MATCH POUR LA 3 E
PLACE
CSKA SAMARA
- BOURGES BASKET : 68-59
Les Tango n’ont vraiment pas à rougir
CHRISTIAN RAGOT
Envoyé spécial à Moscou
Quatrième ! Comme en 2003 à Bourges. Mais le Petit Poucet
tango n’a pas été dévoré tout cru au pays des ogres russes, opposant même une
belle résistance. Bien sûr, on rêvait d’exploit. Forcément, on imaginait qu’il
était possible de battre Valence pour avoir le droit de disputer la finale.
Mais pour n’avoir joué sur leur véritable valeur que le temps d’une mi-temps,
la première, les Berruyères durent laisser la place à la nouvelle équipe de
Laia Palau, l’ex-idole du Prado. Pas de quoi rougir cependant en regard de
l’effectif impressionnant du club espagnol ; juste de quoi éprouver un brin de
frustation, car on a longtemps eu l’impression qu’un Bourges à son meilleur
niveau pouvait passer.
Un départ calamiteux
Mais un nouveau challenge
était aussitôt lancé pour trouver une motivation nouvelle : terminer à une
inédite troisième place pour Bourges en sept participations au Final Four. Un
challenge, plutôt un Everest, car cette fois, c’était le grand Samara qui se
dressait devant l’équipe de Pierre Vincent. Avec sa cohorte de stars, russes
ou étrangères. Samara, qui avait déjà été battu de deux points, cette saison,
au Prado, par des Tango transcendées…
Le genre de match où il est impératif de limiter au maximum les erreurs et
d’être soi même à son meilleur niveau pour au moins espérer faire jeu égal ;
la victoire se jouant généralement sur les détails. Mais d’entrée de jeu, les
Berruyères plombaient leur match. Samara n’avait pourtant rien de l’équipe
flamboyante qu’elle sait être dans les grandes circonstances. Pensez qu’il
fallut attendre plus de cinq minutes le premier panier tango, signé Maltsi… et
ce, après un 0 sur 8 aux tirs pour l’équipe tango. Samara menait alors 8-0...
La rentrée de Kireta allait apporter du mieux. Avec un bon point d’ancrage,
capable de provoquer des fautes en dessous ou de ressortir des ballons, les
Tango se donnaient davantage de possibilités, mais il était bien tard. Avec un
pitoyable 2 sur 14 aux tirs (des tirs pourtant pris pour la plupart à très bon
escient) et un rebond en difficulté (8 contre 15), la cause semblait déjà
perdue à la fin du premier quart temps : 16-7.
Bourges en tête…
Un quart temps qu’elles
allaient traîner comme un boulet. Car pour recoller au score, il leur faudrait
dépenser énormement d’énergie et forcément, elles le paieraient plus tard.
Mais bon, on n’a pas non plus le droit de baisser les bras dans un Final Four,
hein ? Et quand la cause semble perdue, c’est justement là qu’il faut tout
lâcher. Toujours solides en défense, grappillant enfin quelques ballons au
rebond… et sérieusement recadrées par Pierre Vincent, les Tango sortaient peu
à peu la tête de l’eau. Dès la reprise du deuxième quart, elles signaient un
5-0 qui les rapprochaient à 16-12, mais Samara répliquait par un 5-0 et tout
était à refaire : 21-12 (14e). Toutefois, le travail de sape de Kireta en
dessous commençait à payer. Et comme Maltsi, aussi effacée contre Valence
qu’efficace hier devant Samara, avait la main chaude (24 points, 7 sur 13 à
deux points, 3 sur 5 à trois pour finir), Bourges signait un 11-2 qui le
propulsait devant au tableau luminueux à 1’26’’ de la mi-temps. Piquées au
vif, les joueuses d’ Igor Groudine mirent quand même un petit coup
d’accélérateur par cette diablesse de Valdemoro pour virer en tête au repos :
33-20.
Bourges remportait quand même le quart temps 23-17, revenant dans le match ;
c’était déjà très bien.
Avec les honneurs…
Durant tout le troisième
quart temps, puisant dans leurs réserves, les Berruyères allaient encore
traiter d’égal à égal avec l’armada russe. Chaque ballon valait de l’or,
aussi, il était important de faire les bons choix ; de ne pas gâcher. Comme
sur cette interception qui aurait dû permettre de revenir à deux points, mais
qui, mal négociée, se terminait par un panier bonifié de Valdemoro (47-40, 26e
). Néanmoins, et malgré des arbitres ne sifflant pas toujours dans le sens du
jeu et toujours au désavantage des Tango, avec six points de retard seulement
à l’amorce de la dernière ligne droite (52-46, 30e), on pouvait toujours
espérer. Pierre Vincent repartait alors avec une équipe 100 % française, très
appliquée, mais qui avait du mal sur la zone russe (57-49, 33e). Le coach
relançait alors Evina Maltsi mais la fatigue engendrée par cette énorme
course-poursuite commençait à faire son oeuvre. Voulant trop bien faire, les
Berruyères commettaient quelques petites erreurs, notamment en défense,
aussitôt exploitées par les Russes. Au final, Bourges échouait, avec les
honneurs, à neuf points du champion d’Europe 2005 : 68-59.
ANALYSE Les
Berruyères ont tout donné, sans pouvoir empocher la victoire
L’opposition était vraiment trois crans au-dessus…
Brut de décoffrage, le bilan pourrait apparaître franchement
moyen : deux matches, deux défaites, c’est vrai qu’on rêvait mieux, avant que
ne commence ce Final Four. Mais justement, on rêvait. À l’exploit. Il n’est
jamais venu, et le Bourges Basket est reparti bredouille de la capitale russe.
Mais il est une autre réalité qu’il faut aussi souligner : le Bourges Basket,
cette saison, est la quatrième équipe d’Europe. Et terminer derrière le
Spartak Moscou, Valence et Samara, franchement, il n’y a pas de quoi rougir.
C’est d’ailleurs ce que soulignait le président berruyer, Pierre Fosset. Qui
ne voulait pas trop s’appesantir sur ce match pour la troisième place. "On a
pris un mauvais départ, et on l’a traîné jusqu’à la fin de la rencontre. Ce
que je constate, c’est que quand on voit le niveau général des équipes
présentes à ce Final Four, y participer, c’est déjà très bien. On ne se trouve
pas dans la même catégorie, c’est tout. Nos joueuses ont tout donné. On a,
c’est vrai, manqué d’adresse, mais on est tombé sur des adversaires hyper
forts."
Et le président berruyer ne le sait que trop : l’écart risque de se creuser de
plus en plus, entre les nantis et les autres. "On entend de plus en plus
parler de sommes folles, ça explose. Même les agents sont effarés (encore que
leur pourcentage suit la hausse, ndlr). Nous, il faut déjà qu’on essaie de
rester à notre niveau, et c’est difficile. Qu’on reste dans nos projets, qu’on
présente un basket de qualité. On en était tout de même à notre septième Final
Four…" Et il ne fut pas le moins accompli, en plus. Vu l’opposition, c’est
plus que méritoire. Exemple hier, face à Samara. S’il n’y avait eu cette
mauvaise entrée en matière, qui sait ? Parce que dans le deuxième quart-temps,
ce furent bel et bien les Berruyères qui mirent leurs adversaires dans le
doute. "On a fait un bon match", estime Pierre Vincent, le coach tango. "Il y
a bien eu des bricoles, quelques petites erreurs. On a voulu imposer à Samara
une pression défensive haute, mais on est alors parfois allé trop loin. On
s’est un peu découvert, et face à des shooteuses comme Valdemoro et Arteshina,
ça ne pardonne pas. Mais on ne peut pas en vouloir à cette équipe d’avoir
voulu se battre et d’avoir cherché des solutions. Il aurait fallu faire un
match parfait et avoir en plus une belle réussite offensive, pour avoir une
chance de battre Samara. On s’est engagé, on s’est battu, il n’y a pas à avoir
honte."
Les Berruyères la tête haute
D’autant que peu de
Berruyères connaissaient cet événement si particulier qu’est un Final Four. Et
à ce niveau-là, l’expérience est un facteur essentiel, sinon capital. "C’est
un grand honneur d’avoir participé à ce Final Four", put souligner Céline
Dumerc, qui elle aussi découvrait l’affaire. "On doit être fières de notre
parcours, sur l’ensemble de cette Euroligue. Même si on la termine par deux
défaites, on doit garder la tête haute !" Cathy Melain avait une analyse
identique, ou peu s’en faut. "On n’a pas à rougir de ce qu’on a fait. On se
rend bien compte que les trois autres équipes sont au dessus de nous. Ce n’est
pas une question de travail, c’est uniquement l’argent qu’on n’a pas et qu’on
n’aura sans doute jamais. On ne verra pas Tina Thompson en Ligue féminine. On
a joué les matches, on a donné tout ce qu’on pouvait donner."
Les Tango ont cru en leurs forces, les ont exploitées à fond . Simplement ,
elles étaient moindres que celles de leurs richissimes adversaires. C’est la
loi du sport. Enfin, une certaine loi du sport…
HERVÉ LE FELLIC
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