CHAMPIONNAT DE FRANCE,
FINALE
RETOUR - US Valenciennes Olympic - Bourges Basket : 70-61
Bourges rend son titre avec les honneurs
CHRISTIAN RAGOT
L’ an
passé, Sandra Le
Dréan était en larmes pour faire ses adieux au public du Hainaut. En
remportant une belle que les Nordistes avaient sans doute gagné dans
leur tête avant de l'avoir jouée, les Tango avaient gâché la fête de la
dernière joueuse emblématique de l’USVO. La déception passée, les
Valenciennoises n’eurent, cette saison, qu’une obsession en tête: rendre la
monnaie de leur pièce aux Berruyères. Et comme la belle Sandra (qui jouera
encore à Prague la saison prochaine) était venue soutenir son club de coeur,
l’envie était grande, côté VO, de plier cette finale en deux manches sèches.
Forcément, côté berruyer, on ne l’entendait pas de cette oreille. Finir la
saison un vendredi, ce n’est pas la panacée. Et puis, outre le retour de Vicky
Hall, et la défense d’un titre durement conquis l’an passé, les Tango avaient
une raison supplémentaire de se sublimer avec l’anniversaire de Cathy Melain.
Et quel plus beau cadeau pouvaient-elles lui offrir qu’une belle? Cathy qui
avait été si malheureuse mercredi au Prado (0 sur 10 au tir!) où les Tango
s’inclinèrent pour le seule et unique fois de la saison, toutes compétitions
confondues. C’est dire que dans un camp comme dans l’autre, il n’était pas
question de lâcher.
Le réveil de Cathy
Avec Vicky dans le cinq de
départ près de Lepron, Melain, Maltsi et Ndongue), les Tango trouvaient tout
de suite la faille par Emmeline en dessous. Mais Gomis, toujours aussi
agressive dans son jeu et Gruda remettaient bien vite les pendules à l’heure
(6-2, 3e). Toutefois, les Berruyères ne lâchaient rien. Pierre Vincent lançait
Kireta et sur son premier shoot, Cathy Melain trouvait le cercle, à trois
points s’il vous-plaît, pour égaliser à 9-9. A cet instant, Bourges faisait
largement jeu égal avec les Nordistes qui pouvaient cependant s’appuyer sur le
talent pur de Gruda, le métier d’Harrower et l’activité de son duo Bade-Gomis
ainsi qu’une belle adresse (7 sur 9) pour maintenir les Tango à distance qui
avait cependant retrouvé une adresse correcte (par rapport à mercredi) avec 6
sur 11 aux tirs mais aussi seulement 5 sur 8 aux lancers: 20-18 (10e). Il y
avait match!
Au coude à coude
Ça aurait pu continuer dans
le genre... si Bourges n’avait pas été aussi maladroit dans le deuxième quart,
souvent pour s’être trop précipité en attaque et en ayant mal attaqué la zone
adverse. Il est vrai que la défense de VO était resserrée à l’extrême et
contestait toutes les tentatives berruyères; il n’empêche! Les Tango
réussissaient quant même à prendre de bonnes positions, tant intérieur
qu’extérieur, mais ça ne voulait pas rentrer. Pensez donc! Trois malheureux
paniers (sur 16 tentatives!) en dix minutes. Et tous ces layup ratés en
dessous. Pff...VO n’en demandait pas davantage. Sans être exceptionnelles, les
Nordistes, à cet instant dominatrices au rebond ((19-13) faisaient normalement
un petit break au repos: 35 -28. Il faut croire que Pierre Vincent a su
trouver les mots justes durant le repos car Cathy Melain et ses coéquipières
signaient une reprise en mode majeur. Ndongue en dessous, Cathy à trois
points, Endy aux lancers... Et VO encaissait un 0-7 synonyme d’égalité: 35-35.
Malgré une Gomis au four et moulin, les Berruyères, maîtrisant aussi mieux le
rebond , avaient le bon goût d’insister. Et de trouver des solutions
offensives. Kireta, en dessous, leur permettait de passer devant à la 26e:
40-41. Tout devenait possible... Mais en très championne qu’elle est, qui sait
toujours se retrouver dans les grandes occasions, Kristy Harrowe r, à trois
points, remettait de l’ordre dans la maison jaune. Les Tango, qui avaient
beaucoup donné, perdaient un peu de lucidité. Et surtout, Maltsi prenait sa
quatrième faute personnelle. Tuvic (4 fautes elle aussi) et Grgin-Fonseca ,
répliquaient à Ndongue mais VO devait quand même laisser le quart-temps aux
Berruyères, 14-17(49-45, 30e).
C’est passé tout près
Un retard de quatre points
qui n’aurait rien eu d’insurmontable si les Berruyères n’avaient pas autant
gaché de ballons dans la dernière ligne droite. Si elles avaient aussi passé
leurs lancers (11 sur 18)... Les deux équipes restèrent ainsi longtemps au
coude à coude: 52 - 49 à la 33e et même 56 - 55 à la 34e sur un belle
inspiration de Miyem. Les Tango ne lâchaient rien et on sentait que la
pression était sur VO. Quand Krissy Bade, en force, réussit à atteindre le
cercle, on vit Laurent Buffard taper du poing. Gruda et Tuvic trouvaient
ensuite la faille en dessous et le break était fait: 62-55 (37e).
Bourges avait laissé passer sa chance... VO, avec une régularité de métronome,
fit enfler ensuite l’écart sur les lancers d’Harrower: 70-61. Il n’est pas
question de penser un seul instant que VO n’a pas mérité sa victoire et son
septième titre de champion de France, rejoignant ainsi le Bourges Basket dans
l’histoire. Mais on persiste à penser que les Tango pouvaient le faire;
arracher une belle. Ça aurait été chouette pour Céline Dumerc... Ça s’est joué
à rien. Une balle perdue par ci, trop de lancers francs manqués, une faute non
sifflée par là, une adresse insuffisante (2 sur 11 pour Maltsi)...
Dommage. La saison aura quand même été belle.
ANALYSE - Avec les deux coaches, Pierre Vincent (Bourges) et Laurent Buffard
(Valenciennes)
Les réserves physiques et l’adresse étaient Nordistes
Une grande et belle émotion… Au milieu de ce parquet qu’il a
foulé pendant huit ans, de ses supporters, de quelques-unes des soixante-dix
joueuses qui sont passées sous sa coupe, Laurent Buffard, l’historique coach
valenciennois, fit ses adieux. Enfin, son "au revoir" : le monde du basket
féminin est si petit…"Oui, il n’y pas de plus belle émotion que de terminer
ainsi ce parcours. J’ai vécu tellement de choses dans cette salle, dans ce
club ! Des déceptions, bien sûr, comme la perte du titre de champion de France
la saison dernière… Mais aussi des moments forts, intenses!"
Et hier soir, pour son dernier tour de piste avant d’aller humer l’air
d’Ekaterinbourg, il en eut encore, de l’émotion. Des craintes, des angoisses,
certainement. Et puis une grande délivrance, et la certitude de quitter la
scène nordiste par la grande porte. Il fallut que, comme lors du match aller,
ses joueuses s’arrachent, donnent tout pour reprendre aux Berruyères ce
sceptre national. "Je pense que nous avons avant tout été plus frais. De notre
côté, on a été aussi mieux organisé que dans les premiers moments de la
saison, où on tournait beaucoup moins bien. Cette finale retour a été un match
très dur, très physique. Par rapport à l’aller, Bourges avait, en la personne
de Vicky Hall, une rotation supplémentaire. Pour nous, ce fut forcément un
problème de plus. Mais on a eu cette capacité de mettre les paniers qui
comptent au bon moment. On avait une énorme volonté, une très grande
motivation!"
Bourges aussi, forcément. Malgré le handicap d’avoir perdu le match aller, et
de toujours devoir faire sans son cerveau, sans la dépositrice en chef de son
jeu, Céline Dumerc. Comme à l’aller, les Tango ne manquèrent ni de volonté, ni
de combativité, et encore moins de coeur. Et encore une fois, elles échouèrent
de peu. Bien moins loin que ne l’indiquent les scores de ces deux manches, en
tout cas.
Valenciennes a scoré quand il le fallait
"Valenciennes était le plus
fort, puisque Valenciennes a gagné", nota, la voix forcément un peu triste,
Pierre Vincent, le coach berruyer. Il a manqué ces petits quelque chose, ces
riens qui font un gros tout. Qui font un énorme chagrin, qui ont fait couler
des larmes des yeux d’Emmeline Ndongue, sortie quelques instants avant les
autres, pour cause de cinquième faute. Une de ses actions symbolisa
parfaitement ce dernier match tango. À 60-55 pour l’USVO et un peu plus de
trois minutes à jouer, tout était encore possible. Le mouvement d’Emmeline fut
parfait, en face d’une Boba Tuvic elle aussi contrainte à la passivité
défensive, avec quatre sanctions dans la musette. Seulement voilà : le ballon
frappa le cercle, tourna… pour ressortir. Sur ses deux actions suivantes,
Valencienes scora sans souci, par Vedrana Grgin-Fonseca, puis Émilie Gomis.
Hier, Valenciennes rata moins, dans les moments chauds. Et surtout rayon
lancers francs…"Oui, à chaque fois, on n’est pas loin, admit Pierre Vincent.
Seulement voilà : mes joueuses sont au bout du rouleau. On a eu tellement de
blessées, ça fait vraiment beaucoup… Ça diminue nos rotations, ça fait qu’on
use toujours les mêmes organismes. Cathy (Melain NDLR), Evina (Maltsi) ont
tellement joué…" Alors, les jambes se sont faites plus lourdes, la lucidité et
la précision un poil moins grandes. Comment leur en vouloir ? "Moi, en tout
cas, je suis fier de ce que l’équipe a accompli sur cette finale, sur cette
saison, assura Pierre Vincent. On a été meilleurs sur chaque match, face à
Valenciennes. Il nous aurait fallu quinze jours de plus (sourire). On a eu des
matches durs et ça se paie, c’est logique. En plus, si cette fois on a mieux
tenu le secteur intérieur, Harrower nous a fait très mal."
Un peu plus loin, le président Fosset admettait aussi la supériorité nordiste.
"On savait que ce serait difficile. On n’était pas à égalité, avec nos
blessures, et on a encore vu tout le poids de l’absence de Céline. Sur ces
deux matches, Valenciennes est meilleur, il n’y a rien à dire. O n a trop
manqué d’adresse, y compris aux lancers. On n’était vraiment pas loin, sur ces
deux matches. Franchement, c’est l’adresse qui, à chaque fois, nous a manqué
Alors, c’est toujours très frustrant de terminer sur deux défaites. On était
moins bien physiquement que Valenciennes, ça s’est vu dans la différence de
rythme de jeu. Mais franchement, nos joueuses étaient épuisées…"
Alors, à Valenciennes la Coupe de France, à Bourges le Tournoi de la
Fédération et cette si belle place au Final Four européen. Les Tango ont été
hier soir à l’image de leur saison : collectives, volontaires, appliquées.
Appliquant les consignes de Pierre Vincent, cherchant toujours à répondre au
mieux aux problèmes posés par l’adversaire. Il a juste manqué un peu d’énergie
dans le moteur berruyer. Et cette conductrice hors pair qu’est Céline Dumerc.
Alors, oui, le titre est reparti dans le Nord, mais il n’y a pas à rougir.
Vraiment pas.
HERVÉ LE FELLIC
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