Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
26/02/2007

 
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EUROLIGUE FÉMININE QUART DE FINALE RETOUR - Vainqueur de Vilnius (60-54), Bourges disputera son septième Final Four

Super récompense d’un groupe épatant

HERVÉ LE FELLIC envoyé spécial

"On m’aurait dit que cette année, on serait au Final Four, j’aurais bien rigolé!" Payez vous une belle tranche de rigolade, Monsieur Pierre Vincent, coach de Bourges. Le dernier carré, vous y êtes, après trois saisons à voir le train partir sans vous et les vôtres.
Oui, après 1996, 97, 98, 99, 2001 et 2003, il y aura désormais2007! Et s’il se dit forcément fier de sa troupe, Pierre Vincent consent à avouer qu’il est fier de son job, et de celui de tout son staff. "Je trouve ça assez savoureux... L’an dernier, on fait une saison superbe, un quart de finale excellent au cours duquel on a deux blessées et on meurt au dernier shoot. Et là, on nous parlait d’une nouvelle équipe de Bourges, moins forte. Que tout le monde sous-évaluait. Et on y va, à ce Final Four. Cela relance les valeurs fondamentales des sports collectifs: le coeur, la complémentarité, la solidarité, l’engagement, le respect des différences aussi."

Les valeurs face aux portefeuilles
Trois ans qu’il patientait dans l’antichambre de l’Euroligue, qu’il attendait de mettre pleinement les pieds dans la grande histoire européenne tango. Comme sa capitaine, Céline Dumerc, qui a dû vivre comme un calvaire les derniers instants du choc lituanien, hier soir. Pour avoir été sortie par des arbitres permissifs d’un côté, tatillons de l’autre, à la 37e minute. "Ce fut horrible à vivre, ces dernières minutes! On ne peut rien faire. Pas de conneries, bien sûr, pas de mauvais choix ou de pertes de balle. Mais en même temps tu te dis que tu as lâché l’équipe!" Alors, en passant le relais à Flo Lepron, qui a signé un grand match hier, Caps a eu ce message, cette offrande: "Tu en es capable!" Elles l’étaient toutes, et c’est ça, la force extraordinaire de cette équipe. Tellement loin du star-system initié par des poches trop débordantes d’artiche, de ceux qui s’offrent une équipe comme naguère on se payait une danseuse, et sans plus de scrupules. "On est une équipe", poursuivit Céline. "Chacune apporte, chacune a apporté à Vilnius. On a respecté les consignes, on n’a rien lâché en défense. C’était dur partout, au rebond, ailleurs. On s’est fait taper dessus, on ne pouvait pas jouer offensivement. Mais on a su aussi y mettre de l’intensité. On a su se battre!"
Oui, cette équipe a des tripes, mais elle a aussi une âme. Cette subtile alliance des caractères, des parcours, de la jeunesse et de l’expérience, le tout soudé par une envie majeure: aller ensemble au feu, pour que l’aventure soit belle, mémorable pour ses actrices et pour leur entourage. "Lors du deuxième match de la saison, qu’on avait perdu de deux petits points, les filles étaient tout à la fois frustrées, mais aussi heureuses parce qu’elles pensaient alors en prendre vingt", se rappela hier soir, tout à sa joie intérieure, Pierre Vincent. Exemple édifiant. "Elles avaient une évaluation négative d’elles-mêmes. Mais quand on fait un pas de plus tous les jours, on n’a pas de limite!"

Le septième de Cathy
Et pas de limite, ça donne quoi, au Final Four, coach? "C’est la cerise sur le gâteau. On va se retrouver face à des équipes surdimensionnées, mais on n’aura rien à perdre!" Déjà, Céline Dumerc et les autres verront ça. "Enfin", lâcha la capitaine tango. "Ça fait la cinquième saison que je joue en Euroligue, et ça faisait trois ans que j’échouais en quarts. Alors là, c’est un super moment de bonheur. C’était un de mes objectifs, et finalement, c’est ce que j’avais dit: premier match des quarts gagné, Final Four assuré, non?" Elles ne sont que deux, dans l’effectif tango, à avoir vécu ces moments incomparables. Sonja Kireta, pas plus tard que la saison dernière avec Valenciennes. Et Cathy Melain, qui était des six précédents, et sans qui, visiblement, on ne peut pas aller dans le dernier carré des reines d’Europe (ça, elle ne va pas aimer du tout, la Rennaise!). "Oui, c’est vrai, la dernière fois, c’était... il y a longtemps (2003 très exactement, ndlr) », déclara Cathy. "Mais il y a là une morale. C’est de plus en plus dur, vu ce que devient le basket en Europe. On est le petit, l’artisan, qui se bat face aux grosses industries. Alors oui, il y a une forme de justice, parce que le basket est un sport collectif. On avait cette saison une équipe grandement renouvelée, mais la sauce a pris rapidement. Et encore, on a une marge, par le fait qu’avec les blessures, on a trop rarement pu profiter du potentiel total de l’équipe. Sur ce match de Vilnius, on a pu voir qu’on avait les reins solides. On n’a pas flanché!"
Ce n’est pas le genre de la maison. D’une formation qui ose le mélange des genres, des cultures, des générations, des caractères. "Il faut trouver la bonne alchimie et chacune apporte au groupe", explique Cathy. Quand même, quel parcours!
Même si Bourges n’était pas dans le groupe le plus compliqué, le C, celui... de Valenciennes, il fallait quand même parvenir à battre cette armada de Samara, elle aussi qualifiée pour le Final Four (du 30 mars au 1er avril, dans un lieu qui reste à déterminer). Il fallait mettre Pécs à la raison, ne rien lâcher au Prado. Et dominer, en deux manches sèches, cette équipe de Vilnius qui vaut beaucoup mieux que la réputation qu’on peut lui faire, par rapport aux supposées grosses écuries continentales. "À tous les matches, on est là", put se satisfaire Pierre Vincent. "Notre force, c’est qu’on ne sait jamais quelle joueuse va être bonne... mais l’adversaire non plus. Moi, je n’ai jamais parlé de se qualifier pour le Final Four, mais du chemin à emprunter pour prétendre y parvenir. Là, sur ce match retour, on fait encore quelques erreurs: dans l’engagement physique, parce qu’il fallait arrêter de se plaindre et sortir les coudes; et en attaque, il ne fallait pas jouer en pénétration, puisque les arbitres ne sifflaient rien, mais au contraire tenter des shoots."
Alors oui, ce fut chaud, intense, physique et même irrespirable. Mais elles l’ont fait! Elles ont arraché leur part de rêve, et ne le doivent à personne. À elles de le vivre

 

Mais jusqu’où peut aller cette équipe ?

HERVÉ LE FELLIC envoyé spécial

Hervé Coudray, l’entraîneur de Mondeville est, en plus d’un bon stratège, un fin pronostiqueur. Dès l’élimination de sa troupe, en huitièmes de finale d’Euroligue, par le Bourges Basket, il avait eu cette certitude: "Face à Vilnius (que les Normandes avaient rencontré lors de la première phase, ndlr), les Berruyères vont se qualifier en deux manches." Bien vu, coach. Même si ce ne fut vraiment pas dans la facilité. Mais comment peut-il en être autrement, à ce stade de la compétition ? Vilnius a été, comme attendu, une formation rugueuse, pratiquant une défense pas toujours très légale et mettant en balance une très grosse agressivité. L’équipe du sieur Paulauskas, dont l’effectif reste stable depuis plusieurs saisons, a aussi fourni un basket qui, pour être simple, comme le juge Pierre Vincent, n’en est pas moins efficace. Alors, dis-moi qui tu as éliminé, et je te dirai ce que tu vaux… Et cette équipe berruyère, née il y a un peu plus de quatre mois, seules Cathy Melain et Céline Dumerc restant du règne hexagonal précédent, a vraiment de la valeur. Ses valeurs.

La défense c’est indispensable
"Je pense que si Bourges peut imposer sa défense, elle passera", avait ajouté à l’époque Hervé Coudray. Soixante points encaissés mardi à l’aller, cinquante quatre vendredi soir dans la salle lituanienne, contrat rempli. Coaching parfait, aussi, de la part de Pierre Vincent, qui a décidément un art consommé pour tirer la quintessence des qualités de ses joueuses et pour donner à un ensemble forcément hétéroclite, vu les âges et les parcours, une véritable âme. Une volonté et un langage communs. Dans l’atmosphère irrespirable de Vilnius, on en a encore eu quelques beaux exemples, vendredi.
32e minute : Céline Dumerc, alors nantie de quatre fautes, ressort du banc. Pour signer immédiatement un coast to coast.
34e minute : le coach berruyer rappelle aux affaires Vicky Hall et toute sa science du jeu. L’Américaine, aussitôt, plante à trois points et assomme Vilnius pour le compte. Et dire qu’une telle joueuse, championne du monde en 1990, va vivre dans quelques semaines son premier Final Four ! "Oui, c’est comme si d’un coup j’étais une jeune joueuse", put rire Vicky. "C’est vrai que moi, comme Cathy Melain, enfin spécialement elle, on essaie d’apporter ce qu’on a pu vivre aux filles. On a l’expérience de ces moments chauds." Et mieux valait ne pas perdre les pédales, en Lituanie, avec un écart qui jamais ne dépassa les dix unités. Elles ont été parfaites, les Tango, dans ce contexte délicat. "Les arbitres laissaient beaucoup jouer. C’était vraiment très dur de pouvoir s’exprimer, de prendre des shoots", expliqua Vicky. "Mais on a tout le temps mené, et c’est une juste récompense. On n’a pas eu jusque-là une saison simple : on a tout le temps eu des blessées, on n’a jamais eu le groupe au complet pour travailler. Alors oui, c’est une superbe récompense. On aura 25 % de chances au Final Four, et rien à perdre." Voisine de secteur intérieur de l ’ Américaine, Emmeline Ndongue avait le discours aussi laconique que la performance indispensable sur le parquet, surtout depuis début janvier que Sonja Kireta, longtemps blessée, n’apporte plus son précieux concours. Elle était du dernier Final Four berruyer, en 2003, Emmeline, et elle va revivre l’expérience, l’année de son retour chez les Tango, après un passage aixois. "Voilà, on a su se serrer les coudes face à Vilnius, mais maintenant, c’est la fête." Concis, on vous dit. Oui, ce sera quoi qu’il arrive la fête. "C’ est un grand moment d’aller au Final Four, et si on s’y prépare bien, pourquoi pas ?", lança Evina Maltsi. Le Bourges Basket s’y retrouvera en richissime compagnie, quoi qu’il arrive (1). Et se frottera forcément à des cadors, à des épées, comme aurait dit Audiard. Mais qui peut dire les limites de ce groupe berruyer ? Qui l’aurait vu ainsi qualifié pour la fête européenne, et en deux manches sèches encore ? Si, fin mars, toutes sont en grande forme, tout est possible. Car elles ne perdront pas en route ces qualités de coeur, de solidarité, d’engagement, de rigueur et de discipline. Ni cette capacité à relever les défis. À propos, samedi prochain, c’est Valenciennes qui débarquera au Prado, pour le championnat cette fois…

(1) Pour le moment, seules Bourges et Samara sont qualifiées. Mercredi prochain, il y aura belle entre le Spartak Moscou et Brno, tout comme entre Fenerbahçe et Valence.