Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
21/02/2007

 
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EUROLIGUE FÉMININE  QUARTS DE FINALE ALLER - Bourges Basket - TEO Vilnius: 66-60

Longtemps menées au score, les Tango ont su se révolter pour signer un dernier quart temps de folie, renvoyant les Lituaniennes dans les cordes. Bourges n’est plus qu’à une victoire du Final four mais le plus dur reste à venir, vendredi à Vilnius...

Un dernier quart temps de pure folie

CHRISTIAN RAGOT

On a longtemps tremblé pour les Tango mais au prix d’un dernier quart temps de folie, elles ont su inverser la tendance qui voyait les Lituaniennes, avec sept points d’avance à la 30e minute (42-49), se diriger tout droit vers la victoire.
Oui mais voilà! Ce Bourges là n’avait vraiment pas envie d’échouer pour la quatrième année consécutive aux portes du Final four et la meilleure façon de gagner son billet , c’était de marquer son territoire dès ce premier quart à domicile. Ce Bourges-là tenait aussi par dessus tout à préserver son invincibilité dans sa salle. Son chaudron devrait-on dire tant le public a été chaud bouillant, sentant qu’il lui fallait, dans ce match au couteau, jouer son rôle de sixième joueuse à fond. Et ce Bourges là, on le sait, montre toujours des ressources incroyables quand sa cause semble, sinon perdue, pour le moins compromise. Des qualités de coeur, une énergie, une force intérieure, une solidarité, un talent aussi, propres à renverser des montagnes. Scotchées à treize points dans les deuxième et troisième quart temps (13-18 et 13-16), les Berruyères ont paraphé une fin de match de très haute volée, faisant déjouer Vilnius qui avait, jusque-là, eu le plus souvent la mainmise sur le match ; Bourges n’ayant l’avantage que de la 1re à la 4e minute et de la 33e à la fin.
On ne résiste d’ailleurs pas au plaisir de vous donner les stats du dernier quart: 24 points pour Bourges à 10 sur 12 à deux points, 8 rebonds contre 4 à Vilnius, deux pertes de balle seulement, 3 interceptions fatales aux Lituaniennes et par-dessus tout, une équipe survoltée qui châtia littéralement son adversaire. Pensez que pendant ce dernier quart, Vilnius n’a marqué que 11 points et seulement 3 paniers, accumulant les fautes d’énervement (ou de dépit) et les pertes de balle. La pression tango avait été si forte, si intense des deux côtés du terrain que les joueuses de Paulauskas, complètement muselées, ne purent que constater l’évidence.
Derrière une Emmeline Ndongue exceptionnelle, auteur d’un double double (13 rebonds, 21 points), Bourges s’était montré, sur ce match du moins, le plus fort. Pour espérer disputer leur troisième Final four consécutif, il faudra aux Lituaniennes être très fortes, vendredi, dans leur salle. Et surtout mieux gérer le money time. Même en cas de victoire, la cause ne sera pas entendue pour autant car elles devront ensuite revenir au Prado, le mercredi suivant, où elles savent d’ores et déjà ce qui pourrait les attendre...

Une entame délicate
Mais pour en arriver là, ça n’avait pas été simple. Bourges prit pourtant un départ correct, menant rapidement 6-0 mais Vilnius, en équipe aguerrie, répliqua par un 8-0 pour le moins cinglant. Evina Maltsi avait le plus grand mal à contenir la gâchette américaine Kathy Douglas (10 points en six minutes). Il fallait absolument tenir l’Américaine et pour cela, bien inspiré, Pierre Vincent lança Flo Lepron. Et quand Flo a décidé de “ronger son os”, c’est jusqu’à la moelle. Dans ce duel épique, on ne vit d’ailleurs plus la joueuse des Connecticut Suns qui ne marqua pas le moindre point avec Flo dans les jambes... Et comme Cathy Melain en faisait tout autant face à Valuzyte, Vilnius devait s’en remettre aux pénétrations de Dabovic pour trouver des solutions extérieures. Car en dessous, la solide Hoffman et Streimikyte avaient à faire à forte partie avec Vicky Hall et Emmeline Ndongue qui ne lâchaient rien, dominant alors nettement le rebond (11- 4 lors du premier quart temps).
À la 10e minute, Bourges, mené 12-15 juste avant la rentrée de Lepron, virait ainsi en tête, 16-15. Curieusement, c’est à cet instant que la machine berruyère connut ses premiers soubresauts ; qu’elle commença à se dérégler. Voulant jouer trop vite, les Tango se mirent alors à accumuler les pertes de balles ; à subir aussi l’agressivité de la défense lituanienne. La rentrée de Sonja Kireta, bien loin de son meilleur niveau, surtout dans un contexte européen, n’arrangeait pas les choses. Emmeline sur le banc pour souffler un peu, Bourges se trouva complètement démuni dans la peinture. Vilnius gagna ainsi douze ballons au rebond (contre 5 à Bourges) dans le deuxième quart temps. Bourges avait beau se défendre avec l’énergie du désespoir, quand on est ainsi privé de ballons, il est difficile de faire face. Surtout face à des joueuses aussi adroites que Dabovic ou Hoffman. Avec un bon 9 sur 15 à deux points (mais aussi un zéro pointé aux lancers) dans le deuxième quart temps, Vilnius virait en tête au repos: 29-33.
Il y eut bien, à la reprise, une réaction berruyère, impulsée par Emmeline Ndongue et Vicky Hall mais Vilnius ne lâchait rien. S’engageait alors un gros match de défenses. Avec tout l’engagement exigé en Euroligue pour tenir le choc. Mais un petit relâchement berruyer permettait à Vilnius de se donner un peu d’air; Bimbaïte signant un 7-0 lituanien sur un panier primé: 39-46 (27e). Et toujours, côté berruyer ces ballons perdus bêtement par excès de précipitation qui se transformaient en autant de ballons de contre pour Vilnius qui confortait sa position à l’amorce du dernier quart temps: 42-49.

Révolte berruyère
Ça commençait à devenir sérieux. À moins d’une révolte spectaculaire, on ne voyait pas comment les Tango allaient s’y prendre pour s’en sortir. Heureusement, elles en avaient encore sous la semelle; bien plus que les Lituaniennes. La révolte, elle vint de Céline Dumerc. Forcément. Avec ses jambes de feu, Caps remit son équipe dans le droit chemin. Evina Maltsi signait une première égalisation à 49-49 (32e), juste avant que Emmeline Ndongue ne donne l’avantage à son équipe dans un brouhaha indescriptible: 51-49. Puis 53 - 50 sur un ballon volé par la capitaine tango. C’était reparti.
Pour de bon. Sur un deux points plus faute de Valuzyte, Vilnius revenait à moins 2 (57-55) mais l’impeccable Ndongue, à deux reprises, Melain et Maltsi en remettaient une couche. Vilnius était KO pour le compte.
Sacrée fin de match pour une sacrée soirée...

 

UNE JOUEUSE DANS LE MATCH - L’intense combat d’Emmeline Ndongue

"J’avais vraiment la hargne!"

Immense sourire, poings serrés, au coup de sifflet final! L’image est belle, intense: celle d’une combattante qui, avec toutes ses copines, n’a jamais accepté l’idée même de la défaite et a su tout donner, pour que le Bourges Basket ne se trouve plus qu’à une marche (mais quelle marche) d’un nouveau Final Four.
"J’avais la hargne! Alors oui, à la fin, il y a eu cette libération. Parce qu’on voulait vraiment gagner ce premier match. Parce qu’on ne voulait pas aller à Vilnius avec un revers..." Il a fallu livrer un énorme combat, et tout particulièrement sous les cercles. Là où Emmeline est encore plus mis à contribution, depuis que Sonja Kireta est sur un pied. Alors, Emmeline y va, de tout son coeur. Enfin, de ses "deux coeurs de poulet (1)..." Au point d’impressionner jusqu’à son adversaire directe, l’Américaine de Vilnius Ebony Hoffman. "On n’a pas su trouver de réponse face à cette joueuse de Bourges."

Hargne, réussite et tactique...
Car si on sait les énormes qualités défensives d’Emmeline, dont les bras tentaculaires enserrent l’adversaire comme dans un étau, on n’a pas forcément l’habitude de la voir si offensive. "Oui, j’ai été performante dans ce secteur, je ne sais pas trop comment l’expliquer. J’ai eu des ballons, je les ai bien négociés. Et j’ai eu pas mal de chance sur certains paniers. Voilà, c’est ça, de la hargne et de la réussite."
De la tactique aussi, car Pierre Vincent avait bien préparé son affaire. "On avait vu que Vilnius pouvait avoir une faiblesse, dans la défense sur le poste cinq. On n’a pas de vraie spécialiste du poste, alors on a travaillé cette option sur la longueur de l’action, un peu en seconde main. En prenant le temps de trouver Emmeline." Option payante, dont Bourges cherchera encore à profiter en Lituanie, vendredi. Sauf qu’en face, on va aussi chercher à trouver la parade. Elle fut de tous les bons coups, la native d’Auxerre. Effaçant l’expérimentée Streimikyte sur leur premier duel direct, moissonnant les rebonds (6 dans le premier quart, 13 au total). Exploitant un caviar de Céline Dumerc pour ramener une première fois les Tango à hauteur (10-10, 6e). Décrochant panier et lancer en attaquant le cercle, à la 13e minute (21-17). Évidemment, Pierre Vincent dut lui permettre de souffler, à la 15e minute. Et comme par hasard, Bourges se trouva en panne de solutions offensives, et davantage contesté au rebond. En dépit des efforts d’Endy Miyem et de Vicky Hall.
Dès l’entame du troisième quart, Emmeline repartir au feu. Une fois oubliée par la défense lituanienne, une fois alliée à Vicky pour faire échec à Streimikyte. Encore là pour provoquer la troisième faute d’Hoffman. Il fallait encore et toujours courir après le score, faire toujours davantage bloc. Pour renverser la vapeur, pour aller chercher ce si précieux premier succès.
Alors, Emmeline continua d’y aller, de son mouvement préféré, danse du serpent effaçant sa proie sur sa droite. Et tout cela sans vouloir donner l’air d’y toucher, et surtout sans vouloir tirer la couverture à elle. "C’est mon job, voilà. Je sais les objectifs de l’équipe, et pendant le match, je dois me donner à 150%! Là, on a ramé pendant un bon bout de temps, on s’arrache sur la fin et franchement ça fait du bien, une telle victoire. Je ne voulais pas perdre." Il en reste un à gagner, pour aller dans le carré des reines d’Europe. "Là-bas, ce sera très difficile", prévient Emmeline. "Elles seront encore plus agressives et ce sera un vrai combat. Mais oui, le Final Four, c’est un objectif!"

HERVÉ LE FELLIC

(1) Allusion au fait qu’Olivier Hirsch, l’ancien entraîneur du Bourges Basket, avait l’habitude de dire qu’Emmeline avait un coeur de gallinacé.

 

 

ANALYSE - Avec les entraîneurs, Pierre Vincent et Algirdas Paulauskas

Bourges a su trouver les solutions

Depuis le temps que Pierre Vincent prévenait tout le monde. Oui, Vilnius n’a peut être pas la renommée de Samara, du Spartak moscovite, de Brno, le champion d’Europe en titre. Mais le champion de Lituanie, partie prenante des deux derniers Final Four, est une équipe des plus dangereuses. Le match d’hier soir l’a prouvé et il a vraiment fallu que les Tango donnent tout, pour préserver leur invincibilité à domicile et se placer au mieux, dans la course au dernier carré. "Je savais que ce ne serait vraiment pas une partie de plaisir", put soupirer le coach tango. "Le profil de cette équipe peut nous poser des problèmes par ses changements défensifs, par son agressivité." Et de fait, pendant trois quarts temps, le Bourges Basket dut faire feu de tout bois, avant de terminer en trombe. "On est mal rentré dans le match par excès de précipitation. Certaines de nos joueuses n’ont jamais été au Final Four. Et en ayant envie de trop bien faire, on a forcé. On s’est mis le nez dans les barbelés." Heureusement que Bourges a su trouver les bonnes réponses. Défensives, en voyant que l’option Evina Maltsi sur Katie Douglas n’était pas la meilleure. "Ensuite, Flo (Lepron, ndlr) l’a tuée, et Cathy a fini le travail." Payantes aussi les options du dernier quart. Vilnius a dû rendre les armes. "Un match se joue pendant quarante minutes", dut rappeler Algirdas Paulaukas, le coach lituanien. "On ne peut pas se permettre d’absence face à une équipe comme Bourges, on ne peut pas se permettre de laisser des rebonds. Et de rater autant de lancers (10 sur 18, ndlr). Dans ces conditions, on ne peut pas y arriver."
Alors oui, Bourges vire en tête, mais vendredi, à Vilnius, ce sera encore plus rude. "On repart de zéro et on va tout donner, pendant quarante minutes", assure Pierre Vincent. On le croit volontiers.

HERVÉ LE FELLIC