EUROLIGUE FÉMININE
QUARTS
DE FINALE ALLER - Bourges Basket - TEO Vilnius: 66-60
Longtemps menées au score, les Tango ont su se révolter pour signer un dernier
quart temps de folie, renvoyant les Lituaniennes dans les cordes. Bourges
n’est plus qu’à une victoire du Final four mais le plus dur reste à venir,
vendredi à Vilnius...
Un dernier quart temps de pure folie
CHRISTIAN RAGOT
On a longtemps tremblé pour les Tango mais au prix
d’un dernier quart temps de folie, elles ont su inverser la tendance qui
voyait les Lituaniennes, avec sept points d’avance à la 30e minute (42-49), se
diriger tout droit vers la victoire.
Oui mais voilà! Ce Bourges là n’avait vraiment pas envie d’échouer pour la
quatrième année consécutive aux portes du Final four et la meilleure façon de
gagner son billet , c’était de marquer son territoire dès ce premier quart à
domicile. Ce Bourges-là tenait aussi par dessus tout à préserver son
invincibilité dans sa salle. Son chaudron devrait-on dire tant le public a été
chaud bouillant, sentant qu’il lui fallait, dans ce match au couteau, jouer
son rôle de sixième joueuse à fond. Et ce Bourges là, on le sait, montre
toujours des ressources incroyables quand sa cause semble, sinon perdue, pour
le moins compromise. Des qualités de coeur, une énergie, une force intérieure,
une solidarité, un talent aussi, propres à renverser des montagnes. Scotchées
à treize points dans les deuxième et troisième quart temps (13-18 et 13-16),
les Berruyères ont paraphé une fin de match de très haute volée, faisant
déjouer Vilnius qui avait, jusque-là, eu le plus souvent la mainmise sur le
match ; Bourges n’ayant l’avantage que de la 1re à la 4e minute et de la 33e à
la fin.
On ne résiste d’ailleurs pas au plaisir de vous donner les stats du dernier
quart: 24 points pour Bourges à 10 sur 12 à deux points, 8 rebonds contre 4 à
Vilnius, deux pertes de balle seulement, 3 interceptions fatales aux
Lituaniennes et par-dessus tout, une équipe survoltée qui châtia littéralement
son adversaire. Pensez que pendant ce dernier quart, Vilnius n’a marqué que 11
points et seulement 3 paniers, accumulant les fautes d’énervement (ou de
dépit) et les pertes de balle. La pression tango avait été si forte, si
intense des deux côtés du terrain que les joueuses de Paulauskas, complètement
muselées, ne purent que constater l’évidence.
Derrière une Emmeline Ndongue exceptionnelle, auteur d’un double double (13
rebonds, 21 points), Bourges s’était montré, sur ce match du moins, le plus
fort. Pour espérer disputer leur troisième Final four consécutif, il faudra
aux Lituaniennes être très fortes, vendredi, dans leur salle. Et surtout mieux
gérer le money time. Même en cas de victoire, la cause ne sera pas entendue
pour autant car elles devront ensuite revenir au Prado, le mercredi suivant,
où elles savent d’ores et déjà ce qui pourrait les attendre...
Une entame délicate
Mais pour en arriver là, ça
n’avait pas été simple. Bourges prit pourtant un départ correct, menant
rapidement 6-0 mais Vilnius, en équipe aguerrie, répliqua par un 8-0 pour le
moins cinglant. Evina Maltsi avait le plus grand mal à contenir la gâchette
américaine Kathy Douglas (10 points en six minutes). Il fallait absolument
tenir l’Américaine et pour cela, bien inspiré, Pierre Vincent lança Flo Lepron.
Et quand Flo a décidé de “ronger son os”, c’est jusqu’à la moelle. Dans ce
duel épique, on ne vit d’ailleurs plus la joueuse des Connecticut Suns qui ne
marqua pas le moindre point avec Flo dans les jambes... Et comme Cathy Melain
en faisait tout autant face à Valuzyte, Vilnius devait s’en remettre aux
pénétrations de Dabovic pour trouver des solutions extérieures. Car en
dessous, la solide Hoffman et Streimikyte avaient à faire à forte partie avec
Vicky Hall et Emmeline Ndongue qui ne lâchaient rien, dominant alors nettement
le rebond (11- 4 lors du premier quart temps).
À la 10e minute, Bourges, mené 12-15 juste avant la rentrée de Lepron, virait
ainsi en tête, 16-15. Curieusement, c’est à cet instant que la machine
berruyère connut ses premiers soubresauts ; qu’elle commença à se dérégler.
Voulant jouer trop vite, les Tango se mirent alors à accumuler les pertes de
balles ; à subir aussi l’agressivité de la défense lituanienne. La rentrée de
Sonja Kireta, bien loin de son meilleur niveau, surtout dans un contexte
européen, n’arrangeait pas les choses. Emmeline sur le banc pour souffler un
peu, Bourges se trouva complètement démuni dans la peinture. Vilnius gagna
ainsi douze ballons au rebond (contre 5 à Bourges) dans le deuxième quart
temps. Bourges avait beau se défendre avec l’énergie du désespoir, quand on
est ainsi privé de ballons, il est difficile de faire face. Surtout face à des
joueuses aussi adroites que Dabovic ou Hoffman. Avec un bon 9 sur 15 à deux
points (mais aussi un zéro pointé aux lancers) dans le deuxième quart temps,
Vilnius virait en tête au repos: 29-33.
Il y eut bien, à la reprise, une réaction berruyère, impulsée par Emmeline
Ndongue et Vicky Hall mais Vilnius ne lâchait rien. S’engageait alors un gros
match de défenses. Avec tout l’engagement exigé en Euroligue pour tenir le
choc. Mais un petit relâchement berruyer permettait à Vilnius de se donner un
peu d’air; Bimbaïte signant un 7-0 lituanien sur un panier primé: 39-46 (27e).
Et toujours, côté berruyer ces ballons perdus bêtement par excès de
précipitation qui se transformaient en autant de ballons de contre pour
Vilnius qui confortait sa position à l’amorce du dernier quart temps: 42-49.
Révolte berruyère
Ça commençait à devenir
sérieux. À moins d’une révolte spectaculaire, on ne voyait pas comment les
Tango allaient s’y prendre pour s’en sortir. Heureusement, elles en avaient
encore sous la semelle; bien plus que les Lituaniennes. La révolte, elle vint
de Céline Dumerc. Forcément. Avec ses jambes de feu, Caps remit son équipe
dans le droit chemin. Evina Maltsi signait une première égalisation à 49-49
(32e), juste avant que Emmeline Ndongue ne donne l’avantage à son équipe dans
un brouhaha indescriptible: 51-49. Puis 53 - 50 sur un ballon volé par la
capitaine tango. C’était reparti.
Pour de bon. Sur un deux points plus faute de Valuzyte, Vilnius revenait à
moins 2 (57-55) mais l’impeccable Ndongue, à deux reprises, Melain et Maltsi
en remettaient une couche. Vilnius était KO pour le compte.
Sacrée fin de match pour une sacrée soirée...
UNE JOUEUSE DANS LE MATCH - L’intense combat d’Emmeline
Ndongue
"J’avais vraiment la hargne!"
Immense
sourire, poings serrés, au coup de sifflet final! L’image est belle, intense:
celle d’une combattante qui, avec toutes ses copines, n’a jamais accepté
l’idée même de la défaite et a su tout donner, pour que le Bourges Basket ne
se trouve plus qu’à une marche (mais quelle marche) d’un nouveau Final Four.
"J’avais la hargne! Alors oui, à la fin, il y a eu cette libération. Parce
qu’on voulait vraiment gagner ce premier match. Parce qu’on ne voulait pas
aller à Vilnius avec un revers..." Il a fallu livrer un énorme combat, et tout
particulièrement sous les cercles. Là où Emmeline est encore plus mis à
contribution, depuis que Sonja Kireta est sur un pied. Alors, Emmeline y va,
de tout son coeur. Enfin, de ses "deux coeurs de poulet (1)..." Au point
d’impressionner jusqu’à son adversaire directe, l’Américaine de Vilnius Ebony
Hoffman. "On n’a pas su trouver de réponse face à cette joueuse de Bourges."
Hargne, réussite et tactique...
Car si
on sait les énormes qualités défensives d’Emmeline, dont les bras
tentaculaires enserrent l’adversaire comme dans un étau, on n’a pas forcément
l’habitude de la voir si offensive. "Oui, j’ai été performante dans ce
secteur, je ne sais pas trop comment l’expliquer. J’ai eu des ballons, je les
ai bien négociés. Et j’ai eu pas mal de chance sur certains paniers. Voilà,
c’est ça, de la hargne et de la réussite."
De la tactique aussi, car Pierre Vincent avait bien préparé son affaire. "On
avait vu que Vilnius pouvait avoir une faiblesse, dans la défense sur le poste
cinq. On n’a pas de vraie spécialiste du poste, alors on a travaillé cette
option sur la longueur de l’action, un peu en seconde main. En prenant le
temps de trouver Emmeline." Option payante, dont Bourges cherchera encore à
profiter en Lituanie, vendredi. Sauf qu’en face, on va aussi chercher à
trouver la parade. Elle fut de tous les bons coups, la native d’Auxerre.
Effaçant l’expérimentée Streimikyte sur leur premier duel direct, moissonnant
les rebonds (6 dans le premier quart, 13 au total). Exploitant un caviar de
Céline Dumerc pour ramener une première fois les Tango à hauteur (10-10, 6e).
Décrochant panier et lancer en attaquant le cercle, à la 13e minute (21-17).
Évidemment, Pierre Vincent dut lui permettre de souffler, à la 15e minute. Et
comme par hasard, Bourges se trouva en panne de solutions offensives, et
davantage contesté au rebond. En dépit des efforts d’Endy Miyem et de Vicky
Hall.
Dès l’entame du troisième quart, Emmeline repartir au feu. Une fois oubliée
par la défense lituanienne, une fois alliée à Vicky pour faire échec à
Streimikyte. Encore là pour provoquer la troisième faute d’Hoffman. Il fallait
encore et toujours courir après le score, faire toujours davantage bloc. Pour
renverser la vapeur, pour aller chercher ce si précieux premier succès.
Alors, Emmeline continua d’y aller, de son mouvement préféré, danse du serpent
effaçant sa proie sur sa droite. Et tout cela sans vouloir donner l’air d’y
toucher, et surtout sans vouloir tirer la couverture à elle. "C’est mon job,
voilà. Je sais les objectifs de l’équipe, et pendant le match, je dois me
donner à 150%! Là, on a ramé pendant un bon bout de temps, on s’arrache sur la
fin et franchement ça fait du bien, une telle victoire. Je ne voulais pas
perdre." Il en reste un à gagner, pour aller dans le carré des reines
d’Europe. "Là-bas, ce sera très difficile", prévient Emmeline. "Elles seront
encore plus agressives et ce sera un vrai combat. Mais oui, le Final Four,
c’est un objectif!"
HERVÉ LE FELLIC
(1) Allusion au fait qu’Olivier Hirsch, l’ancien entraîneur du
Bourges Basket, avait l’habitude de dire qu’Emmeline avait un coeur de
gallinacé.
ANALYSE - Avec les entraîneurs, Pierre Vincent et Algirdas
Paulauskas
Bourges a su trouver les solutions
Depuis le temps que Pierre Vincent prévenait tout le monde.
Oui, Vilnius n’a peut être pas la renommée de Samara, du Spartak moscovite, de
Brno, le champion d’Europe en titre. Mais le champion de Lituanie, partie
prenante des deux derniers Final Four, est une équipe des plus dangereuses. Le
match d’hier soir l’a prouvé et il a vraiment fallu que les Tango donnent
tout, pour préserver leur invincibilité à domicile et se placer au mieux, dans
la course au dernier carré. "Je savais que ce ne serait vraiment pas une
partie de plaisir", put soupirer le coach tango. "Le profil de cette équipe
peut nous poser des problèmes par ses changements défensifs, par son
agressivité." Et de fait, pendant trois quarts temps, le Bourges Basket dut
faire feu de tout bois, avant de terminer en trombe. "On est mal rentré dans
le match par excès de précipitation. Certaines de nos joueuses n’ont jamais
été au Final Four. Et en ayant envie de trop bien faire, on a forcé. On s’est
mis le nez dans les barbelés." Heureusement que Bourges a su trouver les
bonnes réponses. Défensives, en voyant que l’option Evina Maltsi sur Katie
Douglas n’était pas la meilleure. "Ensuite, Flo (Lepron, ndlr) l’a tuée, et
Cathy a fini le travail." Payantes aussi les options du dernier quart. Vilnius
a dû rendre les armes. "Un match se joue pendant quarante minutes", dut
rappeler Algirdas Paulaukas, le coach lituanien. "On ne peut pas se permettre
d’absence face à une équipe comme Bourges, on ne peut pas se permettre de
laisser des rebonds. Et de rater autant de lancers (10 sur 18, ndlr). Dans ces
conditions, on ne peut pas y arriver."
Alors oui, Bourges vire en tête, mais vendredi, à Vilnius, ce sera encore plus
rude. "On repart de zéro et on va tout donner, pendant quarante minutes",
assure Pierre Vincent. On le croit volontiers.
HERVÉ LE FELLIC
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