur la fin de la rencontre. C'est simplement la
différence de niveau qui est apparue. On a su bien défendre, en doublant
sur Bernadette Ngoyisa. On a posé des problèmes à Bourges, on a tenu aussi
fort qu'on pouvait. Le problème, c'est qu'on n'a pas su trouver de
solutions offensives. Bien sûr, Emmeline (Ndongue) a fait un match de
mammouth, Joens a mis des points, mais, par exemple, Kostaki a fait un non
match en attaque. Maintenant, la finale, c'est le clasico. Valenciennes va
arriver avec un sentiment de revanche extrême, après ses deux finales
perdues face à Bourges cette saison ; Bourges me semble avoir une maîtrise,
une maturité, supérieure. Ce sera à mon sens une finale très ouverte, où
rien n'est fait, même si Valenciennes possède l'avantage du terrain sur le
match retour et sur la belle éventuelle"
Emmeline Ndongue, Aix et future Berruyère
Le public du Prado lui avait déjà offert une belle ovation, lors de la
présentation des équipes. Les supporters l'ont fleuri, avec le bouquet de
la meilleure joueuse du match, une fois les débats clos. Rincée, Emmeline
Ndongue, qui a porté deux saisons les couleurs aixoises et qui, comme elle
le dit, reviendra "à la maison, à Bourges", pour les deux prochains
exercices, a rassemblé ses dernières forces pour se lever, sourire et
profiter d'une ovation mille fois méritée. "Bien sûr que ça me fait plaisir
de recevoir ce bouquet, mais je pense que le fait que je revienne jouer à
Bourges n'y est pas pour rien. Parce que je n'ai pas fait un si grand match
que ça..."
N'empêche : 14 points (meilleure marqueuse de la rencontre, à égalité avec
son adversaire directe, Bernie Ngoyisa), 6 sur 10 au tir, 13 rebonds,
Emmeline a fait plus que son job. Elle a surtout passé 38'43 sur le parquet
berruyer, à se coltiner le plus souvent la puissance physique de Bernie, ce
qui n'est pas une mince affaire. Alors, quand, dans les derniers instants,
Alain Weisz, voyant les derniers espoirs envolés, lui permit de regagner le
banc, c'est en claudiquant qu'Emmeline parcourut ces derniers mètres. "Je
n'en pouvais vraiment plus. Au début de la deuxième mi-temps, j'étais déjà
limite. On a beaucoup donné ; on n'est pas loin de Bourges, sur ces deux
matches, mais on est tombé face à plus fort que nous, tout simplement. On
n'a pas à rougir de notre élimination, on pouvait de toute façon
difficilement faire mieux. Il nous a manqué des possibilités de rotations,
surtout à l'extérieur. Ce n'était pas évident et nous étions toutes à bout
de souffle. On n'avait pas la pression, Bourges l'avait certainement plus que nous. Mais elles nous ont été supérieures en défense, et ça
aurait vraiment été difficile de marquer plus de points que nous l'avons fait,
devant un tel adversaire."
Finalistes de la Coupe FIBA devant cette énorme équipe du Spartak Moscou,
demi-finalistes du championnat, après avoir pourtant pris la sixième place,
seulement, de la phase régulière, Aix aura en tout cas marqué cette saison
de son empreinte. "Au final, après un démarrage délicat à cause des
blessures et des changements de joueuses, on a su construire une équipe,
apprendre à jouer ensemble. On perd face à Moscou, devant Bourges, qui sont
de très belles équipes. On peut être fières de ce qu'on a accompli",
estima, à juste titre, Emmeline.
Qui a montré samedi devant son futur public l'étendue de ses progrès, en
défense comme en attaque. Dans les travées, tous les commentaires allaient
en ce sens. Maintenant, pour Emmeline, c'est non pas repos, mais départ dès
aujourd'hui pour Les Etats-Unis et Los Angeles. Pour les Sparks de Lisa
Leslie, celle qui justement avait remarqué l'internationale française, lors
de la finale européenne. Le championnat WNBA commence le week-end prochain,
Emmeline risque fort d'avoir tout juste le temps de se refaire une santé. A dans
quelques mois au Prado !
HERVE LE FELLIC
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