Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
09/11/2006

 
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EUROLIGUE FÉMININE Grâce à une deuxième mi-temps exceptionnelle ‚ Les Tango passent Pécs au laminoir
 

Mené de 14 points à la 9e minute, le Bourges Basket , a su régir au bon moment avant de passer Pécs au laminoir et l'emporter avec un écart de 16 points : 75-59. Sacrée performance en vérité !


PAR CHRISTIAN RAGOT

Ce n'est jamais une partie de plaisir que d'affronter Pécs. Le Bourges basket a souvent payé pour savoir. A défaut d'aligner les centimètres et les kilos, Pécs, c'est traditionnellement physique ou plus précisément très agressif. En défense surtout  où les Hongroises ont l'art de se jeter au bon moment pour couper les lignes de passes. Ça joue également très vite, ça alterne bien le jeu et c'est souvent très adroit. Bref ! C'est le genre d'équipe qui est capable du meilleur dès l'instant où on ne met pas en place une riposte aussi musclée que ce qu'elle peut proposer.


Pécs s'envole...
Et le meilleur, Pécs l'a montré lors d'un premier quart temps mené tambour battant où les Hongroises ont éteint avec une facilité dérisoire les (rares) velléités de rébellion berruyères. Après avoir mené 6-5 (3e), Bourges ne put que subir le tempo infernal imposé par Ivanyi et les siennes. Battues en agressivité, au rebond, en vivacité, mises sur le reculoir, les Tango n'y arrivaient pas. Sur un caviar de Ivanyi, Bujdoso signait un 10-2 hongrois (8-13 à la 15e). A cet instant, Bourges semblait avoir perdu son basket. Et l'écart enflait de manière effrayante :  moins 9 à la 6e pour un cinglant 2-14 (8-17) ; moins 11 à la 8e puis moins 14 à la 9e sur un panier primé de Dapo, le troisième de Pécs dans ce premier quart temps (11-25 ). Et Bourges qui continuait à ouvrir grand les portes en défense... A cet instant, bien peu auraient misé un forint hongrois sur une victoire berruyère. La seule petite note optimiste à retenir, c'était les trois fautes de la championne du monde australienne, Jennifer Whittle. Quant au reste...


Le gros mental berruyer
Mais c'est en cela aussi que le basket est un sport merveilleux, où rien n'est jamais irrémédiable. On se doutait bien que les Hongroises ne pourraient tenir ce même rythme infernal pendant quarante minutes, surtout sans Fegyverneki et avec une Timea Beres pas au mieux, mais si le match a pu basculer, c'est aussi parce que dans la difficulté, les Tango ont montré des ressources morales, un mental absolument étourdissants pour un groupe qui commence seulement à se découvrir.
Et comme toujours, le début du salut passa par une défense resserrée et de meilleurs choix de jeu. Quand on commence à récupérer des ballons, forcément, on ne créé davantage de possibilités en attaque. On vit ainsi Céline Dumerc trouver de mieux en mieux Sonja Kireta en dessous. Et si Vajda, oubliée par la défense, continuait à alimenter la marque à trois points pour Pécs (23-34), il y avait quand même du mieux côté berruyer. Beaucoup de mieux puisque sur une relation d'école à l'intérieur avec Ndongue, Kireta signait un deux points plus faute de Johnson qui remettait complètement les Tango dans le match (28-34 à la 18e). Du coup, c'était Pécs qui avait la pression. Pécs qui commençait à courir moins vite, à être moins présent en défense et moins adroit en attaque. Pécs qui perdait de sa superbe comme sur ces deux lancers ratés par Bérès et deux lay-up tout aussi (opportunément diront les Berruyères) gâchés par Johnson. Le repos arrivait sur un panier bonifié (son deuxième) de Céline Dumerc qui permettait à Bourges de croire vraiment en ses chances au repos (31-36).


Pécs lessivé...
La suite ? Ce fut un massacre. Quand le rouleau compresseur berruyère s'est mis en route, les Hongroises ont littéralement explosé. Il y a eu la période Vicky Hall, puis l'épisode Endy Miyem. Avec toujours les mêmes constantes, les jambes de feu de Céline Dumerc, le travail énorme des deux côtés du terrain de Cathy Melain, l'agressivité de Flo Lepron et la belle présence dans la peinture de Emmeline Ndongue et de Sonja Kireta. C'est d'ailleurs lorsque Pierre Vincent lança ensemble ses trois grandes (Hall, Kireta et Ndongue) que Pécs, privé de ballons, mangea le plus chaud.
En cela, les chiffres ne trompent pas. Mené de 14 points à la fin du premier quart temps, Bourges comptait dix points d'avance à la 30e (53-43), signant au passage un 19-2 qui aurait assommé n'importe quelle équipe. D'autres chiffres ? Pécs dut attendre 5 minutes tout rond pour marquer son premier point dans le troisième quart (sur lancer). Un troisième quart remporté par Bourges, 22-7, avec un joli 9 sur 15 aux tirs contre un pitoyable 1 sur 13 aux joueuses de Laszlo Ratgéber qui n'avait même plus la force de manifester sur son banc. Du beau travail en vérité. D'autant que la dernière ligne droite fut tout aussi palpitante. Et très satisfaisante côté tango.
Pécs était dépassé à l'image de cette interception de Flo Lepron qui envoyait Dumerc au panier (59-46). Les Hongroises semblaient d'autant plus résignées que Ivanyi et Whittle écopaient chacune d'une quatrième faute (34e). Tout comme Kireta d'ailleurs mais il en aurait fallu davantage pour perturber une équipe berruyère sans cesse portée vers l'avant. Et quand Caps, superbe capitaine, en battant Ivanyi en vitesse pure pour porter la marque à 69-55 à 2'11'' du buzzer, on sut que c'était gagné.
La fin de match appartint complètement aux Tango mais aussi au public du Prado qui a (enfin) senti qu'il y avait quelque chose de très bien à faire avec ce groupe. Et quand Evanthia Maltsi sera là... En attendant le retour, imminent, de l'internationale grecque, mettre 16 points à Pécs (score finale, 75-59 et 44 - 23 sur la deuxième période), c'est déjà une sacrée performance. Chapeau les filles !
 

 


 

Avec les entraîneurs

Cet incroyable renversement de situation des Berruyères

Il y a peu de sports pour, comme le basket, offrir de tels renversements de situation. A la fin du premier quart temps, Laszlo Ratgeber, 'l'éternel' entraîneur de Pécs, pouvait se croire sur un nuage. Et trente minutes plus tard, son équipe avait chuté en plein vol, et lourdement encore. Mise au supplice, éreintée, par le coeur et les jambes de Berruyères formidables de courage, de détermination, de volonté, de sang-froid et d'intelligence.
Alors, bien sûr, Pécs, pour son coach, n'est plus ce qu'elle était. "On a connu de gros soucis financiers, vous savez. Une joueuse comme Branzova nous a quittée (pour Sopron, NDLR). Là, on joue en plus à cinq joueuses et demi, on a Fegyverneky blessée, ce qui me fait une rotation en moins. On sait qu'on ne va pas gagner l'Euroligue cette saison; que cela restera difficile de nous battre chez nous; pour nous, l'important cette saison ce sera de battre Sopron en championnat..."

La force intérieure berruyère
C'est vrai que l'ami Laszlo n'avait peut-être pas toutes ses forces à disposition, mais il ne faut surtout pas en conclure que Bourges a terrassé un champion magyar à la petite semaine. Il y a dans cette équipe des joueuses qui se connaissent par coeur, qui se trouvent les yeux fermés, qui connaissent sur le bout des doigts le style Ratgeber, fait d'une peu commune (et pas forcément toujours licite) pression défensive, d'une contestation constante des déplacements adverses, d'un verrouillage des lignes de passes.
C'est bien ce Pécs là que Bourges a battu, et pas un rival de deuxième choix. "Je ne peux pas être déçu après cette défaiteé, lâcha Laszlo. éJe pouvais bien prendre des temps morts, multiplier les rotations, voilà, vous avez vu... Il nous manque une joueuse quand on est au complet, et si on l'avait, on verrait sans doute d'autres matches de notre part. Là, on finit à seize points, et au vu du match, c'est sans doute un peu sévère."
Oui, l'addition a été salée, pour une formation magyare qui a pris le bouillon, la cuillère et l'assiette en prime, dans un troisième quart temps de feu. Car voilà : les Tango, hier, pouvaient renverser n'importe quelle montagne. Elles en avaient l'envie, elles ont su en avoir la force et le talent. "On sait qu'un match n'est jamais fini ", put soupirer d'aise Pierre Vincent, le coach tango. "Cette équipe a une force intérieure assez extraordinaire. Elle se bat, elle réagit, elle a aussi une stabilité émotionnelle très intéressante. On est passé par un moment difficile, dans le premier quart, mais dans ces moments-là, il faut chercher des solutions. Réfléchir, se battre aussi et c'est ce que les filles ont su faire, face à un adversaire qui dans l'ensemble pratique un basket illégal et commet beaucoup de fautes." Que les deux arbitres ont justement sanctionné, et eux aussi, comme les Tango, sont à créditer d'un bon match, soit dit en passant. "Les joueuses, elles, sont dans leur match", continua d'expliquer Pierre Vincent. "Moi, j'essaie de les aider, à répondre aux soucis défensifs qu'on connaît, à trouver aussi les solutions offensives quand l'équipe doute." Et ce Bourges Basket nouveau cru, nouveau style aussi, a montré hier qu'il avait un visage tout aussi séduisant, et efficace, que ses devanciers. "Quand on fait un pas chaque jour, on n'a pas de limites", lâcha Pierre Vincent, comme une sentence. Qui colle parfaitement à la physionomie de sa troupe.

HERVE LE FELLIC
 
 
ECLAIRAGE Tout a basculé à la 18e minute

Le basket, cet imprévisible jeu

Franchement, vivre de tels moments de sport, ressentir ces émotions, passer en une soirée par tous les états d'âme, on en redemande. Il y a peu de sports collectifs comme le basket pour offrir une telle palette, dans un temps aussi ramassé. Et ça peut tenir à rien. Hier soir, à la 9e minute, sur un trois points de Dapo, Bourges se retrouva relégué à 14 longueurs et personne, au Prado, n'aurait misé sa paye sur les filles de Pierre Vincent. Pour tout dire, on n'en menait pas large.
A la 18e minute, Vajda, bien seule, planta un nouveau panier primé, et Pécs menait 34-23. Certes, le Bourges Basket, depuis quelques minutes, prenait moins de points, et heureusement encore. "La clé du match, ce fut bien évidemment la défense", put commenter Sonja Kireta, qui signa encore un très gros match dans les peintures (18 points, 7 sur 11 au tir et 8 rebonds). "On a su aussi avoir une très belle réaction, et ça c'est bon pour le mental des joueuses et pour le collectif !"

Et soudain le vent tourna et emporta Pécs
Alors, oui, la blonde Croate pouvait lâcher, dans un immense sourire : "Oui, le basket est un sport formidable... surtout quand on gagne !" Quand, à cette fameuse 18e minute, Pierre Vincent décide d'aligner ensemble Sonja, Emmeline (Ndongue) et Vicky (Hall), on sent soudain que le vent se met soudain à tourner. Tout, jusque là, réussissait aux Magyares. Et il y a ce tir à trois points qui fait deux tours de cercle, ressort, est capté par les mains hongroises, pour un lay-up avorté. Il y a ces deux lancers ratés, deux nouveau lay-up de Johnson vendangés. Et Caps Dumerc, impeccable capitaine, qui avait tant envie de mettre enfin Pécs à terre, qui en plante un à trois points, avant de remettre quelques minutes plus tard les siennes en tête, sur un shoot extérieur.
Oui, après cette 18e minute, ce ne fut plus du tout le même match. Ce fut le rouleau compresseur berruyer, qui écrasa tout sur son passage, et surtout une équipe de Pécs saoulée de coups, comptée debout comme un boxeur titubant. "Dans le premier quart, on sentait un peu de fatigue, on avait encore le match de Mondeville dans les jambes et dans les têtes", continua d'expliquer Sonja Kireta. "On a eu du mal à rentrer dans le match, à trouver le bon rythme." Il a fallu que les Tango se trouvent d'exceptionnelles ressources mentales, qu'elles répondent pleinement au défi physique qu'imposent toujours les joueuses de Pécs, quelle que soit leur identité. " On a serré la défense, le rebond, et on a pu alors avoir des ballons propres, exploitables", estima Sonja. On a alors vu tout le registre berruyer : ces prises de responsabilités de Céline Dumerc ou Cathy Melain, cette superbe utilisation de Sonja Kireta, bien plus en vue que sous le maillot valenciennois; la science du jeu de Vicky Hall, tellement précieuse dans le money time, pour repousser les derniers assauts magyars : le culot incroyable d'Endy Miyem, la solidité défensive de Flo Lepron, l'abattage d'Emmeline Ndongue. C'est en équipe que Bourges a su hier soir réagir, renverser une situation qui semblait quand même bien compromise, après un gros quart d'heure.
Oui, ce succès sur Pécs fut magnifique, il est surtout de ceux qui comptent. Il y a une semaine, à Salamanque, les Tango avaient été convaincantes offensivement. Hier, c'est en luttant pied à pied, puis en renversant une équipe dont la solidité défensive n'est plus à vanter, que les filles ont conquis leur deuxième succès européen. Une victoire qui compte, au classement, mais aussi et peut-être surtout, dans les têtes et dans le processus de construction de cette nouvelle équipe. Prometteuse à plus d'un titre, même s'il ne faut pas se leurrer : des moments délicats, il y en aura d'autres. Les Tango savent maintenant qu'elles ont en elles la force d'y remédier.


HERVE LE FELLIC