BASKET L'équipe de France perd sa capitaine
Cathy Melain raccroche la tunique bleue
Qualifiée pour le Mondial de septembre, au Brésil, l'équipe de
France devra faire sans sa capitaine, Cathy Melain. La Berruyère rend le
brassard et le maillot bleu, pour se consacrer à son club.
INTERVIEW HERVE LE FELLIC
C'était le 11 septembre dernier, à Ankara, la capitale turque. Capitaine Cathy
Melain (elle l'était depuis la retraite internationale de Yannick Souvré) et les
joueuses d'Alain Jardel battaient la Lettonie d'Anete Jekabsone, s'offrant ainsi
la cinquième place de l'Euro 2005 et se qualifiant du même coup pour le Mondial
de septembre prochain, au Brésil.
Ce jour-là, Cathy porta la tunique bleue pour la 227e... et dernière fois. Comme
on pouvait s'y attendre, la Rennaise a décidé de stopper là sa carrière
internationale, entamée le 28 décembre 1993 face à l'Allemagne, en
match de préparation. Un sacré bail. Et que tous les supporters berruyers se
rassurent : ils pourront toujours voir Cathy sous le maillot berruyer, au moins
pour la saison prochaine.
Alors, Cathy, l'équipe de France, c'est fini ?
Oui. J'ai décidé de mettre un terme à ma carrière internationale. Ce n'est pas à
franchement parler une surprise, j'ai pris ma décision il y a quelque temps.
Mais quand on me posait la question, je l'éludais, simplement : j'aime que les
choses soient faites en temps et en heure, et pas à tort et à travers.
Le moment de l'annonce est donc venu. Quelles ont été tes motivations ?
La fatigue, avant tout. Je n'ai plus envie d'aller en équipe de France. Je n'ai
plus la motivation nécessaire et suffisante. Je préfère aussi partir avant qu'on
ne me mette à la porte. Pour dire la vérité, mes dernières
prestations en équipe de France, à l'Euro, m'ont un peu déçue. J'ai senti que
c'était la fin.
"Je n'ai plus la motivation nécessaire"
Pourquoi n'avoir pas quand même poussé jusqu'au championnat du monde,
histoire par exemple d'encadrer les jeunes qui entrent chez les Bleues ?
En club, on peut aider les jeunes joueuses, pas en équipe nationale. On n'y est
pas pour s'occuper des autres, mais pour gagner sa place. Chez les Bleues, c'est
l'encadrement... qui encadre. Moi, je ne me prends pas pour
un guide. Alors, je ne vais pas aller au Brésil pour pouvoir dire que j'ai fait
un Mondial de plus. Il est préférable de sélectionner quelqu'un qui a une grande
motivation, qui est en pleine force de l'âge.
Tu parles de fatigue, mais elle n'est sans doute pas que physique. Il y a
aussi, très certainement, une certaine lassitude, non ?
Physiquement, j'ai terminé la saison en très bonne forme. Je sens simplement
qu'il faut que j'économise mon corps, pour pouvoir donner tout ce que je peux en
club. Je veux aussi avoir du temps pour autre chose, pour
préparer ma reconversion notamment (Cathy passe cet été les épreuves du BE2,
NDLR). Et je ne veux plus partir une fois de plus pendant trois mois, faire la
préparation ; c'est trop long. J'ai donné pas mal, je crois.
Le fait d'avoir été capitaine, suite à la retraite de Yannick Souvré,
n'a-t-il pas accéléré le ressenti de cette lassitude ?
Je ne me suis jamais posée cette question. Etre capitaine, cela ne demande pas
plus d'efforts. On doit prendre davantage sur soi, c'est vrai, on est forcément
plus impliquée. Moi, j'étais capitaine avec mon caractère, je
n'avais pas les mêmes rapports avec Alain Jardel (le sélectionneur national) que
Yannick Souvré, par exemple.
Justement, qu'a dit Alain Jardel quand tu lui as annoncé ton arrêt ?
Il m'a demandé si j'avais bien réfléchi. Je lui ai répondu que c'était
irrémédiable et ça s'est plus ou moins arrêté là...
Est-ce une décision ferme et définitive ? Ne peut-on pas imaginer un retour à
la Zidane, si le basket féminin français en a besoin ?
Je n'envisage pas de revenir. Dans mon esprit, c'est la fin. Même s'il ne faut
jamais dire jamais...
Alors, il restera les souvenirs en Bleu. Te rappelles-tu de ta première
sélection ?
Oui, c'était contre l'Allemagne, à Colmar. Je me demandais ce que je faisais là.
J'étais impressionnée, stressée. Je ne voulais surtout pas faire de bêtise. Et
je suis entrée en jeu, et une fois sur le terrain, ça a été.
Dans une si riche carrière internationale, quels sont tes meilleurs souvenirs
?
En tout premier lieu, le sacre européen, au Mans. C'est le plus grand moment
sportif en équipe de France. Ensuite, bien sûr, il y a les Jeux de Sydney. Etre
de cette grande fête, c'était énorme, la cérémonie d'ouverture
et tout... C'est passé trop vite, ces Jeux. On a vécu, de 1999 à 2001, avec un
groupe France extraordinaire, exceptionnel dans sa volonté d'aller chercher les
victoires, par son effectif équilibré composé de joueuses de
qualité. Un groupe qui atteignait son apogée.
Et le pire de tes souvenirs tricolores ?
Sans hésitation mon premier championnat d'Europe, à Brno, en 1995. Tout s'était
très mal passé. On n'avait gagné qu'un seul match, et encore, sur un panier venu
de nulle part. On n'avait même pas fait les matches de
classement, on était rentrées avant tout le monde...
Dernière question, inévitable : la fin de ta carrière en équipe de France
présage-t-elle d'une proche fin de carrière tout court ?
Je ne sais absolument pas. J'ai encore un an de contrat avec Bourges, après je
n'en sais rien. Jouer en club me motive toujours autant. En plus, on a passé une
dernière saison merveilleuse. Alors...
Florence Lepron jouera la saison prochaine à Bourges
"Je suis encore très perfectible"
Elle a fait ses premiers pas dans le Prado, mardi après-midi. Sur ce parquet
qu'elle foulera les trois prochaines saisons, durée de son engagement auprès du
Bourges Basket. "C'est un peu impressionnant d'être dans une salle qui a une
telle réputation. J'ai toujours fait de mauvais matches ici. J'espère que ça va
changer..."
Florence Lepron, Nantaise de 21 ans, est tout à la fois pleine d'humour et de
sérieux. De volonté, à l'évidence, de maturité, c'est certain. Pas étonnant,
finalement, quand on a fréquenté les rangs de toutes les équipes de France
jeunes, remportant en chaque occasion une médaille. "Les résultats chez les
jeunes sont ce qu'ils sont, et il ne faut pas leur donner plus d'importance
qu'ils n'en n'ont. Mais pas moins. Je fais partie de cette génération de jeunes
Françaises qui ont gagné sur tous les parquets, qui peuvent regarder les yeux
dans les yeux, les Russes, les équipes de l'Est, l'Espagne, dans la même
catégorie d'âge. On a ramené des médailles et ça aussi c'est important pour le
basket français. On a cette culture de la gagne, cette expérience et on doit en
être fière. Alors oui, <je me la pète> pour ma génération, même si je sais très
bien que tout cela ne donne pas un statut à l'étage au dessus."
"J'ai ma personnalité..."
Au dessus, c'est la grande équipe de France, "le but, forcément". La grande
équipe de France pour laquelle Florence a été retenue hier par Alain Jardel.
C'est aussi de se faire une belle place dans l'élite du basket féminin français.
Au sortir de l'INSEP, Flo a gagné Tarbes, où elle a passé les trois dernières
saisons. "La première a été difficile, il y avait comme une incompréhension
entre moi et le coach, Pascal Pisan. La deuxième a été meilleure, et la
troisième un peu plus consistante encore : on a tout de même été en demi-finale
du championnat,
malgré les blessures, on a en quelque sorte réalisé un petit miracle."
Florence a parfaitement mis à profit ces trois premiers exercices au plus haut
niveau pour parfaire son jeu, pour progresser. "Si j'ai pu signer avec Bourges,
c'est aussi à Tarbes et à Pascal Pisan que je le dois. Alors forcément, partir,
c'est un petit pincement au coeur." Sûr que depuis le Berry, montagne et mer
seront un peu plus distants...
Quand tant de jeunes basketteuses signent des contrats d'un an, préférant
parfois le miroir aux alouettes à un véritable plan de carrière, Florence s'est
engagée avec le club du président Fosset pour trois saisons. "Il faut
du temps pour qu'une joueuse, qu'une équipe, s'affirment. Ce qui m'intéresse,
c'est de m'inscrire dans un projet à long terme." Quand Bourges a commencé à lui
manifester de l'intérêt, Florence a d'abord pris le temps de la réflexion. "Ce
n'était pas un choix facile. Dans le déroulement d'une carrière, il ne faut pas
se tromper. Je pensais quitter Tarbes, aller dans un club disputant l'Euroligue,
mais pas forcément si tôt. Quand on veut faire une bonne carrière, il ne faut
pas aller trop vite, il ne faut pas brûler les étapes. Ai-je suffisamment de
bagage pour tenter l'aventure dès cette saison ? Je ne voulais pas non plus
rester quarante minutes sur le banc..."
Sûr que la réputation de coach formateur qui est celle de Pierre Vincent a pesé
lourd dans la balance. "En plus, il est ami avec Pascal Pisan. Pierre Vincent,
je le connais un peu, je sais qu'il fait confiance aux jeunes, qu'il connaît le
basket. Les premiers contacts, au téléphone, se sont très bien passés. Je suis
encore très perfectible, j'ai encore beaucoup à apprendre." Son rôle ressemblera
peu ou prou à celui qu'elle occupait à Tarbes, arrière ou relais de la meneuse
(Laure Savasta la saison dernière, Céline Dumerc pour la prochaine). "Ces postes
1 et 2 me conviennent tout à fait. Mais mon statut à Bourges sera forcément
différent : à Tarbes, j'étais un peu l'électron libre, j'avais beaucoup de
liberté dans le jeu."
Dans quelques mois, pendant que Florence découvrira ses coéquipières (elle n'a
joué qu'avec Céline Dumerc et Emmeline Ndongue, un été), le Prado apprendra à
connaître cette jeune fille à la personnalité très affirmée.
"On me dit que je réfléchis trop, c'est vrai que je passe mon temps à ça. J'ai
du recul, mais comme beaucoup de jeunes de 21 ans, je pense. J'essaie d'être
réaliste. J'ai mon caractère, ma personnalité." Et cet amour du
basket qu'elle a découvert "par hasard, dans le sillage d'une amie. Au début,
j'étais vraiment très mauvaise. Maintenant, j'adore ça, bien sûr. La
compétition, les grands matches où il y a beaucoup d'engagement." A
Bourges, Florence sera servie...
Parcours. Florence Lepron est née le 16 janvier
1985 à Nantes. Elle a évolué à Cholet en 1999 - 2000, à l'INSEP de 2000 à 2003,
à Tarbes de 2003 à 2006. Elle est championne d'Europe des 20 ans et moins 2005,
championne d'Europe cadettes 2001, vice-championne d'Europe des 20 ans et moins
2004, vice-championne d'Europe juniors 2002, médaillée de bronze au Mondial des
20 ans et moins en 2003.
HERVE LE FELLIC
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