CHAMPIONNAT DE FRANCE Finale retour : US Valenciennes Olympic -
Bourges Basket : 85-66
Le titre sera attribué dimanche
Une équipe valenciennoise métamorphosée a largement dominé des
Berruyères trop rapidement distancée. Il y aura donc une belle, dimanche, au
Hainaut, pour l'attribution du titre. Rien n'est perdu !
PAR CHRISTIAN RAGOT ENVOYÉ SPÉCIAL
Invaincu dans sa salle en championnat de France depuis le 20 mars 2000,
Valenciennes l'est resté hier soir, au prix d'une formidable réaction faite
d'orgueil, d'envie et de talent. Pour contrer cette USVO là, il aurait fallu une
équipe de Bourges à son meilleur niveau ; ce ne fut, hélàs, pas le cas. Rien
n'est perdu. Il reste encore un match à disputer, décisif celui là. Et là il ne
faudra pas se rater.
Des Nordistes vexées
Toute le semaine, dans les colonnes de notre confrère 'La Voix du Nord,' Laurent
Buffard, en fin psychologue, n'avait eu de cesse de piquer et même de vexer ses
joueuses. Comme quoi elles n'avaient pas la gnac, qu'elles ne savaient pas se
faire mal, qu'elles acceptaient la supériorité berruyère ou encore qu'elles ne
savaient pas défendre. Eh ! bien, le coach nordiste a été entendu. L'équipe de
Sandra Le Dréan nous a gratifiés d'un début de match de feu de Dieu. Digne de la
grande USVO ; de celle qui domina le basket féminin français ces cinq dernières
années. Tout y était : la vitesse, l'adresse, l'agressivité, la présence au
rebond, la prise de risque... Plus Sandrine Gruda. Une Gruda déjà supersonique à
19 ans et après une année seulement en Ligue féminine. Même si la perle
martiniquaise a encore quelques lacunes en défense en raison, essentiellement
d'un manque
d'expérience bien naturel, elle compense en revanche largement par une
éfficacité offensive, un sens du panier exceptionnels. Pensez qu'à la mi-temps,
la MVP de la saison en était déjà à 15 points à 7 sur 9 plus deux
rebonds et une passe décisive...
Bourges ? Eh ! bien, les Tango, qui s'attendaient pourtant à une entame de match
en fanfare de la part des Valenciennoises, obligées de l'emporter pour se donner
une deuxième chance dimanche, ont rapidement été débordées par la fougue des
Nordistes. En fait, Bourges, qui commença le match avec le même cinq de départ
que mardi (Dumerc, Jekabsone, Melain, Reghaïssia, NGoyisa) ne resta au contact
que l'espace de trois minutes : 6-5. Après, VO se détacha irrésistiblement. En
variant au mieux jeu intérieur, jeu extérieur. En rentrant le plus souvent comme
dans du beurre dans une défense tango que l'on ne s'attendait pas à voir aussi
friable. Après un
7-0 orchestré par Le Dréan et Gruda, Valenciennes menait déjà 16-8 (5e). Un
Valenciennes qui ne ratait quasiment rien. Contrairement aux Berruyères... qui
n'arrivaient même pas à se mettre en position de shoot. Les Tango tentèrent
alors de trouver Bernie en dessous, pensant refaire le coup de Bercy. Seulement,
Tuvic, Kireta et Gruda avaient retenu la leçon. Un peu (et même beaucoup) de
moins bien de la Congolaise, un gros mieux du côté des intérieures nordistes et
Bourges restait collé dans la peinture. Et VO en profitait pour creuser l'écart
avec une régularité de métronome : 22-9 (+ 13) à la 17e sur deux lancers de
Kireta qui avait provoqué la faute
d'Elodie Godin ; 29-11 (+ 18) sur une belle inspiration de Vedrana Fonseca pour
boucler le premier quart temps avec un confortable matelas de 16 points : 29-13.
Bourges, la meilleure défense du championnat, encaissant 29 points en un quart
temps, ça faisait désordre...
Trop timide réaction
La question était de savoir si VO allait tenir à ce rythme infernal durant tout
le match. Une panne physique des Nordistes, Pierre Vincent devait sans doute y
penser à l'amorce du deuxième quart temps ; un peu comme lors du Tournoi de la
Fédération. Le coach berruyer continuait donc à faire tourner son équipe sans
(trop) montrer d'inquiétude, faisant confiance à ses shooteuses. Avec une Cathy
Melain combative en diable (cinq fautes
provoquées en première mi-temps), Bourges revenait même à moins 10 à deux
reprises (29-19 puis 33-23) mais s'il y avait un peu de mieux, ce n'était quand
même pas du grand Bourges à l'image d'une Bernie Ngoyisa bien lente et naïve,
trop rapidement handicapée par les fautes (3 en 13'). Les Tango passaient
pourtant sous la barre des moins 10 (37-28) sur un lancer d'Elodie Godin mais la
grinta, la rage de vaincre des Nordistes, désireuses ô combien de ne pas être
bredouilles cette saison après cinq années où elles se sont littéralement
gavées, leur permettaient d'arriver au repos avec encore 13 points d'avance. Il
n'empêche, en remportant le deuxième quart temps, 18-21, une petite lueur
d'espoir était née dans le camp berruyer.
Mais ça n'allait pas durer, hélàs ! A la reprise ou presque, Bernie récoltait sa
quatrième faute. Déjà dominées en taille sur les extérieures, les Tango
l'étaient aussi en dessous (26 rebonds contre 48 au final). Elles n'avaient
pourtant plus le choix. La seule issue, c'était de mettre du rythme pour essayer
de déséquilibrer l'adversaire et de prendre des risques. En espérant de
l'adresse revienne. Mais à vouloir trop précipiter les choses sans trouver la
réussite, les Berruyères finirent par s'énerver, faisant ainsi le jeu de Gruda,
Tuvic et Kireta notamment. VO se remit alors à creuser l'écart face à des
Berruyères vaillantes, certes, mais peu inspirées : + 15 à la 15e (57-42), + 21
à la 18e (63-44). Bourges semblait de plus en plus perdu, déboussolé, ce qui ne
faisait qu'accentuer l'impression de facilité donnée par les Valenciennoises,
portées par un public exceptionnel ... Cette fois, il ne fallait plus rêver.
Les fautes de Bernie
VO abordait la ligne droite avec une confortable avance 19 points (67-48) qui
permettait même à Laurent Buffard de ménager ses joueuses cadres, notamment
Harrower et Gruda, en vue de la belle de dimanche. Courageuses, Dumerc et ses
coéquipières, qui auraient tant voulu offrir une belle victoire à Cathy Melain
pour son anniversaire, repartaient pourtant au combat au point de revenir à
moins 14 (69-55) tout en provoquant la
quatrième faute de Boba Tuvic par Elodie Godin mais en écopant de sa cinquième
faute (grossière au demeurant) éliminatoire, Bernie Ngoyisa condamnait
définitivement son équipe ; même si, en réalité, la défaite
était consommée depuis longtemps (35e). Pourtant, Buffard jugea alors préférable
de relancer Gruda et Harrower histoire d'assurer. Mais il aurait fallu un
Bourges supersonique, et encore, pour refaire un tel handicap en moins de cinq
minutes. Ce ne fut, hélàs, pas le cas ; trop de joueuses - elles se
reconnaîtront - restant loin de leur meilleur niveau. On attend de leur part une
belle réaction, dimanche, pour la belle. Comme les Nordistes en ont eu une hier
soir... Et surtout, il faut se dire que rien n'est perdu !
ANALYSE : avec les coaches, Laurent Buffard (Valenciennes) et
Pierre Vincent (Bourges)
Les Valenciennoises ont eu une réaction de championnes
Pour voir enfin une victoire tango dans la brûlante salle valenciennoise, il
faudra encore patienter. Jusqu'à dimanche au moins, jusqu'à demain seulement on
espère. Toujours est-il que le club berruyer a subi hier soir son seizième
revers de rang dans l'antre de son meilleur rival et que, vu la physionomie de
la rencontre, il n'y a rien à redire.
On avait laissé les Berruyères tellement fringantes, tellement bien dans leur
jeu, mardi, lors de la finale aller, qu'on ne pouvait s'attendre à un
retournement de situation aussi radical. A la 10e minute, l'affaire n'était
peut-être pas entendue, mais elle était déjà tellement compromise (29-16 pour l'USVO
et une défense tango emportée par la tourmente). Et ça ne s'arrangea pas par la
suite, sauf un peu dans le deuxième quart temps.
Juste après que Bernie Ngoyisa, décidément bien loin de son meilleur niveau sur
les deux premiers actes, eut écopé de sa cinquième faute, Kristi Harrower la
renaissante donna vingt points d'avance aux siennes. Et au
final, le Bourges Basket prolongea son séjour dans le Nord nanti d'une belle
correction, d'un beau mal de crâne... et de quelques bleus.
L'impact physique nordiste
Car Valenciennes, en grande équipe, en tenant du titre, avait trouvé le moyen de
ressortir toute son énergie. D'emmener les Berruyères sur un terrain autrement
plus glissant : celui de l'épreuve de force. Et les filles de Pierre Vincent
n'ont pas su répondre, n'ont pas tenu le choc.
"On est moins grand, on est moins lourd. Alors, là, on se retrouve dans un tout
autre contexte, dans la salle de Valenciennes", chercha à expliquer l'entraîneur
berruyer. "Ce n'est pas facile de gagner ici, on le sait, personne ne l'a fait
de la saison." Ni depuis six ans, en ce qui concerne le championnat de France.
Pierre Vincent a certes regretté ce basket d'affrontement "qui n'est pas
forcément dans ma philosophie. On y a mis du coeur, mais on n'a pas su réagir à
l'épreuve de force imposée par Valenciennes. On ne contrôle plus, on s'énerve.
En plus, Bernie est défendue très durement. Elle prend cinq fautes en seize
minutes de jeu, c'est quand même cher payé. Valenciennes a pris un excellent
départ, c'est une grande équipe, ce n'est pas une nouveauté. Nous, on reste le
challenger, comme je l'ai déjà dit." Un challenger qui va avoir tout
intérêt à se hausser au niveau de l'agressivité du tenant du titre, demain, s'il
veut ravir la couronne. "S'il faut durcir le jeu, on le fera..."
Laurent Buffard, le coach valenciennois, lui si dur avec ses joueuses mardi
soir, a pu ressortir le sourire des jours heureux. "Ce soir, ce fut une bonne
victoire d'équipe. Une victoire qui est arrivée parce que tout le
monde a d'abord assuré le travail défensif. On a retrouvé notre salle,
surchauffée, et dans un tel environnement on ne peut que se transcender. En
plus, il y a des joueuses, comme Sandra Le Dréan, impeccable sur ce match
retour, qui vont bientôt nous quitter, et qui avaient à coeur de ne pas laisser
partir le titre comme ça."
Il y a eu ce joyau qu'est Sandrine Gruda. La combativité de Kristi Harrower, qui
a dû s'offrir une nouvelle paire de jambes. L'allant de Sandra Le Dréan, de
Vedrana Grgin-Fonseca, de Boba Tuvic. En face, elles furent peu de Tango à
pouvoir se sortir des griffes adverses.
Voilà les deux éternels rivaux du basket féminin français revenus sur la même
ligne. Avec cette belle cruciale, demain (15 heures) sur ce parquet
valenciennois décidément maudit des formations tango. "C'est loin d'être
terminé", estime Laurent Buffard. "Là, on a su avoir une réaction, et bien sûr
qu'à son tour Bourges va chercher à se remettre dans le bon sens. Il ne faut
surtout pas qu'on croit de notre côté que c'est fait, ce serait une grosse
erreur. La solution, elle est dans les têtes, c'est toujours comme ça, une
finale." Alors, qui a les têtes les plus solides ?
HERVE LE FELLIC
Avec Céline Dumerc
"Nous avons reculé un peu trop facilement"
"On a pris une claque, et une grosse !" Céline Dumerc, en excellente et lucide
capitaine tango qu'elle est, ne chercha pas à noyer le poisson, ni à pratiquer
la langue de bois, tout juste après le coup de sifflet final.
Oui, Bourges a sombré hier soir, et dans les grandes largeurs encore, dans la
salle valenciennoise, et a du coup annihilé complètement son superbe succès du
match aller.
Quiconque a vu les deux matches n'a pas reconnu les protagonistes. Valenciennes,
hier soir, est remonté sur son nuage, et Bourges, à l'inverse, est tombé de
haut, de très haut même. Se planta dans les grandes largeurs, comme rarement,
comme jamais, cette saison, dans un match capital.
"Pour moi, on n'a pas abordé ce match comme il le fallait, on n'a pas assez
douté." Manière de dire que les Tango se sont vues belles, ce qu'elles sont
assurément, mais bien trop tôt. Et que cette formation valenciennoise, si elle
n'a pas le lustre de ses précédentes, n'en reste pas moins une formidable bête
de compétition, surtout dans son antre. "On n'a sans doute pas été assez
performantes, lucides, dans l'approche de
l'événement. On s'est vues trop tôt avec le trophée, le titre, dans les mains."
Résultat, un départ catastrophique, du genre de ceux dont on ne se remet jamais,
surtout dans une telle ambiance qui vous fait perdre toute lucidité, dès que
vous avez un tant soi peu la tête dans le sac et les yeux
dans le rouge. "Il fallait bien se douter après la finale aller, et dans sa
salle en plus, que Valenciennes allait réagir. Elles ont d'entrée imposer une
grosse agressivité et nous on n'a pas su répondre."
Et la capitaine tango n'a pas mis longtemps à trouver où le bât avait blessé.
"On met 68 points à Valenciennes, et c'est un peu notre moyenne face à cette
équipe, cette saison. Bien sûr, on a manqué d'adresse, on a vu
Bernie (Ngoyisa, NDLR) passer un peu à côté. Et sans ce point d'ancrage qu'elle
représente, c'est forcément plus difficile. Mais le gros problème, ce fut notre
défense. On n'y a pas cru, on les a regardées jouer et elles
nous ont vraiment promenées."
Voilà bien le souci que les Berruyères vont devoir régler en deux jours, enfin,
d'ici dimanche, ce qui leur laisse vraiment très peu de temps. C'est dans la
tête, et uniquement là. Battre Valenciennes, elles savent, Céline
Dumerc et ses copines. Il faut simplement qu'elles abordent la belle avec le
couteau entre les dents, en rendant coup pour coup, en répondant du tac au tac.
"Sur ce match retour, on n'est pas mortes avec nos armes, mais
parce qu'on n'a pas su déployer notre jeu. Dimanche (lire demain, NDLR), on sera
là, je vous l'assure. On n'a pas envie de se prendre une deuxième claque, on va
réagir. On doit remettre les pendules à l'heure." Sinon,
adieu le septième titre pour le Bourges Basket...
HERVE LE FELLIC
A CHAUD
PIERRE FOSSET (Président du Bourges Basket) : "Valenciennes a mérité sa victoire
grâce notamment à une belle adresse et beaucoup d'engagement. On prend 29 points
dans le premier quart temps ; c'est beaucoup trop. C'était parti sur une base de
plus de 100 points ; ce n'est pas dans nos habitudes. Il y a eu de grosses
absences dans l'équipe, notamment dans le secteur intérieur où on n'a pas montré
grand-chose. Pour espérer gagner au Hainaut, il faut vraiment que tout le monde
soit à son meilleur niveau. Si on veut gagner le titre, il va falloir réagir.
Rien n'est perdu mais il faudra jouer autrement..."
EMMANUELLE HERMOUET (US Valenciennes) : "on a eu une belle réaction d'orgueil,
comme on en avait en Euroligue ; Et surtout, on a régi en équipe. On n'avait pas
le droit de décevoir un tel public. On veut
absolument gagner quelque chose cette saison et il ne reste plus que le titre...
Il fallait donc y aller à fond. Il y a encore un match à disputer. Dans notre
salle, plus l'impact de cette victoire, on va avoir, je pense, un avantage
psychologique important. Mais il ne va surtout pas falloir se relâcher."
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