Ligue féminine (7e journée) : Bourges Basket - Mourenx Basket
Club 88-56
Les Tango trouvent de l'assurance
Les Berruyères commencent à posséder un langage commun, qui
leur donne désormais une base solide. Mourenx, longtemps réduit au silence et
dominé dans tous les compartiments, en a fait les frais.
PAR HERVE LE FELLIC
Et Carine Paul décocha le dernier tir du match, à trois points : bingo ! Le
signe du culot de la jeune Guyanaise, la preuve aussi que, depuis longtemps,
les Tango avaient fait le boulot et tué tout suspense. Trois jours après avoir
passé les Hongroises de Pécs à la moulinette, et malgré le virus affectant
Sonja Kireta, largement ménagée, les Berruyères ont su samedi soir ne pas
tomber dans le piège qu'est toujours un affrontement face à supposé plus
faible que soi. Après huit minutes de réglage, les filles de Pierre Vincent
ont complètement étouffé les Béarnaises, incapables de se sortir de la
pression adverse et dominées dans tous les secteurs de jeu.
"On espérait quand même contester Bourges plus longtemps", soupira leur coach,
l'ancien meneur des Bleus Valéry Demory. "Mais avec 27 pertes de balle, on ne
peut pas prétendre à grand-chose. C'est chez nous un problème récurent, depuis
le début de la saison." La défense tango y est pour beaucoup, il suffit de
voir le petit match de l'artilleuse de Mourenx, Ana Lelas, qui a vu Cathy
Melain se charger de son cas. Alors, oui, Mourenx a explosé. "On a bien réussi
quelques mouvements, mais quand les mêmes mauvais choix se succèdent, l'écart
devient vite insurmontable. Notre calendrier difficile (Mourenx affrontera
ensuite Valenciennes, puis Aix, NDLR) n'explique pas tout : l'équipe n'a pas
de liant, les joueuses d'expérience devraient fédérer plus qu'elles ne le
font. Il nous faut de la confiance, mais on doit aussi comprendre qu'on doit
aller la chercher nous-même." Le constat de Demory était sans appel.
Bourges a franchi un cap
Cette confiance, les Tango la possèdent, désormais. Visiblement, et Pierre
Vincent, le coach tango, le reconnaît bien volontiers, le Bourges Basket a
franchi un nouveau palier, le succès face aux Hongroises de Pécs et la leçon
de réalisme et de justesse passée aux Béarnaises en témoignent. "On a fait de
bonnes choses, d'autres moins bonnes", tint quand même à nuancer cet éternel
perfectionniste. Une fois l'écart fait, par une défense intraitable et une
belle clairvoyance offensive, il y a bien eu un peu de déchet, c'est vrai.
Mais comment reprocher à Céline Dumerc et aux siennes ces quelques
gourmandises, dues à leur volonté de faire le
spectacle ?
"On a maintenant de la solidité, tout le monde est dans son rôle, même s'il
faut encore qu'on apprenne à maîtriser le tempo, à vouloir jouer juste plutôt
que de chercher le geste exceptionnel", commenta le coach berruyer. Son équipe
a désormais un langage commun, un fond culturel, qui lui offre une base
solide. Derrière, on ferme les portes, devant, on sélectionne de plus en plus
justement les combinaisons, notamment sur jeu placé. Que Mourenx commence en
zone ou opte ensuite pour une individuelle ne changea pas grand-chose à
l'affaire, samedi soir.
Progressions individuelles, avancée collective
"On voit l'évolution de l'équipe jour après jour, offensivement comme
défensivement", reconnut Emmeline Ndongue, qui a fait un match énorme en
défense, réduisant au silence les intérieures béarnaises. Neuf rebonds, sept
interceptions, la meilleure évaluation du match (24) : Emmeline, le contrecoup
du Mondial passé, est de retour. "La défense, ça a toujours été mon truc.
Après, comme tout le monde, je veux apporter davantage, offensivement. Je sais
les points de mon jeu que je dois travailler, et ça vient, petit à petit." Une
envie de progression individuelle qui est partagée par toutes les Tango et
qui, forcément, tire l'équipe vers le haut. "On se trouve mieux, le groupe
prend forme petit à petit", poursuivit Emmeline. "On arrive désormais à mettre
toutes la même intensité, et c'est essentiel, en Euroligue bien sûr, mais
aussi dans ce style de matches comme face à Mourenx, qui peuvent toujours être
des pièges. Là, on s'est montrées incisives, on a su hausser le ton en
défense, et ça donne de très bonnes choses."
Dans une rencontre où toutes les Berruyères ont marqué, le dernier mot revint
donc à Carine Paul. Comme le symbole d'une équipe où tout le monde apporte.
Certes, l'ex pensionnaire de l'INSEP n'avait pas eu l'honneur d'entrer en jeu,
trois jours auparavant, face à Pécs. Mais quand Pierre Vincent lui donne sa
chance, comme face aux Béarnaises, elle sait la saisir à pleines mains. "Je
sais qu'il faut que je travaille, pour avoir du temps de jeu, en Euroligue
notamment. Pierre (Vincent, son entraîneur, NDLR) me demande de mettre de
l'agressivité en défense, de jouer juste offensivement, et de prendre les
shoots qui se présentent. Même si auparavant je n'avais pas trop l'habitude de
tirer à trois points." Elle s'est montrée efficace samedi dans ce domaine,
comme dans les autres. Et en semblant rester insensible au contexte, elle qui
il y a quelques mois encore évoluait en NF1. "Paradoxalement, je me sens moins
stressée à Bourges qu'à l'INSEP. Je sais que j'ai tout à apprendre, mais les
joueuses plus expérimentées nous conseillent. En plus, c'est plus facile pour
moi, avec la présence d'Endy (Miyem, NDLR) avec qui je joue depuis plusieurs
années. Alors, maintenant, la prochaine étape, c'est d'essayer de jouer en
Euroligue." Dès mercredi soir, au Prado, face à la formation belge de Namur ?
Le film du match
Mourenx n'a pu échapper aux griffes des Tango
Il n'a guère fallu que huit minutes aux Berruyères pour prendre la mesure de
leur adversaire. Ensuite, ce fut pratiquement un cavalier seul des Tango,
supérieures dans tous les compartiments de jeu et qui, méthodiquement,
creusèrent l'écart. Malgré parfois quelques petites gourmandises offensives au
demeurant bien compréhensives : quand on veut faire le spectacle et mettre du
rythme, les possibilités d'erreurs sont forcément plus grandes.
1er quart temps : si Pierre Vincent attaque avec un cinq classique, son
homologue Valéry Demory préfère le dynamisme aux centimètres, en ne mettant
que Nnindjem comme véritable intérieure. D'entrée, Mourenx se met en zone, ce
qui n'empêche pas Sonja Kireta d'ouvrir le score de l'intérieur, sur passe
décisive de Céline Dumerc. Bourges creuse un premier écart, sur un trois
points de sa capitaine, et à 13-8 (5e), Valéry Demory prend un premier temps
mort. Utile recadrage puisque, si on ne voit pas Ana Lelas, étouffée par la
défense de Cathy Melain, Mourenx revient sur un trois points d'Arrondo laissée
seule puis un panier plus lancer de Radunovic (17-16, 8e). Ce qui n'empêche
pas Bourges de terminer cette période en trombe, sur deux trois points de
Cathy Melain et un panier plus lancer d'Endy Miyem (26-19, 10e).
2e quart temps : jouant juste offensivement, les Tango doivent
procéder à quelques ajustements en défense. Ce qui est fait, avec dessous la
taille de Sonja Kireta et d'Emmeline Ndongue. Résultat, Mourenx encaisse un
14-3 à cheval sur les deux quarts temps. Dommage qu'à cet instant Endy Miyem
se retrouve déjà nantie de trois fautes (16e). Vicky Hall se déchaîne (12
points, à 6 sur 7 au tir pour l'Américaine, dans ces vingt premières minutes),
Mourenx prend une nouvelle série dans la musette (8-0) et n'inscrit que quatre
paniers sur la période (45-30, 20e).
3e quart temps : et la disette offensive va se poursuivre pour
les Béarnaises, qui ne vont inscrire que trois paniers sur ce quart temps.
Tout en perdant sous la pression neuf ballons, qui sont autant de munitions
pour les Tango. D'ailleurs, ça commence par une interception de Cathy Melain,
pour envoyer Céline Dumerc au cercle. L'ancienne capitaine des Bleues se
charge elle-même de donner aux siennes vingt longueurs d'avance (50-30, 21e).
Malgré les fautes (3e d'Emmeline Ndongue à la 26e, 4e de Vicky Hall à la 29e),
Bourges récite son basket (66-39, 30e).
4e quart temps : il n'y a bien entendu plus de match, à cet instant.
D'autant qu'Endy Miyem, puis Emmeline Ndongue, se chargent de corser la note
(70-39, 32e). Certes, Mourenx a encore quelques réactions sporadiques, sur ces
trois points d'Ana Lelas (qui marque ses deux paniers du match sur la période)
ou de Justine Agbatan. Si Bourges, désireux de faire le show, s'expose aux
pertes de balle (6 sur ce quart temps), c'est sans conséquence. Et Carine
Paul, d'un trois points plein de culot, a l'honneur de clore les débats
(88-56, 40e).
HERVE LE FELLIC
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