Open féminin à Coubertin: Bourges vainqueur de justesse du
promu (68-66)
Pratiquement terrassé par Arras...
Pour son premier match de la saison, Bourges a dû batailler dans les derniers
instants et faire parler l'expérience pour venir à bout du promu arrageois. Il
y a beaucoup de boulot à accomplir.
PAR HERVE LE FELLIC ENVOYE SPECIAL
Un trois points de... l'intérieure américaine, Tye'sha Flucker, un autre
de la meneuse hongroise Orsolya Englert et voilà Arras, le petit poucet de
Ligue féminine, le promu, à un point du champion de France berruyer (65-64).
Et à moins de deux minutes du coup de sifflet final. Voilà qui se suffit à
lui-même: comme l'an dernier au même Open féminin parisien, le Bourges Basket
est passé, et c'est l'essentiel. Mais par la plus étroite des portes de la
renommée, salle Coubertin.
D'ailleurs, sur l'action suivant ce tir de missiles arrageois, quand le
Bourges Basket vendangea complètement une remise en jeu, on se prit à penser à
la mauvaise blague. Au premier gros casse de la saison, à cette sensation
qu'aurait été la chute du prestigieux club tango devant le petit nouveau.
Certes, c'est là que s'exprima l'expérience: celle de l'Américaine Vicky Hall
en l'occurrence, qui réalisa la décisive interception (la seule que lui
accordent les stats du match), pour envoyer sa capitaine Céline Dumerc au lay
up. Une dernière possession tango façon passe à cinq, histoire de ne prendre
aucun risque de hold up adverse - ce qui déclencha les sifflets d'une bonne
partie de la salle parisienne - et l'honneur, comme l'essentiel, étaient
saufs.
Encore trop d'approximations
Pourtant, on s'était dit, au terme du premier quart temps (24-12, 10e), que
la mauvaise surprise était exclue. Bourges avait lancé sérieusement les
débats, avec une Cathy Melain n'hésitant pas à prendre les shoots ouverts, ou
une Sonja Kireta faisant le meilleur usage de sa haute stature, avec la
précieuse rotation d'Endene Miyem, certainement la meilleure Tango samedi soir
(12 points, 6 sur 7 au tir, 5 rebonds). Avec surtout une défense donnant dans
le sérieux.
Seulement voilà : ça ne dura pas, et le manque de préparation collective
explique largement que le jeu berruyer ne fut efficace qu'en de courtes
périodes. Deux fois ensuite les Tango reprirent dix longueurs d'avance (28-18,
16e, sur le deuxième panier de rang de Vicky Hall ; 44-34 à la 26e). Mais
jamais elles ne purent enfoncer le clou, parce que laissant beaucoup trop de
liberté aux shooteuses adverses, qui ne se privèrent pas de profiter de
l'occasion. A l'arrivée, Arras signa un 9 sur 17 à trois points (7 sur 11 en
2e mi-temps, 4 sur 6 pour la grande Stéphanie Beuzelin). Quand en face, au tir
extérieur, le Bourges Basket ne put opposer qu'un 7 sur 25. L'absence de la
shooteuse désignée, Evanthia Maltsi, pesa évidemment très lourd, d'autant que
le 15 sur 22 aux lancers est tout juste correct.
Alors oui, Bourges, malgré une supériorité au rebond (43 à 33), souffrit dans
tous les compartiments de jeu. On comprend qu'il n'y eut dans cette affaire
pas grand-chose pour rassurer la capitaine berruyère, Céline Dumerc, qui
évoquait avant tout le contexte particulier de ces premiers matches, face à un
promu n'ayant à l'évidence rien à perdre, puisque donné perdant d'avance :
"Quand on n'a rien à prouver, à craindre, on shoote les yeux fermés, et ça
rentre..." Surtout quand on manque en face d'ajustement défensif, qu'on
propose, avec la meilleure bonne volonté, des aides aux copines, qui créent
malheureusement autant de brèches. "A un moment, Arras nous a donné une leçon
de basket et quand on est champion de France, ce n'est pas facile à
accepter..."
Céline Dumerc : "Je sens qu'on va en perdre"
La compétition officielle est un juste, et parfois cruel, révélateur. Céline
Dumerc, la seule <survivante>, avec Cathy Melain, de la saison des trois
glorieuses (titre, coupe, Tournoi de la Fédé), se doutait bien qu'il y avait
du pain sur la planche, on a l'impression que cette première sortie l'amène à
penser que la boulangerie est encore plus <achalandée> que prévu. "On a
beaucoup de travail à accomplir, avec tant de joueuses arrivant d'horizons
différents. On a tout un nouveau style de jeu à mettre en place. Alors, je
sens qu'on va perdre des matches. Il faut se préparer à des échecs ! Et
mercredi on va à Montpellier."
Pas forcément optimisme, ce qui est normal quand il faut tout reconstruire, la
capitaine berruyère a-t-elle versée dans le pessimisme ? "Il n'y a en tout cas
pas à avoir confiance, je me rends vraiment compte du long travail à
accomplir. Je ne suis pas pessimiste, mais pas optimiste non plus."
Déception malgré le succès côté berruyer, sentiment identique à Arras, malgré
cette superbe résistance. "Oui, je suis déçu", affirma le coach arrageois,
Bruno Blier. "Bourges n'était pas au top et si on fait un match courageux, si
on s'accroche en défense, on a eu sur la fin deux trois pertes de balle,
quelques mauvais choix de shoots, qui nous coûtent la gagne." La gestion des
moments importants était forcément côté berruyer. Mais pour nécessaire qu'elle
soit, ce ne sera pas toujours un argument suffisant pour passer entre les
gouttes.
Bourges Basket - ASPTT Arras : 68-66
Paris. - Salle Pierre de Coubertin. Bourges Basket bat ASPTT Arras, 68-66
(24-12, 8-15, 21-17, 15-22). Arbitres : MM. Hamzaoui et Milliot. 2500
spectateurs.
A Bourges : 26 sur 59 aux tirs dont 1 sur 7 à trois points ; 15 sur 22 aux
lancers. 43 rebonds, 5 interceptions, 14 passes décisives, 14 pertes de
balles. Note évaluation équipe : 77 (meilleure note : Miyem et Dumerc 15).
Les marqueuses : Melain 9, Miyem 12, Hall 10, Dumerc 13, Paul 2, Kireta 11,
Lepron 3, Ndongue 8.
A Arras : 24 sur 63 aux tirs dont 9 sur 19 à trois points ; 9 sur 15 aux
lancers. 33 rebonds dont 8 pour Klimesova, 5 interceptions, 14 passes
décisives, 12 balles perdues. Note évaluation équipe : 61 (meilleure note :
Beuzelin, 22).
Les marqueuses : Bertin 0, Klimesova 9, Englert 9, Cousin 9, Charton 2, Arnaud
2, Yanni 0, Deas 2, Beuzelin 18, Fluker 15.
Toujours pas de joker en vue...
Comme les quelque deux cents supporters tangos présents samedi soir à
Coubertin, le président Pierre Fosset a souffert en constatant les difficultés
rencontrées par son équipe pour mettre le promu arrageois à la raison. Une
victoire acquise dans la douleur et au métier, "mais il n'y a quand même pas
de quoi paniquer", analyse le président berruyer avec le recul d'une bonne
nuit de sommeil. "L'an dernier, on avait eu le même genre de match contre un
autre promu (Saint-Amand-les-Eaux NDLR)..."
Ce qui n'avait pas empêché son équipe de décrocher le titre quelques mois plus
tard. "Aussi, il faut relativiser. On a pris deux points, c'est l'essentiel!
Avec le retour de Céline Dumerc et d'Emmeline Ndongue, le groupe n'a que
quinze jours de travail derrière lui; c'est trop peu pour mettre un collectif
en place. Ajoutons la blessure de Maltsi..."
Le tout s'est vu samedi. Un seul shoot à trois points réussi sur sept tentés;
une misère... Le plus faible bilan des quatorze équipes présentes à l'Open.
"On avait recruté Evanthia Maltsi pour ça; pour prendre les tirs extérieurs
comme le faisait Anete Jekabsone. Dans le groupe, il n'y a pas une autre
joueuse ayant le même registre", concède le président qui ne pouvait, dès
lors, éluder la question du recrutement d'un joker médical.
"Nous y avons pensé, mais c'est toujours non. Essentiellement pour des raisons
financières. Nous n'en avons pas les moyens. Il n'est pas davantage question
de prendre une joueuse qui ne corresponde pas au profil recherché; cela ne
servirait à rien. Maintenant, si on trouve la joueuse ad hoc à un prix très
raisonnable (c'est quoi, président, un prix très raisonnable NDLR?), on fera
l'effort. Mais on préfèrerait que Maltsi revienne très vite dans le groupe..."
Chez les agents, le message doit déjà être reçu cinq sur cinq. Et Pierre
Fosset d'enchaîner: "On sait qu'il y a un gros travail à faire pour élever
notre niveau de jeu. Il faut apprendre à être patient. Samedi, à 34-34,
l'équipe a mis un petit coup d'accélérateur pour repasser devant; c'est la
preuve que le potentiel est là. Il manque seulement la constance. Franchement,
il ne fallait pas s'attendre à autre chose contre Arras. Quand un promu défie
le champion, il n'a rien à perdre et tout lui réussit. Il ne faut pas non plus
oublier que Sonja Kireta était très diminuée en raison de problèmes au dos. A
Montpellier, mercredi, on sait que ce sera difficile. Tant qu'on ne sera pas
au complet, il va falloir courber l'échine."
CHRISTIAN RAGOT
|