Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
16/04/2007

 
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La victoire d’un groupe de "Géantes"

Venu pour voir, avec le secret espoir de décrocher le gros lot, le collectif berruyer, admirable, a fini par mater son meilleur ennemi valenciennois après prolongation au terme d’un match haletant. Chapeau les filles!


CHRISTIAN RAGOT

Quel match! Quelle intensité. Quel suspense. Et pour finir, le Trophée de la Fédération remis à une merveilleuse Céline Dumerc, véritable détonateur du collectif berruyer. Un collectif de “Géantes” dans toutes l’acception du terme. Oui, vraiment, elles ont été formidables les joueuses de Pierre Vincent. Elles ont puisé dans l’adversité (les blessures de Ndongue et Kireta... et un arbitrage vraiment trop défavorable pendant un bon quart d’heure au point de susciter quelques interrogations qu’on l’on préfère croire mal placées) des ressources insoupçonnées pour refaire leur handicap sur une équipe nordiste au complet (-10) et mieux l’assommer dans le dernier quart temps et la prolongation (19-30).
Sacrée équipe qui a élevé le mot collectif à la hauteur d’une institution. Un collectif à la force mentale exceptionnelle, qui ne lâche jamais rien. Et qui a la chance d’être remarquablement coaché par un Pierre Vincent qui, tout autant qu’une Céline Dumerc, véritable booster du groupe, a pris une part prépondérante dans ce succès en prenant toujours les bons choix tactiques et en faisant des rotations judicieuses (ce qui a permis à l’éclopée Sonja Kireta et à la jeune Carine Paul de participer activement à la fête).

Du très haut niveau
Mais pour en arriver là, croyez nous, les Tango ont dû ra m e r. Quelle débauche d’énergie. Quel engagement. Quelle âpreté dans ce sommet opposant les deux mammouths du basket féminin français. Le premier quart temps fut même d’une très haute volée technique et tactique, digne du standing des deux équipes, avec très peu de déchet. VO , dans le sillage de Gruda, sembla se détacher (2-6 à la 2e) mais sur un panier bonifié de Caps Dumerc, Bourges passait pour la première fois en tête trente secondes plus tard: 7-6. C’était le début d’un chassé croisé haletant. Sur les premières rotations de Pierre Vincent, les Tango faisaient un premier petit break (14-8) mais VO recollait à 16-16 (9e ). Maltsi et Dumerc en remettaient une couche (21-16) avant qu’Harrower ne marque en... dessous presque sur le buzzer (21-18, 10e).
Du bon et du beau basket... Jusqu’à ce que les arbitres et plus particulièrement Johann Jeanneau s’en mêlent. Ce fut alors un festival allant toujours contre Bourges. Un arbitrage plus que tendancieux qui fit sortir Pierre Vincent plus d’une fois de ses gonds... Et de sa veste.

Un arbitrage curieux
Il n’en fallait pas plus aux Nordistes pour signer un 0-10 (21-26) qui laissait les Berruyères dans les starting blocks. Mais quand M. Jeanneau siffla faute offensive contre Maltsi alors que Krissy Bade, qui croyait avoir été pénalisée, avait sportivement levé la main, ce fut la goutte d’eau qui aurait pu faire déborder le vase. A cet instant , Pierre Fosset envisagea même faire sortir son équipe; c’est dire... Les joueuses avaient bien du mérite à garder leur calme (enfin presque); un arbitrage semblable pouvant faire dégénérer un match.
Tout cela pour dire que VO remporta aisément le deuxième quart-temps, 18-8, pour virer en tête au repos, 29-36. Sans doute conscients de leurs égarements, les arbitres se reprirent au beau milieu du troisième quart et Bourges put à nouveau jouer au basket. On vit alors Céline, Cathy, Endy, Evina et les autres se jeter comme des mortes de faim sur chaque ballon, mais toujours avec intelligence. Et rester ainsi dans le match: 41-48 (30e). Le moment était venu de lâcher les chevaux; de ne plus calculer. La course-poursuite , palpitante, insoutenable, s’engagea sur des bases élevées. Evina Maltsi apportait des points précieux, Cathy Melain et Emmeline Ndongue maîtrisaient le rebond et Bourges grignotait son retard: 48-52 puis 57-58 sur un trois points de Caps admirable.
A cinquante secondes de la fin, Cathy Melain obtenait panier plus faute face à Gruda (60-58). Ajoutez un lancer de Dumerc (61-58) et on croyait que c’était gagné. Mais Harrower s’échappait pour arracher la prolongation, à trois points: 61-61.

Insoutenable
Cinq minutes de rab’ dans une salle surchauffée. Cinq minutes où le mental, la rage, la gnac, le métier des Tango allaient faire la différence. Cinq minutes où VO encaissait un 10-6 (avec deux paniers primés des anciennes - tout un symbole -, Melain etDumerc). Valenciennes avait lâché prise, avait laissé trop de gomme face à la défense de fer berruyère. Le Trophée du tournoi de la Fédération (le sixième dans l’histoire du club) va donc rester à Bourges une saison de plus. Reste maintenant à s’attaquer au championnat et à la Coupe de France... Allez les filles, on y croit! Et vous aussi, on le sait.


 

ANALYSE - Avec les coaches, Pierre Vincent et Laurent Buffard

Le mental tango était supérieur

Il n’a pas, dans le basket féminin français, que Bourges et Valenciennes. En terre neversoise, Montpellier et Villeneuve-d’Ascq ont clairement indiqué que la concurrence serait de plus en plus forte, pour les deux places fortes du ballon orange. Mais n’empêche : quand Bourges et Valenciennes se retrouvent, qui plus est en finale, c’est toujours un grand, très grand spectacle. Une lutte au couteau, un suspense de tous les instants. Un choc, un vrai.
Dans ces contextes tendus au possible, c’est bien souvent le mental qui fait la différence. Et force de reconnaître qu’hier, sur les bords de Loire, les tronches et les coeurs tango étaient mieux arrimés, mieux tendus vers l’objectif suprême, la gagne.
D’ailleurs, Laurent Buffard, le coach valenciennois, qui doit commencer à trouver que la plaisanterie, à savoir les finales perdues face à Bourges, dure un peu trop longtemps, n’en faisait pas mystère."On a vu une équipe qui, comme le dit Céline Dumerc, ne lâche rien, a un leadership. Et nous, cette saison, on ne l’a pas." Et le futur entraîneur d’Ekaterinbourg d’énumérer... les qualités berruyères. "Pendant qu’on ne met pas, sauf par Harrower, un tir extérieur, Bourges peut compter, par exemple, sur Evina Maltsi. J’ai vu une Berruyère de trente ans et plus, Cathy Melain pour ne pas la nommer, qui est présente 40 minutes dans tous les secteurs de jeu. Bourges a beaucoup de maturité, d’expérience. Et nous, on a bien Harrower etGruda, mais on ne peut pas jouer qu’avec deux joueuses, on a besoin des autres." La déception était visible, sur le visage du coach valenciennois. "On fait des cadeaux ! On mène de dix points, et dans la foulée on rate trois lay-up de suite. On ne sait pas tuer le match, voilà! On prend trente points dans les quinze dernières minutes et on sait très bien qu’en finale, si on ne gagne pas le dernier quart, on n’a rien à espérer. Alors oui, je suis très déçu. Chacune de nos joueuses doit faire son bilan individuel..."

Le bonheur simple des Tango...
On s’en doute, côté Pierre Vincent, le visage était tout autre. Du bonheur, bien sûr, mais aussi du soulagement et surtout une grande et belle fatigue. On le sent, ces derniers jours ont été éprouvants, avec l’incertitude régnant autour des participations d’Emmeline Ndongue et plus encore de Sonja Kireta. "On a décidé au dernier moment de la faire jouer. Elle a pu faire deux ou trois rotations et ça a permis aux autres de récupérer." On sent aussi le coach berruyer admiratif de ce que sa troupe est capable d’accomplir. Presque étonné, même.
"On s’est battu avec nos armes." Celles qui, cette saison, ont permis les plus beaux exploits, dont, cerise sur le gâteau, une qualification pour le Final Four. Et cette victoire dans le Tournoi, il a fallu aller la chercher tellement loin. "Ça remet en valeur la dimension collective du sport", savoura le coach berruyer. "Il y a dans cette équipe des joueuses de valeur, de devoir. De vraies professionnelles. Alors oui, elles ne sont pas Taurasi ou Thompson (les stars américaines du Spartak Moscou, ndlr), mais ce sont des joueuses de basket. Elles ont des qualités, et veulent le montrer au monde entier. Cette équipe veut montrer qu’elle existe, et elle l’a fait dans cette finale. On ne peut aller nulle part si on n’y va pas ensemble."
On était loin de ces considérations tactiques qui habituellement sont le sel des discours d’après-match. On parlait émotion, "force intérieure d’une équipe, ce qui lui permet de faire des coups d’éclat." On sentait au discours de Pierre Vincent toute l’âme de ce groupe, qui va vouloir aller chercher tout ce qu’il pourra. Oui, c’était simplement beau.

HERVÉ LE FELLIC