LIGUE FÉMININE
LA 24E
JOURNÉE -
Facile vainqueur de Challes (74-40), Bourges garde la tête du championnat
La route de Moscou est bien ouverte
HERVÉ LE FELLIC
D ix
fautes contre Bourges,
vingt-quatre contre Challes. Trente-six lancers à tenter pour les Tango, trois
pour les Savoyardes. Si cette énorme différence n’a rien de scandaleuse, dans
la mesure où Bourges a fait preuve d’une telle supériorité que son succès ne
souffre aucune discussion, elle est tout de même exagérée. Une fois encore,
l’arbitrage (en l’occurrence celui de Yann Henry et Denis Jouenne) a été hors
sujet, à côté de l’esprit d’un match pas plus physique que ça, finalement. Et
ça n’a pas aidé le spectacle.
On comprend aisément que l’affaire ait un peu irrité Corinne Bénintendi, la
coache de Challes. "Bourges mérite son succès, et n’avait vraiment pas besoin
de ça. Les arbitres se sont trompés dans l’esprit. Ils m’ont dit, en guise
d’explication, qu’on ne jouait pas le même basket que Bourges. Pourtant, on
essaie de défendre proprement, comme le font les bonnes équipes."
Challes de tout coeur avec les Tango
Corinne Bénintendi ne se
voile pas la face. L’arbitrage n’explique pas la défaite des siennes. "Il nous
manquait Martina Luptakova, notre meilleure joueuse, blessée au dos. En plus,
on a raté beaucoup trop de shoots ouverts. Il nous a manqué de l’adresse, un
peu d’expérience aussi pour jouer avec un peu plus de stabilité et exister
davantage. En tout cas, on est de tout coeur avec Bourges, pour son Final Four
!"
Une cinglante démonstration
Car ça y est, on y est, ou
presque ! Bourges savait qu’avant cet énorme rendez-vous, il y avait des
priorités à assurer. Les deux déplacements à Tarbes et Aix, cette réception
toujours délicate d’accrocheuses Savoyardes. Toutes missions remplies, sans
trembler, et avec la manière. Devant Challes, ce fut limpide. Un quart-temps
pour prendre le pouls, et en avant. "Challes est une équipe qui court partout,
dans tous les sens", expliqua Pierre Vincent, qui a vu ses joueuses mettre une
dizaine de minutes avant d’imposer leur propre tempo. "On n’est pas si fort
dans le jeu rapide et on tombe parfois dans le piège qui consiste à vouloir
mettre plus de rapidité que l’adversaire. On doit pousser, mais sans prendre
trop de risques, dans le même temps."
Dès le deuxième quart, les Tango entamèrent leur démonstration. En trouvant
parfaitement, dessous, Sonja Kireta, en bénéficiant aussi des coups d’éclat d’Evina
Maltsi. En faisant parler la défense, tout en trouvant les bonnes pistes
offensives. "Challes met beaucoup d’agressivité, d’impact et il faut savoir
s’adapter à une attitude défensive aussi ambitieuse. C’est bien, on s’en sort
correctement", put se réjouir Pierre Vincent.
Le troisième quart fut du même tonneau. Challes ne parvint pas davantage à
trouver la faille, au contraire de Cathy Melain ou Vicky Hall, dont les choix
de shoot furent parfaits. En six minutes (de la 26e à la 32e), les visiteuses
furent incapables d’inscrire le moindre point. Et encaissèrent dans le même
temps un cinglant 15-0. Sonja Kireta termina parfaitement le travail, pour un
large et probant succès berruyer. "On a eu une bonne préparation pour le Final
Four", jugea Pierre Vincent. Bourges va prendre le chemin de Moscou l’esprit
tranquille, dégagé de toute préoccupation nationale. Tous les pièges ont été
évités, le style de jeu est bien en place, la défense à son meilleur niveau et
la confiance au zénith. La première place de la phase régulière est toujours
dans la poche. Et on sent le groupe tango à son meilleur niveau. Au meilleur
moment. Alors, Moscou, les voilà ! "On va y aller en ayant confiance en nos
moyens", affirme le coach berruyer. "On sait que ce Final Four est un
événement exceptionnel, et on veut y prendre part pleinement. Faisons-nous
plaisir, en réalisant ce qu’on sait faire, et on verra ce qui va se passer."
Récolter le fruit du travail accompli
On les sent prêtes à faire
un coup, les Tango. Avec l’envie de créer la sensation, avec une belle
confiance en leurs moyens, leurs possibilités, même face à des armadas comme
Valence (demi-finale vendredi), le Spartak Moscou ou Samara. "C’est une chose
inespérée d’être à ce Final Four", lance Pierre Vincent. "On a montré, depuis
le début de la saison, du courage, de l’intelligence. On a élevé notre niveau
de jeu, tranquillement. Ça prend du temps, ça demande du travail. La
complémentarité, le respect des différences, la confiance, ce sont des valeurs
essentielles en sport collectif. Alors, on ne se surestime pas, mais on ne
sous-estime pas non plus !"
UNE
JOUEUSE DANS LE MATCH - Le grand retour de Sonja Kireta
"Je me sens de mieux en mieux"
Juste un poil plus de vingt minutes de jeu, et des
statistiques personnelles édifiantes : 24 points, 8 sur 11 au tir, 13 rebonds
et 7 fautes provoquées, pour une évaluation de 31. Plus de doute à avoir :
c’est le retour au premier plan de Sonja Kireta, le pivot du Bourges Basket.
On l’avait déjà vue à son aise à Tarbes (11 points, 10 rebonds en 18 minutes)
et à Aix; cette fois, elle a crevé l’écran, mettant au supplice une formation
de Challes qui se retrouva aussi minée par l’intérieur. "Je me sens de mieux
en mieux, c’est vrai", put sourire la meilleure marqueuse de la soirée. "J’ai
de bonnes sensations, je sens que les choses s’améliorent match après match.
Mais ça a été long." Fin décembre, Sonja était victime d’une entorse à la
cheville, qui la privait du déplacement à Namur. Juste après la trêve, c’est
son pied qui lui faisait des misères, l’interdisant d’entraînement et bien sûr
de compétition. "Revenir à son niveau, cela prend forcément du temps, après
une si longue coupure", explique son coach, Pierre Vincent, forcément heureux
que le jeu de son équipe puisse retrouver en la blonde Croate un solide point
d’ancrage. Sa présence simplifie, il est vrai, bien les choses sous les
cercles, où Sonja est à la fois utile pour alimenter le score et pour
décourager l’adversité, par son envergure.
"Nous pouvons nous qualifier pour la finale !"
"Je reviens au bon moment,
juste avant la ligne d’arrivée!" Le moment est idéal, pour le Bourges Basket
qui s’apprête à se lancer dans la partie décisive de la saison, celle où se
gagnent les titres. Et qui va commencer par ce fameux Final Four, que Sonja va
retrouver après y avoir pris la saison dernière la troisième place, sous le
maillot valenciennois. On sent Sonja, comme ses coéquipières, en confiance.
Rassurée par la solidité du collectif, celle qui a déjà permis cette saison
"de remporter de grands matches, que ce soir devant Samara ou devant Pécs". Et
pour Sonja, il n’y a vraiment aucune raison pour que les Tango ne soient pas à
la hauteur, cette prochaine fin de semaine, au Final Four moscovite. "Les
quatre meilleures équipes d’Europe sont là, et tout est possible. Bien sûr, on
ne nous donne pas beaucoup de chances, par rapport aux deux équipes russes.
Valence (son ancien club, que Bourges affrontera vendredi en demi-finale, ndlr)
aussi a un très fort effectif. Mais je pense qu’on peut aller en finale, et
après, pourquoi pas?"
Sonja le sent, le jeu berruyerest désormais bien en place. Il y a cette
qualité défensive qui est le socle de tout. Mais aussi cette capacité à
s’exprimer collectivement, à former un groupe dont la solidité permet de
gommer les coups de moins bien des unes et des autres. Avec une Sonja
convalescente, Bourges a su répondre présent à chaque mission. Maintenant que
la grande Croate a récupéré la plénitude de ses moyens, Pierre Vincent va
pouvoir disposer d’une palette de tactiques encore plus riche. Alors, oui,
vraiment : pourquoi ne pas afficher l’optimisme dont fait preuve la blonde
Berruyère?
HERVÉ LE FELLIC
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