Bourges Basket : presse, le Berry Républicain
19/05/2007

 
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CHAMPIONNAT DE FRANCE, FINALE RETOUR - US Valenciennes Olympic - Bourges Basket : 70-61

Bourges rend son titre avec les honneurs

CHRISTIAN RAGOT

L’an passé, Sandra Le Dréan était en larmes pour faire ses adieux au public du Hainaut. En remportant une belle que les Nordistes avaient sans doute gagné dans leur tête avant de l'avoir jouée, les Tango avaient gâché la fête de la dernière joueuse emblématique de l’USVO. La déception passée, les Valenciennoises n’eurent, cette saison, qu’une obsession en tête: rendre la monnaie de leur pièce aux Berruyères. Et comme la belle Sandra (qui jouera encore à Prague la saison prochaine) était venue soutenir son club de coeur, l’envie était grande, côté VO, de plier cette finale en deux manches sèches. Forcément, côté berruyer, on ne l’entendait pas de cette oreille. Finir la saison un vendredi, ce n’est pas la panacée. Et puis, outre le retour de Vicky Hall, et la défense d’un titre durement conquis l’an passé, les Tango avaient une raison supplémentaire de se sublimer avec l’anniversaire de Cathy Melain. Et quel plus beau cadeau pouvaient-elles lui offrir qu’une belle? Cathy qui avait été si malheureuse mercredi au Prado (0 sur 10 au tir!) où les Tango s’inclinèrent pour le seule et unique fois de la saison, toutes compétitions confondues. C’est dire que dans un camp comme dans l’autre, il n’était pas question de lâcher.

Le réveil de Cathy
Avec Vicky dans le cinq de départ près de Lepron, Melain, Maltsi et Ndongue), les Tango trouvaient tout de suite la faille par Emmeline en dessous. Mais Gomis, toujours aussi agressive dans son jeu et Gruda remettaient bien vite les pendules à l’heure (6-2, 3e). Toutefois, les Berruyères ne lâchaient rien. Pierre Vincent lançait Kireta et sur son premier shoot, Cathy Melain trouvait le cercle, à trois points s’il vous-plaît, pour égaliser à 9-9. A cet instant, Bourges faisait largement jeu égal avec les Nordistes qui pouvaient cependant s’appuyer sur le talent pur de Gruda, le métier d’Harrower et l’activité de son duo Bade-Gomis ainsi qu’une belle adresse (7 sur 9) pour maintenir les Tango à distance qui avait cependant retrouvé une adresse correcte (par rapport à mercredi) avec 6 sur 11 aux tirs mais aussi seulement 5 sur 8 aux lancers: 20-18 (10e). Il y avait match!

Au coude à coude
Ça aurait pu continuer dans le genre... si Bourges n’avait pas été aussi maladroit dans le deuxième quart, souvent pour s’être trop précipité en attaque et en ayant mal attaqué la zone adverse. Il est vrai que la défense de VO était resserrée à l’extrême et contestait toutes les tentatives berruyères; il n’empêche! Les Tango réussissaient quant même à prendre de bonnes positions, tant intérieur qu’extérieur, mais ça ne voulait pas rentrer. Pensez donc! Trois malheureux paniers (sur 16 tentatives!) en dix minutes. Et tous ces layup ratés en dessous. Pff...VO n’en demandait pas davantage. Sans être exceptionnelles, les Nordistes, à cet instant dominatrices au rebond ((19-13) faisaient normalement un petit break au repos: 35 -28. Il faut croire que Pierre Vincent a su trouver les mots justes durant le repos car Cathy Melain et ses coéquipières signaient une reprise en mode majeur. Ndongue en dessous, Cathy à trois points, Endy aux lancers... Et VO encaissait un 0-7 synonyme d’égalité: 35-35. Malgré une Gomis au four et moulin, les Berruyères, maîtrisant aussi mieux le rebond , avaient le bon goût d’insister. Et de trouver des solutions offensives. Kireta, en dessous, leur permettait de passer devant à la 26e: 40-41. Tout devenait possible... Mais en très championne qu’elle est, qui sait toujours se retrouver dans les grandes occasions, Kristy Harrowe r, à trois points, remettait de l’ordre dans la maison jaune. Les Tango, qui avaient beaucoup donné, perdaient un peu de lucidité. Et surtout, Maltsi prenait sa quatrième faute personnelle. Tuvic (4 fautes elle aussi) et Grgin-Fonseca , répliquaient à Ndongue mais VO devait quand même laisser le quart-temps aux Berruyères, 14-17(49-45, 30e).

C’est passé tout près
Un retard de quatre points qui n’aurait rien eu d’insurmontable si les Berruyères n’avaient pas autant gaché de ballons dans la dernière ligne droite. Si elles avaient aussi passé leurs lancers (11 sur 18)... Les deux équipes restèrent ainsi longtemps au coude à coude: 52 - 49 à la 33e et même 56 - 55 à la 34e sur un belle inspiration de Miyem. Les Tango ne lâchaient rien et on sentait que la pression était sur VO. Quand Krissy Bade, en force, réussit à atteindre le cercle, on vit Laurent Buffard taper du poing. Gruda et Tuvic trouvaient ensuite la faille en dessous et le break était fait: 62-55 (37e).
Bourges avait laissé passer sa chance... VO, avec une régularité de métronome, fit enfler ensuite l’écart sur les lancers d’Harrower: 70-61. Il n’est pas question de penser un seul instant que VO n’a pas mérité sa victoire et son septième titre de champion de France, rejoignant ainsi le Bourges Basket dans l’histoire. Mais on persiste à penser que les Tango pouvaient le faire; arracher une belle. Ça aurait été chouette pour Céline Dumerc... Ça s’est joué à rien. Une balle perdue par ci, trop de lancers francs manqués, une faute non sifflée par là, une adresse insuffisante (2 sur 11 pour Maltsi)...
Dommage. La saison aura quand même été belle.

 

ANALYSE - Avec les deux coaches, Pierre Vincent (Bourges) et Laurent Buffard (Valenciennes)

Les réserves physiques et l’adresse étaient Nordistes

Une grande et belle émotion… Au milieu de ce parquet qu’il a foulé pendant huit ans, de ses supporters, de quelques-unes des soixante-dix joueuses qui sont passées sous sa coupe, Laurent Buffard, l’historique coach valenciennois, fit ses adieux. Enfin, son "au revoir" : le monde du basket féminin est si petit…"Oui, il n’y pas de plus belle émotion que de terminer ainsi ce parcours. J’ai vécu tellement de choses dans cette salle, dans ce club ! Des déceptions, bien sûr, comme la perte du titre de champion de France la saison dernière… Mais aussi des moments forts, intenses!"
Et hier soir, pour son dernier tour de piste avant d’aller humer l’air d’Ekaterinbourg, il en eut encore, de l’émotion. Des craintes, des angoisses, certainement. Et puis une grande délivrance, et la certitude de quitter la scène nordiste par la grande porte. Il fallut que, comme lors du match aller, ses joueuses s’arrachent, donnent tout pour reprendre aux Berruyères ce sceptre national. "Je pense que nous avons avant tout été plus frais. De notre côté, on a été aussi mieux organisé que dans les premiers moments de la saison, où on tournait beaucoup moins bien. Cette finale retour a été un match très dur, très physique. Par rapport à l’aller, Bourges avait, en la personne de Vicky Hall, une rotation supplémentaire. Pour nous, ce fut forcément un problème de plus. Mais on a eu cette capacité de mettre les paniers qui comptent au bon moment. On avait une énorme volonté, une très grande motivation!"
Bourges aussi, forcément. Malgré le handicap d’avoir perdu le match aller, et de toujours devoir faire sans son cerveau, sans la dépositrice en chef de son jeu, Céline Dumerc. Comme à l’aller, les Tango ne manquèrent ni de volonté, ni de combativité, et encore moins de coeur. Et encore une fois, elles échouèrent de peu. Bien moins loin que ne l’indiquent les scores de ces deux manches, en tout cas.

Valenciennes a scoré quand il le fallait
"Valenciennes était le plus fort, puisque Valenciennes a gagné", nota, la voix forcément un peu triste, Pierre Vincent, le coach berruyer. Il a manqué ces petits quelque chose, ces riens qui font un gros tout. Qui font un énorme chagrin, qui ont fait couler des larmes des yeux d’Emmeline Ndongue, sortie quelques instants avant les autres, pour cause de cinquième faute. Une de ses actions symbolisa parfaitement ce dernier match tango. À 60-55 pour l’USVO et un peu plus de trois minutes à jouer, tout était encore possible. Le mouvement d’Emmeline fut parfait, en face d’une Boba Tuvic elle aussi contrainte à la passivité défensive, avec quatre sanctions dans la musette. Seulement voilà : le ballon frappa le cercle, tourna… pour ressortir. Sur ses deux actions suivantes, Valencienes scora sans souci, par Vedrana Grgin-Fonseca, puis Émilie Gomis.
Hier, Valenciennes rata moins, dans les moments chauds. Et surtout rayon lancers francs…"Oui, à chaque fois, on n’est pas loin, admit Pierre Vincent. Seulement voilà : mes joueuses sont au bout du rouleau. On a eu tellement de blessées, ça fait vraiment beaucoup… Ça diminue nos rotations, ça fait qu’on use toujours les mêmes organismes. Cathy (Melain NDLR), Evina (Maltsi) ont tellement joué…" Alors, les jambes se sont faites plus lourdes, la lucidité et la précision un poil moins grandes. Comment leur en vouloir ? "Moi, en tout cas, je suis fier de ce que l’équipe a accompli sur cette finale, sur cette saison, assura Pierre Vincent. On a été meilleurs sur chaque match, face à Valenciennes. Il nous aurait fallu quinze jours de plus (sourire). On a eu des matches durs et ça se paie, c’est logique. En plus, si cette fois on a mieux tenu le secteur intérieur, Harrower nous a fait très mal."
Un peu plus loin, le président Fosset admettait aussi la supériorité nordiste. "On savait que ce serait difficile. On n’était pas à égalité, avec nos blessures, et on a encore vu tout le poids de l’absence de Céline. Sur ces deux matches, Valenciennes est meilleur, il n’y a rien à dire. O n a trop manqué d’adresse, y compris aux lancers. On n’était vraiment pas loin, sur ces deux matches. Franchement, c’est l’adresse qui, à chaque fois, nous a manqué Alors, c’est toujours très frustrant de terminer sur deux défaites. On était moins bien physiquement que Valenciennes, ça s’est vu dans la différence de rythme de jeu. Mais franchement, nos joueuses étaient épuisées…"
Alors, à Valenciennes la Coupe de France, à Bourges le Tournoi de la Fédération et cette si belle place au Final Four européen. Les Tango ont été hier soir à l’image de leur saison : collectives, volontaires, appliquées. Appliquant les consignes de Pierre Vincent, cherchant toujours à répondre au mieux aux problèmes posés par l’adversaire. Il a juste manqué un peu d’énergie dans le moteur berruyer. Et cette conductrice hors pair qu’est Céline Dumerc. Alors, oui, le titre est reparti dans le Nord, mais il n’y a pas à rougir. Vraiment pas.

HERVÉ LE FELLIC