EUROLIGUE FÉMININE Grâce à une deuxième mi-temps exceptionnelle
‚ Les Tango passent Pécs au laminoir
Mené de 14 points à la 9e minute, le Bourges Basket , a
su régir au bon moment avant de passer Pécs au laminoir et l'emporter avec un
écart de 16 points : 75-59. Sacrée performance en vérité !
PAR CHRISTIAN RAGOT
Ce n'est jamais une partie de plaisir que d'affronter Pécs. Le Bourges basket
a souvent payé pour savoir. A défaut d'aligner les centimètres et les kilos,
Pécs, c'est traditionnellement physique ou plus précisément très agressif. En
défense surtout où les Hongroises ont l'art de se jeter au bon moment
pour couper les lignes de passes. Ça joue également très vite, ça alterne bien
le jeu et c'est souvent très adroit. Bref ! C'est le genre d'équipe qui est
capable du meilleur dès l'instant où on ne met pas en place une riposte aussi
musclée que ce qu'elle peut proposer.
Pécs s'envole...
Et le meilleur, Pécs l'a montré lors d'un premier quart temps mené tambour
battant où les Hongroises ont éteint avec une facilité dérisoire les (rares)
velléités de rébellion berruyères. Après avoir mené 6-5 (3e), Bourges ne put
que subir le tempo infernal imposé par Ivanyi et les siennes. Battues en
agressivité, au rebond, en vivacité, mises sur le reculoir, les Tango n'y
arrivaient pas. Sur un caviar de Ivanyi, Bujdoso signait un 10-2 hongrois
(8-13 à la 15e). A cet instant, Bourges semblait avoir perdu son basket. Et
l'écart enflait de manière effrayante : moins 9 à la 6e pour un cinglant 2-14
(8-17) ; moins 11 à la 8e puis moins 14 à la 9e sur un panier primé de Dapo,
le troisième de Pécs dans ce premier quart temps (11-25 ). Et Bourges qui
continuait à ouvrir grand les portes en défense... A cet instant, bien peu
auraient misé un forint hongrois sur une victoire berruyère. La seule petite
note optimiste à retenir, c'était les trois fautes de la championne du monde
australienne, Jennifer Whittle. Quant au reste...
Le gros mental berruyer
Mais c'est en cela aussi que le basket est un sport merveilleux, où rien
n'est jamais irrémédiable. On se doutait bien que les Hongroises ne pourraient
tenir ce même rythme infernal pendant quarante minutes, surtout sans
Fegyverneki et avec une Timea Beres pas au mieux, mais si le match a pu
basculer, c'est aussi parce que dans la difficulté, les Tango ont montré des
ressources morales, un mental absolument étourdissants pour un groupe qui
commence seulement à se découvrir.
Et comme toujours, le début du salut passa par une défense resserrée et de
meilleurs choix de jeu. Quand on commence à récupérer des ballons, forcément,
on ne créé davantage de possibilités en attaque. On vit ainsi Céline Dumerc
trouver de mieux en mieux Sonja Kireta en dessous. Et si Vajda, oubliée par la
défense, continuait à alimenter la marque à trois points pour Pécs (23-34), il
y avait quand même du mieux côté berruyer. Beaucoup de mieux puisque sur une
relation d'école à l'intérieur avec Ndongue, Kireta signait un deux points
plus faute de Johnson qui remettait complètement les Tango dans le match
(28-34 à la 18e). Du coup, c'était Pécs qui avait la pression. Pécs qui
commençait à courir moins vite, à être moins présent en défense et moins
adroit en attaque. Pécs qui perdait de sa superbe comme sur ces deux lancers
ratés par Bérès et deux lay-up tout aussi (opportunément diront les
Berruyères) gâchés par Johnson. Le repos arrivait sur un panier bonifié (son
deuxième) de Céline Dumerc qui permettait à Bourges de croire vraiment en ses
chances au repos (31-36).
Pécs lessivé...
La suite ? Ce fut un massacre. Quand le rouleau compresseur berruyère s'est
mis en route, les Hongroises ont littéralement explosé. Il y a eu la période
Vicky Hall, puis l'épisode Endy Miyem. Avec toujours les mêmes constantes, les
jambes de feu de Céline Dumerc, le travail énorme des deux côtés du terrain de
Cathy Melain, l'agressivité de Flo Lepron et la belle présence dans la
peinture de Emmeline Ndongue et de Sonja Kireta. C'est d'ailleurs lorsque
Pierre Vincent lança ensemble ses trois grandes (Hall, Kireta et Ndongue) que
Pécs, privé de ballons, mangea le plus chaud.
En cela, les chiffres ne trompent pas. Mené de 14 points à la fin du premier
quart temps, Bourges comptait dix points d'avance à la 30e (53-43), signant au
passage un 19-2 qui aurait assommé n'importe quelle équipe. D'autres chiffres
? Pécs dut attendre 5 minutes tout rond pour marquer son premier point dans le
troisième quart (sur lancer). Un troisième quart remporté par Bourges, 22-7,
avec un joli 9 sur 15 aux tirs contre un pitoyable 1 sur 13 aux joueuses de
Laszlo Ratgéber qui n'avait même plus la force de manifester sur son banc. Du
beau travail en vérité. D'autant que la dernière ligne droite fut tout aussi
palpitante. Et très satisfaisante côté tango.
Pécs était dépassé à l'image de cette interception de Flo Lepron qui envoyait
Dumerc au panier (59-46). Les Hongroises semblaient d'autant plus résignées
que Ivanyi et Whittle écopaient chacune d'une quatrième faute (34e). Tout
comme Kireta d'ailleurs mais il en aurait fallu davantage pour perturber une
équipe berruyère sans cesse portée vers l'avant. Et quand Caps, superbe
capitaine, en battant Ivanyi en vitesse pure pour porter la marque à 69-55 à
2'11'' du buzzer, on sut que c'était gagné.
La fin de match appartint complètement aux Tango mais aussi au public du Prado
qui a (enfin) senti qu'il y avait quelque chose de très bien à faire avec ce
groupe. Et quand Evanthia Maltsi sera là... En attendant le retour, imminent,
de l'internationale grecque, mettre 16 points à Pécs (score finale, 75-59 et
44 - 23 sur la deuxième période), c'est déjà une sacrée performance. Chapeau
les filles !
Avec les entraîneurs
Cet incroyable renversement de situation des Berruyères
Il y a peu de sports pour, comme le basket, offrir de tels renversements
de situation. A la fin du premier quart temps, Laszlo Ratgeber, 'l'éternel'
entraîneur de Pécs, pouvait se croire sur un nuage. Et trente minutes plus
tard, son équipe avait chuté en plein vol, et lourdement encore. Mise au
supplice, éreintée, par le coeur et les jambes de Berruyères formidables de
courage, de détermination, de volonté, de sang-froid et d'intelligence.
Alors, bien sûr, Pécs, pour son coach, n'est plus ce qu'elle était. "On a
connu de gros soucis financiers, vous savez. Une joueuse comme Branzova nous a
quittée (pour Sopron, NDLR). Là, on joue en plus à cinq joueuses et demi, on a
Fegyverneky blessée, ce qui me fait une rotation en moins. On sait qu'on ne va
pas gagner l'Euroligue cette saison; que cela restera difficile de nous
battre chez nous; pour nous, l'important cette saison ce sera de battre Sopron
en championnat..."
La force intérieure berruyère
C'est vrai que l'ami Laszlo n'avait peut-être pas toutes ses forces à
disposition, mais il ne faut surtout pas en conclure que Bourges a terrassé un
champion magyar à la petite semaine. Il y a dans cette équipe des joueuses qui
se connaissent par coeur, qui se trouvent les yeux fermés, qui connaissent sur
le bout des doigts le style Ratgeber, fait d'une peu commune (et pas forcément
toujours licite) pression défensive, d'une contestation constante des
déplacements adverses, d'un verrouillage des lignes de passes.
C'est bien ce Pécs là que Bourges a battu, et pas un rival de deuxième choix.
"Je ne peux pas être déçu après cette défaiteé, lâcha Laszlo. éJe pouvais bien
prendre des temps morts, multiplier les rotations, voilà, vous avez vu... Il
nous manque une joueuse quand on est au complet, et si on l'avait, on verrait
sans doute d'autres matches de notre part. Là, on finit à seize points, et au
vu du match, c'est sans doute un peu sévère."
Oui, l'addition a été salée, pour une formation magyare qui a pris le
bouillon, la cuillère et l'assiette en prime, dans un troisième quart temps de
feu. Car voilà : les Tango, hier, pouvaient renverser n'importe quelle
montagne. Elles en avaient l'envie, elles ont su en avoir la force et le
talent. "On sait qu'un match n'est jamais fini ", put soupirer d'aise Pierre
Vincent, le coach tango. "Cette équipe a une force intérieure assez
extraordinaire. Elle se bat, elle réagit, elle a aussi une stabilité
émotionnelle très intéressante. On est passé par un moment difficile, dans le
premier quart, mais dans ces moments-là, il faut chercher des solutions.
Réfléchir, se battre aussi et c'est ce que les filles ont su faire, face à un
adversaire qui dans l'ensemble pratique un basket illégal et commet beaucoup
de fautes." Que les deux arbitres ont justement sanctionné, et eux aussi,
comme les Tango, sont à créditer d'un bon match, soit dit en passant. "Les
joueuses, elles, sont dans leur match", continua d'expliquer Pierre Vincent.
"Moi, j'essaie de les aider, à répondre aux soucis défensifs qu'on connaît, à
trouver aussi les solutions offensives quand l'équipe doute." Et ce Bourges
Basket nouveau cru, nouveau style aussi, a montré hier qu'il avait un visage
tout aussi séduisant, et efficace, que ses devanciers. "Quand on fait un pas
chaque jour, on n'a pas de limites", lâcha Pierre Vincent, comme une sentence.
Qui colle parfaitement à la physionomie de sa troupe.
HERVE LE FELLIC
ECLAIRAGE Tout a basculé à la 18e minute
Le basket, cet imprévisible jeu
Franchement, vivre de tels moments de sport, ressentir ces émotions,
passer en une soirée par tous les états d'âme, on en redemande. Il y a peu de
sports collectifs comme le basket pour offrir une telle palette, dans un temps
aussi ramassé. Et ça peut tenir à rien. Hier soir, à la 9e minute, sur un
trois points de Dapo, Bourges se retrouva relégué à 14 longueurs et personne,
au Prado, n'aurait misé sa paye sur les filles de Pierre Vincent. Pour tout
dire, on n'en menait pas large.
A la 18e minute, Vajda, bien seule, planta un nouveau panier primé, et Pécs
menait 34-23. Certes, le Bourges Basket, depuis quelques minutes, prenait
moins de points, et heureusement encore. "La clé du match, ce fut bien
évidemment la défense", put commenter Sonja Kireta, qui signa encore un très
gros match dans les peintures (18 points, 7 sur 11 au tir et 8 rebonds). "On a
su aussi avoir une très belle réaction, et ça c'est bon pour le mental des
joueuses et pour le collectif !"
Et soudain le vent tourna et emporta Pécs
Alors, oui, la blonde Croate pouvait lâcher, dans un immense sourire : "Oui,
le basket est un sport formidable... surtout quand on gagne !" Quand, à cette
fameuse 18e minute, Pierre Vincent décide d'aligner ensemble Sonja, Emmeline (Ndongue)
et Vicky (Hall), on sent soudain que le vent se met soudain à tourner. Tout,
jusque là, réussissait aux Magyares. Et il y a ce tir à trois points qui fait
deux tours de cercle, ressort, est capté par les mains hongroises, pour un
lay-up avorté. Il y a ces deux lancers ratés, deux nouveau lay-up de Johnson
vendangés. Et Caps Dumerc, impeccable capitaine, qui avait tant envie de
mettre enfin Pécs à terre, qui en plante un à trois points, avant de remettre
quelques minutes plus tard les siennes en tête, sur un shoot extérieur.
Oui, après cette 18e minute, ce ne fut plus du tout le même match. Ce fut le
rouleau compresseur berruyer, qui écrasa tout sur son passage, et surtout une
équipe de Pécs saoulée de coups, comptée debout comme un boxeur titubant. "Dans le premier quart, on sentait un peu de fatigue, on avait encore le match
de Mondeville dans les jambes et dans les têtes", continua d'expliquer Sonja
Kireta. "On a eu du mal à rentrer dans le match, à trouver le bon rythme."
Il a fallu que les Tango se trouvent d'exceptionnelles ressources mentales,
qu'elles répondent pleinement au défi physique qu'imposent toujours les
joueuses de Pécs, quelle que soit leur identité. " On a serré la défense, le
rebond, et on a pu alors avoir des ballons propres, exploitables", estima Sonja. On a alors vu tout le registre berruyer : ces prises de responsabilités
de Céline Dumerc ou Cathy Melain, cette superbe utilisation de Sonja Kireta,
bien plus en vue que sous le maillot valenciennois; la science du jeu de Vicky Hall, tellement précieuse dans le money time, pour repousser les
derniers assauts magyars : le culot incroyable d'Endy Miyem, la solidité
défensive de Flo Lepron, l'abattage d'Emmeline Ndongue. C'est en équipe que
Bourges a su hier soir réagir, renverser une situation qui semblait quand même
bien compromise, après un gros quart d'heure.
Oui, ce succès sur Pécs fut magnifique, il est surtout de ceux qui comptent.
Il y a une semaine, à Salamanque, les Tango avaient été convaincantes
offensivement. Hier, c'est en luttant pied à pied, puis en renversant une
équipe dont la solidité défensive n'est plus à vanter, que les filles ont
conquis leur deuxième succès européen. Une victoire qui compte, au classement,
mais aussi et peut-être surtout, dans les têtes et dans le processus de
construction de cette nouvelle équipe. Prometteuse à plus d'un titre, même
s'il ne faut pas se leurrer : des moments délicats, il y en aura d'autres. Les
Tango savent maintenant qu'elles ont en elles la force d'y remédier.
HERVE LE FELLIC
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