LIGUE FÉMININE
LA
22E
JOURNÉE - Bourges a
terrassé Valenciennes sur un dernier lancer (58-57)
La tête pour un tout petit lancer
HERVÉ LE FELLIC
La
victoire aux forceps du Bourges Basket sur son meilleur rival valenciennois et dans un Prado de feu, samedi soir? Un bon coup tactique, un gros coup de force, un bon coup de chance, un constant respect des consignes, et un énorme morceau de bravoure.
Bon coup tactique. Il reste vingt secondes à jouer, Valenciennes mène d’un point et Pierre Vincent prend un temps mort.
"J’ai demandé à ce qu’on joue sur Sonja (Kireta, ndlr). Je savais qu’il y aurait faute sur elle, j’étais persuadé que ça serait sifflé". Élodie Godin, l’ancienne Tango, commet ladite faute, Sonja va sur la ligne des lancers. Un sur deux, égalité (57-57) et neuf secondes à jouer.
Gros coup de force. Sur l’échec de Sonja, Emmeline Ndongue bataille pour arracher le rebond et décroche en prime la faute de Vedrana Grgin-Fonseca, autre ex-Berruyère. Deux lancers en prime, pour la gagne! Même pas peur?
"Cathy (Melain, ndlr) m’a dit... comme d’habitude." À savoir "tu vas les rater". De quoi décontracter Emmeline, paraît-il. Elle met le premier, pas le second, reprend la sphère et shoote immédiatement derrière, alors que la sagesse était, à six secondes de la fin, de faire tourner.
"Je ne pensais qu’au fait qu’il nous fallait gagner de plus de cinq points, pour récupérer le point average sur Valenciennes. Alors, j’ai voulu scorer. Mais oui, c’était une grosse connerie." Sans conséquence, le point final fut berruyer.
Bon coup de chance. Les arbitres, complètement dépassés par les événements, tantôt intransigeants, tantôt permissifs et donc toujours à côté de la plaque, ont refusé à Valenciennes un panier d’Émile Gomis, coupable à leurs yeux d’un passage en force. À 54-53 pour l’Usvo et deux minutes à jouer, l’affaire est lourde de conséquences. Et doit encore faire pester dans les chaumières valenciennoises. On n’aura pas l’avis du coach nordiste, Laurent Buffard, sur ce sujet. Il a préféré déclarer forfait en conférence de presse. Comme si on y était pour quelque chose. Ça ne fait plus partie du métier, de donner ses impressions aux journalistes, et donc indirectement au public?
Constant respect des consignes. C’était le choc des deux meilleures défenses de l’Hexagone. Avant le choc, Bourges encaissait en moyenne57 points... et en a pris 57. Valenciennes concédait 56 points, et en a pris 58. Bourges avait deux cibles prioritaires. Limiter autant que faire se pouvait le rayonnement offensif de Sandrine Gruda, la perle du basket féminin français. La jeune fille a certes terminé meilleure marqueuse (16 points), restant dans sa moyenne, mais ne marquant que six paniers tout en concédant huit pertes de balle, sous la pression tango. Emmeline Ndongue n’y fut pas pour rien, comme ses copines de l’intérieur.
L’autre axe essentiel du jeu valenciennois, c’est la meneuse australienne et championne du monde, Kristi Harrower. Et ça, c’est le rayon de Céline Dumerc (suppléée par Flo Lepron).
"Caps fait un grand match, malgré la pression que Valenciennes a mis sur elle", estima Pierre Vincent. Harrower termina la rencontre sans pouvoir mettre un panier en huit tentatives, et avec un seul point au compteur.
"Il fallait la couper, lui mettre la pression", expliqua Pierre Vincent. "Défendre sur elle était un élément majeur", ajouta Céline Dumerc.
"Alors oui, la laisser à ce niveau, c’est forcément une satisfaction."
Énorme morceau de bravoure. Le courage, la volonté de ne pas chuter une première fois cette saison à domicile. Voilà ce qui a porté les Tango au succès. Bien sûr, elles n’ont pas récupéré le point average sur Valenciennes, vainqueur de quatre unités à l’aller. Mais pour capitaine Céline, il y a plus important.
"À la fin du match, Cathy (Melain, ndlr) et Emmeline (Ndongue) étaient un peu déçues à cause de ça. Mais moi, je ne veux retenir que la victoire. Ça s’est joué à un rien et de toute façon, sur ce match, il n’y avait pas quatre points de différence entre les deux équipes. On a eu face à nous un très bon adversaire, et tous les détails ont compté. Un dernier rebond... On a bénéficié d’un excellent public, comme depuis le début de la saison. Ça nous pousse, de pouvoir donner un peu de bonheur
aux gens."
Le bonheur, c’est aussi la pole position arrachée aux Valenciennoises, qui sont même passées par Villeneuve-d’Ascq. Le bonheur d’un instant, peut-être, car comme le rappelle le président Pierre Fosset,
"il reste encore des déplacements délicats, à Aix, à Tarbes". N’empêche, les Tango, sommet après sommet, assurent. Et leur coach avoue ne pas savoir jusqu’où.
LE
FILM DU MATCH - VO menait encore à 45 secondes de la fin
Un chassé-croisé haletant
Entre deux formations se connaissant par coeur, il ne pouvait
y avoir d’effet de surprise. Invaincues cette saison dans leur salle, les
Tango étaient décidées à le rester. Quant aux Nordistes, dépouillées de tous
leurs titres la saison dernière par ces mêmes Berruyères, elles n’avaient
qu’une envie : être les premières à leur faire mordre la poussière dans le
chaudron du Prado, rempli jusqu’aux cintres pour la circonstance.
Il n’y eut donc pas de temps morts dans ce match qui sera d’une grande
intensité physique et émotionnelle jusqu’au bout. Sous l’impulsion de Céline
Dumerc et de Evina Maltsi, Bourges prit le meilleur départ (12-6 à la 6e). Il
est vrai que durant ce premier quart temps, les Tango firent jeu égal au
rebond (9-9) ; Emmeline Ndongue réussissant à limiter au maximum le champ
d’action de la perle nordiste, Sandrine Gruda qui dut se contenter d’un seul
panier lors du premier quart-temps. Premier quart-temps remporté 17-12 par
Bourges sur un ultime panier primé de Maltsi.
Mais la réplique nordiste ne tarda pas. Laurent Buffard lança Boba Tuvic dans
la bataille et VO mit alors la main sur le rebond (3-9 dans le deuxième
quart). Privées de deuxièmes chances, pressées par une défense nordiste très
agressive, les Berruyères, accumulant les pertes de balle, eurent alors un
petit coup de moins bien et l’USVO en profita pour signer un lourd 0-9 (17-21
à la 13e). Il était plus que temps de réagir. La révolte berruyère s’organisa
à partir d’une défense encore plus resserrée. Et d’un panier primé de Maltsi
qui permit de stopper l’hémorragie (20-21). C’était le début d’un
chassé-croisé permanent et haletant ; les Tango virant toutefois en tête au
repos avec deux petits points d’avance : 31-29 (20e). C’était loin d’être
gagné. Mais Bourges jouait bien, mettait beaucoup de rythme et d’intensité
dans toutes ses actions ; également beaucoup d’énergie à défendre et à jouer
juste.
Sous la pression, les Nordistes commençèrent à lâcher des balles au rebond ; à
commettre aussi beaucoup de fautes (trois pour Gomis et Bade) pour contenir
Dumerc, Melain et Maltsi sur leurs pénétrations. Un instant, Bourges fit même
un petit break à 46-40 (29e) mais Hermouet, à trois points, ramena VO dans le
match sur le buzzer : 46-43 (30e).
Un final confus…
Le mano a mano continua de
plus belle dans le dernier quart-temps. De plus en plus physique, heurté,
haché aussi un par un arbitrage parfois trop permissif et d’autres fois trop
pointilleux. On nota deux égalités à 48 puis à 50. Il y avait alors du KO dans
l’air. Telle une sangsue, Gomis s’accrocha aux basques de Dumerc, sans faire
dans la dentelle, mais c’est Cathy Melain qui, avec beaucoup de métier alla
chercher deux points plus faute, donnant à nouveau l’avantage à Bourges, 53-52
(36e). Gruda fit encore l’effort (53-54) et Gomis pensa bien avoir creusé un
break définitif avec un panier plus faute… Mais au grand dam de Buffard, les
arbitres sanctionnèrent l’arrière nordiste d’une faute offensive. Sans doute
pour l’ensemble de son oeuvre…
Un caviar de Dumerc à Ndongue, les cinquièmes fautes de Gomis et Hall,
donnèrent une odeur de soufre à cette fin de match. À 56-57 pour VO à 45
secondes du buzzer, Pierre Vincent relança Kireta avec mission de la chercher
en dessous. Coaching payant puisque la grande croate obtint la faute face à
Élodée Godin ; à 9’’du terme. Premier lancé réussi : 57-57. Le deuxième était
manqué mais Emmeline Ndongue, impeccable, était au rebond. Vedrana
Grgin-Fonseca n’eut d’autres ressources que de faire faute. Emmeline ne passa
qu’un seul lancer, suffisant pour offrir la victoire aux Tango dans un Prado
en délire. On vous laisse, en revanche, imaginer la grosse colère des
Nordistes qui eurent l’impression d’avoir été volées au coin du bois,
notamment en raison du panier refusé à Gomis à la 38e minute pour une faute
offensive imaginaire. Ça promet, en tout cas, pour les prochains Bourges -
Valenciennes…
CHRISTIAN RAGOT
|