CHAMPIONNAT DE FRANCE Belle : US Valenciennes Olympic - Bourges
Basket, 58-71
Ces filles sont vraiment formidables
En signant un match de haute volée à Valenciennes, le Bourges
Basket a remporté le septième titre de champion de France de son histoire. Ces
filles sont vraiment formidables.
PAR CHRISTIAN RAGOT ENVOYÉ SPÉCIAL
Il fallait remonter au 10 mai 2000 pour trouver trace du dernier titre de
champion de France de Bourges Basket. C'était déjà au Hainaut et l'équipe alors
conduite par Yannick Souvré s'était imposée en deux manches. Encore battues en
finale de l'Euroligue 2001 à Messine sur un dernier panier de Cathy Melain, les
Valenciennoises avaient ensuite repris le flambeau en championnat de France pour
signer un impressionnant
quintuplé (2001, 2002, 2003, 2004, 2005). Pour cette énième finale Valenciennes
- Bourges, malgré leurs succès en finale du Tournoi de la Fédération à
Villeneuve d'Ascq et en finale de Coupe de France à Bercy,
les Tango étaient dans la peau des challengers. Tout simplement parce que VO, en
dominant nettement la deuxième manche vendredi (85-66) semblait avoir pris un
petit ascendant psychologique. Ensuite parce que l'USVO était invaincue dans sa
salle, en championnat de France, depuis le... 10 mai 2000 justement. Et que
le chaudron du Hainaut, qui pousse très fort derrière son équipe, "c'est un
bonus de 15 points" selon Kristi Harrower.
Tous les challenges relevés
Mais avec une équipe berruyère ayant atteint sa plénitude au terme des trois
saisons passées sous la houlette de
Pierre Vincent, on savait aussi que l'impossible... était possible. Qu'elle
pouvait mettre un terme à cette funeste série.
A condition de ne pas se laisser marcher dessus et de jouer son meilleur basket
face à une équipe nordiste supérieure en taille et en poids.
Tenir Harrower, répondre au défi physique que VO ne manquerait pas d'imposer,
être plus présent au rebond,
éviter les fautes de frustration, maîtriser ses émotions et jouer avec Bernie
comme elles avaient si bien su le faire à Bercy : c'était là autant de
challenges à relever pour les Berruyères après leur médiocre prestation de
vendredi.
Ayant eu tout le week-end pour gamberger, ou plus précisément pour échafauder un
plan de revanche, Céline Dumerc et ses coéquipières furent cette fois présentes
d'entrée de jeu. Si présentes même que Laia Palau ouvrait la marque, à trois
points. De son côté, Pierre Vincent n'avait pas davantage gambergé, lançant
son meilleur cinq au départ avec Dumerc, Palau, Melain, Godin et NGoyisa. Pas
question, en effet, de s'économiser quand on joue une belle.
S'appuyant sur une défense redevenue de fer, Bourges, dans un climat tendu,
rendait coup pour coup aux Nordistes. C'était du basket de haut niveau ; de très
haut niveau, avec des duels exceptionnels à l'image de celui opposant Sandra Le
Dréan à Cathy Melain ou encore les deux meneuses de jeu, Kristi Harrower et Céline
Dumerc. Outre une gnac, une agressivité et un collectif retrouvés, la grande
différence par rapport au deux premières manches de cette finale, c'était la
grosse présence de Bernie Ngoyisa. Une Bernie qui, dans un match très
correctement sifflé, a enfin pu s'exprimer, prenant les bonnes positions en
dessous ou ressortant des
ballons propres pour les extérieures qui n'avaient plus qu'à se lâcher. Tour à
tour, les deux équipes menèrent à la marque. VO fit même un petit break à 12-8
(8e) mais sur un shoot à trois points sur le buzzer d'une Céline Dumerc
survoltée par... les sifflets du public du Hainaut, Bourges égalisait à 14-14
pour le quart temps.
Quand Palau fait le show
Tenues dans la peinture, muselées sur leurs extérieures, les Nordistes avaient
de plus en plus de mal à trouver des solutions en attaque, leur point fort. Il
est vrai qu'à l'image de Cathy Melain, énorme en défense, tous les
tirs valenciennois étaient contestés... et ainsi souvent manqués. Côté berruyer
en revanche, on montrait beaucoup de maîtrise et de sérénité. La réaction tant
attendue avait bien lieu. Avec dans le rôle du détonateur, cette incomparable
artiste du basket qu'est Laia Palau. La Catalane trouvait ainsi Bernie en
dessous avant d'offrir deux caviars à Anete Jekabsone qui allumait à chaque fois
à trois points. Bourges faisait un premier break : 16-22 à la 13e. Valenciennes
était déjà sous pression. Par Tuvic, Le Dréan et Kireta, VO revenait deux fois à
trois points (21-24 puis 23-26 à la 16e) mais il en aurait fallu davantage pour
faire lâcher prise aux Berruyères. Comme l'avait dit Elodie Godin dans notre
édition de dimanche, "l'équipe a besoin de Bernie
pour bien jouer". Et Bernie était là. Et bien là, avec déjà treize points
engrangés au repos. Le danger venant de tous les côtés, VO avait du mal à
trouver la parade et voyait l'écart enfler : +7 (23-30) à la 17e sur un rush de
Bernie ; +9 (23-32) toujours par Bernie en dessous pour arriver au repos avec 8
points d'avance : 28-36
(20e). Ça s'annonçait plutôt bien... à condition de rester concentré, notamment
lors de l'entame du troisième quart, et de bien gérer, les fautes (Godin et
Dumerc étaient déjà à deux fautes chacune)
Repartant avec son cinq de départ, Bourges était tout de suite dans le rythme.
Sur un ballon ressorti par Bernie, Céline Dumerc allumait à trois points. Avec
une réussite incroyable, Harrower répliquait à l'identique sur le buzzer mais
c'est Bourges qui se détachait irrésistiblement. A l'intérieur par l'inévitable
Ngoyisa ; à l'extérieur par Dumerc (bien au-delà des 6,50 m) et Palau ; en
allant chercher la faute adverse par Cathy Melain. Alors
que les attaques nordistes venaient se briser sur Cathy Melain justement ou
Elodie Godin. Imposant son rythme,
alternant jeu posté et jeu rapide, Bourges faisait grimper son avance à +14
(33-47) puis (35-49) à la 27e. Anete Jekabsone se transformait en passeuse
décisive avant que Laia Palau ne se mue en anguille insaisissable pour aller
chercher un panier spectaculaire en jump shoot pour assommer un peu plus encore
les Nordistes : 37-53 (28e) avant que deux paniers consécutifs de Kireta ne
ramène (un peu) VO dans le match.
Enfoncer le clou puis gérer. C'est ce à quoi les Tango s'employèrent dans le
dernier quart temps. A trois points par Céline, en bras roulé par Sabrina, et à
l'arrachée (2 points plus fautes) par Cathy qui marquait en la circonstance son
premier panier pour le plus gros écart de la rencontre : 46-63 (34e). Le Hainaut
était
soudain moins 'présent' et le speaker moins arrogant. Certes, les Nordistes
continuaient de lutter mais le ressort semblait, sinon cassé, pour le moins
distendu. Les jambes aussi semblaient lourdes, contrairement à celles
de Laia et d'Anete. La brune espagnole faisait le show (52-67) jusqu'à la fin de
la possession (38e) et VO était perdu. Avait perdu. Jusqu'au bout, les
Berruyères maîtrisèrent parfaitement le match... offrant même l'opportunité à
Bernie de shooter à trois points dans les ultimes secondes. C'est dire combien
Bourges était supérieur hier au Hainaut. Chapeau les filles pour ce triplé
hexagonal inédit dans l'histoire du club : championnat de France, Tournoi de la
Fédération, Coupe de France.
LE BILLET
MERCI VITAS Franchement, quand dans notre édition de mardi dernier, on vous
parlait de Vitas Gerulaitis, on ne pensait pas qu'il planerait à ce point sur
cette finale du championnat de France. En des temps qui ne rajeunissent
personne, le tennisman américain, après seize échecs consécutifs contre Bjorn
Borg, avait enfin terrassé sa bête noire, en match d'exhibition il est vrai. Et
il avait eu cette réflexion formidable : "Sachez que personne au monde ne bat
Vitas Gerulaitis dix-sept fois de suite." Au Bourges Basket, on va maintenant
pouvoir inscrire cet adage en lettres d'or, sur le fronton du Prado. Parce qu'il
y a quand même des coïncidences
troublantes. Après la superbe démonstration de la finale aller, Bourges savait
par où passait la conquête
du titre national : par un succès dans ce Hainaut qui a porté la poisse aux
différentes équipes tango... à
quinze reprises. D'où il repartait systématiquement la mine sombre, depuis le
dernier succès du 10 mai
2000. Six ans...
Alors, quand vendredi l'USVO, superbe d'orgueil, arracha le droit à une belle,
on s'était dit que, décidément, il y avait comme un sort. Seize défaites
d'affilée, Vitas, au secours ! Sa blonde chevelure a dû voler dans le ciel
nordiste : Valenciennes n'a pas empoché son 90e succès de rang à domicile en
championnat, et Bourges peut maintenant le dire : "Personne ne bat une équipe
tango dix-sept fois de suite." Parce que les champions ne renoncent jamais, et
savent qu'à chaque fois ils doivent croire en leurs chances. Le vent finit
toujours par tourner, quand on y met son coeur et son intelligence.
HERVÉ LE FELLIC
Deux joueuses dans le match
Laia Palau jusqu'à l'épuisement
"C'est énorme ! Tellement que je suis épuisée..." Les grandes joueuses se
révèlent toujours dans les épreuves
majeures, et Laia Palau est de cette trempe. La Catalane a été maousse, hier...
pour son dernier match sous le maillot tango (elle part pour Valence). Enfin,
pour cette fois, car on espère bien qu'elle nous reviendra. "Partir, c'est
horrible, c'est vrai", lâcha-t-elle avec l'énorme sensibilité qui la
caractérise. "Je suis tellement heureuse de ce que Bourges m'a apporté, j'espère
simplement qu'avec ces trois trophées, cette saison, j'ai pu rendre ce qu'on m'a
donné."
Merci du récital et salut l'artiste
Tu nous a tellement offert, tu nous a tellement enchantés par des actions venues
de nulle part, par ce basket d'ailleurs. Alors, merci pour ce dernier récital,
l'artiste. "On était quand même à Valenciennes, tout le monde nous disait que ce
n'était pas possible de gagner ici, et on l'a fait. C'est merveilleux ! Après
notre défaite de vendredi, on a su réagir, on a su reprendre nos esprits, pour
gagner ce titre. Alors oui, je suis fière de ce
qu'a accompli cette équipe. On a tenu quarante minutes, toutes ensemble. C'est
extraordinaire !"
On l'a vue partout, Laia. Aérienne en attaque, plaçant ses shoots meurtriers,
distribuant ces caviars dont se sont gavées les Tango deux saisons durant.
Défendant bec et ongles sur Harrower et les autres. Toute fierté volant au vent,
toute volonté lâchée sur le parquet.
Gracias, tout simplement...
HERVÉ LE FELLIC
Élodie Godin réussit ses adieux
Ce titre lui tenait à coeur à Elodie Godin. Plus, peut-être, qu'à n'importe
quelle autre joueuse. Pour terminer en
beauté un cycle de trois ans sous le maillot tango. Egalement (et même si elle
ne dit pas) pour faire taire les gorges chaudes ; celles qui, il n'y a pas si
longtemps pouvaient douter qu'elle donne le maximum d'elle-même avant de passer
à l'ennemi valenciennois.
Élodie a fait le métier
Mais comme à Villeneuve-d'Ascq, comme à Bercy, Elodie a fait le job, en grande
professionnelle responsable. Aussi, pour renvoyer l'ascenseur à un club où elle
"a passé trois merveilleuses années". Même si elle n'a pas beaucoup scoré (3
points), Elo a fait un travail énorme en défense, se tirant la bourre en dessous
avec Tuvic
et Kireta, pourtant bien plus grandes et qui, a elles deux, n'ont pas pris plus
de rebonds qu'elle (6).
Elodie avait d'ailleurs bien appréhendé cette belle "On savait qu'on avait
besoin de Bernie pour gagner et elle a répondu présent. On avait aussi à coeur
de réagir collectivement après les vingt points encaissés vendredi. Je pense que
cette lourde défaite nous a peut-être rendu service. Si on avait fait presque
jeu égal, nous n'aurions peut-être pas eu une réaction d'orgueil aussi forte.
Gagner le titre, c'est fantastique. C'est une grande victoire collective.
Certaines ont marqué mais c'est aussi parce que d'autres ont beaucoup travaillé
en défense à l'image
de Cathy qui a été énorme. La façon dont on a su réagir m'a plu... Je ne pouvais
rêver plus belle fin de saison avant de quitter Bourges."
A CHAUD
CATHY MELAIN (six fois championne de France) "Oui, c'est le sixième, et le
dernier, c'était il y a... six ans. On savait après le match de vendredi que ça
ne pouvait pas être pire. On avait pris une grosse claque, mais on a su réagir !
Gagner ici, à Valenciennes, ce n'est pas évident, mais on a su garder la tête
froide. Même quand on a eu dix points d'avance, ou plus, on savait qu'elles
pouvaient toujours revenir. Cette fois, on ne leur a pas laissées de paniers
faciles. Il ne fallait surtout pas les mettre en confiance. On a d'abord
défendu, comme il
faut toujours le faire dans ces grands matches, parce que c'est la défense qui
peut nous mettre dans le bon chemin. Franchement, même s'il peut y avoir le
regret du Final four, on a fait une belle saison."
ANETE JEKABSONE (qui part pour le Dynamo Moscou) "C'est vraiment très bien de
remporter mon premier titre de championne de France. Surtout ici, dans la salle
de Valenciennes, face à une très forte équipe. On a été chercher cette victoire
ensemble. Au début du match, je stressais et quand je suis entrée en
jeu, je me suis surtout appliquée à bien faire mon travail défensif, à aider les
autres. On a fait une saison extraordinaire, et voilà, on a trois médailles
d'or. Il nous a juste manqué l'Euroligue... Je suis un peu triste que ce groupe
éclate, forcément. Mais c'est aussi la vie."
PIERRE FOSSET (président du Bourges Basket) "Les filles ont fait un très grand
match. Par rapport au match de vendredi, elles ont su resserrer la défense avec
un VO à 28 points au repos. Toutes les joueuses ont fait leur job pour mettre
fin à la série d'invincibilité de VO au Hainaut. Ce fut une très belle finale et
une formidable promotion pour le basket féminin. Je suis fier de cette équipe"
CÉDRIC BINAULD (coach assistant) "C'est la concrétisation d'une longue année de
travail avec des déplacements difficiles, des matches dur. Je suis heureux. Ce
titre, c'est d'autant plus génial que dans le Nord, je suis chez moi"
JEAN-PIERRE SIUTAT (président de la Ligue féminine) "Ça a été une finale
extraordinaire. Je ne pensais pas que Bourges aurait une telle maîtrise. Bernie
Ngoyisa a été très forte, tout comme Laia Palau et Céline Dumerc. Bourges
réalise une saison très complète"
SERGE LEPELTIER (maire de Bourges) "On a vu un superbe match. La maîtrise de
Bourges a vraiment été extraordinaire. C'est une très belle victoire. Je suis
très heureux que les Tango aient remporté ce titre de champion de France"
BERNIE NGOYISA "Je suis vraiment heureuse. Je vais partir de Bourges plus
légère, le contrat rempli. J'étais venue ici pour gagner des titres ; c'est
fait. On va toutes laisser une trace dans l'histoire du club avec ce triplé. Il
était très important pour moi de faire un bon match. On leur a marché dessus.
C'est toute l'équipe qui a fait un grand match. Ce soir, je suis vraiment
heureuse !"
SABRINA REGHAÏSSIA "C'est super ! On termine la saison avec le titre de champion
de France, c'est trop fort. On attendait ça, on le voulait. On a atteint tous
nos objectifs. C'est bien. On voulait d'autant plus gagner cette finale qu'on
avait été critiquées après le match de vendredi. On ne voulait surtout pas
prendre encore vingt points. On s'est alors parlé longuement entre nous, on
s'est concentré sur l'objectif et ça a fonctionné. Physiquement et mentalement,
on a été plus fortes"
PAULINE KRAWCZYK "Champion de France, c'est génial ! Surtout en l'emportant ici,
au Hainaut où personne, en France, n'avait gagné depuis des années. C'est vrai
que je quitte Bourges avec un brin de tristesse mais c'est la vie. Cette saison
restera à jamais un merveilleux souvenir"
JEAN DESTRUYS (président du BBE) "Je suis heureux pour les partenaires qui ont
porté cette équipe et surtout pour les filles qui ont été formidables tout au
long de la saison. Trois trophées cette saison, c'est un grand bonheur. Et l'on
a raté le Grand Chelem d'un rien (Jean Destruys fait allusion à la Coupe
d'Europe)
même si on a été les seuls à battre deux fois Brno cette saison. Cette réussite
nous incite à continuer ; à renforcer notre soutien. Les partenaires que nous
sommes allons essayer de trouver de nouveaux financements pour aider le club à
conserver son statut. On reparlera de tout ça. Pour l'instant, c'est un grand
bonheur à savourer"
ANALYSE Avec les coaches, Laurent Buffard
(USVO) et Pierre Vincent (Bourges)
Défense et maîtrise, atouts clés
Enormes de solidarité, les Tango ont dressé les barrières, ont
contrôlé leur adversaire comme leurs propres émotions. Pour priver Valenciennes
de son titre, et de tout trophée cette saison.
PAR HERVE LE FELLIC ENVOYE SPECIAL
Pierre Vincent, d'ordinaire tellement réservé, tellement désireux aussi de ne
pas se mettre en avant, pour laisser toute la lumière à ses filles, a enfin
transpercé sa carapace. En toute fin de match, quand un jump shoot de Laia Palau
a définitivement assuré Bourges de la reconquête du titre national, il a serré
les poings. Dans le secret
du vestiaire, il y est allé de ses larmes. Puis a senti de nouveau ses yeux se
rougir, en fin de conférence de presse. "Je pense à un monsieur qui a fait
beaucoup pour moi, et qui se reconnaîtra..."
Il aura fallu trois ans, et quatre titres, pour que l'armure laisse entrevoir
l'homme. Il aura fallu tellement de pression, de stress, de nuits blanches,
d'émotions. Il aura aussi fallu ce lourd revers de vendredi, ces heures qui
ont dû paraître une éternité, jusqu'à la belle. "On avait cédé, sur ce match
retour. On avait sous-estimé la force
d'une équipe valenciennoise forcément revancharde, surtout en revenant dans sa
salle. On avait failli collectivement, en perdant nos idées fortes, en laissant
s'installer le doute."
"Quand un plan se déroule parfaitement"
Pourtant, il avait son plan de bataille, le coach tango. Avec des axes forts :
museler Kristi Harrower, la grande meneuse australienne de l'USVO, contrôler ses
nerfs ; serrer la défense. Et hier, comme par enchantement, tout s'est déroulé
de la meilleure manière. A commencer par le rideau de fer dressé par les Tango,
qui prirent en une mi-temps un point de moins (28) que deux jours auparavant en
un seul quart temps (29). "C'était bien sûr la priorité, parce que ça sécurise
tellement.."
Il a vu aussi Céline Dumerc, mais pas seulement, remettre le grappin sur
Harrower. "Ce n'est pas facile, pourtant, car c'est une des meilleures au monde
à son poste ; et c'est surtout un travail collectif. Céline a fait un match
énorme, mais ce fut surtout une volonté de toutes de contrecarrer le jeu de
Valenciennes." Pierre Vincent a aussi retrouvé sa tour de contrôle, Bernie
Ngoyisa, à la peine lors des deux premiers rounds. Ainsi que ses shooteuses
extérieures. "Bien sûr qu'à ce jeu il faut mettre des paniers, mais ça
n'appartient pas au coach. Ce sont bien les joueuses qui font la différence." Et
elles l'ont tellement bien faite, les Tango. Quarante minutes durant, sans
perdre le fil directeur, ni le contrôle des événements comme d'elles-mêmes. "Il
fallait absolument
qu'on domine nos émotions, surtout dans un tel contexte. Au lieu de s'agacer
quand les choses vont mal, il faut courber l'échine, jouer longtemps, se parler,
s'aider. Et tout faire pour que l'adversaire n'ait plus rien de facile à se
mettre sous la dent."
Enfin Pierre Vincent est devenu champion de France, lui, le fédéraste (coach
sorti du giron fédéral). "Moi, j'ai attendu trois ans, mais ce n'est rien, au
club d'autres ont attendu beaucoup plus longtemps. On a su reconstruire, et ce
qu'on a accompli est magnifique. C'est une grande joie, surtout pour les
joueuses !"
En face, on s'en doute, Laurent Buffard faisait une toute autre mine. L'USVO
avait tout donné, pour ne pas laisser son bien, mais l'orgueil, bannière
vendredi soir, n'a cette fois pas suffi. "Bon, Bourges a connu cinq ans de
disette", lâcha, un brin amer, le coach valenciennois. "Nous, cette saison, on a
changé sept joueuses, on a
misé sur la jeunesse. Et quand je vois une Sandrine Gruda élue meilleure joueuse
française du championnat, je me dis que j'ai eu raison." Avec une telle perle,
il était à dire vrai difficile de se tromper.
Valenciennes, pour la première fois depuis 2001, n'a rien gagné cette saison.
"Bien sûr, une année blanche, c'est
forcément une déception. Il nous aurait fallu tout le monde au top. Mais
Valenciennes va rebondir, l'a toujours fait. Il y a dans ce club de l'envie, de
l'enthousiasme, un vrai projet. On va faire tout ce qu'il faut pour renouer avec
le succès dès la saison prochaine." En attendant, le roi, c'est Bourges...
Avec les deux capitaines
Céline arrive, Sandra s'en va
C'était sa quatrième finale de championnat, à Céline Dumerc. Une avec Tarbes,
trois sous le maillot berruyer. Pour cette première couronne au terme d'une
bataille acharnée ! "On avait pris une telle claque vendredi ! Alors, on s'est
dit les choses en face. On avait bien conscience qu'on avait surtout failli en
défense, que face à l'USVO, c'est jouable en leur donnant 65 points maximum.
Vendredi, si Valenciennes a fait un grand match, ce ne fut pas notre cas."
Alors Céline, grande remonteuse d'énergies, a entraîné toute sa troupe dans son
sillage. "Sur le deuxième match, on n'avait pas eu assez peur de Valenciennes.
On a cru que ça allait passer tout seul, mais non : bien sûr, qu'il allait
falloir batailler ! cette claque nous a fait du bien. On a su réagir, et fort,
comme après notre élimination devant Brno. On était dos au mur, comme l'était
Valenciennes vendredi soir. On était blessées..."
Et les Tango ne sont jamais aussi fortes que dans le doute, et au pied d'une
forteresse. "Le Hainaut imprenable, ça n'existe pas ! On peut gagner partout,
sauf si des éléments extérieurs, arbitrage ou blessures, s'en mêlent. On a en
plus la chance d'avoir un bon entraîneur", sourit-elle, avec... Pierre Vincent à
ses côtés.
Alors oui, Bourges s'est arraché, a vaincu le sort et ses démons. Un exploit ?
"Oui et non, estima Céline. Oui, parce que personne n'avait gagné depuis six ans
en championnat à Valenciennes. C'est fort, mais comme une victoire en finale,
qu'elle survienne n'importe où." Les Tango sont allées au bout d'elles mêmes, au
bout de leur aventure commune aussi, avant que le groupe n'éclate.
Les larmes de Sandra
"C'est une énorme joie, la meilleure façon de terminer notre parcours commun,
même si c'est aussi un peu de
tristesse. C'est vrai que je suis un peu en colère, que je leur dis mais
pourquoi vous ne restez pas à Bourges ? Mais c'est leur choix, il faut le
respecter. C'est la vie des sportives de haut niveau, et c'est une superbe fin
de cycle."
Sûr qu'en face, Sandra Le Dréan, dernière figure de l'USVO en partance pour
Prague, aurait rêvé d'un autre scénario. Elle était en larmes, forcément,
l'impeccable capitaine nordiste. "C'est une énorme déception, de quitter
Valenciennes au terme d'une saison sans titre. On a tellement travaillé cette
année. Rien que pour ça, ce titre de championnes de France, on le méritait..."
Et aussitôt, la sportivité de Sandra reprit le dessus : "Mais Bourges aussi a
mérité son titre. C'est une très grande équipe. Par rapport à vendredi, on avait
plus de fatigue, plus de pression aussi. Bourges m'a surprise par sa maîtrise,
sa façon de jouer libéré. C'est vrai aussi qu'elles arrivaient au terme d'un
projet de trois ans, et ceci explique sans doute cela. On a bien essayé de les
prendre à la gorge, mais cette fois, ça n'a pas marché. On n'a pas trouvé de
solutions en attaque, qui est notre point fort, surtout à domicile..."
Sandra aura cette saison perdu toutes ses couronnes, après avoir tellement donné
à l'USVO. "Je vais maintenant à Prague, mais Valenciennes restera mon club de
coeur. Et je suis sûre que VO reprendra
son titre dès la saison prochaine..."
HERVE LE FELLIC ET CHRISTIAN RAGOT
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