FINAL FOUR DE MOSCOU
DEMI-FINALE - Ros
casares Valence - Bourges Basket, 73-59
Elles sont passées tout près du rêve…
CHRISTIAN RAGOT
Envoyé spécial
Les Tango avaient bien des raisons d’être déçues au coup de
sifflet final. Car cette équipe de Valence, aussi forte soit-elle, n’était
certainement pas imbattable.
D’aucuns disaient, comme pour consoler les joueuses de Pierre Vincent, qu’être
au Final four, en compagnie de clubs aussi puissants et opulents que le
Spartak, Samara et Valence, c’est déjà un exploit. Mais pour Céline Dumerc, le
coeur gros, "une défaite reste une défaite. Quel que soit l’adversaire. Alors,
forcément, on est toutes déçues…". Implacable.
Les Berruyères avaient pourtant mis tous les atouts de leur côté, en préparant
ce match avec un souci du détail poussé à l’extrême. Tous les plans de jeu,
toutes les solutions défensives avaient été minutieusement étudiés par Pierre
Vincent et Cédric Binauld. Restait à les mettre en application. Cathy Melain
pour faire taire la gâchette Elena Tornikidou ; Vicky Hall pour contenir
Delisha Milton ; Sonja Kireta pour faire opposition au 212 centimètres de
Dydek ; Flo Lepron et Evina Maltsi pour tenir en laisse Laia Palau et Alison
Feaster ; Emmeline Ndongue pour lutter au rebond contre De Souza… A charge,
ensuite de faire la bonne sélection de shoots ; de ne pas laisser de paniers
faciles dans un sens comme dans l’autre ; et de se montrer un peu adroit. Un
plan mûrement réfléchi, qui a parfaitement fonctionné lors du premier quart
temps.
Une entame parfaite
L’entame berruyère fut
excellente, même si c’est
l’équipe espagnole qui signa le meilleur départ avec une Erika De Souza partie
sur des bases élevées (elle sera élue MVP du match N.D.L.R.) : 2-6 (3e).
Pierre Vincent n’hésita pas, alors, à griller un premier temps mort pour
ramener un peu de sérénité dans les rangs. Option payante puisque Bourges,
avec beaucoup de maîtrise, passait devant à la quatrième minute (8-6) sur un
contre de Céline Dumerc. Melain en percussion, Ndongue en dessous, Hall à
trois points permettaient aux Tango de faire un premier petit break (15-11 à
la 7e). Manolo Real lançait Dydek et Palau ? Pierre Vincent répliquait en
lâchant Kireta et Lepron sans que le rendement berruyer s’en ressente. Et à la
fin du premier quart temps, Bourges virait logiquement en tête, 21-16.
Du travail bien fait avec des compteurs bloqués à 3 et 4 points pour
Tornikidou et Milton… Poursuivant sur leur lancée, les Berruyères portaient
leur avance à +10 sur deux lancers de Cathy Melain, qui était allée défier
Laia Palau : 30-20 (23e). Auparavant, avec un culot monstre, Endy Miyem avait
aligné cinq points consécutifs, montrant des perspectives encourageantes pour
l’avenir. Mais déjà, les Tango avaient de plus en plus de mal à tenir le
rebond. Et moins de rebonds, c’est moins de possibilités de jeu rapide ;
également moins de deuxièmes chances… Embêtant quand l’adresse n’est pas
vraiment au rendez-vous.
Comme l’avait prédit Laia, l’équipe espagnole avait aussi compris que, même si
ce n’est pas dans ses habitudes, elle se devait de faire des efforts en
défense. Et plus les minutes passaient, plus ça devenait difficile pour les
Berruyères qui avaient du mal face à la défense de zone valenciane. Néanmoins,
au repos et malgré un déficit important au rebond (21 contre 10), les Tango,
menées de deux points, étaient toujours dans le match : 37-39.
Manque de puissance
C’est là que les choses
commencèrent à se gâter vraiment. Avec une De Souza impériale, Valence entama
son travail de sape. Les Berruyères résistaient, mais elles rataient bien trop
de shoots faciles pour espérer revenir : 39-44 à la 22e, 45-50 à la 26e.
L’expérience, et plus encore la puissance de l’équipe espagnole commençaient à
faire leur oeuvre. Mais deux paniers primés d’Endy Miyem et Cathy Melain en
fin de quart permettaient aux Tango de continuer à y croire : 53-57 à la 30e.
Un instant, la quatrième faute de Milton laissa penser que l’exploit était
toujours possible (55-61). Mais Manolo Real fit le bon choix en maintenant
l’Américaine sur le parquet… Même si c’est Aguilar, avec deux paniers venus
d’ailleurs, qui tua le match pour de bon. Les Tango encaissaient un sévère
6-16 dans le dernier quart temps pour un résultat finalement logique. 47
rebonds à 25, 28 sur 57 aux tirs contre 23 sur 67 à Bourges… Les chiffres
parlent d’eux mêmes. Reste à souhaiter bonne chance à Laia pour la finale… Et
aux Tango à remettre l’ouvrage sur le métier.
ANALYSE Avec
les entraîneurs, Pierre Vincent (Bourges) et Manolo Real (Valence)
Valence a pris le rebond, Bourges a peiné en attaque
Bourges y croyait vraiment, mais Bourges n’a pu, hier soir, que constater les dégâts. Et la force supérieure du Ros Casares Valence, ce qui n’est pas à proprement parler une surprise quand on voit les joueuses qui composent le leader du championnat espagnol. Toutes les Berruyères l’avaient dit, avant même le lancement de ce Final Four. Pour que leur équipe ait une chance de l’emporter, il fallait remplir deux conditions : tenir en défense pour concéder moins de 65 points, et trouver les bonnes pistes offensives. Au final, le score indique sèchement qu’aucun de ces objectifs n’a été atteint. Trop sèchement même, parce qu’il ne rend pas compte de tous les efforts consentis par la troupe de Pierre Vincent.
L’un des tournants du match, comme le souligna le coach berruyer Pierre Vincent, ce fut le rôle des arbitres dans le troisième quart. Certes, il n’y eut rien là de scandaleux, mais leur intransigeance vis-à-vis de la défense tango eut pour conséquence d’envoyer rapidement Valence sur la ligne des lancers francs automatiques. Les Espagnoles mirent ainsi huit lancers sur dix tentatives.
"L’agressivité de Valence a été récompensée, pas la nôtre, souligna l’entraîneur tango. On a mis du temps à s’adapter à cette situation, et à privilégier, puisque les arbitres ne sifflaient pas en notre
faveur, les shoots extérieurs." Un secteur où, en prime, les Tango ne connurent pas une réussite suffisante pour prétendre à la gagne.
"Ça s’est joué sur ces coups de sifflet du troisième quart, ainsi que sur notre difficulté à contrôler près du cercle, au rebond." Ce fut l’une des grandes causes de la défaite tango, ce rebond. Le différentiel (47 à 25) fut trop grand, privant les Tango de la sphère dans les deux peintures.
"On n’a pas une équipe très grande, ni très athlétique, et on le paye." Et encore ! Valence s’appuya un minimum sur la géante Malgorzata Dydek. Mais Erika De Sousa (19 points, 15 rebonds) joua les déménageuses, tandis que DeLisha Milton fit son oeuvre habituelle, malgré l’excellente défense de Vicky Hall (voir par ailleurs). D’ailleurs, pour Pierre Vincent, Bourges est certes tombé face à forte opposition, mais sans passer au travers pour autant.
"En première mi-temps, on a laissé trop de choses à Valence. On a pourtant bien réussi à contrôler Milton et De Sousa, à cet instant, mais on a raté trop de choses faciles. Pourtant, elles n’étaient alors pas si à l’aise que ça." Au point que Bourges se retrouva nanti de dix longueurs d’avance… mais sans pouvoir conserver cet avantage jusqu’à la fin du deuxième quart.
"En deuxième mi-temps, on a réussi à mieux les contrôler défensivement, poursuivit Pierre Vincent dans son analyse. Les fautes sifflées
nous ont alors coûté cher…" Pour le coach tango, le fait que seules, dans son effectif, Cathy Melain et Sonja Kireta aient une expérience significative du Final Four n’est pas un facteur d’explication.
"D’ailleurs, Endy (Miyem, N.D.L.R.), qui était la saison dernière en NF1, a joué juste. C’est vrai que certaines ont été un peu plus en difficulté offensivement, mais on sait que de toute façon, dans ce
domaine, on a des limites." C’est vrai que ce n’est pas sur sa puissance de feu que le Bourges Basket peut s’appuyer avec sûreté.
"On a, en définitive, fait un bon match, par rapport à notre niveau", estima le coach berruyer.
"On avait le sentiment de ne pas être si loin que ça, la déception n’en est que plus
grande." Il faudra maintenant rebondir pour présenter son meilleur visage face à Samara, demain, troisième place en jeu.
"On veut finir cette histoire magnifique…"
Valence en finale devant la montagne
Valence aussi. Et selon le coach berruyer, les Espagnoles ne partent pas battues d’avance.
"Moscou est très impressionnant, mais Valence est passé si près de la mort, en quarts devant Fenerbahçe, que cette équipe n’a rien à perdre." Et peut s’appuyer sur la confiance née du succès d’hier.
"Le Spartak, c’est la meilleure équipe en Euroligue, convient l’entraîneur espagnol, Manolo Real. Notre chance passe par notre défense, c’est évident." Ce fut aussi l’argument payant de Valence, hier soir.
"Dans la première mi-temps, on a laissé à Bourges trop d’attaques faciles. "C’est pourquoi à la pause, j’ai demandé à mes joueuses de faire preuve de davantage de concentration dans les un contre un. On a pu alors développer nos attaques. Le rebond fut également une des clés de la rencontre. Ça fait plusieurs mois maintenant qu’on le travaille, pour pouvoir se sortir d’affaire dans ce
genre de matches." Valence en est récompensé. Et peut rêver d’escalader la montagne russe. Sans avoir rien à perdre.
HERVÉ LE FELLIC
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